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MORALE a produit de la flamme : il a tourné les yeux du côté de la porte par laquelle il était entré ; il a fixé le plancher, et s'est livré à une douleur extraordinaire, Un instant après, s'étant jeté à genoux, ila frappé la terre avec le front. J’entendais qu’il disait en sanglotant: «Mon Dieu! ô mon Dieu!.... » Dans:ce moment mes rideaux ont fait du bruit : 1l s’ést retourné avec effroi. « Ÿ a-t-il quelqu’tin ; a-til dit? y a-t1l quelqu'un dans ce lit? Oui, lui ai-je ré.
pondu en ouvrant tout-à-fait mes ridéèaux.
Mais qui êtes-vous ? » Ses pleurs l’ont empêché de parler : il m’a fait signe de la main que la voix lui manquait. Enfin, il s’est calmé, « Je euis le plus malheureux des hommes, m'at-1l dit; je ne devrais peut - être pas vous en dire davantage; mais il ya'tant d’années que je n’ai vu personne, que le plaisir de parler à un de messemblables m’entraîne, Ne craignez rien, venez vous asseoir auprès de cette chreititniée à ayez pitié de moi, vous adoucirez mes maux en m’écoutant. » La frayeur que j'avais eue a fait place à un mouvement de compassion : je suis allé m’asseoir auprès de lui; cette marque de confiance l’a touché : il a pris ma main, il a mouillée de larmes. « Homme généreux, m'a-t-il dit, commencez par satisfaire ma cu-
riosité. Dites-moi pourquoi vous logez dans cet .
appartement qu’on n'habite jamais. Que veut dire le fracas des boîtes que j’ai entendu ce ma-, tin? que s'est-il passé aujourd’hui d'eztraordinaiïre dans le château ?» |
Quand je lui ai appris le mariage de la fille de Vildac, il a étendu les bras vers le ciel. « Vildac a une fille ! elle est mariée... Grand
eux du és;ila ouleur nt jeté +. J’en- | Dieu!
mes r1- 1é avec ÿ a-t1l 1-je ré-.
ideaux.
m pêché que la 1é, « Je , m'avous elIL >s que je ler à un ez rien»
-minée $ ss maux 1s eue à sion: je marque main, nérèeuix »
ma cu-
dans cet .
Due veut ce ma-!
traordi-
> la fille le ciel.
, Grand
Dieu! faites qu’elle soit heureuse ; faites surtout que son cœur ignore le crime! Apprenez enfin que je suis... vous parlez au père de.
Vildac.. Le cruel Vildac! Maïs ai-je droit de m'en plaindre ? Serait-ce à moi de l’accuser? » « Quoi! me suis-je écrié avec étonnement, Vüldac est votre fils? et ce monstre vous retient ici! vous ne parlez à personne ? il vousa chargé de chaînes? »—c« Voilà, m’a-t-1l répondu, ceque peut produire un vilintérêt. Le cœurduret farouche de mon malheureux fils n’a jamaïs connu aucun sentiment. Insensible à l'amitié, il s’est rendu sourd au cri de la nature, et c’est pour s'emparer de tous mes biens qu’il m'a chargé
de fers. .
» Il était allé un jour chez un seigneur voisin qui avait perdu son père : 1l le trouva entouré de ses vassaux, occupé à recevoir des rentes et à vendre ses récoltes. Cette vue fit un effet affreux sur l’esprit de Vildac. La soif de jouir de son patrimoine le dévoraitdepuislong-temps. Jeremarquai, à son retour, qu'il avait Pair plus sombre et plus rêveur qu’à l'ordinaire. Quinze jours après, trois hommes masqués m’enlevè.
rent pendant la nuit. Quand ils m’eurent dépouillé de tout, ils me conduisirent dans cette tour. J’ignore comment Vildac s’y est pris pour répandre le bruit de ma mort; mais j'ai compris par le bruit des cloches et par quelques chants funèbres, qu’on célébrait mon enterrement. L'idée de cettecérémonie m’a plongé dans une douleur profonde. J'ai inutilement demandé, comme une grâce, qu’il me fût permis de parler un moment à Vildac; ceux qui m’ap-
portent du pain meregardent sans doute comme
g2 | MORALE , ne un criminel condamné à périr dans cette tour. Il y a environ vingt ans que j'y suis. Je me suis aperçu ce matin qu’en m'apportant à manger on avait mal fermié ma porte. J'ai attendu la nuit pour en profiter, Je ne cherche pas à m'échapper; mais la liberté de faire quelques pas de plus est quelque chose pour un prisonnier,» «Non , me suis-je écrié, vous quitterez cette indigne demeure ; le ciel m’a destiné à être votre libérateur ; sortons; tout est endormi. Je serai votre défenseur, votre appui, votre génie. — Ah! m'a-t-il dit après un moment de silence, ce genre de solitude a bien changé mes principes: et mes idées. Tout n’est qu’opinion : à présent que je suis fait à ce que ma position a ‘de plas dur, pourquoi la quitterais-je pour une autre !'Qu’irais-je faire dans le monde ? Le sort en est jeté, je mourrai dans cette tour, — Ÿ songez-vous? nous n’avons qu’un moment ; la nuit
s’'avance, ne perdons pas de temps; venez, —
Votre zèle me touche ; maïs j’ai si peu de jours
à vivre , que la liberté me tente peu. Irais-je,
pe en jouir, déshonorer mon ‘ * — C’est ui que s’est déshonoré. — Eh! qe m'a fait a
ma fille? Cette jeune innocen’2 est dans les bras . de son époux, et j'irais les couvrir d’infamie ! Ah! plutôt... que ne puis-je la voir, l’arroser de mes larmes, la serrer dans mes bras! Mais je m'attendris inutilement, je ne la verrai jamais. Adieu, le jour va paraître; on pourrait nous entendre : je vais rentrer dans ma maison. .
Non, lui ai-je dit en l’arrêtant, je ne le souffrirai pas, L’esclavage affaiblit votre âme : c’est à moi à vous prêter a courage. Nous examine.
tonre 1e suis langer APT a m'ées pas inier,»
>z cette *e votre Je serai nie. =— ilence ; s prinion : À sition & our une Le sort — Y son- : la nuit nez. — de jours Irais-je, — C'est m'a fait les bras famie !
l’arroser Mais je jamais.
ait nous on...
le soufne : c'est
Lamine
RTE
EN ACTION. 03 rons après s’il faut vous faire connaître ; commençons par sortir. Je vousoffre mon château, mon crédit, ma fortune. On ignorera qui vous êtes; on cachera, s’il le faut, le crime de Vildac à toute la terre. Que craignez-vous ? — Rien : je suis pénétré de reconnaissance ; je vous admire... mais tout est inutile; je ne saurais vous suivre, — Eh bien! choisissez : je vous laisse ici; je vais trouver le gouverneur de la province ; je
ui dirai qui vous êtes; nous viendrons à main armée vousarracher à la barbarie de votre fils.— Gardez-ous d’abuser de mon secret; laissez-moi mourir ici; je suis un monstre indigne du jour. Il est un crime qu’il faut que j’expie, le plus infâme , le plus horrible... Tournez les eux : voyez ce sang dont il reste des traces sur e plancher et sur les murailles; ce sang est celui de mon père, et c’est moi qui l’ai assassiné. J'ai voulu , comme Vildac..….. Ah ! je le vois encore ! Il me tend ses bras ensangiantés !... Il veut m’arrêter... Il tombe... Q image affreuse ! à désespoir ! »
En même temps le vieillard s’est jeté à terre, il s’arrachait les cheveux... 1l était dans des convulsions effrayantes : je voyais qu’il n’osait plus se tourner vers moi; jedemeuraisimmobile. Après quelques momens de silence, nous avons cru entendre du bruit : le jour commençait à paraître ; 1l s’est levé : «Vous êtes pénétré d’horreur , m’a-t-1l dit ; adieu , fuyez-moi : je remonte dans ma tour , et c’est pour n’en sortir ja-
. mais. » Je suis resté sans voix et sans mouve-
ment : tout me donnait de la terreur dans re château ; j'en suis sorti aussitôt. Je me préparcà
nt à aller habiter une autre de mes terres , Je ne saurais ni voir Vildac, ni demeurer ici. O mon ami! comment est-il possible que l’humanité produise des monstres et des fortnits pareils ?
Les suites de l'Indiscrétion, histoire morale.
L’rxpiscrériox d’une personne a souvent entraîné la ruine de plusieurs familles, semé la * division entre les amis les plusintimes , et fait commettre des crimes atroces.
Vilkins, seigneur anglais, eut le malheur d’être disgracié de son roi, qui l’envoya dans l’île de Jersey. Là, sans amis, il menait la vie la plus languissante et la plus affreuse : vingt fois 1l avait été près de se percer de son épée, et vingt fois cette réflexion, que la vie est un prér sent du ciel dort l’homme luidoitcompte, avait retenu son bras.
Avant de se rendre au lieu de son exil, il avait prié un de ses amis de se charser de l’éducation d’an fils unique, gage précieux de la tendresse de deux époux injustement malheureux.
Milord Gervais (c’est le nom de cet ami) mourat, Cet acciden: détermina Vilkins à repasser secrètement à Londres, afin d’arranger ses affaires, retirer ses fonds et ramener son fils, Milord Thaley lui offrit sa maison , et Vilkins 6 xendit de manière à n'être pas reconnu. Ses al. faires étaient terminées... le soleil ne devait. pas le lendemain éclairer ses pas dans la canitâle, Il se félicitait du succès de son voyage. Le jeune duc de Cercey entre, considère Vilkins, et le reconnaît. Ce dernier avoue qu'il est à Londres incognito, et qu’il n’y est venu
erres ici, O uma reils !
rale.
nt enmé la et fait
alheur a dans : La vie : vingt pée ’ et in prér > y AVAIÉ
e l'édu- : la teneureuxe ) mouepasser ses afils. Mikins 8’ Ses af-
la capioyagee re Vil-
e qu’il
e devait:
t veu
ue pour ramasser les débris de sa fortune, IL domaude le secret; le duc le lni promet, babille un instant avec lui, et sort... Un de ses amis le rencontre, lui demande des nouvelles. Le.
secret pèse au duc, il veut en partager le poids... ‘Ilmanqueau devoirle plus essentiel dela société, L’ami du duc était un des plus grands ennemis de Vilkins. Il profite & l’occasion pour lui arracher la vie. Il court le déclarer au ministre , qui fait arrêter Vilkins, son fils ét son “généreux hôte... Vilkins paie de sa tête sa.
ésobéissance ; l'exil est la récompensp de celui qui s’est acquitté des devoirs de l'hospitalité, et le jeune Vilkins partage le même sort.
Telles furent les suites de l'indiscrétion du duc de Cercey. Il sentit vivement la faute qu'il avait commise; mais elle était irréparable : les marques de douleur qu’il denna firent sucoé-. der la compassion à lindignation qu’on avait d’abord conçue contre lui; on le plaignit de ne pas joindre aux belles qualités qui le faisaient aimer, l’art, le grand art de se taire,
Belle réponse d’un Ecclésiastique charitabke. ‘
Querqu'ux témoigna un jour à Eveillon, chanoine. et grand -archidiacre d'Angers, sa surprise de ce qu’iln’avaitaucune de ses chambres tapissées : Quand, en hiver, j’entre dans ma maison, répondit-il, mes murailles ne me disent pas gu’elles.ont froid ; mais les pauvres qui sont à ma porte, tout tremblans, me crient qu’ils ont besoin de vétemens.
Les crimes punis l’un par l'autre.
”,. Taors hommes yoyageaientensemble;ilsren-
oL
contrèrent ‘un trésor, et le’ partagèrenty ‘ils continuèrent leur route en s’entretenant de l’nsage qu’ils feraient de leurs richesses. Les vivres | qu’ilsavaient portés étaient consommés; ils con- } vinrent qu’un d’eux irait en acheter à la ville, | et que le plus jeune se chargerait de cette commission : 1l partit. oi nr Il se disait en chemin : « Me voilà riche ; mais: je le serais bien davantage si j'avais été seul quand le trésor s’est présenté. Ces deux hommes m’ont enlevé mes richesses, ne pour- & rais-je pas les reprendre ? Cela me serait facile; ! je n'aurais qu’à empoisonner les vivres que je vais acheter: à mon retour, je dirais que j'ai | dîné à la ville ÿmes compagnons mangeraient sans défiance, et ils mourraient : je n’ai que le: eo: tiers du trésor, et j'aurais le tout. ».
Cependant, les deux autres voyageurs se disaient : « Nous avions bien affaire que ce jeune
| 4 apa homme vint s'associer avec nous ; nous avons À bers | été obligés de partager le trésor avec lui; sa A qui part aurait augmenté les nôtres , et nous serions Û qui véritablement riches : il va revenir, nousavons % raie de bons poignards. » | U avai Le jeune homme revint avec des vivres em- À était | oisonnés ; ses compagnons l’assassinèrent ;. | Jlanc ils manpgèrent, ils moururent, et le trésor. Æ ene m’appartint à personne. Æ édnc Le prix de la fidélité, L Me | Urx roi de Perse eut le génie de se douterque ab ses flatteurs pouvaient mentir ; il résolut de r'essa | s'éloigner quelque temps de sa cour, et voulut avake | parcourir les campagnes et les provinces sans quel F
nt} ‘ils de l’uy vivres ilscona ville, te com-
niche ; vais été es deux ne pourit facile ; sque je
que j'ai geralent ai que le:
rs se dice jeune ] s avons lui; sa s serions us avons
vres emsinèrent ; - | le trésor
puterque ésolut de st voulut ces sans
être connu, curieux d’ob$erver son peuple dans sa simplicité naturelle , et de le voir agir et,parler en liberté. Dans ce dessein, il ne prit, pour Paccompagner, que celui de ses courtisans qu’il connaissait le plus sincère. Ils parcoururent ensemble plusieurs villages. Le prince vit les simples habitans dansant et folâtrant , et se livrant avec une naïve jaie à mille amusemens innocens ; il fut charimé de trouver, si loin de sa cour, des plaisirs si faciles et si tranquilles. Un jour qu'il avait gagné un grand appétit à une longue promenade, il entra pour dîner dans une de ces humbles chaumières, et il trouva que la nourriture grossière qu’on lui offrait flattait plus agréablement son goût que tons les mets délicats dont on chargeait sa table.
Traversant un autre jour une prairie émaillée de fleurs, et qu’arrosait un petit ruisseau, 1l aperçut, sous l'ombre d’un ormeau, un jeune berger jouant de la flûte près de son troupeau qui paissait ; il lui demanda son ntnï, et apprit qu'il s'appelait Alibée, que ses parèns demer raient dans le hameau voisin. Ce jeunehomme avait une figure belle sans être effémitiée ; il était plein de vivacité, sans étourdeïie ni pétnlance : 1l ne se croyait supérieur en beauté ni en esprit aux autres bergers du canton; sans éducation, ses idées s'étaient étendues et cultivées d'elles - mêmes, Le roi eut un: éntretierz avec lui, et fut charmé de sa convétsation ; 1! apprit de sa franchise bien des choses qui intiressaient l'état de son peuple, et que ne l'ai ” avaient jamais dites ses courtisans ; il souriait | quelquefois en voyant la simplicité ingénuede
9ù MORALE ce jeunehomme , qui disait librement sa pensée sans ménager sa personne. « Je vois bien, dut Le monarque en $e tournant du côté de son confident, que la nature n’est pas moins belle, et ne plaît pas moins dans les dernières conditions de A vie que dans les rangs les plus élevés ; jamais prince ne me parut plus aimable que ce jeune berger qui vitavec son tronpean. Quel | pire ne se tronverait pas heureux d’avoir un ils d’une aussi jolie figure et d’une âme aussi sensible? Je suis sûr qu’une éducation savante perfectionnera singulièrement son esprit, et développera rulle talens qui meseront utiles, » En conséquence, le monarque emmène avec lui Alibée, résolu de le faire instruire dans toutes les sciesces et dans tous les arts agréables qui peuvent orner L'esprit,
A sa première entrée à la cour, Alibée fut ébloui de son éclat , et tous Les objets brillans si nouveaux pour lui, ce changement de fortune si subitet si imprévu, firent qnelqn'’eftet sur son Ame, sur son caractère, Au lieu de sa houlette, de sa flûte et de ses habits de berger, il'se vit revêtu d’une robe de pourpre brodée en,or, et portaut un turban enrichi de diamans. Bientôt'ses idées s’étendirent, et son esprit. se remplit de con: naissauçes ; 1l devint en peu de temps capable des affaires les plus sérieuses ; il mérita toute la confiance de son , maître ‘qui l'atfectionnait comme, son élèves et qui, lux trouvant:surtout ua goft exquis pour. tout ce qui était curieux et magnifique, lui donna une des chaxges,les plus considérables de la Perse, celle de gardien ‘des bijoux et des effets précieux de son palais.
a pensée n, dit Le son conselle , et nditions evés ; ja le que ce rile Quel avoir un me aussi n savante esprit 9 et it utiles. à nène avec dire dans rts agréa-
A libée fut brillans si de fortune fet sur son oulettes de > yat revêtu et portaut ôtses idées \ig de. cons os capable ta. toute la fectionnait nt:surtout jit curieux harges-les de gardien
on palais.,
EN ACTION. 9) Tant que'le prince vécnt, Alibée jouit d’une faveur qui ne faisait qu'angmenter de join eu jour : cependant, à mesure qu’il avançait en âge ; l’idée de sa retraite et de la tranquillité de son premier état, commençait à lui revenir plus souvent, et il le regrettait quelquefois : & O jours heureux, jours innocens, s’écriait-il! jours où j'ai goûté une joie pure, sans aucun imélange de peines et d’alarmes ! jours les plus doux de ma vie ! celui qui m’a privé de vous, pour me donner toutes les richesses que je possède, m’a dépouillé de tout mon bien : je ne vons retrouve pas dans mon palais. Heureux, mille fois heureux, ceux qui n’ont jamais connu les misères de la cour des rois! Ici pourtant; tous
.mes vœux sont prévenus et satisfaits ; je n'aix pas le temps de désirer; tous mes sens saht.. agréablement flattés, et mon amour-propre joit: : des respects de tout nn peuple etdes égards d’un *
grand roi ; et cependant , toutes ces jouissances" multipliéesn’ont pas la douceur d’unseuldes sentimens que j’éprouvais , lorsque le matin d’un beau jour, au lever de l’aurore , j’entrais dans la prairie, suivi de mou chien fidèle et de mon troupeau. Que serait-ce donc, si je ressemblais à quelques-uns de ces courtisans, que je vois pâles et rongés d’une ambition que rien ne peut satisfaire ! ». E
Albée, si PA sensible aux plaisirs de la cour des rois, ne fut pas long-temps à en essnyer les disgrâces. Le vieux monarque qui l’aimait, des-
.cendit dans la tombe ,etfit ps à son fils. Aussi-
tôt les jalonx entreprirent de le perdre dans l’esprit du nouvean roi : ils lui insinuèrent qu’A-
At:
“het 14
libée avait abusé de la confiance que son père lui accordait, qu’ilavait amassé des richesses immenses, et détourné quantité d'effets précieux eonfiés à sa garde. Le roi était trop jeune pour n'être pas crédule ; il avait d’ailleurs la vanité de croire qu’il pouvait réformer bien des choses dans ce‘qu’avait fait son père.
Pour avoir un prétexte de lui ôter'sa place, il ordonne à Alibée, par le conseil des courtisaus, de lui apporter le cimeterre garni de diamans que le roi son père avait coutume de pe dans les batailles. Alibée l'apporte et
e présente au roi ; mais il était dégarni de ses
pierreries. Le monarque le crut aussitôt coupable de ce vol; mais Alibée prouva qu’elles avaient été ôtées par l’ordre même de son père, et avant qu'il fût encore en possession de sa charge. Les courtisans, honteux de ce mauvais succès, n’en furentque plus ardens à poursuivre l’homme de bien qu'ils voulaient perdre : ils vonseillèrent au roi de se fâire représenter,dans le délai de quinze jours, un répertoire de tous les effets dont il avait été établi gardien.
Le délai expiré, le roi voulnt être présent luimême à l'ouverture du dépôt. Alibée l’ouvre devant lui, et ]ni présente tons les bijoux qui lui avaient été confiés ; chaque chose était rangée parordre et couservée avec soin. Le roi, surpris de. tant d’exactitude et de fidélité, lançait déjà des regards d’indignatiën sur les accusateurs, lorsqu'ils lui montrèrent an bout de la galerie, nne portede fer fermée avectrois grosses serrures. «C'estsous cette porte, lui dirent-ils, qu’Alibée a renfermé les trésors qu’il a volés à votre père. »
son père richesses précieux ane pour rs la vabien des
place, il s courtini de diatume de pporte et ni de ses 1tôt couà qu’elles son père; ion de sa mauvais pursuivre erdre : 1ls ter,dans de tous n.
ésent lui-
ouvre de-
x quilui it rangée 1, surpris ! çait déjà sateurs , galerie, sserrures.
u’Alibée re père. »
EN ACTION. ‘ot Le roi redevint furieux, et ordonna que la purte fût ouverte sur-le-champ. Alibée se jette cn pieds, et le conjure de ne pas lui ôter le seul bien dont il fit cas sur la terre : « Il n’est pas juste , lui dit-il, de me dépouiller, dans un moment, de tout ce que je possède , après avoir tant d'années servi fidèlement votre père : prenez tout ce qu'il m'a donné, mais laissez-mui tout ce que je
ossède ici. » Les courtisans triomphaicnt dans e secret de leur Âme, et cette résistance ne fit qu’augmenter les soupçons du roi, quile menaça plein % colère, et Le força d’obéir. Alibée prend donc les clefs et ouvre cette porte mystérieuse. Quelle fut la surprise de sesennemis et du roi, lorsqu'ils n’aperçurent qu’une houlette, une flûte et des habits de berger ! c’étaieut ceux qu'avait autrefois portés Alibée, et qu'il visitait
quelquefois, pour entretenir le souvenir et l’amnour de sa première condition. « Grand roi { lui dit-il, voyez les restes de mon premier bouheur ; ce trésor va m’eurichit quand vous maurez dépouillé de tout ce que vous pouvez nr'ôter: voilà les richesses solides qui ne peuvent jamais
inanquer; elles suffiront toujours au bonheur de’
l'homne qui sait aimer l'innocence et se contenter du nécessaire, sans se tourmenter follement pour les biens frivoles, qui n’ajoutent pas un sentiment de plus à la félicité réelle, O vous, instrumens sim Se et chers d’une vie heurensc! je ne veux que vous, c’est avec vous que je suis résolu de vivre et mourir ! Grand roi, je vous remets sans regret tout ce que m'a donné votre père, je ne garde que ce qui m’appartenait avant qu'il me ft venir à sa cour. » Le roi eut peine
ES on te
rés
mr ee re
a rsgirsiipi Se Dr ER ES
peine be ameeen
à revenir de sa surprise ; 1l demeura bien con-
. vaincu de l’innocence d’Alibée , etsou irdigna-
tion retomba sur les courtisans qui l'avaient trompé. « Sortez, imposteurs, leur dit-il, et fuyez de ma présence. » Aussitôt il fit Alibée son premier ministre, et le chargea de toutes les affaires les plus secrètes et les plus importantes.
Alibée mourut premier ministre et pauvre ; il:
ne souffrit jamais qu’on punît aucun de ses ennemis ; il ne laissa à ses parens que le bien nécessaire pour les nourrir dans la condition de berger, qu’il regarda toujours comme la plus heureuse et la plus sûre. .
Générosité de Charlemagne envers un Prélat.
. Nos rois ävaient autrefois, dans plusieurs abbayes ou maisons épiscopales, droit de gîte,
pour’eux et leur suite. C’était souvent une des
charges des donations faites à ces abbayes ou
aix évêqnes. Charlemagne passa si fréquemment par la maison d'uu prélat assujéti à ce droit, que Îles dépenses auxquelles il donna occasion ruinèrent l’évêque, d’ailleurs généreux, et qui n'épargnait rien pour bien recevoir son maître. L'empereur qui se servait de son droit sans faire attention auxsuites , Y revint encore : etvoyant l'évêque fort occupé à donner des ordres pour faire balayer et nettoyer les salles, les salons, les chambres etantichambres, ne put s'empêcher de lui dire : &« Eh! vous prenez trep de peine ; laissez-là le soin dont vous vous occupez, tout est-il pasasseznet?—Sire, répondit l’évêque, il ves’en faut guère ; mais j'espère qu'aujourd'hui
tont le sera, dela cave au grenier. » Charles, qui
comprit le reproche , lui dit en souriant : « Ne
bien con.
| l'avaient dit-il, et \libée son tes les afportantes.
auvre ; il:
de ses en- > bien néidition de 1e la plus
Prélat,
plusieurs t de gîte, t une des bayes on 1emment ce droit, occasion x, et qui 1 maître.
ans faire etvoyant res pour S salons, mpêcher peine ; ez, tout vêque, il ourd’hui les, qui it: « Ne
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