J. \ MO RA L£ L> ACTION
Ils sont renlenués dans leur bagne. Antonio était rempli de son projet; il se voyait déjà franchissant la rvléditerranécj libre et dans le sein de ses compatriotes; il était dans les bras de sa femme et de ses enfants. Roger se présentait un tableau bien différent : son ami, victime de sa générosité^ emporté avec lui au fond du la mer, périssant enfin, quand peut-être, en ne s occupant que de sa seule conservation, il eût pu SC sauver et être rendu à une famille qui, selon les apparences, gémissait et souffrait de son esclavage. Non, se disait dans son cœur finforluné Français, je ne céderai point aux soUicitalicns d’Antonio ; je ne lui causerai pas la mort, pour prix de cette amitiés! généreuse qu'il ma vouée; il sera libre : mon mallienreux père appnmdra du moins que je vis encore, que je Vaime toujours : hélas! je devais être lappui de sr vieillesse, le consoler; je lui étais nécessaire; peut-être, dans ce moment, explre-t-il dans 1 indigence, en désirant de voir et d’embrasser son fils.... Allons, qu An* tonio soit heureux, je mourrai avec moins de douleur
On ne vint point le lendemain à I heurc ordinaire tirer les esclaves de la prison. L’Espagnol était dévoré d’impatience , et Roger ne savait s il devait se réjouir ou s’affliger de ce contre-temps. Phifin on les rend à leurs travaux; ils ne pouvaient se parler; leurs maîtres, ce jour-là, les avaient accompagnés. Antonio se contentait de regarder Roger et de soupirer; quelquefois il lui montrait des yenx la mer, et ne pouvait, a cet aspect, contenir des mouvements qui étaient prêts à lui échapper. Le soir arrive, ils se trouvent seuls : Saisissons le moment, s’écrie l’Espagnol en s’adressant à sou compagnon ; viens.—Non, mon ami, jamais je ne pourrai me résoudre à exposer ta vie; adieu, adieu....