‹ La morale en action ou Choix de faits mémorables et instructifs, propres à faire aimer la religion, la sagesse, à former le cœur par l'exemple de toutes les vertus [microforme]Chapitre 5 sur 31 · DEAR EE · texte numérisé non relu

DEAR EE

PR 22 Eté

vi RÉFLEXIONS

mœurs? C'est à quoi tendent mes faibles efforts dans les circonstarices présentés. I est nécessaire, dans toutes les Conditions , de connaître à fond ce qui règle nos mœurs , et ce qui nous sert de boussole au milieu des révolutions et des écueils de la vie. La Morale, dit uñ Pape d’heureuse mémoire, comme la base de la probité et du Christianisme,

est toujours d'usage , au lieu que les autres sciences

ne peuvent servir que dans certains temps. Dieu a mis entre notre esprit, notre cœur, notre âme, nos passions ,. nos sens, une telle, connexion, que tout ce qni est.en nous doit concourir à nous mettre bien avec nous-mêmes.et avec le prochain.

La Morale est une science qui a des ramifications si étendues , et en si grand nombre, que les empires, les cours, les villes , les sociétés, les familles, ne se soutiennent que par son heureuse influence, et par la vertu qu’elle a de nous montrer, de la manière la plus claire et la plus précise, ce que nous dèvons à Dieu, à nous-mênies et aux autres. La même main qui traçà l’image de sa toute-puissance

dans les cieux, en caractères de feu, grava dans nos

Amés nos principaux devoirs. Notre cœur est une table de décalogue que rien n’a pu briser, mais que “os passions effaceraient si le cri de la conscience ne nous reprochait nos écarts.

en Ps ouvrage. que nous offrons au public a un rapport direcl avec les mœurs, par les grands spé dont il est rempli, et par Les réflexions qu’on y a seméés. Réunissant Putile à l’agréable, il doit plaire, ‘surtout à la classe de lecteurs que nous avons en vue. C’est un fait, que la plupart des livres

TC PM ÉLIMINAIRESS vi d'histoiné énñüiènt les enfant: Nos rééueils de poesie

orts | re. Jéur nuisent, farce qu'ils sont faits par des gens peu À ce dificiles'ou‘béu scrüpuleux. Nos fabulistes mêmes US né respectent pas üssez ceux à qui lés fables s’adresele sent principdléinetit. 11 ÿ a dans’ la plupart de leurs ire, récueils dés’ contes trop libres, des fables indé- | me, centés, ‘et quelquefois des ornémens typographi- | Rcès qués pirés que toût dela. Il est cependant de la plus M" eu « | grande inportanek ‘pour lés-thoœtrs et pour le goût, me, de n’offrir aux jeunes gens que des ouvrages très- | que épurés ét bien écrits Le premier mauvais livre | te qu'ils lisént les dégoûte ordinairement de tous les | bons. |

He Les gens ihstrüits s’apercévronit aisément que nos pe | meilleurs écrivains ont enrichi celui-ci. Il est à déles, ” sirèt que méssieurs les professeüts l’adoptent , sui pce, toutidans les hautes classes, ét lé fassént lire jour-

Le nellement. Lés enfans , exercés à rendre compte de

bni vive voix, et éur-le-chamip, de tel ou tel morceau,

TA contractèront l’habitude de parler purement , et ages | graveront danÿ leur mémoire dés traits de bienfai-

a | sance , d'humanité, de générosité, qui éléveront Le ‘ leurs Âmes aux vertus nobles et touchantes.

que | Heureux les enfans dont les Instituteurs, sages et

vigilans, travaillent, de concert avec des parens attentifs et Chrétiens’, à perfectionner leur âme et à orner leur esprit par la culture ! Mais en vain donnera-t-on aux enfans des leçons de vertu et de probité ; en vain se fera-t-on honneur de leur débiter les maximes les plus héroïques de la sagesse , si les parens et les maîtres , en les démentant eux-mêmes par des mœurs opposées ; affaiblissent l'impression

viij RÉFLEXIONS PRÉLIMINAIRES.

qu'elles auraient pu/faire. Loin de leux inspirer des sentimens de vertu. par ces: impressions contredites par l'exemple , on les accoutume à penser de bonne heure que la vertu n’est qu'un nom j. que les maximes qu’on leur en débite ne sont. qu'un langage qui a passé, du père.aux enfans, mais que l’u-

sage a toujours. contredit; et que. ceux qui en ont

paru , dans tous les temps, les plus zélés défenseurs, ont toujours été, au fond, selles. au reste des hommes.

. Un enfant élevé avec les précautions que nous désirons , cherchera bientôt , par, une noble ému- Jation , à égaler les modeles que nous lui présentons. Il sentira combien la vertu est aimable , fera le bien sans faste, et trouvera son bonheur le plus pur dans le bonheur d'autrui. Ses heureux penchans à l'honnêteté seront peut-être le fruit de. ses premières lectures , et des réflexions qu’un maître zélé lui aura fait faire ; et les vertus de sa vie découleront de ses premières habitudes: : Adolesçens juxta viam suam., etiam CÜUM SnRUETÉE à non recedet ab ed. (Par: "2, 6. he

)f 2? dtisac À À 12

EL n celle € cœurs accla clémet les ve aient dureté de leu ne mé jets, d :: Ave ayant | se dist nité

als

onne!

‘ 8 Tot

double Octave :

Octav

Clémence, vertu des Grands.

IL n'est pas de satisfaction plus douce que celle de faire des heureux, de régner sur Îles cœurs, de s’attirer l’innocent tribut de leurs acclamations, et leurs actions de grâces. La clémence , l'humanité , la générosité, seraient les vertus naturelles des grands, s'ils se souvenaïent qu'ils sont les pères dé leurs peuples. La dureté, le dédain, loin d’être les prérogatives de leur rang, en sont l'abus et l’opprobre. Ils ne méritent plus d'être les maîtres de leurs sujets, dès qu’ils oublientqu'ils en sont les pères. : Avousrs, ce prince cruel et vindicatif * ayant l’époque où il se vit le maître du monde, se distingua par sa douceur et par son humanité lorsqu'il fut parvenu à l'empire, Tandis qe séjournait dans les Gaules, on vint lui onner avis‘ue Li. Cinna, personnage de pen : # Tous Îes ‘historiens s'accordent avec Sénèque sur le double ‘caractère qu'il donne à’ Auguste, qui s'appelait Octave avant d'être empereur.

Octave fut cruel : Auguste fut humain, \

10 MORALE. to

Ru ar

diqua pour le lendemaiti un:ta:

Il passa une nuit fort agitée et fort inquiète j Si qu’il s'agissait de condamner un jeune

omtne qi d'ailleurs était san$ fepfrothei «in jeune homme de la plus haute noblesse, et petit-fils du grand Pompée. Il ne pouvait plus se déterminer à ordonner la mort d’un seul homme, lui qui autrefois avait dicté , en soupant avec Marc-Antoine, l’édit de prosgription.

Poussant des soupirs, il parlait seul avec lui- -

même, etexprimait yiyement lesdifférentes pensées qui secombattaient dans son esprit.« Quoi ! disait-1l, je laisserai mon assassin libre et tranquille , et l'inquiétude sera pour moi ! Aprèsque tant de guerres civiles ont respecté mes jours ; après que j'ai échappé au péril de tant de combats sur terre et sur mer, un traître veut m’immoler au pied. des autels, et je me lui ferai pas subir la peine qu’il mérite ! » car il devait être attaqué pendant qu'il offrirait un sacrifice. 11 s’arrêtait, etaprès quelques momens de silence, il élevait de nouveau sa voix pourse faire son proeès àlni-même avec plus de sévéritéqu’à Oinna. Il continuait de s’apostropher ainsi: Sita mort est l’objet des vœux de tant de citoyens, as-tu digne de vivre? quand finiront les supplices , quand cesseras-{u, de verser le,sang 2 ta. tête; est exposée en butte aux comps de la jeune noblesse; qui compte s’immortalisèr en l’égorgeant, Non,

la vie t’em pèd périsse ces dis vous ; femme remède saient rien ga Salvier Murén parler hr de cléme il ne p.

lui acd de glo quelq ceur ÿ remert sur-leseul , :

temen en ces m'écot laissie:

récriel liberte dans | pas se étiez tance:

‘rendu

d'hui

la vie n’est pas d’un assez grand prix, si, pour

t’empêcher de périr ; 1l faut que tant d’autres

périssent. » Sa femme Livie, qui entendit tous

ces discours , l’interrompit enfin : « Voulez-

vous , lui dit-elle, écouter les. conseils d’une

femme ? Imitez les médecins qui, lorsque les

remèdes accoutumés ne réussissent point , es

saient leurs contraires. Jusqu'ici vous n'avez

rien gagné par la sévérité. Lépidus a succédé à Salviendinus, Muréna à Lépidus ; Cépion à Muréna , Egnatius à Cépion, pour ne point parler de tant d’autres que vous avez fait repentr de leur audace ; essayez maintenant de la clémence : pardonnez à Cinna : ilest découvert, il ne peut plus vous nuire; et la grâce que vous lui accorderez peut vous procurer beaucoup de gloire. » Auguste , charmé d’avoir trouvé quelqu’un qui approuvait le parti de la douceur , vers lequel il penchait déjà lui-même, remercia tendrement son épouse, contremanda sur-le-champ ses amis; et ayant appelé Cinna seul , 1l fit sortir tout le monde de son appartement, lui ordonna de s’asseoir, et lui parlæ” en ces termes : « J’exige, avant tout, que vous m'écoutiez sans m'interrompre ; que vous me laissiez achever ce que j’ai à dire, sans vous récrier : lorsque j'aurai fini, vous aurez toute liberté de répondre. Je vous ai trouvé, Cinna,

dans le catnp de mes adversaires ; vous n’étiez pas seulement devenu mon ennemi, mais vons étiez né pour l’ête. Dans de telles circonstances , je vons ai accordé la vie , je vous ai rendu tout votre patrimoine. Vous êtes aujourd’hui si riche, et dans une situation si floris-

12 MoniLE

sante, que les vainqueurs portent envie à la condition du vaincu. Je vous ai accordé le sacerdoce que vous m’avez demandé, en faisant un passe-droit à plusieurs dont les pères avaient servi dans mon armée. Après vous avoir comblé de tant de bienfaits, vous avez formé le projet de m'’assassiner! » A ce mot Cinna s'étant écrié qu’une telle fureur était bien loin de sa pensée : « Vous ne me tenez point votre parole, reprit Auguste, nous étions convenus que vous ne m’interrompriez point. Oui , je vous le répète, vous voulez m'’assassiner. » Il lui exposa ensuite toutes les circonstances, toutes les mesures prises ; 1l lui nomma Je lieu et les complices, eten particulier celui qui devait porter le premier coup; et voyant alors que Cinna était consterné , et gardait un morne silence, non plus en vertu de la convention, mais par remords de conscience et par terreur , il ajouta: « Par quelmotifavez-vous conçu un pareil dessein ? Est-ce pour régner à ma place ? Assuré- ‘ment le peuple romain est bien à plaindre si je suis leseul obstacle qui vous empêche de de venir empereur : à peine pouvez-vous Mes ner votre maison. Dernièrement un affranchi vous a écrasé par son crédit dans une affaire particulière qui vous intéressait, Tout vous est difficile . excepté de conjurer contre votre prince et votre bienfaiteur. Voyons, examinons : suisje le seul qui arrète le snccès de vos projets am. bitieux? Pensez-vous réduire à supporter votre domination un Paulus, un Fabius Maximus, les Cossus et les Servilius, et tant d’autres nobles qui ne se parent point d’un vain titre, et qui

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EN ACTION: 13 rendent à leurs ancêtres l'honneur qu'ils en reçoivent? » Auguste continua de parler sur ce ton pendant plus de deux heures, allongeant exprès la durée de la seule vengeance qu’il prétendait exercer sur le coupable. 11 finit en lui disant : « Cinna, je vous ai autrefois donné la vie comme à mon ennemi; je vous la donne maintenant comme à mon assassin. Commencons d’aujourd’hui à être sincèrement amis; effortons-nous de rendre douteux si, en vous pardonnant , joue montré plus de générosité que vous ne ferez voir de reconnaissance. » Il donna ensuite à Cinna le consulat pour i’année suivante, en se plaignant de ce qu’il n’osait pas le demander lui-même. Depuis ce temps, Auguste n’eut qu’à se féliciter de sa clémence. Cinna lui fut toujours fort attaché et très-fidèle ; ile fit son légataire universel ; et il n’y eut plus dans la suite de conspiration contre Anguste.

Hsxri IV demanda un jour au jeune déc de Montmorency quelle était la plus grande

qualité d’un roi. Le duc répondit, sans hésiter!"

ue c'était /a clémence. Pourquoi /a clémence, ajouta le roi, plutôt que Ze courage, la libéralité, et tant d’autres vertus qu’un souverain doit posséder? C’est, répondit le duc , qu'il n’appartient qu’aux rois de pardonner ou de punir le crime en ce monde. Ce jeune duc avait l’idée de la solide gloire; 1l rendait en même temps justice au caractère de Henri IV, qui fut de ses sujets Ze vainqueur et le père.

Ls prince de Joinville ayant formé des intel.

hgences secrètes avec les ennemis de Henri IV,

fut arrêté. La bonté de Henri sauva le coupable, et ayant fait venir le duc et la duchesse de Guise : Voila, leur dit ce bon prince, Ze véritable enfant prodigue qui s’est imaginé de belles folies ; je lui pardonne pour l'amour de vous; mais c’est. à condition que vousle chapitrerez bien.

Au siége de la ville d’Eause, HenriIV eut deux côtes enfoncéés d’un conp de feu; ce qui ne l’empêcha pas de se retirer en bon ordre dans une tour. Les siens, étant venns le délivrer, les habitans de la ville d’Eause tombèrent alors aux genoux du roi pour implorer miséricorde, Il leur fit grâce; mais l’indignation de ses troupes était telle, qu’on pendit snr-le-champ le misérable qui, tirant sur le roi à bout portant , lui avait enfoncé les deux côtes. Au momeñt'où on l’exécütait ‘la corde s’étant cassée, Henri cria : Grdce à celui que le gibet épargne! Touchés de: tant de magnanimité, les habi.

tans restèrent. toujours. fidèles à cet excellent prince. 1

: Os lui parlait un jour d’un officier ligueur qui, malgré le pardon qui lui avait été donné parleroi, ne pouvait se défendre contre luid’un sentiment de haine: Je veux, dit ce prince, lui faire tant de bien ,, que je le forcerai de m’aimer malgré lui, js

: Ox l'exhortait encore à semontrer sévère à l’é-

ard de quelques places de la ligne qui n’avaient cédé qu’à la dernière extrémité; 1l répondit : La satisfaction que l’on tire de la vengeance ne dure qu'un moment, n.ais celle que donne la

clémence est éternelle, | à 56311: : 25 2:

verse:

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able, uise :

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J eut e qui dans vrer, alors orde, e ses amp | por- | moissée , rgne !

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bueur onné d’un >, luË aimer

à l’éaient dit :

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eût enbôté”"qontinng, el

EN. ACTION. 15 La duchesse de Montpensier, sœur du duc deMayenne, s'était, dans tous les temps, montrée l’ennemie la plus furieuse de ce.-prince. Le jour même de:son entrée au Louvre, Henri lui envoya donner l'assurance qu'il prenaitsa personne et ses bieng,sous sa sauve-garde;et le soir inême 1l.alla jouer aux cartes avec elle.

Non-sEyLEmENT ce prince pardonna au duc de Mayenne, maïs il poussa la clémence jus-

qu’à acquitter les dettes qu’il avait contractées,

tant au dedans qu’au dehors du royaume, alors qu'il lui faisait la. guerre. La seule vengeance qu'il en tira , ce fut; lorsque ce chef de la ligue vint se réconcilier avec lui à Mouceaux, de marcher si vite, qu’il ne pouvait le suivre qu'avec beaucoup de peine. T] faisait uné grande

chaleur; et Mayenne, fort frs était encore .

incommodé d’une sciatique. Henri,le voyant tont hors d’haleine , s'arrêta et lui dit : « Je vais un peu vité pour vous?» Mayenne lui répondit que cela” était si vrai, què, si Sa Majesté

ls Pau tué ans y

penser. '« 'Touchez là, ion èousin»

verses reprises , il lui fräppa'sur l'épaule en lui disant : « Par Dieu, voilà toute la vengeance que je veux tirer de vous. » Ensuite il envoya se reposer avec Rosni, auquelil donna ordre de faire donner à Mayenne deux 'bonteilles dé vin d’Arbois, destiné à kR remettre de sa fatigue. : Ux certain Pierre Barrière méditait l’assassinat d'Henri IV ; mais ce projet horrible fut découvert. On voulait faire des recherches pour

| Foucher 12, mon écusin», reprit le roien riant. Puis, après l’avoir éibraséé à di-

connaître lescomplices de ce misérable, lorsque Henri IV s’ÿ opposa constamment, en disant:

Je veux tout oublier, tout pardonner; et leur |

doit-on savoir plus mauvais gré de ce qu'ils ont fait qÜ’à un furieux quand il frappe ; et qu'à di insensé quand il se promène tdut nn? "2?" Excrré à tirer vengeance de La Trémiouille , qui l’avait vaincu et fait prisonnier alôrs fil n’était que duc d'Orléans, Louis XII fit cette mémorable réponse: Un roi de France ne‘venge point les querelles d’un duc d'Orléans. Si'La Trémouille a bien servi son maître contre moi; il me servira de même contre ceux qui seraient téntés de troubler l'Etat. FÉERIES

Lonsqu’ox lui présenta la liste générale & ceux qui occupaient tous les emplois, il mar qua d’une croix rouge lesnoms des hommes qui avaient été sesennemis avant son avénement au trône, Comme on peut le croire, ils ne tardèrent pas À,recourir, à de puissans, protecteurs pour obtenir léur pardon. En epposans à leur nom, dit le foi, le sceag de la rédemption; j'ai cru avoir annoncé que tout était pardonné, Jésus: Christ est mort pour eux comme pour moi.

Sous.le règne de François Ier, la levée d’un impôt occasiouna la révolte de la Saintonge; La Rochelle avait donné le signal de la rébellion. Elle était, par la force de ses remparts, en état

de soutenir un long siêge ; cependant elle se

soumitdèsqu’elle vit devant ses mursunroïchéri

ee

mn

et respecté de tous ses sujets. Quand il entra |

danslà ville, oncraignaitsa vengeance, lorsque

d'un air plein de bonté il dit aux rebelles cons- |

moins et d’n

Fo q ui do:

le mor situati tout q!

Jeune, perdre.

poser « prison.

à la cl:

dresse «

ternés: Mes amis, oubliez votre faute comme, je l’oublie moi-même. Je ne ferai jamais à mes sujets ce que l’empereur fait aux Gantois pour moindre offense que la vôtre. Il en a maïntenant les mains sanglantes, et je les ai, la merci à Dieu, sans aucune teinture du sang de mon peuple. J'accepte votre repentir, sonnez vos cloches, tirez votre artillerie, et faites feux de joie en rendant grâces à Dieu.

Eponine et Sabinus, anecdote romaine.

Saminus était un Romain qui, durant les guerres civiles, s’engagea dans un parti contraire à celui de Vespasien, et prétendit même à l'empire. Mais quand la puissance de Vespasien fut bien établie, Sabinus ne s’occupa que des moyens qui pouvaientlesoustraire aux persécutions, -et en imagina un aussi bizarre que nouveau, Il possédait de vastes souterrains inconnus à tout le monde, et.il résolut de s’y cacher. Cette lugubre retraite l’aflranchissait dû moins de l’insupportable crainte des supplices et d’une mort ignominieuse , et il y portait l’espee que peut-être quelque nouvelle révolution

ui donnerait la possibilité de reparaître dans le monde, Mais parmi tant de sacrifices que sa situation le forçait de faire, il en était nn sure tout qui déchirait son cœur: il avait une femme jeune, belle, sensible et vertueuse ; il fallait la perdre, etlui dire un éternel adieu , on li proposer de s’ensevelir à jamais dans une sombre prison, et renoncer à la liberté, à la société, à la clarté du jour. Sabinus connaissait la ten« dresse et la grandeur d’âme d’Eponine , cette ä&

épouse st chère : 1l était sûr qu’elle consentirait avec transport à le suivre ct à ne vivre que pour lui : mais 1l craignait pour elle les regrets qui trop souvent succèdent à l’enthousiasme, et dont la vertn même ne garantit pas toujours ; enfin , il eut assez de générosité pour ne vouioir pas abuser de celle d'Éponine, ou, pour mieux dire:, 11 n'avait qu’une idée imparfaite de la manière dont une femme peut aimer. Il ne mit dans sa confidence que deux affranchis, qui le suivirent. Il assemble ses esclaves, leur persuade qu'il est décidé à se donner la mort : il les récompense, les congédie, brûle sa maison , et se sauve ensuite dans ses souterrains avec ses fidèles affranchis. Personne ne douta de sa mort.

Eponine était absente; mais bientôt cette fansse nouvelle parvint jusqu’à elle, etl’abusa comme tout le monde: elle résolut de ne point survivre

à Sabinus. Comme elle était observée et gardée

avec soin par ses és et ses amis , elle choisit à regret le genre de mort le plus lent, et refusa constamment toute espèce de nourriture. Cependant les affranchis de Sabinus, qui tour à tour sortaient chaque jour du souterrain pour aller chercher des alimens, s’informèrent, par ordre de leur maître, de la situation d’Eponine, et apprirent qu'elle touchait presque aux derniers mornens de sa vie. Ce rapport fit connaître à Sabinus que, lorsqu'il s'était cru généreux, 1l n’avaitété qu’ingrat, Accablé d'inquiétude, pénétré dereconnaissance, 1l envoie snr-le champ un de ses affranchis instruire Eponine de son secret et du lieu de sa retraite. Pendant que cette commission s'exécutait, quelles durent “être les

ait our qui , ct ve 1oir eux e la mit 1 le sade s r'éet se dèles nort.

ansse mme vivre 4 rdée ‘ 101s1t efusa pentour aller ordre e,et niers tre à In’anétré in de ret et come les

| EN ACTION. 19 craintes et l’impatience de Sabinus ! Son messagèr trouvera-t-il Eponine vivante? Si cette tendre épouse respire encore, la nouvelle qu’on Jni porte ne lui causér--t-elle pas une révolution funeste ? Sabinus , après avoir conduit Eponine sur le bord de sa tombe, va-t-il, par sa fatale imprudenice, l'y précipiter, et devenir l'assassin du seul objét qui puisse l’attacher à la vie 2... Voilà donc Île prix qu’elle recevra de tant d'amour et de fidélité 2... Mais tandis que le malheurenx Sabinus s’abandonne ainsi à ses déchirantes réflexions, le ciel lui prépareun moment de bonheur , fait pour dédommager d’une vie entière de souffrances : avant la fin du jour, Eponine elle-même doit paraître dans ce lugubre souterrain, qui retentit sitristement des gémissemens de Sabinus;..….. ce lieu d’horreur etde ténèbres, désormais habité par la vertu la plus pure, va devenir le temple auguste de la sainte fidélité, et l’asile heureux du bonheur. Comment s'empêcher de regretter que les historiens ne nous aient pas transmis le détail touchant de la première entrevue d’Eponine et de son done loraiielle parut tout-à-conp à ses yeux, pâle, tremblante, arrachéeautrépas par le seul désir de vivre dans un cachot avec ce qu’elle aime ? et l’itstant où , se jetant dnsles bras de Sabinus , elle lui dit sans doule : « Je viens adoucir ton sort, en le partageant; je viens reprendre les droits sacrés et d’épouse et d'amie ; je viens enfin te consacrer la vie que tu m'as rendue? » Quelle admiration ! quelle reconnaissance dut éprouver Sabinus ! comme dans un moment tout est changé autour de lui!

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quel charme répand Eponine sur chaque abjgt

qui l’environne ! Cette vaste caverne n'offre lus rien de triste aux yeux de Sabinus; cepenant, en songeant que c’est désormais la de-

meure d'Eponine, il soupiré..…... Hélas ! il ne

peut offrir qu'une affreuse prison à celle qui se-

rait digne de régner dans un palais !

Eponine et Sabinus concertèrent ensemble les mesures qu'ils devaient prendre pour leur sûreté commune, Il était impossible qu’Eponine disparût entièrement du monde, sans s’exposer à des recherches dañgereuses ; d’ailleurs, en renonçant pour toujours à sa famille et à ses amis, elle s’ôtait les moyens de servir Sabinus, si l’occasion s’en présentait. Il fut donc décidé qu’elle ne viendrait dans le souterrain que la | nuit. Mais sa maison en était éloignée; il fallait | faire cinq lieues à pied. Comment supporteraitelle cette fatigue? comment une femmetimide | et délicate , élevée dans le luxe et la mollesse, | oserait-elle, si belle et si jeune, s’exposer, sous la |

arde d’un seul affranchi, à tous les dangers |

’un voyage nocturne et pénible, qui devait se renouveler si souvent? comment enfin auraitelle assez de discrétion et de prudence pour dérober à tous les yeux et ses démarches et son secret 7... Cominent !.…. elle aimait, elle pouvait se passer d'expérience , de force et de courage; elle était guidée par les deux plus grands mobiles des actions extraordinaires, l’amour et la | veréu, sirarement réunis mais st puissans lors- | qu’ils se trouvent ensemble. Eponine, en effet, tintavec exactitude tous lesengagemensque son cœur lui avait fait prendre ; elle venait réguliè.

ons enmnéiecnenntr "à

ue objet | n'offre ; cepen- : la des'ilne qui se-

nsemble ur leur qu’Epoins s’exulleurs, eetàses abinus, c décidé a que la il fallait orteraite timide ollesse , , sous la dangers evait se auraite pour s et Sons pouvait urage ; ds moar et la 15 lorseffet, ue son

éguliè.

3N ACTION. 21 rement chaque soir au souterrain, et souvent elle y passait plusieurs jours de suite, ayant su prendre les précautions nécessaires pourque son absence ne donnât aucun soupçon. La vie sauvage et retirée qu’elle menait dans le monde, la douleur qu’on lui supposait, lui procuraient la facilité de dérober ses démarches au public, et d'échapper aus observations des gens curieux et désœuvyrés.. Pour aller voir son époux , elle triomphait de tous les obstacles : ni , rigueurs del’hiver, ni le froid , ni la pluie, ne pouvaient l'arrêter ou la retarder. Quel spectacle pour Sabinus , lorsqu'il la voyait arriver Leutlante , hors d’haleine , pouvant à peine se soutenir sur ses pieds délicats et meurtris, et tâchant , cependant , par un doux sourire, de dissimuler sa lassitude et sa souffrance; ou , pour mieux dire, les oubliant auprès de lui!......, Mais un nouvel événement doit rendre encore Eponine plus chère, s’il est possible, à Sabinus ; elle va bientôt devenir mère, et donner le jour à deux jumeaux... Quelle nouvelle source de bonheur pour elle, mais en même temps de crainte et d'inquiétude !,..... À quels embarras vont la livrer l’abligation de cacher son état à tout ce qui l’entoure, et l'impossibilité d’avoir les secours dont une femme, dans sa situation , peut difücilement se passer !..…, Mais avec nn cœur si fidèle et si passionné , Eponine est-elle une femme ordinaire ? est-1l une épreuve au-dessus de ses forces , et qui puisse la décourager ou l’abattre?..… Non sellesauradéroberlaconnaissance de son important secret à ses domestiques, à sa famille, à ses amis, Pourrait-elle

manquer d'éxpédiens et de prudence ? il s'agit pe de conservér son honneur, sæ réplütatiôh, ou vo la vie de Sabinus. EHë saura tridinpher dela épa douleur même, et la supporter sans se plaindre. et à Eloignée de ‘Sabinus , et tout-à-cotib atteinte thie d’un mal anssi nouveau pour elle que violent, Sab elle s’enferme ; invoque, aw défant des :setours cha hamaïns, l'assistance du ciel, répète mille fois dou le nom dé Sabinus, et se réstgne à sont sort avec sécu autant de patience que de coutage; C’est afnsi suiv qu'elle devient mère de deux enifans dont l'exis- sol tence si chère la dédommage et 14 récompénse l'ar de tont ce qu'elle 4 souffert. Aussitôt que la pas, nuit est venue, ÆEponiné prenant ses enfans puis dans ses bras, s’échiappe de sa maison, et, uit chargée de ce précieux fardeuu , elle arrive au ém souterrain. Qui pourrait peindre ke proforid at- avai tendrissement, les transports'ét la jüie de Sa- de le binus, en apprénant d’Eponine qu'il ést père. . Ons et en recevant à la fois dans ses bras séniépouse : | veut et ses enfans?... ces enfans; gages touchans de tit de la tendresse la plus parfaite ét la-plus pure, con- quo: dannés, dès leur naissance , à vivre et À croître - nir | dans une prison !:. Cruelle pensée, faite pour ser ermpoisonner lé bonheur de Säbinus, qui, sans qu’or doute, en les embrassant, dnt se dire : « Infor- ceux tunés enfans, hélas! quand pourrez-vous jouir + vers | delalümière etdela hberté£... Mais Eponuré cat : l'app votre mère; vous serez:chéris par elle. Ah ! vous retire * né vous plaindrez point de votre destinée ! » . AUXP Les'leuxenfans d'Eponine furent élevés dans « \ le soutrrin, et n’en sottitetit jamais durant . |. les l'espace de neuf ans que Sabinus ÿ resta caché. fans : Loir que le ternps ct diminné l'assiduité d'E- chot,

ponine, il ne fit que rendre plus fréquens ses voyages au souterrain ; elle y trouvait son époux , sesenfans : devenue étrangère au monde et à la société , l’univers et le bonheur n'’exisfhient pour elle qu’au fond de la caverne de Sabinns. Cependant ses absences, devenant chaque jour plus multipliées et plus longues , douutrent enfin des soupçons, et l’excès de sa sécurité acheva de la perdre. Elle fut observée, suivie, et l’infortuné Sabinus découvert. Des soldats , envoyés par l’empereur , viennent l’arracher de son souterrain , et ne conçoiven pas, en voyant cette affreuse demeure , qu’o puisse la regretter, et verser des pleurs en la rer Dans cette extrémité, Eponine, me émentant ni la vertu ni le courage dont elle avait donné tant de preuves, se rend au palais de l’empereur , suivie de ses deux jeunes enfans.

. Onse précipite en foule sur son passage ; chacun

veut la voir et l’applaudir; tout le palais retentit des acclamations qu’elle excite ; et c’est ainsi qu'on vit du moins la vertu malheureuse obtenir le tribut d’éloges qu’elle mérite. Eponine, gsensible à la gloire, ne comprenant pas même qu’on puisse admirer sa conduite, et plaignant ceux qu’elle étonne , s’avance tristement à travers la foule qui l’environne, et arrive enfin à l'appartement de l’empereur. Tout le monde se retire ; alors Eponine , se jetant avec ses enfans aux piedsde Vespasien , lui parla.en cestermes:

« Voyez, César, À vos genoux la femme et les enfans de l'infortuné Sabinus, ces enfans inmoens, élevés dans un lugubre cachot, et qui, pour Ma première fois, jouissent

24 MORALE de la vue du soleil. Eh quoi ! cet astre radieux qui ne luit pour eux que depuis si peu d’instans, doit-il éclairer le supplice de Sabinus? et ce jour , qui les arrache des ténèbres et de la captivité, doit-il être enfin le dernier des jours de leur père 7...., Mais quel fut le crime de Sabinus? l’ambition. César , si cette passion n’eût pas dominé dans votre âme , feriez-vous le bonheur de l’univers? seriez-vous l’arbitre du sort de mon époux %... Vous avez prouvé jusqu’ici que la Értune ne fut point aveugle en vous favorisant; achevez de la justifier par votre clémence. Tout vous est soumis ; vous régnez. Ab ! connaissez le plus doux charme de ce haut rang où vous a placé le sort; plaignez les malheureux , et sachez pardonner. Pourriez-vous être insensible aux pleurs d’une épouse, d’une mère, aux gémissemens de ses enfans? Vous êtes souverain, vous êtes père, et l’innocence et la nature auraient en vain versé des larmes à vos pieds! Hélas! le ciel ne s’est-il pas chargé lui- . même du châtiment de Sabinus! ne vous a-t-il pas ôté le droit de le punir, en ne le livrant entre vos mains qu'après neuf ans de captivité 7... Souffrirez- vous qu’on puisse vous reprocher un jour un excès de rigueur si peu nécessaire à votre sûreté? Ah ! César, songez-y; votre inflexibilité ne peut ravir à Sabinus qu'une vie obscure etlanguissante ,tandisqu’elle ternirait, aux yeux de la postérité, cette gloire si brillante et si pure, heureux et juste fruit de vos travaux et de vos exploits! » |

On demandera sans liée , après la lecture de cette anecdote intéressante, s1 Vespasien se

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laissa toucher. Hélas ! non ; et ce prince, peu sensible à tant de vertus , condamna à la mort l'époux d'Eponine, qui, engagé dans un parti contraireausien, avaitmanifesté des prétentions à l’empire. Au reste , l’héroïsme d’Eponine ne se démeutit pas jusqu’au dernier instant, et elle accompagna son mari au supplice.

Si les dieux, dit un ancien philosophe, pleins de douceur et de bonté, ne lancent pas leur foudre vengeresse surles têtes coupables des grands et des souverains , combien est-il plus juste qu’un homme qui a le pouvoir sur d’autres hommes, n’en use qu'avec clémence ! Y a-t-il quelqu'un à qui la clémence convienne mieux qu’à un souverain ? La souveraine autorité n’est honorable qu’autant qu’elle fait du bien, Quelle gloire y a-t-1là n’user de son pou-

voir que pour nuire !

Trait de sensibilité.

Les louanges accordées aux grands hommes sont quelquefois moins décisives en faveur de leur mérite , qu’une certaine sensibilité qu’on éprouve en leur racontant leurs vertus.

Un événement assez récent, et bien fait pour toucher les cœurs sensibles, prouve combien la mémoire de Massillon est précieuse, non-seulement aux indigens dont il a essuyé les larmes ; mais à tous ceux qui l'ont connu. Il y à queiques années qu’un voyageur qui se trouvait à

Clermont, désira voir la maison de campagne

où ce prélat passait la plus grande partie de

l’année. Il s'adressa à un ancien grand-vicaire

qui, depuis la mort de l’évêque, n'avait pas eula 6)

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