‹ La morale en action ou Choix de faits mémorables et instructifs, propres à faire aimer la religion, la sagesse, à former le cœur par l'exemple de toutes les vertus [microforme]Chapitre 6 sur 31 · LE · texte numérisé non relu

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force de retourner à cette maison de campagne, oùilnedevait plus retrouver celui qui l’habitait, | Le grand-vicaire consentit néanmoins à satis- | faire le désir du voyageur , malgré la douleur profonde qu’il se préparait en allant revoir des

lieux si tristement chers à son souvenir. Ils partirentdoncensemble, etle grand-vicaire montra

tout à l'étranger : « Voilà , lui disait-il les larmes aux yeux, l'allée où ce digne prélat se # promenai: avec nous ;.… voilà le berceau où il se reposait en faisant quelques lectures ;.... voilà j Je jardin qu'il cultivait de ses propres mains...»

Jls entrèrent ensuite dans la maisonset quandils . furent arrivés à la chambre où Massillon avait reudu les derniers soupirs : « Voilà, dit le grandvicaire, l'endroit où nous l’avons perdu; » et il s'évanouit en prononçant ces mots. La cendre de Titus et de Marc-Aurele eût envié un pareil hommage.

Exemple de continence. | 3j

Scrrrox , après être sorti des dangers de la guerre, en rencontra un autre bien plus délicat ; et plus difficile à surmonter. Ure troupe de ses gens, croyant le prendre par un faible assez ordinaire aux plus grands homines, lui amena nue jeuue Espagnole de condition noble, et

d’une beauté si éclatante qu’elle charmait tous Y ceux qui la voyaient. Scipion était dans l’âge VE

où les passions font sentir leur empire avec le À

plus d’impétuosité , n'ayant alors que vingt. sept aus; 1l était lui-même d’une ja très- | noble et très-aimable. Ses soldats ne doutèrent | poiut qu'il ne devint sensible pour cette jeune |

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beanté ; ils crurent lui présenter un trésor inestimable. « Vous ne vous trompez pas, soldats, leur dit-il en regardant avec douceur la jeune Espagnole; voilà le présent le plus agréable qne vous puissiez me faire dans un autre temps : ; mais, chargé des soins du commandement, il ne me reste point d’instans que je puisse onuer aux plaisirs. »

S’étant ensuite fait rendre compte de la condition et de la naissance de cette captive , qui était tont en pleurs avec sa mère , il apprit qu ’elle était promise en mariage à un jeune prince espagnol nommé Allucion qu'elle aimait, et dont elle était aimée uniquement. Il e11vOya chercher Allncion avec les parens de-la captive. « Jeune prince, lui dit-il, je sais la passion de cette aimable personne pour vous, je connais la vôtre pour elle, et j” ai appris que vous avez dessein de l’épouser ; je l’ai fait garder par des personnes sûres , depuis qu’elle est en mon pouvoir, et je vous la remets aussi teudre, aussi fidèle, et aussi digne de vous qu'elle l’était avant que d’être dans mes mains. Je suis charmé d’avoir pu contribuer à nne si belle nnion, d’où: épeud votre bonleuret le sien. Je crois vousrendre à tous deux un'assez grand service, pour être en droit d'attendre de vons quelque reconnaissance ; et je l'exige : c’est que vous $0ÿez désormais amis du peuple romain.

S1 ce que Je fais pour vous vous iusplr: des seutineris qui me soient favorables , croyez que Rome n’est peuplée que de citoyens qui agiraient comme moi dans une pareille occasion. »

Allucion, ravi d’admiration, serrait étroite-

mentles mains de Scipion , en priant les dieux, au défaut de sa voix impuissante pour exprimer les sentimens de son cœur, de l’acquitter des obligations qu’il lui avait. Il jugeait des Romains par les Carthaginois, 1l les croyait aussi intéressés; et , dans cette persuasion, 1l avait apporté tous ses trésors avec lui pour racheter cellequ’il aimait. Scipion les refusa long-temps; cependant, comme Allucion le pressait tourjours de les accepter, il consentit qu’on les mît par terre : « Mais ce n’est, ajouta-t-il, qu’à condition que je pourrai en faire présent à votre épouse, ei que cela fera partie de sa dot, comme ce qu’elle recevra de sa famille, »

Il fallut, après s'être long-temps défendu, que la générosité dn prince espagnol cédât à celle de Scipion; il acquiesça donc, et retonrna dans son pays avec la jeune princesse, en publiant avec elle les louanges de leur bienfaiteur. « Ce n’est point un homme, disaient-ils à tous ceux qu’ils rencontraient; ou si c'enestun, il égale les dieux par la grandenret la noblesse de ses sentimens : 1l triomphe de ses ennemis par les armes; et, lorsqu'il les a soumis, il les gagne par ses bienfaits. » Il revint pen de temps après rejoindre Scipion à la tête d’un corps de cavalerie dequatorze mille hommes, fit alliance avec lni, et ne le quitta point tant que dura la guerre d'Espagne.

Allucion ne se contenta pas de ces preuves de zèle, 1l voulnt consacrer sa reconnaissance et la générosité de Scipion, par un témoignage qui fit passer l'nne et l’autre à la postérité. II fit faire dans cette vue un bouclier votif, sur leqnel

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il était représenté recevant des mains deScipion la jeune princesse avec laquelle il était fiancé. J'ai vu ce monument , aussi considérable que précieux, dans le cabinet des médailles du rot, où il est aujourd’hui, après avoir été près de 1900 ans dans le Rhône, où périt sans doute l'équipage de Scipion lorsqu'il retourna d’Espagne en Îtalie. Ce bouclier fut trouvé, par un hasard extraordinaire, en 1690. IL contient 42 marcs d'argent fin, ce qui fait la valeur d’environ 1300 francs de notre monnaie. Son diamètre est de 26 pouces. Le goût naïf et tout uni qui règne dans le dessin, dans les attitudes, dans les contours et dans les figures, fait connaître la simplicité des arts de ces siècles, où l’on fu yait tous Les ornemens recherchés pour ne s'attacher qu'aux beautés naturelles.

Se commander à soi-même; victoire éclatante.

Dass la prise du château de Solré, qui était le plus fort de tout le Hainault, les soldats ayant trouvé une femme d’une très-grande beauté, l’amenèrent au vicomte de Turenne comme la plus précieuse portion du butin, et celle quidevait le plus flattersesdésirs. Sansfaire parade de l'empire qu’il a sur lui-même , le général fait semblant de ne pas pénétrer le dessein de ses soldats ; et comme si, en lui amenant cette femine, ils n'avaient pensé qu’à la dérober à la brutalité de leurs camarades, :l les loua beaucoup d’une conduite si sage ; il fait chercher son mari en diligence , il la remet entire ses mains, en lui témoignant que c'était à la retenue et à la discrétion de ses soldats

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qu'il devait la conservation de l'honneur de sa femme. Ce qu’on a dit du roi Robert, qu'il était roi de ses mœurs, peut trouver ici une juste application, Charles-Quint, pressé de se livrer au penchant qu'il avait pour la ferme d’un des meilleurs officiers de son armée : À Dieu ne plaise, dit-il, quej'offense l'honneur d’un homme qui défend le mien l'épée à lu nain !

Arnmann Maillé de Brezé, amiral de France, reçut à Paris la visite d’une dame de condition du Poitou; elle avait quitté la province pour venir poursuivre nn procès. L’argent lui manquait ; la partie adverse était puissante : elle exposa ingénnment sa situation à M. de Brezé.

Les malheureux trouvent toujours des protecteurs dans les âmes vraiment grandes. Sur-lechamp il lui remit trois cents louis ; un de ses cochers eut ordre de se rendre tous les jours à la porte de la dame. Lui-même voulnt voir et solliciter ses juges ; elle gagna son procès. Pénétréedereconnaissance, etne sachantcomment la lni témoigner, elle alla le remercier, accompagnée de sa fille, quiétait jeune et belle. « Monsieur , lui dit-elle, vos services sont bien audessus de tout ce que je pourrais faire pour les recounaître : il n’y a que ma fille qui puisse m'acquitter auprès de vous. »

L’amiral fut révolté d’un pareil discours.

Une mère oubliait ce qu’elle devait à la vertu et à elle-même, il s’en souvint; c'était une de ces âmes qui font le bien pour le plaisir de le faire, et"à qui nn acte de vertu coûte moins

wun crime aux autres. Il amène la demoiselle vers une fenêtre, et lui parlant avec sux-

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EN ACTION, 31 prise de ce qu'il venait d'entendre, il lui

insinua que son innocence n'était pas en sûreté auprès d’une mère capabledes’oublier à ce point. Elle laisse couler des larmes; elle lui avoua que depuis quelqne temps elle pensait à être religieuse. L’amiral se défia d’abord de son dessein; mais voyant qu’elle y était bien afiermie, il la conduisit sur l’heure dans le monastère qu’elle lui avait indiqné, et pa ya d'avance tout ce qu’il fallait pour la pension de son noviciat. Ce ne fut pas assez ; toujours généreux, toujours digne de sa vertu , qnelqnes joursavant la profession, il fit remettre à la Supérieure 8ooofrancs, dont il voulut que l’acte fût passé au nom de la demoiselle, sans que le sien y parût. Il est à propos d'observer que l’amiral était pour Île moins aussi jeune que Scipion lorsqu'il donna ce bel exemple de sagesse et de désintéressement qu’on a tant célébré. Il.n’avait que vingt-sept ansquand il futtué d’un conp de canon au siège

d’Orbitello , le 14 juin 1646.

Turewne, étant sur le point d'attaquer les lignes des ennemis qui assiégeaient ja ville d'Arras, n'avait point les outils qui Ini étaient nécessaires. Îl en envoya demander par nn de ses gardes au SA AT la Ferté. Le garde vint bientôt après dire que M. de Ta Ferté ne les avait p-3 seulement refusés , mais encore qu'ilavait accompagné son refus de paroles fort désobligeantes pour M. de Turenne, Le vicomte se tournant alors vers les officiers qui se trouvaient auprès de lui, se contenta de dire: Puisgu'ilest sien colère, il faut se passer de ses outils, et faire comme si nous les avions. ’

32 MORALE Le même maréchalgayant trouvé un antre garde du vicomte de Turenne hors du camp, lui demanda ce qu’il faisait; et, sans attendre sa réponse, 1l s’avança sur lui, et le chargea à coups decanne. Le malheureux vint se présenter tout en sang à son maître, exagérant fort les mauvais traitemens qu'il avait reçns. Le vicomte feignant de s’en prendre aû garde même: I faut, lui dit-il, que vous soyez un bien méchant homme pour l'avoir obligé à vous traiter de lu sorte! Ayant envoyé chercher le lieutenant de ses gardes , il lui ordonna de mener sur-le-chample inême garde au maréchaldela Ferté, de lui dire qu’il lui faisait excuse de ce qne cet hommelni avait manqué de respect, et qu'il le remettait entreses mains pour en faire telle punition qu'il lui plairait. Cette modération étonna toute l’armée. Le maréchal de la Ferté, surpris luimême, s’écria avec une espèce de jurement qui lui était assez ordinaire : Cet homme sera-t-il tou- Jours sage, et moi toujours fou ?

Le carrosse de M. de Turenne s'étant trouvé un jour arrêté, dans les rues de Paris; par un embarras, un jeune homme de qualité qui ne le connaissait point, et dont le carrnsse était à la suite du sien, descend, et tômbeà grands coups de canne sur le cocher du vicomte L Turenne, parce qu’il n’avançait pas assez tôt à son gré. Le vicomte regardait tranquillement cette scène; mais un marchand étant alors sorti de sa boutique, un bâton à la main, se mit à crier : Comment on maltraite ainsi les gens de JH. de Turenne ?

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Ce jeunehomme, qui à ce nom se crut perdu, courut à la portière du carrosse de M. de Turennelui demander pardon. Le vicomte, qu'il croyait bien en colère, s’étant inis à sourire : Monsieur, vous vous entendez fort bien à cor« riger mes gens; quand ils feront des sottises, ce qui leur arrive assez souvent, je vous les enverrai. M. de Turenne se possédant ainsi dans ces sortes d'occasions où les autres hommes ne sout plus maîtres d’eux - mêmes, n’est il ; ns digne d'être mis en parallèle avecles plus grands hommes de Rome ? La Grèce eñt-elle refusé de le mettre au nombre de ses sages ?

J ugement mémorable.

Us riche inspecteur des manufactures de la Chine, étant sur le point de faire une longue tournée, donna un gouverneur à ses deux Fe, dont l’aîné n’avaitque neuf ans, et qui tous deux annonçaient d’heureuses dispositions. Le père fut à peine parti que l’instituteur, abusant de l'autorité qu’on lui avait confiée, devint le tyran de la maison. Il é'oigna les honnêtes gens qui pouvaient éclairer ses démarches jet fit chasser ceux d’entre les domestiques qui avaient le plus à cœur les intérêts de leur maïtre-absent. On eut beau l’instruire de ce désordre , 1l n’en voulut rien croire, parce qu'ayant une belle âme ,1l n'imaginait pas qu'on pût jamais en agir ainsi. Ce n’eût été encore qne demi-mal, si ce méchant pédagogue eût pu donner à ses écolicrs quelques vertus et des talens; mais comme il èn manquait lui-même, il n’en fit que des enfans grossiers , impérieux , faux, cruels, li-

bertins, et ignorans. Après cinq ans de course, l'inspecteur , de retour ,. vit enfin.la vérité, mais trop tard ; et, sans autrement puuir le serpeut qu’il avait réchauffé dans son sein, il se contenta de le renvoyer, Ce monstre eut l’impudence de citer son maître au tribunal d’un mandarin, pour qu’on eût à lui payer la pension qu’on luisavait promise.

«Je le payerais très- volontiers, et même double (répondit-il en présence du juge ), si ce malheureux m'avait rendu mes enfans tels que

je devais naturellement l'espérer. Les voici,

(poursuivit-ilen s'adressant à l’homme de ia loi), examinez-les, et prononcez. » En effet, après les avoir interrogés, et entendu toutes leurs inepties ; le mandarin porta cette sentence mémorable : Je condamne cet éducateur à la mort, comme homicide de ses élèves ,; et leur père à l’amende de trois livres de poudr: d’or,non pour l'avoir choisi mauvais, car ou peut se tromper, mais pour avoir eu la faiblesse de Le conserver s1 long-temps. Il faut qu’un homme, ajouta-t:il par réflexion , ait la force d’en reprendre un autre quand'1l le mérite, et surtout si le bien de plusieurs l'exige.

Le généreux Villageois.

Daws un débordement de l’Adige, le pont de Vérone fut emporté , une arcade, moe l’autre. Il ne resteit plus que l’arcade du milieu sur laquelle étaitune maison, et dans cette maison une famille entière. Du rivage on voyait cette famille éplorée tendre les mains, demander du secours, Cependant la force du torrent

de course , érité, mais

le serpent y ilse conut l'impud'un man.

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Les voici ,.

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le pont près l’aumilieu ette maivoyait demantorrent

EN ACTION. 35 détruisait à vue d'œil les piliers de l’arcade. Daus ce péril, le comte Spolverini propose une bourse de cent louis à celui qui aura le courage d’aller, sur un bateau , délivrer ces malheureux. Il ÿ avait à courir le danger d’être pre par le rapidité du fleuve, ou de voir, en abordant audessous de la maison , crouler sur soi l’arcade ruinée, Le concours du peuple était innomorable, et personne n’ose s'offrir. Dans ce moment passe un jeune villageois; on lui dit quelle est l’entreprise proposée, et quel sera le prix du succès. Il monte sur un bateau, gagne à force de rames le milieu du fleuve, A 2 attend au bas de la pile que toute la famille, père, mère, enfans, vicilerde, se glissant le long d'une corde , soient descendus dans le bateau. « Courage, dit-il, vous voilà sauvés. » Il rame, surmonte l'effort des eaux, et regagne enfin le rivage,

Le comte Spolverini veut lui donner la récompense promise. « Je ne vends point ma vie, lui dit le villageois; mon travail suffit pour me nourrir, moi, ma femme et mes enfans ; donnez cela à cette pauvre famille, qui en a besoin plus que moi. »

Il serait bien facile, je crois, d’ennoblir de tels incidens sans en altérer le pathétique; et un poème où l’humanité se présenterait sous des formes sitouchantes, se passerait fort bien de ce qu’on appelle le merveilleux.

La Piété filiale.

Le feu du Mont-Etna, après avoir renversé tous les obstacles , et brisé toutes les digues qui

36 MORALE s’opposaient à son passage, sortait un jour avec impétuosité, et se répandait de tous côtés. Ce torrent portait partout le ravage et la désolation. Les moissons et tons les lieux cultivés d’alentour , les maisons, les forêts et les collines couvertes de verdure, tout était la proie de ce terrible élément. A peine les flammes avaient commencé à se répandre, que Catane se sentit agitée d’un violent tremblement de terre; ot vit mème qu’elles avaient déjà pénétré dans la ville, Chacun tâche alors, selon ses forces et son courage, d’arracher ses richesses à la fureur du feu, L’un gémit sous le pesant fardeau de son argent ; l’autre est si troublé, qu’il prend les armes, comme s’1l voulait combattre contre cet élément ; celui-ci, accablé sous le poids de ses richesses, peut-être acquises par ses crimes , nesauraitavancer,pendantquele pauvre,chargé d’un fardean plus léger, court avec une extrême vitesse ; enfin chacun fuit, chacun emporte ce qu'ila de précieux. Maistous ne peuvent paségalement se sauver ; le feu dévore ceux qui sont les plus lents à fuir, et ceux qu’une sordide avarice a retenus trop long-temps. Ceux qui croient avoir échappé à la fureur de l’incendie en sont atteints, et perdent en un moment les richesses qu'ilsavaient enlevéeset le fruit de leurs peines; ces précieuses dépouilles deviennent la pâture de la flamme qui, dans sa fureur , n’épargne

que ceux qu’anime la piété.

Commele feu gagnait déjà les maisons voisines, Amphinoneetson frèreaperçurent leur père -etleur mère accablés de vieillesse et d'infirmités, se soutenant à peile à la porte de leur maison où

n jour avec IS côtés. Ce la désolaux cultivés les collines proie de ce 1es avaient 16 se sentit terre; où tré dans la :s forces et à la fureur fardeau de u’il prend ttre contre le poids de es crimes, vre,chargé 1e extrême mporte ce ht paségaui sont les dide avau1 croient 1e en sont s richesses S peines; la pâture ‘épargne

bris vOis1= leur père firmités ; aison où

EN ACTION. 37 ils s'étaient traînés; ces deux enfans courent à eux, es prennent et partagent ce fardeau, sous lequelilssententaugmenter leursforces, O troupe avare! épargme-toi la peine d'emporter ces trésors ; jette les yeux sur ces deux frères, qui ne connaissent d’autres richesses que leur père et leur mère. Ils enlèvent ce pieux butin, et marchent À travers les flammes, comme si le feu leur avait promis de les épargner. O piété ! la plus grand: de toutes les vertns, celle qui doit être la plus recommandable aux hommes : les flammes la respectent dans ces jeunes gens, et, de quelque côté qu’ils tournent leurs pas, elles se retirent. Jour Feureux, malgré ses ravages! quoique l’incendie exerce sa fureur de tous côtés, les deux frères traversent toutes les. flammes comme en triomphe; ils échappèrent l'un et l’autre , sous ce pieux fardeau, à a violence du feu , quimodère sa fureurautour d eux : enfin ils arrivent en lieu de sûreté, sans avoir reçu aucun mal. Les poètes ont célébré leurs lonanges. DE 7. | On a beaucoup vanté cette histoire; ce qui prouve que les actions de cette espèce n étaent pas communes alors. Quelque méchant qu’on suppose le genre humain de nos jours, pensezvous que le grand nombre des enfans n en el, pas fait autant ? Je suis sûr que si le fait arrivait encore, on ne donnerait pas de si grands éloges à une action très-louable, mais très-raturelle. Je crois que nous sommes portés à exalter l’'humaunilé et la vertu des hommes de ces premiers temps, parce que les vertus n'étaient pas aussi communes qu’elles le sont aujourd’hui.

Ces deux frères se sont rendus si fameux par cette action, queSyracuse et Catane se disputent encore à présent l'honneur de leur avoir donné la naissance. L’une et l’autre de ces villes ont dédié des temples à la piété filiale, en mémoire de cet événement. |

Trait d'amour fraternel, anecdote portugaise.

Es 1585, des troupes portugaises qui passaient dans les Indes, firent naufrage. Une par tie aborda dans le pays des Cafres ,.et l’autre se mit à la mer sur une barque construite des débris du vaisseau. Le pilote s’apercevant que le bâtiment était trop chargé, avertit le chef Edouard de Mello, que l’on va couler à fond si l’on ne jette dans l’eau une douzaine de victimes. Le sort tomba ,entr’antres, surun soldat dont l’histoire m'a point conservé le nom. Son jeune frère tombe aux genoux de Mello, et demande avec instance de prendre la place de son aîné, « Mon frère, dit-il, est plns capable que moi ; il nourrit mon père, ma mère et mes sœurs ; s'ils le perdent, ils mourront tous de misère; conservez leur vie en conservant la sienne , etfaites-moi périr, moi qui ne puis leur être d'aucun secours. » Mello y consent, et le fait jeter à la mer. Le jeune hominie suit la barque pendant six heures; enfin il la rejoint : on menace de le tuer s’il tente de s’y introduire. L'amour de la conservation triomphe de la meace : il s'approche; on veut le frapper avec une épée, qu'il saisit et qu’il retient jusqu’à ce qu'il soit entré. Sa constance touche tout le

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fameux par se disputent avoir donné 8 villes ont nn mémoire

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et l’autre se uite des dévant que le tit le chef uler à fond aine de vicrun soldat nom. Son Mello, et la place de ns capable 1ere et mes nt tous de servant la e puis leur ent, et Le uit la barejoint : on ntroduire, de la mepper avec jusqu’à ce e tout le

monde : on lui permet enfin de rester avec les autres, et1l parvient ainsi à sauver sa vie et celle de son frère.

Notice sur la Fête de la Rose , établie à Salency par Saint-Médard, évêque de Noyon, dans le

. e CA cinquième siècle.

L’rwsrirurion de la fête dela Roseest très-ancienne ; on l’attribue à Stint-Médard , évêque de Noyon, qui vivait dans le cinquième siècle denotreère, du temps de Clovis. Ce bon évêque, qui était en même temps seigneur de Salency, village à une demi-lieue de Noyon, avait imaginé de donner tous les ans à celle des filles de sa terre qui jouirait de la plus grande réputation de vertu , une somme de 25 fr. et une couronne ou chapeau de roses. On dit qu’il donna lui-même ce prix glorieux à une de ses sœurs,

ne la voix publique avait nommée pour être Rosière. On voit encore au-dessus de l’autel de la chapelle de Saint-Médard, située à l’une des extrémités du village de Salency , un tableau où ce saint prélat est représenté en habits pouüficaux , et mettant une couronne de roses sur la tête de sa sœur, qui est coiffée en cheveux, et à genoux.

Cette récompense devint pour les filles de Salency un puissant motif de sagesse : indépendamment de l’honneur qu’en retirait la Rosière, elle trouvait in!aïlliblement à se marier dans l’année. Saint-Médard, frappéde ces avautages, perpétna. cet établissement : il détacha des domaines de sa terre douze arpens, dont il

Î 40 MORALE $ affecta les revenus an paiement de 25 francs et des frais accessoires de la cérémonie de la

| ens

Rose: \ : son

Par le titre de la fondation , il faut non-scule- “dde

| ment que la Rosière ait une conduite irrépro- cott chable, mais que son père, sa mère, ses frères , tenc ses sœurs et autres parens , en remontant Jus— du «

D qu’à la quatrième génération , soient enx-mêmes

irrépréhensibles. La tache la plus légère, le nell

moindre soupçon, h* plus petit nuage dans sa pell

famille, seraient un titre d'exclusion. l'of

Le seigneur de Salency a toujours été en pos- qui session, et seul jouit encore du droit de choisir d’u la Rosière entre trois filles du village de Sa- ann lency, qu’on lui présente un mois d'avance. disc ï Lorsqu'il l’a nommée, 1l est obligé de la fuire la ce annoncer au prône de la paroisse, afin que les | gen

autres filles , ses rivales, aient le temps d’exa- N enp

miner ce choix, et de le contredire , s’il n’était U tice. pas conforme à la justice la plus rigoureuse. Cet % 1É examen se fait avec l’impartialité la plus sévère: ‘ den

ce n’est qu'après cette épreuve que le choix du |

seigneur est confirmé. * Sr Le 6 juin, jour de la fête de Saint-Mé- F: #

dard, vers les deux heures après midi, la Ro- | de V:

sière, vêiue de blanc, les cheveux flottans en U dB

grosses boucles sur les épaules, accompagnée 4 gneut

de sa famille et de douze filles aussi vêtues de 1 don

blanc, avec un large ruban bleu en baudrier, 1 ycon , 8

ha ee

auxquelles douze garçons du village donnent la Me

main, se rendent au château de Salency, au À E Q La une

sou des tambours, des violons, des musettes, etc. ee

Le seigneur ou son épouse va la recevoir Ini- 4 ob

mème ; elle lui fait un petit compliment pour U ent

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francs et

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»n-seuleirrépro- 2s frères »

ant jus- K-mêmes gère, le > dans sa

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EN ACTION. 41 le remercier de la préférence qu’il li a donnée: ensuite le seigneur ou celui qui le représente, et son bailli, lui donnent chacun la main ; et, précédés des instrunmens, suivis d’un nombreux cortége , ils la mènent à la paroisse, où elle eutend les vêpres sur un prie-dieu placé au milieu du chœur.

Les vêpres finies, le clergé sort processionnellement avec le peuple, ponr aller à la chapelle de Saint-Médard. C’est là que le curé on l’officiant bénit la couronne ou chapeau de roses

ui est sur l'autel. Ce chapeau est entouré d’un rnban bleu *, et garni sur le devant d’un annean d'argent. Après la bénédiction et nn discours analogne au sujet, le célébrant pose la couronne sur la tête de la Rosière, qui est à genoux , et lui remet en même temps les 25 fr. en présence dn seigneur et des officiers de sa justice.

La Rosière, ainsi couronnée, est conduite de nouveau par le seigneur ou son fiscal, et

* Louis YIII se trouvant, il y a 150 ans, au château de Varennes (il appartient aujourd’hui à M. le marquis de Barbançon), près Salency, M. de Belloy, alors seigneur de ce dernier village , supplia ce monarque de faire donner enson nom cette récompense de la vertu, Louis XLIE y consentit, et envoya M. le marquis de Gordes , son premier capitaine des gardes, qui fit la cérémonie de la Rose pour Sa Majesté, et qui, par ses ordres, ajouta aux fleurs une bague d'argent et un cordon bleu, C'est depuis cette époque que la Aosière reçoit cette bague, et qu'elle et ses compagnes sont déçorées de ce ruban. Tous ces faits sont eonstaiés par les titres les plus authentiques.

42 MORALE toute sa suite, jusqu’à la paroisse, où l’on

chante le Te Deum et une antienne à Saint-Mé.-

dard, au bruit de la mousqueterie des jeunes gens du village. Au sortir de l’église, le seigneur ou son représentant mène la Rosière jusqu'au milieu de la grande rue de Salency, où des censitaires de la seigneurie ont fait dresser une table garnie d’une nappe, de six servicttes, de six assiettes, de deux couteaux , d’une salière pleine de sel, d’un lot de vin clairet en deux pots (environ deux pintes et demie de Paris), de deux verres, d’un demi-lot d’eau fraîche, de deux pains blancs d’unsou, d’un demi-cent de noix etd’un fromage de trois sous. On donne encore à la Rosière, par forme d'hommage, une flèche, deux balles de paume, et un sifflet de corne avec lequel un des censitaires siffle trois fois avant que de l'offrir. Ils sont obligés de satisfaire exactement à toutes ces servitudes, sous peine de 3 francs d'amende.

De là toute l’assemblée se rend dans la tour du château, sous un gros arbre, où le seigneur danse Le premier avec la Rosière. Ce bal champêtre finit au coucher du soleil. Le lendemain, dans l’après-midi, la Rosière invite chez elle toutes les filles du village, et leur donne une grande collation , suivie de tous les diveriissemens ordinaires en pareil cas.

On ne saurait croire combien cet établissenent excite à Salency l’émulation des mœurs et de la sagesse. Tous les habitans du village, composé de 146 feux, sont doux, honnêtes, so-

brés, laborieux. Ils sont environ 500 ; ilsn’ont point de charrne; chacun bêche sa portion de

natu enco sexe sont Quel Eh !

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terre, et tout lemonde y vit satisfuit deson sort. On assure qu'il n’y a pas un seul exempie, pas un seul, dans toute la rigueur du terme, je ne dis pas d’un crime commis à Salency par un naturel du lieu, mais même d’un vice grossier, encore moins d’une faiblesse de la part du sexe, tandis que tous les paysans des environs sont aussi brutaux, aussi vicieux qu'ailleurs. Quel bien produit un seul établissement sage ! Eh ! que ne ferait-on pas des hommes, en attachant de l'honneur et de la gloire au mérite et à la vertu ? Il ne manquerait plus à notrs corruptiou que de jeter du ridicule sur la fête de la Rose, et sur le plaisir pur qu’elle doit faire aux âmes honnêtes et sensibles! (FrÉRON.)

Exemple célèbre d'amour filial.

Les annales japonnaises font mention de cet exemple extraordinaire d'amour filial. Une

femme était restée veuve avec trois garçons, et ne subsistait que de leur travail. Quoique le prix de cette subsistance fût peu considérable, les travaux néanmoins de ces jeunes gens n’étaient pas toujours suffisans pour y subvenir. Le spectacle d’une mère qu'ils chérissaient , en proie au besoin, leur fit un jour concevoir la plus étrange résolution. On avait publié depuis peu que quiconque livrerait à la justice le voleur de certains effets, toucherait nne somme asseg considérable. Les trois frères s’accordent entr'eux qu’un des trois passera pour ce voleur, et que les deux autres le mèneront au juge. Ils tirent au sort pour savoir qui sera la victime de l'amour filial, et le sort tombe. sur le plus

0 ms

44 MORALE jeune, qui se laisse lier et conduire comme nn criminel. Le magistrat l'interroge; 1l répond ur il a volé : on l’envoie eu prison , et ceux qui l'ont conduit touchent la somme promise. Leur cœur s’attendrit alors sur le danger de leur frère : 1ls trouvent le moyen d'entrer dans la prison , et croyant de n'être vus de personne, ils l’embrassent tendrement , et l’arrosent de lenrs larmes. Le magistrat, qui les aperçoit par hasard, surpris d’un spectacle si nouveau, donne RER à un de ses gens de suivre ces deux délateurs ; 1l lui enjointexpressément de ne les point perdre de vue, qu'il n ’ait découvert de quoi éclaircir un fait si singulier. Le domestique s "acquitte parfaitement de la commission, et rapporte qu ’ayant vu causes ces deux ] Jeunes ens dans une maison , il s’en était approché, et les avait entendu raconter à lenr mère ce | qu ou vient de lire; que la pauvre femme, à ce récit, avait jeté des cris lamentables, et qu’elle avait ordonné à ses enfans de reporter l'argent .qu ‘on leur avait donné, disant «nelle aimait mieux mourir de faim que de se conserver la vie au prix de celle de son cher fils. Le magistrat, pouvant à peine concevoir ce’ ‘prodige de piété filiale, fait venir aussitôt son prisonnier, l’interroge de nouveau sur ses prétendus vols , le menace même du plus:cruel supplice ; mais le jeune homme, tout occupé de sa tendresse pour sa mère, reste immobile. « Ah!

c'en est trop , lui dit le magistrat en se jetant à son cou : enfant vertuenx, votre conduite m'étonne. » Il va a aussitôt faire son rapport à l’empereur, qui, charmé d’une affection si hé.

omme nr 1l répond ceux qui use. Leur r de leur r dans la sonne , 1ls t de'lenrs it par hau, donne nivre ces rent de ne découvert .e domes- 1missiOn »

ux jeunes approché, mes ce ime, à ce et qu’elle er l'argent le aimait nserver la . Le mae' prodige 4} prisonprétendus supplice ; de sa tenle. « Ah!

e jetant à luite m'ébit. à l'emn si hé.

roïque , voulut voir les trois frères, les combla de caresses, assigna au plus jeune une pension considérable, et une mo‘ndre à chacun des deux autres.

Apologue.

Cosnoës, roi de Perse , dit le philosophe Sadi, avait un ministre don: il était content, et dont ilse croyait aimé. Un jour ce At vint lui demander à se retirer. Cosroès lui dit : « Pourquoi veux-tu me quitter ? J'ai fait tomber sur toi la rosée de ma bienfaisance ; mes esclaves ne distinguent point tes ordres des miens : je t'ai approché de mon cœur, ne t’en éloignejamais. » Mitrane ( c'était le nom du ministre ) répondit : « O roi! je t'ai servi avec zèle, et tu m'en as trop: récompensé ; maïs la nature m’impose aujourd’hui des devcirs sacrés ; laisse-mi les remplir : j'ai un fils, il n’a que moi pour lut apprendre à te servir un jour comme je {’ai serv1.9— « Je te permets de te retirer, dit Cosroès, mais à une condition : : Parmu les hommes de bien que tu m'as fait connaître , 1l n’en est aucuri qui soit aussi digne que toi d'éclairer et d'élever l'âme de mon £ls; finis ta: carrière par le plus grand service qu 'elle puisse rendre anx autres hommes; qu'ils te doivent un bon maîtres je connais la corruption de la cour, 1l ne faut pas qu’un jeune prince la respire : prends mou fils, et va l’instruire avec le tien dans la retraite, au sein de l’innocence et de la vertu. » Mitrane partit avec les ueux enfans,, et y'après cinq ou six années, il revint avec eux au de Cosroès, qui fut charmé de revoir son ÿ 1 ,

= pur PERL. S SZ

46 MORALE mais qui ne le trouva paségal en mérite au fils de son ancien ministre, Cosroës sentit cette différence avec une douleur amère , et il s’en plainit à Mitrane. « O roi! lui dit Mitrane, mon ils a fait un meilleur usage que le tien des leçons que j'ai données à l’un et à l’autre : mes soins ont été également partagés entr’eux ; mais mon fils savait qu'il aurait besoin des hommes, et je n'ai pu cacher au tien que les hommes auraient besoin de lui. »

Fait remarquable tiré de Phistoire de Provence.

La ville de Manosque, dans le 16°. siecle, a été témoin d’un trait de vertu qui mérite d’être rapporté. Frauçois[®". étant allé dans cette ville, loyea chez un particulier dont la fille lui avait présenté les clefs de la ville : c'était une jeune personne d’une rare beauté, et d’une vertu plus rare encore. S’étant aperçue qu’elle avait fait sur l'esprit du roi une impression que ce monarque n’avait pu cacher, elle alla mettre du soufre dans un réchaud ; et en reçut la fumée au visage pour se défigurer ; ce qui lui réussit au

oint. qu’elle devint méconnaissable. Fran-

. çais I°*, fur d'autant plus frappé de. ce trait de

vertu ÿ qu'ici la vanité de subjuguer nn roi était un piége dangereux dans un âge où l’envie de plaire est déjà si forte et si naturelle. Le monarque, voulant Lui donner une marque de son estime ; Lui assura une somme considérable pour sa dos. st

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te au fils cette difs’en plaine, mon en des leitre : nes ux ; mais 10Immes , hommes

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Anecdotes sur le Duel et les Duellistes.

Le vrai brave consacre son courage à la défense de sa patrie.

Je ne sais où j'ai lu le trait suivant, que je crois être de M. de Turenne lini-même, avant qu’il fût avancé dans le service. Etant appelé en duel par un autre officier, il répondit: «Je ne sais pas me battre en dépit des lois ; inais je saurai aussi bien que vous affronter le danger, quand le devoir me le permettra. Il ya un coup de main à faire, très-utile et très - honorable pour rous, mais très-périlleux : allons demander à notre général la permission de le tenter, et nous verrous qui des deux s’entirera avec plus d'honneur. » Celui qui avait proposé le duel trouva le projet si périlleux en eflet, qu’il refusa desoumettresa valeurà unepareille épreuve. Tel est le genre de courage de la plupart des duellistes. On en a vu chercher à se faire une réputation de bravoure dans des rencontres particulières , etse mettre aulitun jour de bataille,

Il yaurait, après tout, bien peu d’affaires, sx, tous ceux qui sont témoins de quelque dispute, se comportaient comme il serait à souhaiter qu'ils le fissent, d’après l’exemple que nous allons citer. |

Un jour, douze personnes avaient dîné ensemble dans une maison: après le repas, on proposa de jouer, et l’ou fit deux parties diftérentes, dans l’une desquelles il s’éleva, entre deux officiers, une disputesuivie dequelques propos assez durs; les autres personnes qui étaient

{8 MORALE présentes s’empressèrent de l’apaiser, en leur disant qu'ils avaient tort tous deux. Ceux ci, cependant, commençaient à s’échaufler , lorsu’un autre officier de la compagnie , homme . tête, très sage et très-sensé , fut à la porte de la salle, ferma la serrure à double tour, eten mit la clef dans sa poche ; ensuite , se tournant vers la compagnie, 1l dit : Personne ne sortira d'ici qu'après que ces messieurs se seront accommodés ; ilfant pour cela que celui qui est auteur de la querelle commence (car c’est lui qui a le premier tort) à faire excuse à l’autre de cequ'illnia dit; que celni qui se croit ED reçoive l’excuse, et témoigne qu’il est fâché d’avoir relevé avec trop de hauteur l’insulte qu’il croit qu’on lui a faite, et qu’ensuite ces deux messieurs s’embrassent et promettent dene rien demander davantage.. S'ils refusent dé le faire , j'en porterai mes plaintes au tribunal des maréchaux de France , et je le prierai de donner lés ordres pour empêcher un duel entre ces messieurs. La conduite de cet officier fut fort appronvée. La compagnie engagea les deux militaires à se faire des «excuses respectives , et ils s’enbrassèrent.

Anecdote. On ne doit pas juger un jeune officier d’après une première faute.

Le maréchal de Catinat se plaignit amèrement de la précipitation avec laquelle on jngeai: un officier, d’après une première fante, et croyait, au contraire, qu'il était du devoir d’un général de lui feurnir les moyens de la réparer, Il racontasouvent à ce propos une histoire

dait entr mal

r, en leur . Ceux ci, affer , lorse, homme la porte de r,eten mit rnant vers >rtira d'ici accommotauteur de ui a le prequ'il lui a çoive l’exvoir relevé croit qu’on leurs s'emnander daen porterai échaux de lés ordres ssieurs. La ouvée. La :s à se faire assèrent.

ine officier

€ it amèreon jugeait fante, et u devoir s de la rée histoire

EN ACTION. 49 qui lui était arrivée, sans qu’on ait jamais pu deviner le nom de celui qui y avait donné lien.

Un jeune homme très-recommandé par toute la coùr, vint à son armée prendre le commandement d’nn régiment. Le maréchal lui dit, à son arrivée, que, pour première preuve de cousidération, il lui donnerait le lendemain un détachement, et qu'il lui promettait de rencontrer les ennemis. La promesse du maréchal fut accomplie; ledétachement trouva les ennemis.

Le jeune homme, étonné par le bruit et le sifflement des balles, tintuneconduite scandaleuse pour l’armée, Tout le monde en parla; le maré. chal fit tout ce qu’il put, pendant la journée pur paraître ne pas entendre les différens discours. Quand la nuit fut venue, il envoya chercher ce jenne homime, lui parla de sa faute, et Jui dit qu’il fallait opter entre le parti de la réparer ou de se faire capucin le même jour. Le jeune homme ne balance pas : 1l commanda le lendemain un nouveau détachement, rencontra les ennemis, montra la plus grande valenr, et fut depuis, de l’aveu du maréchal de Catinat, un des meilleurs officiers qu’ait eus le roi : « Il est, ou il sera maréchal de France, ajoutait-il, pour éloigner plus sûrement les soupçons. »

| Trait de générosité.

Le jeune Marseillais et le baron de JH***.

Ux jeune homme, nommé Robert, attendait sûr le rivage, à Marseille, que quelqu'un entrât dans un canot. Un inconnu s’y placa ; mais, un instanl après, il se préparait à en

50 MORALE sortir, malgré la présence de Robert, qu'il ne goupçonnait pas d’en être le patron. Il lui dit que, puisque le conducteur de cette barque ne se montre point , il va passer dans nne autre, « Monsieur, lui dit le jeune homme, celle-ci est la mienne, voulez-vous sortir du port ?— Non, monsieur, il n’y a plus qu’une henre de jour. Je voulais seulement faire quelques tours dansle bassin, pour profiter de la fraîcheur et de la beauté de la soirée... Mais vous n’avez pas l’air d’un marinier, ni le ton d’un homme de cetétat?— Je ne lesnis pas, en effet ; ce n’est que pour gagner de l'argent que je faisce métier les fêtes et les dimanches.-— Quoi! avare à votre âge ! cela dépare votre jeunesse, et diminue l’intérêt qu'inspire d’abord votre heureuse physionomie. — Al! monsieur , si vous saviez ‘pourquoi je désire si fort de gagner de l’argent , certes, vous n’ajouteriez pas à ma peine celle de me croire un caractère si bas. — J'ai pu vons faire du tort ; mais vous ne vous êtes point expliqué. Faisons notre promenade, et vous me conterez votre histoire. L'inconnu s’assied. Eh bien! poursuit-il, dites-moi quels sont vos chagrins; vous m'avez disposé à y rendre part. —Je n’en ai qu’un, dit le jeune re celui d’avoir un père dans les fers, sans pouvoir l'en tirer. Il CtaN courtier dans cette ville ; 1l s'était procnré de ses épargnes ét de celles de ma mère, dans le commerce des modes, nn intérêt sur un vaisseau en charge pour Smyrne; il a voulu veiller lni-même à l’échange de sa pacotille, et en faire le choix. Le vaissean a été pris par un corsaire, et conduit à

, qu'il ne Iluidit barque ne ne autre, e, celle-ci y port ?— > heure de ques tours fraîcheur vous n’aton d’un , en effet ; ue je fais ce uoi! avare sse, et divotre heu- 1, Si VOIIS de gagner z pas à ma s1 bas. — 1 ne vous romenade , L'inconnu moi quels sposé à y it le jeune is les fers , rtier dans pargnes et merce des en charge nême à l’éà choix. Le conduit à

Tétuan, où mon malheureux père est esclu ve avec le reste de l'équipage. Il faut denx mille écus pour sa rançon; maiscomimneil s'était épuisé afin de rendrs sou entreprise plus importante, nous sommes bien éloignés d’avoir cette somme. Cependantma inèreetmessœurstravaillent jour et nuit ;.et j'en fais de même chez mon maître, dans l'état de joaillier que j’ai embrassé, et je cherche à mettre à profit, comme vous voyez, Jes dimanches et les fêtes. Nous nous sommes retranchés jusque sur les besoins de première nécessité ; une seule, petite chambre forme tout notre logement. Je croyais d’abord aller prendre la place de mon père, et le délivrer en me chargeant de ses fers ; j'étais prêt à exécuter ce projet, lorsque ma mère, qui en fut informée, je ne sais comment, m'assura qu'il était aussi impraticable que chimérique, et fit défense à tous les capitaines du Levant deme prendre sur leur bord. — Et recevez - vous quelquefois des nouvelles de votre père? Sayez-vous quel est son patrou à Tétuan ? quels traitemens 1l y éprouve ? — Son patron est intendant des jardins du roi; on le traite avec humanité, et les travaux auxquels on l’emploie ne sont pas au-dessus de ses forces ; mais nous ne sommes pas avec lui pour le consoler, pour le soulager ; il est éloigné de nous, d’une épouse chérie, et de trois enfans qu'il aime toujours avec tendresse. — Quel nom porte t-1l à Tétuan? —1Il n’en a point changé; il s'appelle Robert, comme à Marseille, — Robert... chez l’intendant des jardins? — Oui, monsieur. — Votre malheur me touche ; mais d’après vos sentimens qui Je

TRES pe RE

MORALE méritent, j'ose vous présager un meilleur sort, et je vous le souhaite bien sincèrement... En jouissant du frais, je voulais me livrer à la sofitudc; ne trouvez donc pas mauvais, mon ami, que je sois tranquille un moment. »

Lorsqu'il fut nuit, Robert eut ordre d’aborder. Alors l'inconnu sort du bateau, lui remet une bourse entre les mains, et, sans lui laisser le temps de le remercier, s'éloigne avec précipitation. Il y avait dans cette bourse huit doubles louis en or, et dix écus en argent. Une telle genérosilé donne au jeune homme la'plus haute opinion de celui qui en était capable; ce fut en vain qu'il fit des vœux pour le rejoindre et lui enrendre grâces. |

Six semaines après cette époque, cette famille honnête, qui continuait sans relâche à travailler pour compléter la somme dont elle avait besoin, prenait un dîner frugal, composé de pain et d'amandes sèches : elle voit arriver Robert le père, très-prpprement vêtu, qui la surprend dans sa douleur et dans sa misère. Qu'on juge de l’étonnement de sa femme et de ses enfans, de leurs transports, de leur joie ! Lee bon Robert se jette dans leurs bras, et s’épuise en remercimens sur les cinquante louis qu’on Jui a comptésens’embarquant dans le vaisseau, où son passage et sa nourriture étaient acquittés d'avance, sur les habillemens qu’on lui a fourmis, etc. Îl ne sait comment reconnaître tant de zèle et tant d'amour.

Une nouvelle surprisetenait cette famille immobile : ils se regardaient les uns les autres. La mère rompt le silence; elle imagine qne c'est

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EN ACTION. 53 son fils qui a tout fait ; ‘elle raconte à son père comment, dès l’origine de son esclavage , il a voulu aller prendre sa place, et comment elle l'en avait empêché. Il fallait six mille francs pour ta rançon : nous en avions, poursuit-elle, un peu plus de la moitié, dont la meilleure partie était le fruit de son travail ; il aura trouvé des amis qui l’auront aidé. 'out-à-coup ;, rêveur et taciturne, le père, consterné, s’adressant à son fils: « Malheureux, qu'as-tn fait ? comment puis-je te devoir ma délivrance sans la regretter ? comment pouvait-elle rester ur secret pour ta mère, sans être achetée au prix de la vertu? A ton âge, fils d’un infortuné, d’un esclave, on ne se procure point naturellement les ressources qu’il fallait. Je frémis de penser que l'amour paternel t'a rendu coupable. Rassure-mo1, S01S vrai, et mourons tous Si {tu aspni cesser d’être honnête. — Tranquillisez - vous, mon père, répondit-1l en l’emrassant ; votre fils n’est pas indigne de ce titre, ni assez lreureux pour avoir pu vous prouver combien il lux est cher. Ce n’est point à moi que vous devez votre liberté ; je connais votre,bienfaitenr. Souvenez-vous, ma mère, de cet inconnu qui me donna sa bourse ; 1] m’a fait bien des questions. de passerai ma vie à le chercher, je le trouverai, et 1l viendra jouir du spectacle de ses bienfaits,» Ensuite il raconte à son père l’anecdote de linconnu, et le rassure ainsi sur ses craintes,

Rendu à sa famille , Robert trouva des amis et des secours. Les succès surpassèrent son attente, Au bout de deux ans, il acquit de l'as sance ; ses cnfans qu'ilavaitétablis partageaieut

son bonheur entre lui et sa femme, et il eût été sans mélange, si les recherches continueiles du fils avaient pu faire découvrir ce bienfaiteur qui se dérobait avec tant de soin à leur reconnaissance et à leurs vœux. Il le rencoutre enfin | un dimanche matin, se prormenant seul sur le port. « Ah ! mon dieu tutélaire ! » c’est tont ce

ES ES DR 28 ve ee

À qu'il pnt prononcer en se jetant à ses pieds, où \

1l tomba sans connaissance. L’inconnu s’em- A jf presse de le secourir et de lui demander la cause à

ll de son état. « Quoi! monsieur, pouvez - vous 1 211 ignorer, lui répond le jeune homme? Avez- à jh vous oublié Robert et sa famille infortunée que 1 [ur L

hi vousrenditesà la vie en ni rendant son père? — el Vous vous méprenez, mon ami, je ne vous | connais point, et vous ne sanriez me connai-

f tre : étranger à Marseille, je n’y suis que de- 1 puis peu de jonrs. — Tout cela peut être; mais (fl sonvenez-vous qu'il y a vingt-six mois que vons y étiez aussi: rappelez-vous cette promenade dans ce port; l'intérêt que vous priîtes à mon 1 | malheur, les questions que vous me fites sur les di connaissances qui ponvaient vous éclairer et { vous donner les lumières nécessaires pour être i notre bienfaiteur. Lihérateur de mon père, pou-

| vez-vous oublier que vous êtes le sauveur d’une 1

| famille entière, et qui ne désire plus rien qne 3 LA A votre présence ? Ne vous refnsez pas à ses vœux, \ ses if} et venez voir les heureux que vous avez faits... 4 pis LA Venez. Je vous l’ai déjà dit, mon ami, vons 4 6, à vons méprenez. — Non, monsieur, je ne me 1 eu || trompe point; vos traitssout trop profondément # . 1 à 9:

gravés dans mon cœur pour que je puisse vons nconnaître. Venez, de grâce. » En mème

1} eût été itinneiles enfaiteur 1r recontre enfin eul sur le st tont ce eds, où nu s’emla cause CZ + VOUS :? Aveznée que | père?— ue vons connaique deres mais que vons menade s à mon s sur les airer et our être e; pour d’une ien que S VŒUX, faits.

1, vons ne me dément se vous mêiné

temps il le prenait par le bras et lui faisait une sorte de violence pour l’entraîner. Üne multitude de peuples’assemblait autour d’eux. Alors l'inconnu, d’un ton plus grave et plus ferme : « Monsieur, dit-il, cette scène commence à me fatiguer. Queiqne ressemblance occasionne votre erreur; rappelez votre rai$bn, et allez dans votre fainille profiter de la tranquillité dont vous paraïssez a voir besoin. —Quelle cruauté ! s'écrie le jeune Homme : bienfaiteur de cette famille,

pourquoialtérer, pet votre résistance, le bonheur qu’elle ne doit qu’à vous? Resterai=je en vain à vos pieds ? Serez-vous assez inflexible ponr refucer le tribut que nons réservons depuis si longte : À votre sensibilité? Et vons quiêtesici pré- Scas, vous que le trouble et le désordre où vous Inc voyez doivent attendrir » Joiguez-vous tous à moi, pour que l’auteur de mon salut vienne contempler lui-même son propre ouvrage. » À ces mots, l'inconnu paraît se faire quelque violence ; mais, comme on s’y attendait le moins, roniésont toutes : ses forces, et een sont conrage pour résister à la séduction dela jouissance “iélicieuse qui Jui est offerte, 1l s “échappe comme un trait au milien de la foule, et disparalii eu ün iustant.

. Cetinconnu le serait encore anjourd’hui, si ses gens d’affaires, ayant trouvé dans ses papiers, à la mort de leur maître, une note de 6,500 fr. envoyés à M. Main, de Cadix, n’en eussent pas demandé compte à ce dernier, mais serlement parcuriosité, puisque lanoteétait bâtonne et le papier chibobne comme ceux que l’on destine au feu. Ce fameux banquier r‘pondit

0 ‘ MORALE qu'il en avait fait usage pour délivrer un Mar- ‘seillais nommé Robert, esclave à Tétuan, conformément aux ordres de Charles de Se- ‘ndat, baron de Montesquieu, président à sortier au parlement de Bordeaux. On sait que “illnstre Montesqitieu aimait à voyager, et qu'il visitait souvent sa sœur, madame d’'Héricourt, mariée à Marscille.

Trait de bienfaisance.

LA conduite du cardinal de La Rochefoucauld offrait l'exemple de tontes les vertus chréiennes : sa piété et sa bienfaisance le rendirent l’objet de la vénération publique.

Une femme fort pauvre, qui avait la consolation d’avoir une fille aimable, dont les grâces modestes annonçaient la sagesse, se présente chez lui avec cette jenne personne. Elle lui expose qu’elle était sur le point d’être renvoyée,

«avec sa fille, d’un petit appartement qu’elle oc-

cuprait chez un homme fort riche, parce qu’elles ne pouvaient lui payer cinq écus qui lui étaient dus. Le ton d’hennêteté avec lequel elle faisait connaître son malhenr fit apercevoir aisément au cardiual qu’elle n’y était tombée que parce que la vertu luiétait plus chèreque les richesses. Il écrivit un billet, et la chargea de le porter à son intendant. Celui-ci, l'ayant ouvert, lui compta sur-le-champ cinquante écus. « Monsieur , lui dit cette femme, je ne demande pas tant à monsrigneur; et certainement il s'est trompé. » Il fallut, pour la tranquilliser, que l’intendant allât lii-même avec elle par!er au cardinal, Son émiuence, reprenant sonbulet,

un Mar-

Tétuan, es de Seésident à n sait que

ager, et ne d'Hé-

Rochefourtus chrérendirent

la consoles grâces e présente lle lui exrerivOyée y u’elle oce qu'elles ui étaient Île faisait atsément que parce richesses.

e porter à vert, lui s. « Monaude pas til s’est iser, que parler au on bullet,

EN ACTION. 57 lui dit: « Il est vrai que je me suis trompé; le procédé de madame le prouve.» Et au lieu de cinquante écus, il en écrivit cinq cents, qu'il engagea la vertueuse mère à accepter pour manier sa fille.

Belle réponse de Saint. Hilarion.

Des brigands, qui avaientdécouvert Saint-Hir. larionidans sa retraite, voyant qu’ils n'avaient rien à enlever à un homme dépouillé de tuut, résolurent de se divertir à lui faire peur. Ils s’approchèrent donc de lui sans se donner pour ce qu'ils étaient, et lui demandèrent s’il ne crai-

nait pas les voleurs qui infestaient la vaste forêt qu’il habitait ? Pourquoi craindrais-je, rérliqua le Säint, puisque je ne possède rien? Mais ils peuvent vous 6ter la vie, poursuivirent les brigands. Cela est vrai, dit Hilarion; mais quand on n'a d'attache d rien dans ce monde, or craint peu de le quitter. (Tiré des Arecdoies chrétiennes. )

Trait de charité de lArchevéque d’Auch. .

M. »’Arcnor, archevêque d’Aunch, apprit un jour qu’un respectable père de famille venait de mourir, et laissait dans l’indigence deux filles. Dirigé par cet amour de la bienfaisance qui le domine dans toutes ses actions, il se rend chez elles sous Le prétexte de prendre part à leur douleur, mais en effet dans l'intention de les soulager sans les humilier. L’occasions’en présenta naturellement. En conversant avec elles, il ent l'air d’être frappé d’étonnement à l’aspect a 4 vieux tableau. Il s’en approche, le considère

avec l’air de l'admiration, loue tellement cet

ouyrage, qui n'était qu'une mauvaise copie, que ces dernoiselles crurent devoir le Ini offrir, en l’assurant toutefois qu'il se trompait sur le mérite du tableau, que les connaisseurs disaient être noins que médiocre. M. d’Apchon insiste su a beauté, et accepte l'offre obligeante sons la .ondition qu'il lui sera permis d’en payor la valeur, Grands débats d’honnêteté, qui se terminent par consentir à la demande du prélat. Il fit emporter le tableau, et deux jours apres envoya à ces demoiselles un contrat de rente viapère de seize cents francs, réversible en survivance de l’une à l'autre. Ou imagine bien qu’elles virent clairement dans ce don la générosité et la délicatesse de leur archevêque ; elles se hâtèrent d'aller lui eu tésnoigner leur sensibilité; et après son décès, elles voulurent faire acheter sous main le tableau ; mais les héritiers ayant su leur dessein , et ne doutant pos qu'il ne fût dicté par la reconnaissance, s’empressèrent de le leur rendre sans vouloir en recevoir aucun prix, eb ils ajoutèrent à cet envoi celni du portrait en pied du digne archevêqre.

Trait d'humanité de l’Archevéque d’Auck.

La feu ayant pris dans une maison à Auch, le respectable prélat accourt. Son premier soin est de demander si tous leshabitans sont sauvés, « Hélas! s’écrie une mère au désespoir, on ma arrachée des flammes, et je n’ai pu enlever non enfant qui est dans cette chambre, » montrant de sa main le second étage qui paraissaiten feu. Aussitôt l'archevêque ordonne qu’on applique une échelle contre la fenêtre indiquée, er pro-

pose sauve n’ose mails le sai le sig au ti l’enfs milie eu Me deux que) mon tête. traire

Ux:

l’Eco jours Le ge reprtl votio nuall P. I persé lui ax nèces confo s'exn fut c mait sieur

aise copie, 8 ni offrir, ipait sur le irs disaient hon insiste Jeante sons n payor la qui se terdu prélat.

jours après at de rente le en suragine bien na La généque ; elles ‘ leur senurent faire :s héritiers pes qu'il ; s'empresir en rece-

cet envoi chevêqre.

Auch.

1 à Auch, mier soin nt sauvés, r, On Ina lever non montrant ten feu.

applique

') CT pro-

EN ACTION. 59 pose deux mille écus de récompense à celui qui sauvéera cette infortunée créature. Personne n’ose s’exposer à un danger aussi imminent ; mais la vraïe charité ne cornaît point de péril : le saint prélat s’entoure d’un drap mouillé, fait le signe de la croix, marche à l'échelle, pénètre au travers des flammes, reparaît en portant l’enfanit dans ses bras, et le remet à sa mère au milieu des acclamations'et des bénédictions du peuple. Les parens se prosternènt à ses pieds. « Mes enfans , leur dit-il gaîment, j'ai gagné les deux mille écns; il est bien juste que l'enfant que jai sanvé, et qui par-là est devenu celui de mon,adoption, en jouisse. Je les place'sur sa tête. » Et tont de suite il s’éloigna pour se suustraire à leurs remercimens.

Le bon Fils.

Ux enfant de très-bonne naissance, placé à l’Ecole-Militaire, se contentait , depuis plusienrs jours, de la soupe et du pain sec avec de l’eau. Le gouverneur, averti de cette singularité, l’eir reprit, attribuant cela à quelque excès de dévotion mal entendne. Le.jeune enfant continuait toujours, sans découvrir son secret. M: P. D., mstruit par le pganvernenr: de celte persévérance, fit venir le jeune élève , et après lui avoir doucement représenté combien il était nécessaire d'éviter tonte singularité, et de se conformér à l’usage de l'Ecole, voyant qu'il ne s’exnliquait pas sur les motifs de sa conduite, fut contraint de le menacer, s’il ne se réformait, de le‘rendre à sa famille. « Hélas ! monsieur, dit alors l'enfant, vous voulez savoir la

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LA

Go MORALE :

raison que j'ai d'agir comme jé fais, la |voic1 : Dans la maison de mon père, je mangeais du pain noir en petite quantités nousn’avions souveut que de l’eau à yiajouter : ici, je mange de bonnc soupe, le pain y est bon, blanc, et à discrétion ; je trouve que jefais grande chère, et je ne puis me résoudre à manger davantage, me souvenant de l’état dé man père et de amère, » M. P, D. et le gouverneur ne pouvaient retenir lenrs larmes, en voyant la sensibilité et la fermeté de: cet cnfant, « Monsieur, reprit M.P.D., si Monsieur votre père a servi , n’a-t-1l pas de pension ?— Non, répondit l'enfant. Pendant un an ilen a sollicité une; le défaut d’argent l’a contraint d’y renoncer. Ilamieux aimé languir que de faire des dettes à Versailles, — Eh bien, dit M. P. D., si le fait est aussi prouvé qu'il paraît vrai dans votre bouche, je vous promets de lui obtenir cinq centsfrancs de pension. Puisque vos parenssont si peu à leur aise, vrai. semblablement ils ne vous ont pas bien fourni le gousset; recevez pour:vos menus plaisirs ces trois louis que je vous présente dela part duroi ; et quant à Monsieur votre père, je lui enverrai d’avanceles six mois de la pension que je me suis chligé de lui obtenir. Monsieur, reprit l’enfant, comment pourréz-vous lui envoyer cet arpri 3— Ne vous en inquiétez pas, répondit . P: D, , nous en trouverons le moyen. — Ah! monsieur, puisque vous:avez cette facilité, dit l'enfant, rvemettez-lui dussi les trois louis que vous venezde me donner, Ici, j’aidetoutenabon:dance ; cet argent me deviendrait inutile, 1l fera grand bien à mon père pour ses autres enfans.»

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part du roi ; lui enverrai ue je me suis reprit l’en.voyer cetaris, répondit moyen. — ette facilité, os louis que outenabon:

utile, il fera res enfans, »

EN ACTION. 6r Trait de justice d’ Alphonse roi de Portugal.

“Ur médecin appelé Gallus, homme d’esprit, mais fort avare, ne trouvant point que sa frofession ft assez lucrative, s’avisa de la quitter pour se mettre dans Ja robe. Devenu avocat, et l’un des plus exverts dans la chicane, il savait si bien enbroustler une affaire en plaïdant , et séduire la plupart des juges; qu’ils rendaient ensuite dessentencesinjustes. Alphonse, dèsqu'il en fut informé, le fit chasser du palais ; et pour lui ôter même l’envie d’y revenir, déclara publiquementqnetouteslescausesqu'ilentreprendrait à l’avenir de plaider, seraientautant de peidues.

Exemples de magnanimité et de modération.

La piété de Saint-Louis, qui n'aurait dé! ren-

contrer que des admirateurs, semblait cependantridicule à quelques personnes. Un jour donc qu'il rendait justice au Palais, une femme, nommée Sarette, lui dit : « Fi ! fl! devriez-vous être roi de France? Il eût mieux valu que tout autre que vous occupât letrône ; vousn'’êtes le roi que des Frères prêcheurs, des Frères mi-

meurs, des Prêtres et des Clercs. » Cette femme

allait être punie par les gardes des injures qu’elle venait d’adresser“à son roi, lorsque luimême répondit en souriant : « Elle dit vrai : j

conviens queje nesuis pasdigne d’être roi ; il eùt

mieux valu qu’unautre que moile fût; mais puis- ‘

que Dieu m’a appelé à régner, je dois obéir à ses décrets, et remplir sur la terre la mission qu'il m'a confiée. » Sarette, surprise de tant de bouté jointe à une si grande modestie, éprouva sur-le-champ les plus vifs regretsde sa conduite,

RE PATRONS res A qi de rm sn

MORALE Caractère admirable de Léopold , duc de Lorraine.

Ce prince, l’un desÿlus petits souverains de l’Europe, a été celui qui a fait le plus de bien à son peuple. Il trouva la Lorraine désolée et déserte ; il la repeupla et l’enrichit. I] la conserva toujonrsen paix, pendantquele reste de l’Europe ‘était ravagé par la guerre. 11 eut la ‘prudence d’être toujours bien avec la France, et d’être Pets LENS L pire, tenant heureusement ce juste milieu qu'un prince sans pouvoir n’a presque jamais pu garder entre deux grandes puissances. Il procura à ses peuples l’abondance qu'ils ne

connaissaient plus. Sa noblesse, réduite à la der.

nière misère , se vit dans l’opulence par ses seuls bienfaits. Voyait-il ia maison d’un gentilhomme en ruirie, il la faisait rebâtir à ses dépens ; 1l payait leurs dettes et mariaitleurs filles. Il prodiguait des présens avec cet art de donner qui estencore au-dessus des bienfaits. 1l mettait dans ses dons la magnificence d’un prince et la politesse d’un ami.Les arts en honneurdans sa petite province, produisaient une circulation nouvelle, qui fait la richesse des états. Sa cour était formée sur le modèle de celle de ia France.

On’ ne croyait presque pas avoir changé de heu , quand on passait de Versaïlles à Lunéville. À l’exemple de Louis XIV , il faisait fleurir les

belles-lettres. Il établit dans Lunéville uneespèce .

. d'université sans pédantisme où la jeune noblesse d'Allemagne venait se former. On y apprenaïit de véritables sciences, dans des écolesoù la physique était démontrée aux yeux par des machines admirables. Il chercha lestalens jusque dans les

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EN ACTION. 63 boutiques et dans les forêts, pour les mettre au jour et les encourager, Enfin, pendant son règne, 1l ue s’occu pa que du soin de procurer à sa nation dela tranquillité, desrichesses, de#onnaissances et des plaisirs. « Je quitterais demain ma souveraineté, disait:il, s1 je pouvais faire du bien. » Aussi goûta-t-1l le bonheur d’être aimé, et longtempsaprès sa mort, ses sujets versaient des larmes en prononiçant son nom.

Lettres et bons mots de Lesdiguières, maréchal de France, et connétable sous Henri IV.

Le duc de Savoie, tonjours battu par Lesdiguières , qu’il appelait le Renard du Dauphiné, voulut au moins avoir la gloire de bâtir un fort sur lesterres de France, et à la vue d’une armé française, Les officiers pressèrent Lesdiguières de s'y opposer, etse plaignirent même à la conr de linaction de leur général. Le roi lui en écrivit entermesassez vifs. Lesdiguièresfitcetteréponse: « Votre majesté a besoin d’un fort à Barreaunx, pour tenir en bride la garnison de Montmélian; puisque le duc de Savoie veut bien en faire la dépense, il faut le laisser faire: dès qu’il sera en défense et bien fourni de canons et de mw-

. nilions, je vous promets de le prendre sans qu’il “er soûte rien à votre épargne. » Le roi s'en rap-

porta à Lesdiguières, qui ne tarda pas à tenir toutes ses promesses, L'année suivante, il prit le fort par escalade.

Lesprevières ayant formé le siège de Gavy, un officier vint lei représenter que dn temps de François Ter , le fameux Barberousse n'avait pu

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prendre çette place, quoiqu'il fût maître de la rivière de Gênes. Le connétable, qui avait alors pluside quatre-vingts ans, nnendit: Eh bien!

Gavy n’a pu être pris par Barberousse ; mais, Dieu aidant, Barbe rise la prendra. La ville et le château se rendireut en très-peu de temps.

Belles paroles de Louis XII.

Lss procureurs, que l’on nommaïit alors Bazochiens avaient inventé une espèce de drame qui reçut lenom de Moralité, On y frondait les ridicules vrais ou supposés des hommes. Mais ces.

ièces, peu dignes de leur nom, étaient pour LA plupart des satires licencienses et inconvenantes : telle est, par exemple, cette moralité où l’on osa mettre en scène le bon roi Louis “XII, peu de temps après une maladie qui avait menacé ses jours , et causé les plus vives alarmes à tous les bonus Français. Les comédiens le produisirent sur la scène pâle, défiguré, la tête enveloppée de serviettes, etentouré de médecins,

. qui consultaient entr’eux surla nature de son mal. S’étant accordés de lui faire avaler de l’or potable, le malade se redressait sur ses pieds, ne paraissant plus sentir d’antre incomnrodité qu'nns soif ardente. Louis , informé du succès révoltant de cette mauvaise farce, dit froidement: « J'aime beañcoup mieux faÿre rire les courtisans de mon avarice que dé faire pleurer mon peuple de mes profusions. » Il refusa de punir ces comédiens iusolens, en disant : « Z/s peuvent nous apprendre des vérités utiles; laissons-les se divertir, pourvu qu'ils respectent l'honneur des dames, » . 7

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Ux seigneur lui demanda la confiscation des

biens d’un bourgeois d'Orléans, qui avait au-

trefois montré une haine ouverte contre lui :

« Je n'étais pas son roi, répondit-il , quand il

m'a offensé , et le devenant, je suis devenu sou père; je snis obligé de lui pardonner. »

Ur gentilhomme, commensal de sa maison, avait maltraité un paysan; le roi, ‘ui en fut instruit, ordonna qu’on retranchât le pain à ce gentilhomme, et qu'on ne lui servît que du vin et de la viande. L'’officier s’en état plaint an roi, sa majesté lui demanda si le vin et les mets qu’on lui servait ne lui suffisaient nas. Sur la réponse qu'il lui fit que le pain ‘iait l'essentiel , le roi lui dit avec sévérité : « Et pourquoi donc êtes-vous assez peu raisonnable pour maltraiter ceux qui vous le mettent à ia main ? »

Beaux sentimens de Louis XIII.

Lours XIII faisait la guerre au duc de Savoie lorsqu’iltomba dangereusement malade à Lyon:

on désespéra pendant quelque tem, de sa vie.

Entouré de serviteurs désolés, ce pri:ice conservait un front calme et serein ; ce fut alors qu'il dit au Pere Suffren, son confesseur : « Quant vous verrez que je serai en dauger, ne manques pas de m’avertir, et ne pensez pas que cela me rende mélancolique, car je ne crains aucune-

ment de mourir ; c’est une cruauté à cenx qui at-

tendent d’avertir de l'extrémité quand on n’en peut plus : pour moi, je désire avoir au moins six jours pour me préparer à bien mourir. »

MORÂLE

Saïnt- Basile et Saint-Grégoire de Naganze.

Modèle pour les étudians.

SainT-Basice et Saint-Grégoire de Nazianze étaient tous deux sortis de familles fort nobles selon le monde, etencore plus selon Dieu. Ils naquirent presque en même temps, et leur naïssance fut le fruit des prices et de la piété de leurs mères, qui, dès ce moment même, les offrirent à Dieu, dont elles les avaient reçus. Celle de Saiut-Grégoire le Ini présenta dans l’église, et sanctifia ses mains par les livres sacrés qu’elle lui fit toucher,

Ils avaient l’un et l’autre tout ce qui rend les enfans aimables : beauté de corps, agrémens dans l'esprit, douceur et politesse dans les manières. Leur éducation fut telle qu’on peut se l'imaginer dans des familles où la piété était, si l’on peut parler ainsi, héréditaire et domestique, et où pères, mères, frères, sœurs, aïeuls de côté et d'autre, étaient tous des saints et des saintes fort illustres.

Le naturel heureux que Dieu leur avait accordé, fut cultivé avec tout le soin possible. A près les études domestiques, on les envoya séparément dans les villes de la Grèce qui avaient le plus de réputation pour les sciences , et ils y

rirent les leçons des plus excellens maîtres.

Enfi:., ils se rejoignirent à Athènes, On sait que cette ville était comme le théâtre et le centre des belles-lettres et de toute érudition : elle fut aussi comme le bercean fe l'amitié fameuse de nos saints, ou du moins elle servit beaucoup

. à en serrer lesnœudsd’une manière plus étroite.

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EN ACTION. 67 Une aventure assez: extraordinaire ÿ donna occasion : Il y avait à Athènes une coutume fort bizarre par rapport aux écoliers nouveaux venus, qui s’y rendaient de différentes provinces. On commençait par les introduire dans nne assemblée noinbrense de; Jeunes gens comme eux ; et là, on lenr faisait essuyer mille brocards , mille railleries, mille insolences : ; après quoi oi les menait aux bains publics , en enone A travers la ville, escortés et précédés par tous les jeunes gens, qui marchaïent deux à deuxs Lorsqu on y était arrivé. toute la troupe s’arrêtait, jetatit de grands cris, et faisait mine de vouloir enfoncer les portes, comme si on refusait de les leur onvrir. Quand le nouveau venu y avait été admis, pour lors il reconvrait sa liberté. Grégoire, qui était arrivé le premier à Athènes, et qui savait combien cette ridicule érémonie était contraire et coûterait au carac- F e grave etsérieux de Basile , eut assez decrédit parini ses compagnons pour l'en dispenser. Ce fut là, dit Saint- “Grégoire de Nazianze, dans admirable récit qu'il fait lui-même de celte aventure, ce qui commença à allumer en nous cette flamme qui nes 'éteiguit jamais , et qui perça nos cœurs d’un trait qui y demeura toujours.

Cette liaison, formée et commencée comme je viens de le dire, se fortifia de plus en plus, surtont lorsque ces “deux amis, qui n'avaient rien de secret l’un pour l° autre, eurent reconnu qu’ils avaient tous denx le même but, et cherchaïent le même trésor , je veux dire la sagesse et la vertu, Ils vivaient sousle même toit, man.

geaient à La même table, avaientles mêmes exercices et les mêmes plaisirs, et n'étaient , à proprement parler, qu’une même âme.

Ces deux saints, et l’on ne peut trople répéter aux jeunes gens, brillèrent toujours parmi lenrs compagnons par la beauté et la vivacité de leur esprit, par leur assiduité au travail, par les succès extraordinaires qu'ils eurent dans toutes leurs études, par la facilité et la promptitude avec laquelle ils saisirent toutes les sciences qu’on enseignait à Athènes, belleslettres, poésie, éloquence, philosophie : mais ils se distinguèrent encore plus par une innvcence.de mœurs qui était alarimée à la vue du moindre danger, etquicraignait}usqu’à l'ombre du mal. Un songe qu’eut Saiut-Grégoire dans sa plus tendre jennesse, et dont il nous a laissé en vers unc élégante description, contribua beaucoup à lui inspirer de tels sentimens. Pendant qu'il dormait, il crut voir deux vierges du même âge et d’une égale beauté ; vêtues d’une manière modeste, et sans aucune de ces parures que recherchent les personnes du siècle ; elles avaient les yeux baissés en terre, et Le visage couvert d’un voile, qui n’empêchait pas qu'on entrevit la rougeur que répandait sur leurs joues une pudeur virginale. « Leur vre me remplit de joie, car elles paraïssaient avoir quelque chose au-dessus de l'humain. Elles, de leur côté, m’embrassèrent et me caressèrent comme un enfant qu’elles aimaient tendrement; et quand je leur demandai qui elles étæmient , elles me dirent, l’une, qu’elle était la Pureté, l’autre, la Continence ; toutes deux les

1es CXCI- 9 à pro-

: répéter mi lenrs acité de ail, par nt dans prompjutes les , bellese : MAIS ne innbdà vue dut l'ombre e dans sa laissé en ia beau- Pendant rges du es d’une ces pa- 1 siècle ; et le vihaït pas dait sur eur vie nt avoir Iles, de essèrent

tendrequi elles était la deux les

EN ACTION. 69 compagnes de Jésus-Christ, et les amies de ceux qui renoncent au mariage pour mener une vie céleste ; après, elles s’envolèrent au ciel, et mes yeux les suivirent le plus loin qu'ils purent, »

Tout cela n’était qu’un songe, mais qui fit un effet très-réel sur son cœur. Il n’oublia jamais cette image si agréable de la chasteté, et il la repassait avec plaisir dans son esprit. Ce fut, comme il le dit lui-même, une étincelle de feu qui, s’enflammant de plus en plus, l’embrasa d’amonr pour une continence parfaite,

Ils avaient un grand besoin, lni et Basile, d’une telle vertu pour se soutenir au milieu des périls d'Athènes, la ville du monde la plus dangereuse pour les mœurs, à cause de ce conaours extraordinaire de jeunes gens qui s’y rendaient de toutes parts, et qui y apportaient chacun leurs vices. « Mais, dit Saiit-Grégoire, nous eñmes le bonheur d’éprouver, dans cette ville corrompue , quelque chose de pareil à ce que disent les poètes, d’un fleuve qui conserve la douceur de ses eaux au milieu de l’amertume de celles de la mer, et d’un animal qui subsiste au milieu du feu. Nous n’avions aucun commerce d’amitié avec les méchans. Nous ne connaissions à Athènes que deux chemins, un qui nous conduisait à l'église et aux saints docteurs qui y enseignaient; l’autre nous menait aux écoles et chez nos maîtres de littérature. Pour ceux quiconduisaient aux fêtes mondaines, aux spectacles, anx assemblées, aux festins, nous les ignc.ions Absolument. »

Il semble que des jeunes gens de ce caractère , qui se séparaient de toute société, qui n’a-

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70 MORALE vaient aucune part aux plaisirs et aux divertissemens de ceux de leur âge, dont la vie pure et innocente était une censure continuelle du déréglement des autres, devaient être en butte à tous leurs compagnons, et devenir opel de leur haine, à", du moins de leur mé épris et de leur raillerie. Ce futtout le contraire : rien n’est plus glaricux à la mémoire de ces illustres amis, ct, Jose Le dire, ne fait plus d'honneur à la piété même, qu’un ol évéuerrent. Il fallait en effet que leur vertu fût bien pure, et leur coriduite bien sage ct bien mesurée, pour avoir su uonseulement éviter l’envie et la haine, mais s’attirer généralement l’estime, l'amour, le respect de tous leurs compagnons.

C'est ce qui parut d’une manière bien éclatante, lorsqu'on appritqu'ils songeaient à quitter Athènes pour retourner dans leur patrie. La donleur fat universelle ; les cris et les plaintes retentissaient de toutes parts, les larmes coulèrent de tous les yeux : ils allaient perdre, disaient les Athéniens, tont l’honneur de leur ville et la gloire de leurs écoles.

Je ne sais s'il est possible de proposer un modèle plus parfait pour les jeunes gens, que celui que je viens d'exposer à à leurs yeux, modèle où l’on trouve rénnis tous les traits qui rendent la jeunesse aimable et estimable.

Révonse admirable de Théodose.

Cowwe l’empereur Théodose accordait la grâre à tous les criminels qui trouvaient le moyen de la lui faire demander, Pulchérie, sa

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