‹ La morale en action, ou Elite de faits memorables et d’anecdotes instructives, propres a faire aimer la sagesse, a former le cœur des jeunes gens par l’exemple de toutes les vertus, et a orner leur esprit des souvenirs de l’histoire. Ouvrage utile aux eleves des ecoles secondaires, des lycees et maisons d’education de l’un et l’autre sexeChapitre 11 sur 37 · LA MO K A LE EX ACTIOÎM I · texte numérisé non relu

LA MO K A LE EX ACTIOÎM I

Anîonîo, je l'embrasse pour la dfTitlère fois; sauvetoi, je t'eu coTijure , ne perds pas de temps ^ souvîenstoi toujours de notre teriflre amitié : je !e prie seulemont de me rendre le service que lu m’as promis à ItVÿvrd de mon père; il doit être bien vieux, bien à [damdre, va le consoler; s II avait besoin de quelques secours, ,., mon ami* *..

A CCS mots* Roger tomba dans les bras d'Antonio, en versant un torrent de pleurs; son âme était déchirée. — Tu pleures, Roger! ce ne sont pas des plcnrs qu'il faut, c'est du courage; une minute de plus, nous sommes perdus; peut-être ne trouveions-nous jamais foccasiun ; choisis, ou laisse-toi ronduire, ou je oïl lirise la tête sur ces rochers.

Le Français se jette aux genoux de rEspagnol, veut eiirore lui faire des représentations, lui monlrer \gi risques infaillibles qu'il court, s’il s'obstine à vouloii le sauver avec lui. Antonio le regarde tendrement, fcnibrasse* gagne le sommet dun rocher, il s élance

avec lui dans la mer. Ils vont dabord au fond, reviennent ensuite au-dessus des dots. Antonio s’arme de înuLes scs forces, nage en retenanî Roger, qui semble s’oppost'f aux efforts de son ami, et craindre de l'eoüainer dans sa chute,

IjCs personnes qui étaient dans le vaisseau restaient frappées d'un spectacle qu’elles ne pouvaient distinguer; elles croyaient qu'un monstre marin s’approchait du navire* ün nouvel objet détourne leur curiosité; ou fipiTçoit une chaloupe qui s'empressait de fpulter le rivaire.eîdepoursuivrcavecprécipitatinn ce ]u tm avait pris pour quelque poisson monstrueux; c'était les soldats préposés à la’ garde des esclaves, qui brùlaîcnl de reprendre Antonio et Ro/;er* Celui-ci les voit venir, cl

La MO U A L E K N A C T 1 O N.

cri même temps il jette les yeux sur son iimi, cjui commençait à s’alFaiblir; il fait un effort r*t sc détaclm cl Antonio, en lui disant : Ün nous pour su il, sau\ e-toi, et laisse-moi périr; je retarde ta course. A peine cul-il dit ces mots, qu’il toiiil>c au f iid de la nier*. Lu nouveau transport d amitié rarrime l’Espagnol; il s élance vers le brançais, le reprend an moment (pi il périssait; et tous deux disparaissent.

La chaloupe, incertaine de quel côLc poursuivre sa route, s était arrêtée, tandis qu une hanpit détachée du navire allait reconnaître ce qu’il n avait fait qu entrevoir; les flots recommencent à s’agiter, on distingue enfin deux hommes, dont 1 un ^ rpii tenait 1 autre embrassé, s efforçait de nager vers 1 i barepre. On fait force (le rames pour voler à leur secours. Antonio est près de lais.«5cr échapjær Koger; il entend ({u’on lu* crie de. celle bai tpic; il serre son ami, fait de nouveaur efforts, et saisit d une main defaillante un des bords de la har- (pie. Il est prés de retomber, on les retient tous deux : les forces d Antonio étaient épuisées, il ii a que le temps de s écrier; Qu ou porte du src<jurs à mon ami, je nie meurs; et toutes les horreurs de la mort se répandirent sur sü<i visage, Koger, qui était évanoui, ouvre les yeux, levé la tète, et voit Antonio étendu à ses côtés et ne donnant plus aucun signe de vie * il s’élance sur son cuiqjs, 1 embrasse, fin onde de ses larmes^ pousse mille cris : Mon ami, mon bienfaiteur, cest moi qui SUIS Ion assassin ! mon cher Antonio, tu ne nienten s plus, cest donc là ta récompense de mavo,r sauv« la „c! Al, !

Vie ma iieureusc, je uc pu,s plus la supporter, i’ai perdu

Roger vont sc poignarder; on lui arrache une épée

tA M OR AiÊ EîH ACTION, l 3 l

jont il séünt saisi; il apprend au milieu des sanglots fis détails de son aventure aux gens de la barque; il retomiKiit toujours sur le corps d Antonio : Ne m’em- |)échez point de mourir : ouij mon anii^ je vais te suivre, ajoutait'il en couvrant le corps paie de scs baisers et tle ses larmes. Ayez pitié, au nom de Dieu, )aissez-nioi mourir]

Le ciel, qui sans doute est touché des larmes des liomincs lorsqu elles sont sincères, seinlde flou fier une inanjue signalée de sa bonté en faveur d’un sentiment si rare. Anlonio jette un soupir, Koger pousse un cri de joie; on se réunit à lui pour donner du secours au niailieurcux Espagnol; enfin il lève un œil mourant; ses pieiniers regards clierclient à îc fixer sur le Français; à peine l'a-t-il aperçu, (jull s'écrie : J'ai pu sauver mou cher Roger!

La bartjue arrive au vaisseau; ces deux hommes inspirent une sorte de respect à l'erpiipage, tant Li vertu a de droits sur tous les cœurs! ils excitent un intéiêt puissant; tous se disputent le plaisir de les obliger- Roger arrive en France, court dans les ht as de son père, qui pensa expirer d'un excès de joie; et il fut nommé goiulolicr de Versailles, L'Espagnolj à fjui on avait ollert un poste très-avantageux pour un homme de son étal, aima mieux rejoiud'-c sa femme et ses enlaiils; mais l'absence ne diminua rien de son amitié; il demeura en correspondance de lettres avec Roger. Ces lettres sont des chefs-d’œuvre de naïveté et de sentiment; on pourra uniour les rendre publiques, pour rhonneur d’un sentiment qui a produit tant d’aotioiis héroïques.

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