SUR L’AME DES BÊTES
Vous conn?4i5seE riiorreur des spectacles affreux Dont les Romains faisaient le plus doux de leurs jeux:
Ce peuple qui donnait, par un mépris bizarre,
► A tout peuple etranger le litre de l)arbare,
Ne repaissait ses yeux que des pleurs des n:orlcJa,
Et de sang arrosait ses tJiéâtres cruels.
Aux ligrts, aux lions livrant des misérables,
Il se divertissait de leurs cris lamentables;
11 cxjtosail aux ours des esclaves tremblants,
Pour en voir disperser tous les membres sanglants.
Le grave sénateur courait à ces supplices.
Et la jeune Vestnlc eu faisait scs délices.
Un jour, un crimiuel entrainé dans ces jeux,
Victime du plaisir d’un peuple furieux,
Par les dents d’un lion tout écumanl de rage,
Allait par son supplice aiiginciiler le caruag<?:
(^>uaiid le fier animal, sur le pâle captif Atlaoljant tout à coup un regard allcnlif,
S’approclje, bat ses lianes, témoignage de joie,
Baisse les yeux, se couche et caresse sa proie.
Tout le cirque cloniié fait retentir scs cris ;
L’esclave rassure rappelle ses esprits.
Ü’un tel événemint cliacuii cherche la cause,
Lui-méme à reinpcrcur en ces mots il l’cxposc ;
Asservi sous le joug d’un esclavage affreux,
Rchuté des tourments d’un maître rigoureux,
De sa maison funeste enfin je pris la fuite;
Et pour mieux m’écliapper â sa vive poursuite,
Je cherchai des dcsei ts sablonneux et profoûrls,
Asile* fortunés à mes pas vagabonds.
utj
La .morale E?f ACTÎOX*
Prêt il p^rir de faim dftns ce» climat!i süuvfi^ps.
Trop heureux d'dvitrr mon jn^iitrc et cnilr Uems un antre cniirîié, Tarant â ma douleur,
Je laissais du soleil ciemdre la cliakur,
Lorsque dans nia reiTiiîte i nire un lion terrilik* :
Je crus ma mari prrUîrie h ccl aspert liorribîc,
Je poLisiak île grands cris dont Loni rentre tiemldai
lie sa paue offansée un satiq noir ruiss'.lait j
îl me voit, il s'appnu'he, en inontraiu sa hl^isaro :
Ae (réîtiissnis d ahordeiifuj |€ ma i assure : Lui-même se taUaut pour ne ^ m'cfTmyer, aie prtWîiUjît ià patte 11 neFnbla t ïiîe prier.
Je la prends, je I essuie^ ei ma AkiÎo toiirngruse Kn arnirliç îiussilnt Tiqune dangi-rcnse.
J.'aiiîuml littigué des fournit nts dant il sorï j ’
Sa patte erilrr mes mains, se rrpoie ft t*emjn»-t.
Mais après s’aitadiant h mon sort miscrabie ,
Ce lion me devtni un aint (lecotirabîe.
A lu diasse toujours eouraut dr-s le matin,
Il veiïak avec moi partager son butin.
Ko fin. las de traitier, sans auüe compagnïej Duus L-es hüii'Lies dèsf?ïU, une ûitaîe vie.
Je tiLeofiiis. Insensé! Je courus nu trépas.
Darfê ni* fuite Ijïentnt snipriNi par des soldat»,
Mou nsôîlrc CUC revoit, et sa pronifïté jusTiee.
IXilTi C"CÎ!:Vc fcûîjapjié prononça le supplice.
Sans dôme tni'cu ce temps lé lion encbaiuë, r.umme moi jaïur res Jeux ici fui amené.
C'est ce môme animal dont la rcconiiaîssauce J>e mon service encor me rend la récDmpensc :
C’fsl lui cfui tout k coup semiblc h mes bienlaH*,
A perdu la furi ur en revoyant mes traits,
L*eiup; reur admira Cffïte aniilîê nouvelle; lAsclüve, avec su grâce, eut ce lion fidèle^
Qui purtoul de son maître aeeompîrgnani les De sf a cUôret foi ct^ otiblja les a]ï|ms ;
Et le voyant passer chacun dl-.aît dans Rome :
Le vuilà , ce Vivn si faroialile h rirommoî
L A ;j O h ALE E A Ç T I 0 N.
lo;
Le Imn Fils*
Monsieur De-.*-, üllant joindre son rcgiinent^ il y *i quelques années ^ s occupa pendant sa roule à faire quelques recrues^ dont il uvaJl besoin pour compléter compagnie* Il trouva plusieius hommes inus une peu le ville où il demeura une scïnaine* La veiUe de Son drqjartj il se présenta encore un jeune homme de lu plus haute taille et de la figure la plus intéressante; il avait nn air de candeur et d lionnélcté qui préAxnait
pouj lui* M, D. ne put senipéchcr^ à la première
vue^ de soûllaiter d'avoir cet homme dans sa compagnie; il le vit treinlïler en drmandanl qtron 1 engage:U : il prit ce mnuvemen t pour ! elFrl de la timidité, et peut^ éh e de 1 irïqtiiétude que peut av^oir un jeune homme qui sent le prix de la liberté* et qui ne la vend pas sans rcgrels. Il lui mon Ira ses soupçons, eu té ch a ut de le rassurer : Ah ! monsieur, lui répondît le jeune homme, n aUrihuez pas mon désordre àd ind'gnes moUfs; il ne vient que de la crainte d être refusé; vous ne voudriez
et îîîprî —laüjciir serait a{ïrct'~
il lui écliiippa rpielt[ucs larmes en aciievniit ces mois. 1-. ofïlcier tic maiKjua pas de l'assurer-(ju’il serait euclianlé de le salislaire, et lui deinanda vile tpiellcs étaiciil ses coiu-lilions. Je ne vous les propose tju’en treiiiLlaul, répondit le jeune Ijommc, elles vous dégoùtcrout peut-être : je suis jeune, vous voyez ma taille, j’ai de la ibree, je me sens toutes les dispositions nécessaires pour servir; mais la circonstance malheureuse dans larpielle je me trouve, me force à me mettre à un prix tjLie vous trouverez sans doute exorhilant; je ne puis rien en rliminuer; croyez fjue sans des raisons trop pi'i'Ssaïucs, je ne wiirlrais point mon sctTice*
^ I- A >i ü il A L L E > A C T I 0 >\
mais la nécessité rn iujpose une lui rl{ 5 <inn’iiic ; je [Uiis TOUS suivre â ni oins tle cirurj ce î ils livrcSj et vuiîî me pereex le cœur si vous me refusez, CIm[ cents Iîvres! reprit I oflicierj la somme est consiJurahIc j je I voue; mais vous me convenez, je vous croisdr la lionne volonté, je ne maicliautlerai [>as avec vous, je van vous compter votre argiUit : sijirjcz, et tenez-vous prêt d jiartir apràs-(Iemaiii avec iiiuL
Le jeune Ijomine parut jiénclré de la facilité de
. ) il signa gaiement suri engagement, et reçut
les cinq cents livres avec autant de reconnaissance qno s il les avait eues en pur don: il pria son aipitaineda lui permettre daller remplir uîi devoir sacré, et lui proniitde revenir à fin s tau L M, De,,»,, crut remarquer quelque cliose d extracrdjimirtr dans ce jeune Ijoiiiincj curîeuA de set'liirctr, il îe suivit sans allbctatioti ; il Ifl vit voler la prîsoo d^^ la ville, frapper avec une viva* cité singulière à U portr», et se précipiter dedans aussh tôt qiCelle fut outferte ; il rentendit dire au geôlier : Voilà la SomiOe [lour latpielle mon jîèrc a été arrête, je la dépose entre vos mains, conduisoz-mol vers lui, que j aie le plaisir de briser ses fers. L officier s\arréta un moment, pour lui donner le temps d^arriver seul auprès de son père, et s*y rend ensuite après lui ; il voit ce jeune liomme dans Irs btas du viciümd, rju'd couvre de ses caresses et de ses larmes , à qui il apprend qu’il vnent d engager sa liberté pour lui procurer la sietma.
priSQunier Tembrasse de nouveau, l/officier atlcm dn s avance r Consolcz^vous, dit-il au vieillard, je ne vous enicvcrai point votre tils; je Veux partager le mérue de soq action-, ü est iîbre, ainsi que vous, et je no recette pas une somme dont il a fait un si noble Ja-e : voila son engagem-ml, je le iuî amicts. 1 o jr'Tc et l«
LA MORALE E ACTION. I 09
fils loiiibore'nl à ses pieds; le dernier refuse la liberté qu on lui rend, il conjure le capitaine de lui pcrmcitre
le suivre : son père n’a plus besoin de lui, il ne poiiri'ait que lui être à charge. L officier ne peut le refus('r. Le jeune homme a servi le temps ordinaire : il a toujours épargné sur sa paye quelque petit secours qu il a fait passer à son pèrr^pk^t lorsqu’il a eu droit de demander son congé, il en a profité pour aller servir ce v;eillar qu’il noui rit actuellement du travail de ses mains.
Le Ca:lrt cjcnéreiLX.
Un marchand de Londres avait deux fils : laîné, d un mauvais cœur et d’un caractère dur, haïssait son jeune frère qui était plus aimable que lui, et d'un naturel doux et paisible; il n’élait pas de mauvais traitement qu’il ne lui fît essuyer, dès que IbcCasion s en présentait; et les remontrances et les ré[)rimandes du père ne purent le fiiire changer de conduite. Le père avait une fortune considérable dans le commerce; se sentant déjà vieux, il fit son testament, et, par un partage des plus étranges, lui qui connaissait ses deux enfants, qui aimait le cadet et blâmait la dureté de laîné, il laissa à l’oiné tout son bien , eivcc tout ce qu’il avait de fonds et de vaisseaux, le priant seulement de continuer le négoce et d’aider son jeune frère. Il mourut quelque tçmps après. Dès que Laîno sévit seul maître, il ne contraignit plus sa haine, et chassa de la maison son malheureux cadet, 1 expoinnt à la merci du soit sans lui donner aucun secours. Tant d'inhumanité dans un frère, remplit le cœur du jeune homme d’indignation et d'amertume ; il était découragé. Si mon frère me traite ainsi, disait-il en pleurant, que dois-jc
^ ^ ^ T \ :ii oualî: ex action.
donc allentlre des clran-ers? Il fallait vivre, et U nécessité lui rendit le courage. Comme il était un peu au fait du commerre, il quitte Londres, cl s'adresse à un négociant d une ville voisine, à qui il offre ses services; I autre les accepte et le reçoit dans sa maison. Après quelques années d'éprcuvrs , ü lui reconnut tant de prudence, tant de vertus et t^t <1 exactitude dans scs comptes, qi] il lui donna sa fille en mariage, et ci) mourant il lui laissa tous scs Jih'Iis. Après la mort du lieau" père, le gendre sc trouv.uit assez riche, cl n étant jioiiit de ces ainhiticux insatiables que la fureur d’amasser ualKindonne qu’aux bords du tombeau, plus jaloux de vivre en paix et de jouir de lui-même, il acheta, dans une province éloignée de la capitale, une helle terre avec son château , s v relira avec sou épouse, et j vécut content avec honneur et J.iorne rcnomincc.
Il est une providence qui punit toujours les cœurs barhares. Laîiié, depuis k mort du père, avait coiiti imé le commerce, multiplié les entreprises, et longtemps tout réussit au gré de scs vœux; mais il vint une annee fatale, ses pertes s’aceimnilèrenl, une tempête engloutit tous ses vaisseaux Inrsqu ils revenaient avec une nclie cargaison. Dans le même temps, plusieurs marchands qui avaient entre les mains ce qui lui restait d’argent, firent banqueroute, et pour ccmblc d'inlortunc, le feu prit à sa maison, consuma tout ce qu'il avait d effets, et le réduisit à la mendicité. ^
Dans cet horrible étal, il ne lui restait d’autre rc> source pour ne pas pè*ir de îàim, que d’errer dans le pays, implorant l'assislaticc des Ames cbarîtables que le remt de scs malheurs pouvait attendrir; ü mangL't
!e pan. de la chanté publique dans les larmes et les ïoriiords*
T. A l\r o u A L E E N A C T r 0 N. III
« Où en serais-je à présent, se disait-il en soupirant, si tous les lionimes étnicnl aussi durs que moi? Ah ! s’ils savaient comme j'ai traité mon frère, ils me repousseraient avec horreur : mon frère! mou frère! s’écriait-il qiurquefois clans le chemin, où es-tu? tu me maudis sans doute, et tu éprouves peut-être en ce moment les horreurs de la fiiim! Àh! que ne peux-tu me rencontrer et me voir! tu serais ven^é! Que ne puis-je, en t’embrassant, rompre avec loi ce morceau de pain quune mère pauvre et fténéreuse vient de me donner
par la main de son jeune enfuit! je serais consolé.
Mêlas! si le haçard m’olTrait à ses yeux, il ne reconnaîtrait jamais son aîné sous les lambeaux de la misère; il devrait pourtant espérer de m y trouver, s'il croit qu'il soit un Dieu vengeur.»
Ln jour qu’il avait fait plusieurs lieues, avant à peine trouvé ce qu’il lui fallait pour se soutenir, il aperçut de loin un homme bien mis, se promenant dans une prairie voisine d’un joli château . dont il lui parut le seigneur; il s’avance, l’aborde, lui expose ses malheursses besoins, et le conjure de lui accorder quelques secours. D’où êtes-vous. lui demanda l étranger, et comment s’est fait cet enchainement de revers qui vous a réduit à l’état où vous êtes? L’autre lui raconta son histoire en détail, ne supprimant que l'article de ses mauvais traitements envers son frère. Dans l’elFusion de son récit, il fut tenté plus d’une fois de lui révéler tout, et d’avouer qu'il avait bien mérité ses malheurs; mais la crainte et le besoin le retinrent; il craignit d’éteindr^, par cet aveu, la pitié qu’il voulait inspirer à ce seigneur; il en dit pourtant assez pour être reconnu de quiconcjue connaissait sa famille. L’c- Irangcr, .sans lui faire part de sa découverte, l'cmmèn :
T.A jror«ALE EX ACTropr.
au chAteau, et onlcumc à scs gens de -ie bien trailer et de lui préparer un logement pour la nuit. Le soir 11 raconte h sa femme lavenlnro fful vient de lui arriver, et lui comniuiiifjue son dessein. Le pauvre dormit d'un sommeil profond et paisible Imite la nuit, et le matin, k son réveil, sa preiniêre pensée tut : « Que cet honnête homme c.st bienfaisant! s’il n’c.st pas"né riche, il méritait de le devenir.» Qiielipies heures après, le maître l'envoie chercher. Quand il fut en sa présenco, il le fixa tpiehpic tempis avec attcmlrissement, et lui demanda s’il ne le reconnaissait pas. Non , lui répondit le pauvre. Hé rjuoi! s’écrla-l-il eu pleurs, je suis ton frère! Knmôme temps il s’élance à son cou, et letreint tendrement dans ses bras. L’aîné, finppé .l'étonnement, de confusion , de rejientîr, de reconnaissance et de joie, tombe à ses genoux, et s'écriant : mon frère! les embrasse et les arrose de scs larmes en lui demandant pardon. Il y a long-temps, lui répond son frère, cjtic je tai pardonné; oublie le passé; tu es riche, car je iesuis; vivons ensemble et aimons-nous. Oui, mon Irère, jet aimerai, lui répond l’ainé d’une voiji étouffée par les sanglots; mais jê ne me pardonnerai jamais; je me souviendrai toujours de la manière dont je t’ai traité^ et fjue cesl loi tjui me soulages.
La DeitG de l'humanité.
Uk jeune peintre arrivé à Modène, et manemant de tout, pria un gagrie-petil de lui trouver un gîte à peu de trajs ou pou, p^.,o,our de Dieu; l'artisan lui offrit la moitié du sien. Ou cherche en v^iin de louvrage pour cet etranger; sou hôte ne se décourage vomfil le défraie et le console. Le peintre tombe malade; autre se levé p.115 matm et se couche plu,s Uird, pour
t\ MORALE ES ACTIOS. Il3
g'!gTict tlavnntagc, el iuurnir en cons« 5 f£uencc auï besoins ilii nial.ulc, fjul avait écrit à sa famille.... L’artisan le veilla j^iciijant tout le temps de sa maladie, qui lut assez longue, et pourvut à toutes les dépenses iiwessaircs. Quelques jours après la guérison, rétraiiger reçut de scs parents une somme assez considérable, cl courut chez l’artisan pour le payer. Non, iiioiisieuj-, lui répondit son géiulreux bienfaiteur; c’est une dette que vous avez contractée envers le premier honnête liomnie que vous trouverez dans l'infortune ; je devais ce biculail a un autre, je vien^^e m’acquitter; IJ oubliez pas d en faire autant^ dès que l'occasion s en présentera.
Tjô Lion et l’Epagnsuî.
Pour vot à la tour de Londres les bêtes féroces, il fMlait donner de l’argent à leur maître, on apporter lin chien ou nn chat qui pût leur servir de nourriture.
dans une rue un épagneul noir qui était très-joli, Klant venu voir un énorme lion, il jeta dans sa cage le petit chien: aussitôt la frayeur s’emp ire du petit animal; il ti’cmble de Ions ses membres, SC couche humbleraenl, rampe, prend l’aUitude la plus capable de fléchir le courroux naturel au lion, et d'émouvoir ses dures entrailles. Cette héfe féroce le tourne, le r^oume, et le flaire sans lui faire le moindre imil. Le innîü-e jette atWion un morceau de viande; il lefiiso de le manger, en regardant fixement le chien comme s’il voulait l’inviter à le goûter avant lui. L’épagneul revient de sa frayeur, il s’approche de cette viande, en mange, et dans l’instant le lion s’avança poui la partager avec lui. Ce fut alors qu’on vit naître .'ntre eux une étroite amitié. Le lion, comuic tran^
î I T î ^ y* ^ îî A L K k N A c: T [ O X,
ttïrméen un animal doux el caressant j donnait à IVpagncul des marques de la plus vive tendresse^ et rëp.n ' gncul k son tour témoignait au lion la plus extrême cüiifianre. La yMîrstmîie qui avait perdu ce petit chien, vint ffuelque lemps après poui le ruchuner. Le nia lire [ du lion la presse \ivemeut de ne pas rompre la chaîne de lundlic rpii unit ces deux animaux; elle résiste a SOS sollicitât ions, a f^iisrpie cela est ainsi j répliqua le maître du lion, jjrcnez vous-niéme votre chien; car si j je meij cliargeais, cette commission deviendrait pour ^ moi trop di^i^gcrcusr.j) Le propriétaire de rêpagncul compi it Lien qu'il hillait en (iiire le sacrifice. Au jjout dune année J le chien Lotnha malatle et rnourii!. Lo , hon s imagina peudant {piciqiie temps quil dormait; il voulut feveill r; el lapant iimlilemenl l’émue* avec scs ijatlcs^ il sap* îÇüL alors que 1 épagneul était niorl; sa criuièiK se hérisse, ses j/erix étincellent ^ sa te te se | redresse J sa cluideur éclate avec fureur : transporté tic ' rage, I au lot il s élance d üii bout de sa cage k lauLrc, ? Lu 11 tôt il eu liioid les barreaux pour briser; rpiel- 1 quehais li cotisidére d uü œil eu us te rué le corps mort | tie son tendre auu, et pousse des î iigissenieu Is é'püiî* | van tables; il était si terrible ^ tpiM faisaU sauter par 1 îtcs coups de larges morceaux du plaiicber : on voulut écarter de lui l objet de sa profonde duiucur; mais ce lut iiiuLileiiiLnt, et il garda le ijeld cliicii avec grand 1 iiom; d nt mangeait pas mè#e ce qdü; lui donnait ^ [ jjûm^ calmer ses transports Curieux, L maître alors ^ jeta des chiens vivants dans cage; il les mit en ^Kcees; enfin, il se coucha, et mh sur s» x sein le corp5 j de son ami, seul el unique compagnoî. .|u il eût sur la terre. 11 resta dans celte situati4 pen^ aiit cinq jours, ans vouloir prendre de nourriture; i en ne put uio-
La Mor.ALE i'y A5
dcrcr 1 excès iL; s;i iristessc : 11 langtiUj cl lomba dans une SI grmitle fiîblesse , tjuil en motimt - on le trouva la tète a(ït;ciueiiscîuent pcnclièe sur le corps de 1 épagneul, Le maître pleura la mort de ces deux îiisépata IJ es a mis 5 et les fit me Lire dans une même fosse, fiisloire nous préserite-l-clla uu exemple d^amitié ]>Ins parfaite? Quel modèle k proposer! il est la honte de cès hommes dont le seul intérêt forme et rompt les liens <pii les unissent.
Tarait fie générosité.
Le célèbre Maupertuis, qui accompagnait le roi de Prusse à la guerre, fut fait prisonnier à la bataille de Malwitz, et conduit à\iefjnc. Le grand-duc de Toscane, depuis empereur, voulait voir un homme qui avait une si grande réputation‘ il le traita avec estime, et lui demanda s^il ne regrettait pas quelquVn des efîiîLs que les Imssards lui avaient enlevés,
MaupertQis, après s'être long-temps fiiit presser, avoua qidil avait voulu sauver une excellente raontj^ de Greliam, dont il se servait pour ses observaLions astiOTioraiques, Le grand-duc, qui en avait une du meme horloger, mais cnricliie de diamants, dit au mathéinaLicieii français : C'est une plaisanterie que les hussards ont voulu faire : ils m'ont rapporté votre inoiUre; la voilà , jc vous la rends.
Trait fie justice,
L'empereue se promenant seul dans les rues de Vienne, vêtu comme un simple particulier, rencontra une jeune personne tout éplorée, qui portait ini pa- '{uet sous son bras, — Qu“avcz-vous? lui dit-il aficc- Uienstnui nlj que portez-vous? où allez-voiis^ ne pour-
* ‘ ^ A M 0 n A I, E L n A c r I O rr.
rais-je calmer votre douleur? — Je porte des hardes de ma yialheiireuse mère, répondit la jeune personne au prince, qui lui (Hait inconnu; je \ais les vendre; cest, ajouta-t-elle d'une voix entrecoupée, notre dernière ressource. Ah! si mon père, qui versa tant de lois son san;^^ pour la [lalrie, vivait encore, ou s’il avait obtenu la récompense due à ses services, vous ne me verriez pas dans cet état. — Si l empereur, lui répondit le monarque atlcudrr, avait connu vos malheurs, il les aurait adoucis; vous auriez dû lui présenter un mémoire, et employer quchpiui» (|ui lui eût exposé vos besoins. —Je Fai Tait, rrpli(|ua-t-ellc, mais inutilement; le seigneur à qui je mêlais adressée, ma dit quil iFavail jamais pu rien oblmiir. — On vous a déguisé la vérité, ajouta le prince en dissimulant la peine quun tel aveu lui faisait; je puis vous assurer qu on ne lui aura pas dit un mot de votre situation, cl qu’il aime trop la justice pour laisser périr la veuve cl la fille d un olTicier cpii la bien servi; faites un incruoire, npportez-le moi demain au cliAteau, en tel endroit, k telle heure ; si tout ce qu(; vous dites est vrai, je vous ferai parler à 1 empereur, et vous en obtiendrex justice. La jeune personne, en essuyant scs pleurs, prodiguait des rcinercîments à 1 inconnu, lors(ju’il ajouta : Il ne faut cependant pas vendre les liardes de votre mere; combien comptiez-vous en avoir? — Six ducats, dit-elle. P(‘rmetLcz (|uc je vous en prête douze, jnS' quà ce que nous ayons vu le succès de nos soins. CCS mots, la jeune fille vole chez elle, remet à sa mère les douze ducats avec les hardes, lui fait part des espé* rances qu’un seigneur inconnu vient de lui donner, e e epciiit, et des parents qui l’écoutaient reconrvaisscnl Umpereur dans tout cte qu'elle en dit. Bése^
L A H O 11 A L E EN ACTION. * ^ y
péric fî avoir parlé si liljreineiit , elle ne peut se résoudre à aller le lendemain au clidteaLi : ses parents ïy finitiiinent; elle y arrive•Ireniblaiile, voit .son sonveram dans son bienfaiteur, et s'évanouit. Cependant le prince, r|ui avait demandé la vieille le nom de son père et celui du régiment dans lequel il avait servi, avait piiS des in formations, et avait trouvé que tout ce quelle lul^ avait dit était vrai. Lorsqu'elle eut repris ses sens, l’empereur la fit eiilrer avec .ses parents dans son cabinet, et lui dit de la manière la plus obligeante; Voila, mademoiselle, pour miiddinc votre mère, le brevet d une pen.sioii égale ■iu.v appointements qu'avait monsieur votre père, dont i,i moitié sera leversible sur vous, si 1 ous avez le iiiallieur ue la perdre; je suis lAcité den avoir pas appris plus tôt voti esltuation, j’aulais adouci votre sort. Depuis cette epoque, ce prince a Gxé un jour par semaine, où *out le monde est adis ■ son au I er. e.
Anecdote sur les effets de l'éloquence de Massiîloa.
Massjllon dut moins A des syllogismes qua des mouvements, les prodiges «jne l'aritiqulié doit envier
foqucncc moderne. Lonnju il peint le petit nombre des élus, un frémi.S3cmeiit agit., ses nombreux auditeurs; la crainte resserre leur enuir, décolore leur vi- ^ge, déligure leurs Li’iiits: un .saisissemen t de frayeur s empare de plus de trois mille iiommes, qui se lèvent tous par un mouvement involontaire. Cette anecdote a été transcrite dans presque tous les ouvrages modernes qui traitent de l’élo-quence; mal.s il est un Irart qui ne fait pas moins d'hounciir à Massillon, et qui B est pas assez connu.
Le fajneux Roliin conduit les pon.sionnaires du coL
LA MORALE EN ACTIO'V
loge tic Beauvais à Saint-Lcu, où Torateur devait prêcher sur la Sainteté du Chrétien; ces ciifariLs, en écoutant ce nouveau Clirysoslôinc, les veux tantAt baissés, tantôt fixés sur le ministre de la divine parole, oublient la légèreté que semble excuser leur âge, parce qu’elle les caractérise : ils retournent à leur école dans un silence profond, qui étonne et inquiète tons les passants : plusieurs de ces élèves se condamnent à des mortifications dont on est obligé de mitiger la rigueur. Si Massilloîi n’eût parlé qu’à leur esprit, aurait-il fait impression sur leur cœur?
La probité récompensée^
Perrin avait reçu le jour en Bretagne, dans un village auprès de Vitré. Né pauvre, et ayant perdu son père et sa mère avant de pouvoir en bégayer les noms, il dut sa subsistance à la charité publique : il apprit à lire et à écrire; son éducation ne s’étendit pas plus loin. A l’àge de quinze ans, il servit dans une petite ferme, où on lui confia le soin des troupeaux. Lucette, une jeune paysanne du voisinage, fut dans le même temps chargée de ceux de son père; elle les conduisait dans des pâturages où elle voyait souvent Perrin, qui lui rendait tous les petits services qu’ou peut rendre à son âge et dans sa situation. L’habitude de se voir, <eurs occupations, leur bonté mutuelle, leurs soins officieux, les attachèrent l’un à fautre, Perrin se proposa de demander Lucette en mariage à son père, Lucette y consentit; mais elle ne voulut pas être présente à cette visite. Elle devait aller le lendemain à la ville; elle pria Perrin de choisir cet instant,’ et de venir le soir au-devant cl elle, pour lui apprendre comment il aurait été reçu, .
LA MOHAL B EN ACTIO-'Ï. Il;)
Lo jeune homme, an temps marqué, vola chez le père de Lucette, ot Ini déclara avec Iraiirhise qu il aimait sa fille et qu’il voudrait bien l’époussi'. Tu aimes ma fille! interrompit hrusquemeut le vieillard ; tu voudrais 1 épouser? Y songes-tu, Perrin? comment ferastu? as-tu des habits à lui donner, une inaîson pour la recevoir, et d^ bien pour la iioiiii ii ? Tu sers, tu n’as rien; Lucette n’est pas assez riche pour fournir A tou entretien et au sien. Perrin, cc u’est pas ainsi qu'on se met en ménage. — J'ai des Lias, je suis fort, on ne manque jamais de travail quami on aime; et que no ferai-je pas quand il s'agira de souleuii Lncelie? .Insqu'à [H'esent, j ai gagné vingt écus tous les ans, j eu ai amassé cciil , ils Ici ont les frais de la noce : j’en travaillerai davantage, mes épargnes augmenteront, je pourrai prendre une petite ferme : les plus riches habitants de notre village ont commencé comme moi; pourquoi ne réussirais-je pas comme eux?—Mh bien, lu es jeune, tu peux attendre encore, deviens riclic, et ma fille est à toi; mais jusqu i ce moment, ne tn en parle pas.
Perrin ne put obtenir d’anlre réponse; il comut chercher Lucette, d la reiicouli") bientél ; d était Instc; elle lut sur son visage la nouvelle qu’il venait lui annoncer. — Mon père t’a donc refusé? — Ah! Lucette, que je suis malheureux d’étre né si paim'c! mais je n'ai pas perdu toute espérance, ma silualion peut changer; ton mari n’aurait rien épargné pour te procurer de l’aisance ! ferais-je moins pour devenir ton mari? Va, nous serons unis un jour : conserve moi toujours ton cœur, sonviens-loi que tu me l’as donné.
Lu parlant aiusî, ils étaient toujours sur la route de Vitré; la nuit qui s’avatiçait les pressait de regagner
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L ^ O ît A L e K A L 1 1 Ù N*
lüius nulifoiis; iUalIaïciil lorl vite. Perrin fait un faiiï jta.s, çl lotiibe; en se relevant, scs mains ciicrclicnt ce qui a cîmst' sa cluilc; ccUait un sac assez pesant; il le rutilasse; curieux tic s.ivoir ce quil contient, il entre avec Lucette dans un clianip où brillaient encore ilcJ rncincs auxquelles les laboureurs avaient mis le feu pendant le jour; à la clai lé quelles répandent, il ouvre le sac, et y Irnuve de l’or. Que vois-je! ?écriu I.uccllc: ail! Perrin, tu es devenu riche! — Quoi, LncétlCjje pourrais te posséder? Le ciel, favorable à nos désirs, m’aurait-ii envoyé de quoi sitîsfaire Ion ^érc, cl nom rendre heureux? Cette idée x tsc la joie dans leurs âmes; ils cotiteniplent avidonijiit leur lré.soi ; puis, apiès s’être regardés un moment avec tcrnlrcssc, ils se niettcnl en chemin pour aller snr-ie-clmnip le montn r au vieillard; ils étoient prés do sa maison, lorerjiic l’erriri s arrête iNoiis n’attendons notre bonheur fpie de cel or, dit-il à Lucette; mais est-il à nous? Sans doute il appartient à quelque vovagour : In foire ila Vitré vient de finir; un marchand, en rclo.urnanl chc? lui, i a vi'aiscniblableiucnl perdu ; dans ce moment où nous nous livrons à la joie, il est peut-être en proie an désespoir le plus affreux. — Ali! Perrin, ta réllcxion i>t terrible ! le malheureux gérait sans docte : p mvon.'inous jouir de son bien? Le liasard nous l'a fait t>’onv(;r, mms le retenir est un vol. - Tu me fais (tviiiir!.... nous allions le porter à ton père; ü nous atii oit rendu! henreux; mais peut-on lèlre du malheur d autrui? AHcms voir M. le recteur (c est le nom que les Prêtons donnent à leurs curés); U a toujours eu mille boutés [>oiir moi, il ma placé dans la ferme où je ne dois rien faire sans le consulter.
U fcclcur était chez lui ; Perrin 'ui remit lo sac qu”l
avait trouvé^ et avoua cju’il Tavait regardé d'abord comme un présent du cielj il ne cacha pas son amitié pour Lucette ^ et Tobstacle que sa pauvreté mettait k leur union. Le pasteur lecoute avec bonté; il les regarde run et Taiitrc; leur procédé rattendrit : il voit toute l’ardeur de leur tendresse, et admire la probité qui lui est encore supérieure; il applaudit à leur action : Lerrin , conserve toujours les mêmes sentiments, le ciel te bénira; nous relrouverons le maître de cet or, il récompensera ta probité; j’y joindrai quelquesunes de mes épargnes, tu posséderas Lucelte, je me cliargc d obtenir 1 aveu de son père; méritez d etre Tun 1 autre. Si 1 argent que tu déposes entre mes mains Il est point réclavaé, c’est un bien qui appartient aux pauvres; tu l’es, je croirai suivre Perdre du ciel en te le rendant, il en a déj’à dispose en ta faveur.
Les deux jeunes gens se retirèrent satisfaits d avoir fait leur devoir, et remplis des douces espérances qu’on leur donnait. Le recteur fit crier dans sa paroisse le sac qu on avait perdu; il le fit ensuite afiieher à Vitré, et dans tous les villages voisins. Plusieurs hommes avides se présentèrent; mais aucun n’indiqua la somme, ni aucune espèce de monnaie, ni le sac qui la contenait.
Pendant ce temps, le recteurm’ouhlia pas qu i^ avait promis à Perrin de s’occuper de son bonheur; il lui fit avoir une petite ferme, la monta de bestiaux et des instruments nécessaires au labourage, et deux mois après il le maria avec Lucette. Les deux époux, au comble de leurs vœux, remercièrent avec ardeur le ciel et le rcclcur. Perrin était laborieux, Lucette s’occupait de son ménage; ils étaient exacts à payer le propriétaire de leur ferme, ils vivaient médiocrement du 'surplus, et se trouvaient heureux
t\ mORALE £> ACTlO^ï
L or perdu ne fut pa^ réclamé pcfulant <Ictix a 1:5, l*' recteur ne jugea pas qull fallit attendre davantage, il le porta au couple vertueux qu'il avait uni : Mes en*
fants, leur dit-il, jouissez du bien/'ail de la Fiovidence, et n en abusez pas : ces douze mille livres sotit actnellemeut sans produit, vous pouvez en faire usage; SI, par hasard, vous en découvriez le maître, vous demz sans doute les lui rendre : faites-en un etiiploi rpii, les changeant seulement de nature, n’en cliiuiime point la vri c ur, l eiriri suivit ce consvul ; ü se proposa dacqurrir la ferme qu'il tenait à icil; elle était k vendre, on ! esliinait un peu pins de 12,000 livres j mais en payant tomptanl on pouvait espérer de l’avoir à ce prix : cet argent, qnil ne regardait que comme un dépôt, ne pouvait être mieux placé, et si le maître se retrouvait on jour, il n aurait pas A se plaindre.
be recieur approuva ce projet; l’acrjuisition fut lentot laite; le fermier, devenu propriétaire, donna une plus garnie valeur à son terrain ; ses champs, mieux cultivés, devinrent plus fertiles : Il vécut dans cette douce aisance qu’il avait eu 1 ambition de procurer à Lucette. Deux enfants bénirent successivement leur union; ils prenaient plaisir à se voir revivre dans ces tendres gages de leur amour, £n revenant des c amps^ Ferri fl (rouvait sa femme qui venait au-de* vant de lui, et lui présentait ses enfants; il les embrassait un et laulie, les quittait pour serrer son épouse ans ses bras, puis revenait encore à eux, pour les ycabler tour à tour de caresses : l’un essuyait la sueur ont son front était couvert, l'autre essayait de le souager 5 du hoyau qull portait Perrin souriait
e ses ai es e orls, le caressait de nouveau , et renidait grâce au ciel qui lui avait donné une épouse tendre , et des cafa m. qui b; ressemblaient.
LA mORALE KN AOTIOX. 1^3
.Quelques années après, le vieux recteur mourut; Perrin et Lucette le pleurèrent; ils songeaient avec attendrissement A ce qu’ils lui devaient. Cet événement les fit réfiécliir sur eux-mêmes : nous mourrons aussi, disaient-ils; notre ferme restera à nos enfants elle n est pas à nous : si celui à qui elle appartient revena t, il en serait privé pour toujours; nous emporterions le Lien d’autrui au tombeau. Ils ne pouvaient soutenir cette idée; leur délicatesse leur fit écrire une déclaration, qu'ils déposèrent entre les mains du nouveau recteur, et qu’ils firent signer par les plus notables habitants du village : cette précaution, qu’ils jugeaient nécessaire pour assurer une restitution à laquelle ils croyaient leurs enfants obligés les tranquillisa. ° ’
Il y avait dix ans qu’ils étaient établie. Perrin, après un travail pénible, revenait un jour dîner avec son épouse; il vit passer sur la grande route deux hommes dans une voiture, qui versa à quelques pas de lui - il courut porter du secours; il olIHt les cheyaux de’sa charrue pour trausporter les malles; il pria les voya geurs de venir se reposer chez lui. Ils ii’étaieiit point blesses. Ce lieu m est bien funeste! s’écria l’un d eux : je ne puis y passer sans éprouver des malheurs; j’ai fait, il y a douze ans, une perte assez considérable : je revenais de la foire de Vitré, j'eniporlais 12,000 fr en or que jai perdus. Comment, lui dit Perrin, qui l’ocoutait avec attention, avez-vous négligé de’faire dos recherches pour les retrouver.-Cela ne me fut pas possible : jç me rendais à Lorient, ou je devais m’embarquer pour les Indes; le temps pressait, le vaisseau prêt à mettre à la vo le, ne m’aurait pas attendu; je ne pus faire des perquisitions, sans doute inutiles,
lnl MORALE EN ACTION.
en retardant mon départ, ni auraient apporté un préjudice beaucoup plus grand que la perte que j avais faite.
Ce discours fit tressaillir Perrin; il s’empresse davantage auprès du voyageur; il le conjure d accepter lasile qu il lui ofire. Sa maison était la plus prochaine et !a plus propre habitation du village. On cède à î^es instances; il niarclic le premier, pour iiionlrer le chemin; il lenconlrc bientôt sa leiiirne qui, selon sou usage, venait au-devant de lui ; il lui dit d aller promptement préparer un dîner pour scs botes : en attendant le repas, il leur présente des rarraicliisseiiieiitSj et fait retomber la conversation sur la perte dont lun s est plaint; il ne dout-e point que ce ne soit à lui quil doit une restitution; il va cherclicT le nouveau recteur, rinforrne de ce qufil vient d apprendre, rinvitc k partager le diner de scs hôtes, et k leur tenir conipa gnie. Celui-ci l accoinpagiie, et ne cesse d admirer la joie que ce bon paysan a d une découverte qui doit le ru. lier.
On dinc : les voyageurs satisfaits ne savent comment rcconiiaiirc l’accueil que leur fait Perrin; ils admirent son petit ménage, son bon cœur, sa franchise, fair ouvert de Lucctle, sa candeur, son activité; ils caressent les enfants. Perrin, après le repas, leur montre sa maison, son potager, sa b^-rgerlc, scs bestiaux, les entretient de scs champs et de leur produit, lout cela vous appartient, dit-il ensuite au premier voyageur; lorsque ce que vous avez perdu est tombé entre mes mains, voyant qu il ifélait pas réclamé, j’cii ai aclielé celte ferme, dans le dessein de la remellre un jour a celui qui y a de véritables droits; elle est k vous : '.j-Uai-'s mort avant de vous trouver, mon*
LA MCKALE EN ÏCTIOX. isâ
-sieur le recteur a un écrit qui constate votre propriété.
Létiaiij^er surpris lit l’écrit qu’il lui remet; il regarde Perrin , Lucette et scs enfants : Où suis-je, sccrie-l-ll enfin ^ et que viens-je d’en tendre? quel procédé! quelle vertu! quelle noblesse! et dans quel état les Irouvc-jc I Avez-vous quelque autre bien que celte Orriie? ajunta-t-il. — Non; mais si vous ne la vendez vous aurez besoin d‘un fermier, et j’espère que vous me donnerez la jnéli'rcnce. — V’otre probité mérite une autie récompense; il y a douze ans que jai perdu la somme que vous avez trouvée; dcquiis ce temps, Dieu a béni mon commerce; il s’est cteudn, i] a prospéré; je uc me suis pas lotiF-ienips aperçu de ma perte; cette restilulioo aujourd tiui ne me rendrait ]ias plus riche : vous méritez celle petite fortune ; la Providence vous en a fait présent; ce serait I ülTonser que de vous 1 6 ter; conservez-la, je vous la donne; vous pouvez la garder, je ne la réclamais point; quel homiiie eût agi comme vous?
Il déchira nussitèt l'écrit qu’il tenait dans ses mains. Une si belle action, ajouta-t-il, ne doit point être ignorée ; il n'est pas besoin de nouvel acte pour assurer ma cession ; votre propriété est celle de vos enfants; je la ferai cependant écrire pour perï>éluer le souvenir de vos seutiineiits et de votre honnêteté,
Perrin et Lucette tombèrent aux pieds du voyageur; il les releva, et les embrassa. Un notaire qui fut mandé, écrivit cet acte, le plus beau qu’il eût rédigé de sa vie. Perrin versait des larmes de tendresse et de joie. Mes enfants, s'écriait-il, baisez la main de votre bictifaileur; Lucette, ce bien est à nous, et nous pouvous en jouir sacs trouble et sans remords.
Du Courage de l'Aminé. ^
Deux raatelots, lun Espagnol et Tautre Français, |
tilaienl dans les fers à Alger; le premier s appelait j
Antonio; Roger était le nom tle son compagnon dW clavage. Le hasard voulnl tpi'ils fussent eiuployés aux ! mêmes travaux. L'amitié est la consolation des maU I heureux; Antonio et Roger en éprouvèrent toutes les douceurs; ils se coninjQn'H[uèrcnt leurs peines et leurs ^ regrets ; ils parlaient ensemble de leur famille, de leur ; pairie, de la joie qu'ils resscntiraicnij si jamais iis étaient libres; ils pleuraient eu lin dans le sein lun de j rautre, et cet adoucissement leur suffisait pour porter | leurs cliaincs avec plus de courage, et pour soutenir i les fatigues auxquelles ils étalent condamnés,
Ils travailJaieut à la construcLion dVin chemin qui n
traversait une inoiilague, L'Espagnol un jour s’arrête, i
laisse tomber languissaiumcnt ses bras, et jette un ^
long regard sur la mer ; Mon ami, dildl à Roger avec \
un prolorid soupir, tous mes vu;ux sont au bout de .
cette vaste étendue d'euu : que ne puis-je îa franchir avec loi? Je crois toujours voir nia femme et mes enlants qui me tendent les bras du rivage de Cadix, ou ;
qui donnent des larmes a ma mort-w iVnlonio était i
absorbé dans celle image accablante; cliaque fois qu'il j revenait à la montagne, il promenait sa vue mélanco- | lique sur cet immense espace qui le séparait de son f pays ; tl formaiL les mêmes regrets.
Lu jour il embrasse avec transport sou camarade; j aperçois un vaisseau, mou ami; tiens, regarde, ne le / vois 4 u pas comme moi? Il nabordcia pas ici, parce qu on évite les parages barharesques; mais demain, si l LU veux, Roger, nos maux fmirout, nous serons libres! 1
la morale en action. in]7
Oui, dcinalii ce navire passera environ à deux lieues du rivage, et alors du haut de ces rochers, nous nous précipiterons dans la mer, et nous atteindrons le vaisseau, ou nous périrons : la mort n est-elle pas préférable à une cruelle servitude? Si tu poux te sauver, répond Roger, je supporterai avec plus de résignation mon malheureux sort; tu n’ignores pas, Antonio, combien tu m es cher! celte amitié qui m’attache à toi, ne finira quavec ma vie; je ne te demande qu’une seule grâce, mon ami; va trouver mon père....; si le chagrin de ma perte et sa vieillesse ne font pas fait mourir, dis-lui..., — Que j aille trouver ton père, mon cher Roger! Eli! que prétends-tu faire? me serait-il possible détre heureux, de vivre un seul instant, si je te laissais dans les fers? — Mais, Antonio, je ne sais pas nager, et In le jais, toi. —Je sais t’ai mer, repart l’Espagnol en fondant en larmes, serrant avec chaleur Roger contre sa poitrine; mes jours sont les tiens; nous nous sauverons tous deux va, l’amitié me prêtera des forces, tu te tiendras attaché à cette ceinture. — Il est inutile. Antonio, dy penser; je ne saurais mexjioscr à faire périr mon ami; l’idée seule m’inspire de 1 horreur; cette ceinture m’échapperait, ou je tentraînerais avec moi, je serais la cause de ta perte. — Lh bien! Roger, nous.... Mais pourquoi former des craintes? je te l’ai dit, l’amitié soutiendra mon courage ; je t’aime trop pour qu’elle ne fasse pas des miracles; cesse de combattre mon dessein, je l’ai résolu. Je m'aperçois que les monstres qui nous gardent, nous épient; il y a de nos compagnons même qui seraient assez lâches pour nous trahir. Adieu, j entends la cloche qui nous rappelle, il faut nous séparer; adieu, mon cher Roger; à demaim