‹ La morale en action ou Choix de faits mémorables et instructifs, propres à faire aimer la religion, la sagesse, à former le cœur par l'exemple de toutes les vertus [microforme]Chapitre 20 sur 31 · RE · texte numérisé non relu

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peu de compassion de ces pauvres gens; mais, pour moi, qui suis leur roi, je ne puis entendre le récit de ces calamités sans en être touché jusqu’au fond de l'âme, et sans désirer ardemment d’y porter remède, »

Ce fut encore au siége de Paris que les généraux d'Henri IV , pour faire un exemple , veulaient faire pendre deux paysans qui avaient amené des charretées de pains à une poterne.

Rencontrant Henri IV ; ces malheureux se jetèrent à ses genoux. « Allez en paix, leur dit le roi en leur donnant aussitôt tout l’argent qu'il avait sur lui, et ajoutant : Le Béarnans est pauvre, s’1l en avait davantage 1l vous le donnerait.

Le roi avait un jour mené le duc de Savoie voir jouer à la paume sur les fossés du faubourg Saint-Germain. Tous deux , après le jeu, s'étaient mis à une fenêtre qui donnait sur la rue. Leduc, voyant un peuple nombreux se presser, dit à Henri qu'il ne pouvait trop admirer la beauté et l’opulence de la France. Puis il demanda ce qu’elle Jui valait de revenu. « Elle me vaut ce que je veux, dit ie roi. Mais encore? dit le duc. Oui, ce que je veux, répliqua Henri, parce qu ayant le cœur de done peuple, j’en aurai ce que je voudrai; et si Dieu me donne encore de la vie, je ferai qu'il n’y aura point de laboureur dans mon royaume qui n’ait moyen d’avoir chaque dimanche une poule dans son pot. »

ÆApologue allemand.

La générosité consisie surtout à faire du bien

à ses ennemis ; c'est le sujet de cet apologue de M. Lichwer. Un honnête pèrede famille, chargé de biens et d'années, voulut régler d'avance sa succession entre ses trois fils, et leur partager ses biens, le fruit de ses travaux et de son industrie. Après en avoir faittrois portions égales, et avoir assigné à chacun son lot: il me‘reste , ajouta-t-1l, un diamant d’un grand prix, je le destine à celui de vous qui saura mieux le mé uiter par quelque action noble et généreuse, et je vous donne trois mois pour vous mettre en état de l'obtenir. Aussitôt les trois fils se dispersent; maïs ils se rassemblent au temps pres= crit : ils se présentent devant leur juge, et voici ce que raconte l’aîné: « Mon père, durant mon absence, un étranger s’est trouvé dans des circonstances qui l’ont obligé de me confier toute sa fortune ; 1l n’avait de moi aucune sûreté par écrit, et n'aurait été en état de produire aucune

reuve, aucun indice même du dépôt; mais je e lui remis fidèlement, Cette fidélité n'est-elle pas louable? — Tu as fait, mon fils, lui répondit le vieillard, ce que tu devais faire ; il y aurait de quoi mourir de honte, si l’on était capable d'en agir autrement, car la probité est un devoir ; ton action est une action de justice, ce n’est point une action de générosité. » Le second fils plaida sa cause à son tour, à peu près ences termes : « Je me suis trouvé, pendant mon voyage , sur le bord d’un lac; un enfant venait imprudemment de s’y laisser tomber; ilallait se noyer, je l’en ai tiré, et lui ai sauvé la vie aux yeux des habitans d’un village que baignent les eaux de ce lacs ils pourront attester la vérité

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EN ACTION. 119 du fait, — À la bonne heure, interrompit le père ; mais il n’y a point encore de noblesse dans cette action, il n°y a que de l'humanité, » Enfin, le dernier des trois frères prit la parole: « Mon père, dit-il, j'ai trouvé mon ennemi mortel qui, s'étant égaré la nuit, s'était endormi sans le savoir sur le penchant d’un abîme; le moindre mouvement qu’il eût fait au moment de son réveil, ne pouvait manquer de le précipiter; sa vie était entre mes mains, j'ai pris soin de l’éveiller avec les précautions convenables, et l’ai tiré de cet endroit dangereux.— Ah! mon fils, s'écria le bon père avec transport, en l'embrassant tendrement , c’est à toi, sans contredit, que la bague est due, »

Histoire d’un bon Religieux.

Ur religieux fut mandé, il ya soixante ans , pour disposer à la mort un voleur de grand chemin, On l’enferma avec le patient dans une petite chapelle, Pendant qu'il faisait ses efforts pour l’exciter au repentir de son crime, 1l s’aperçut que cet homme était distrait, et l’écoutait à peine. « Mon cherami, lui dit-il, pensez qe » ae quelques heures, il faudra paraître

evant Dieu; et qui peut vous distraire d’une affaire pour vous d’une si grande importance? — Vous avez raison, mon père, lui dit le patient; mais je ne puis m’ôter de l'esprit qu'il ne tiendrait qu’à vous de me sauver la vie, et une telle pensée est bien capable de me donner des distractions. — Comment m’y prendrais-je pour vous sauver la vie? lui répondit le religieux; et quand cela serait en mon pouvoir,

pourrais-je hasarder de le faire , et vous donner par-là occasion d’accumuler vos crimes? — Sil ay a que cela qui vous arrête, répondit le patient, vous pouvez compter sur ma parole ; j'ai vu le supplice de trop près pour m'y exposer de nouveau. » Le religieux fit ce que nous eussions fait, vous et moi, en pareille occasion ; il se laissa attendrir, et 1l ne fut plus question que de savoir comment il faudrait s’y prendre. La chapelle où ils étaient, n’était éclairée que par une fenêtre qui était proche du toit, et élevée de plus de quinze pieds : « Vous n’avez, dit le criminel, qu’à mettre votre chaise sur l’autel, que nous pouvons transporter au pied du mur, vous monterez sur la chaise, et moi sur vos épaules, d’où je pourrai gagner le toit. » Le religieux se prêta à cette manœuvre, et resta ensuiie tranquillement sur la chaise, après avoir remis à sa place l’autet qui était portatif. Au bout de trois heures, le bourreru qui s’impatientait, frappa à la porte, et demanda au bon religieux ce qu'était devenu le criminel : « Il faut que ce soit un ange, répondit froidement le religieux; car, foi de prêtre, il est sorti par cette fenêtre. » Le bourreau qui perdait à ce compte, après avoir demandé au religieux s’il se moquait de lui, courut avertir les juges. Ils se transportèrent à la chapelle où notre homme assis leur montra la fenêtre, lcs assura, en conscience, que le patient s’était en volé par-là, et que peu s’en était fallu qu’il ne se recommandât à lui, le prenant pour un ange; qu’au surplus, si c'était un criminel, ce qu'il ne comprenait pas, après ce qu’il lui avait v: faire, il n’était pas fait pour

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EN ACTION. 181 en être le gardien. Les magistrats ne per conserver leur gravité vis-à-vis du sang-froid de ce bonhomme ; etayant souhaité un bon voyage au patient, ils se retirèrent. Vingt ans après, cereligieux, passant par les Ardennes, se trouva égaré dans le temps que le jour finis: *; une

façon de paysan l’ayant examinéat! ent, lui demanda où 1l voulait aller, et 1 1e s’1l voulait le suivre , 1lle mènerait ne

ferme qui n’était pas fort éloignée, et où 1] pourrait tranquillement passer la nuit. Le religieux se trouva fort embarrassé ; la curiosité avec laquelle cet homme l’avait regardé , lui donnait des soupçons; mais considérant que, s’il avait quelques mauvais desseins, il ne lui serait pas possible d'échapper de ses mains, il le suivit en tremblant : sa peur ne fut pas de longue due rée ; il aperçut la ferme dont le paysan lui avait parlé; et cet homme, qui en était le maître, diten entrant à sa femme de tuer un chapon avec les meilleurspoulets de sa basse-cour , afin de bien régaler son hôte. Pendant qu’on préparait le souper, le paysan rentra suivi de huit enfans à qui il dit : « Mes enfans , remerciez ce bon religieux, sans lui vous ne seriez pas au monde , ni moi non plus : il m’a sauvé la vie. v Le religieux se rappela alors les traits de cet homme, et reconnut le voleur duquel il avait favorisé l'évasion. Il fut accablé des caresses et des actions de grâces de la famille ; et lorsqu'il fut seul avec cet homme, il lui demanda par quel hasard il se trouvait si bien établi. « Je vous ai tenu ma parole, lui dit le. voleur : et déterminé à vivre en honnête homme, je vins en

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