‹ La morale en action, ou Elite de faits memorables et d’anecdotes instructives, propres a faire aimer la sagesse, a former le cœur des jeunes gens par l’exemple de toutes les vertus, et a orner leur esprit des souvenirs de l’histoire. Ouvrage utile aux eleves des ecoles secondaires, des lycees et maisons d’education de l’un et l’autre sexeChapitre 13 sur 37 · I.A MORALE EN ACTION. l · texte numérisé non relu

I.A MORALE EN ACTION. l

science nécessaire pour soulager nos frères; nous an-

ZZTr ‘"'"P" ^ ^ à cou-

conn r *'■• ^'^Voshlon ,

»s savent les démonter et replacer chaque pièce’ Voie, une grande armoire, o.'. toutes les ispèces de'

sont éfia *'1 turcs p,-opres aux difiérentes parties sont étiquetées, et o^ leur usage est délini. Nois leur

thCrTa î I pratique à la

. pl*»p^irt ds ces enèvres que VOUS voyez nos

tzr .. ^ ' w

que nous exerçons sur ces animaux, en éteint [o germe de,,, le ere„r de ne, enfan,,, i,,,,,,

ger ■ bicnTAi'M el i les soûla-

g . tuenldl ,1s ai.jircnnenl J les gué™. Voili loulcs

es leçons que |„, reçues, celles ,|„e nous donnons à

nose„fa„.s,erlal,.nMic,i„„daUle„ser.q,a„ds,,r

doi' iê' U l '"-"'lrisseme„,

la A • j embrassa, ce vertueux vieil-

Urd; |e me fis conna-tre, e, le priai de ,„c dire i e

pouva..lu,ê,re„,ile,àlui ou i q„el,,„W .le sa fil!

Il étend.t la naain Ters les hahitalions, les champs et lesjard.ns qu, les entouraient ; e Ce que vous voyez me d,l-,l, suffit à nos besoins; la Providence a bénfnos’

l>eMeo!‘-”cr’ 1“»^ ““'“ger les mai-

eweux, ce quon nous offrirait au-delA de nos petits

frais nécessaires nous serait inutüe; il nous devien-

erfanu. Mais, monsieur, ajouta-t-il, vous avez le bonheur detre grand-officier de Stanislas, notre cher et auguste souverain ; daignez lui dire que tontes nos

l36 î. V >IOUAÎ.E ET» action.

familles élèvent leurs vœux au ciel pour la conserva' lion de ses jours précieux, et que les Heuriot ne cesseront jamais de travailler à se rendre utiles aux malheureux, pour mériter détre comptés dans le nombre des meilleurs sujets du plus hieiifaisant de tous les souverains. »

Oraison fitnèbre cTiin Paysan,

Ce ne sont pas ces grands surchargés d honneurs et de titres-, ce ne sont pas ces riches qui, fiers de leur opulence, ont insolemment abusé de la situation des hommes honnêtes et pauvres, f{uils ont lâchement fait sentir au monstrueux accroissement de leur fortune, ce ne sont point ces ingrats heureux qui, éblouis par leurs propres succès, ont iinpunénicnl oiïcnsé, méconnu, violé les droits de 1 amitié*, ce ne sont point ces êtres importuns, incomjiiodes, tyrans, qui laissent à leur mort le plus grand vide dans la société, et les regrets les plus cuisants à effacer*, ce sont ces aines paisibles, tendres, douces, honnêtes, qui savent obliger sans faire valoir leurs services; ces hommes oflicicux qui savent obliger sans avilir le plus noble des sentiments par la plus lâche des pa*ssions, 1 intérêt; ce sont ces hommes utiles, par qui les ailtres existent, et qu'on dédaigne, qui méritent à leur mort les regrets des cœurs sensibles; et tel fut celui qui fixait l’attention publique dans un village où je me trouvais, par hasard, il y a quelques jours. Je fus fort étonné de voir tous les liabilaiits de ce village, les yeux baignés de larmes, fair triste et consterné, entrer silencieusement dans 1 église. Ce spectacle me frappa, je les suivis. Je vis au indlcu d un temple lugubre le cadavre cl un vîCMar.i nainllé en paysan , dont les cheveux

T A lior. AT.E Ey ACTIO>'. l3^

blancs o\ lair encore respectable, annonçaient la cari fbnir, Qtinîîci tons les assistaiifs furent placés, le miiiisïre rbi lieu moula en chaire, et prononça celle courte orai'^oTi fimèlirc, que je gravai dans nia mémoire* tf ^les chers conchoycus, 1 homme que tous voyez Tî’était ri-m moins que ricîie, et cepemhinl il a été peudan t près de qoair;;-vingt-di;. années le hieiifailcur de ses semhlalïles : il était le fils d’un laboureur. Dans sa plus tendre jeunesse, scs faibles mains sessajèrenf à conduire la charrue : ses jambes n eurent pas plus tôt ar'qiiis ia force nécessaire, qu’on le vit suivre son père dans les sillons quil traçait. Aussitôt que son coips eut pris son développemetn, et qu'il put se flatter d eire assez instruit, il se chargea du travail de son père, afin que celui-ci so repos:!!. Depuis ce jour, )c soleil la lonjours ü'ouve daiis Jesctiainps ou dans les jardins occupé à labourer, ou k semer, on à planter, ou A voir recueillir aux autres la récompense de son industrie. Il a défriché pour les antres plus de deux mille arpents d un fen^ain ingrat, qui paraissait voué A la stérilité, qui rapporte mainlenant, et sans lui rouliimera de rapporter ilorénavanl, parce qidil l'a înis en valeur* Cest lui qui a planté îa vigne qu'on voit avec tant de surprise dans ce canton j c^est lui qui a planté ces arbres fruitiers qui ornent et enrichissent ce village. Ce ne fut pas par avarice quü fut infiitigahle, je vous lai diJ ; ce n’étart pas pour lui qu'il smnail et qu il labourait, c était par amour pour le travad Cf pour obliger les hommes, même ceux qui le dcsobligeriicnt, qu'il ne cessa de travailler. Il avait deux principes, dont il ne se déparfU jamais ; le premier, que riiomme est fait pour travailler; le second, que Dieu bénit le Iravaîl de 1 homme, ne fût-ce que

' 38 t.X 11 O 1! A r. I. EN A <; T I O N.

]), I- ruitüiiinire satisfaclion Je l’Iiotume voué au A.iil. Il se iiiaria vers I 3 fin du printemps Je son âge;

J eut une ft nimc (ju il aima plus que lui-inêiiie, des enfants qii il cliéril autant que son épouse : son sort [ ni sa silualijii gênée ne I inquiétaient point, cetail le I sort de sa li-iume de vingt enfants; il les éleva au * travail et à la vertu, ti eut soin, à mesure qu'ils sor- ! laient de l’adoicscence, de les marier à des femtnei lioiinêtes et lahurieuscs; c'était lui qui, la joie pelote sur le Iront, les conduisait au pied des autels. Tous scs j>etits-n]s ont été élevés sur les genoux de leur f graud'|)ère, et vous savez, clicrs auditeurs, qu'il rfen est aucun d eux qui ne donne les plus belles espé* rances. Les jours de réjouissance, il était le premier i faire annoncer !e rnocnci)! des divertissements, et sa voix, ses gestes, ses regards respiraient, inspiraient la 1 gaité. V ous vous souvenez tous de sa candeur, du J)on Sens et du jugement qui caractérisaient scs jrropos : il aimait rordif par un seiiliriient intérieur; il ne refusait 1 Ses services à personne; U safTcctaît des calamités publiques, des malbeurs particuliers; il aimait sa patrie, ' et son eufur ne cessait de faire des souhaits pour sa prospérité; d haïssait les méchants, cl vivait avec eux comme s'ils eussent été gens de bien; ils le trompaient, ' II ne l'ignorait pas, et leur laissait l’avilissante satisfaction de cioirc qu il ne s‘a|)çrccvai t pas qu ou abusait indlgiicment de sa bonne loi; ils le trompaient encore, il gardait le silence, et restait en apparence aussi paisible qu’il le pouvait. Ce fut ainsi que, déçu dans se» espérances, il parvint à la vieillesse; ses jambes treuibkieiil sous le poids tk son corps; il gravissait les j QiOQUgnes, pour conduire ses petits ffs et leur donner des instructions d'après sa longue expérience. Sa

mémo re le servait fidèlement, et II se rappelait à propos les observations utiles qu'il avait eu occasion lie liiire pendant le cours de sa longue vie. Il était l’arbitre des gens de bien; sa probité ne fut jamais suspectée, même par ceux qu il condamnait. La veille de sa mort, il rassembla sa postérité, et dit ; « Mes enfants, je vais me réunir à celui qui est la source de tout bien; je lamai pcrpéLuellemcnt; je meurs sans chagrin cl sans regrets. Que mon enterrement ne vous CM:cupe pas; ne vous détournez pas des travaux pluS pressants; continuez les opérations de la journée, et portes-moi en terre au coucher du soleil. »

« Mes chers auditeurs, mes amis, mes enfants, dit le pasteur en terminant cette oraison funèbre, avant que de confier à la terre les cbcvtux blancs qui ont été si long-temps fabjet de voire juste vénéraiion, considérez la dureté de scs mains, et les marques honorables de son travail, jj

Alors, le ministre descendant de la chaire, souleva une des mains du cadavre, etectfe main, d’un volume considérable, semblait invulnérable à la pointe des ronces, ou au tranchant du caillou; il la baisa respeclueusement, et toute rassemblée en fit autant. Des enfants le portèrent en terre, étendu sur trois bottes de paille, et l’on plaça sur sa tombe un plantoir, une bêche et un soc,

Jeannot et Colin.

Toutes les grandeurs de ce monde ne valent pai un bon ami.

Jeannot et Colin apprenaient à lire chez le ma- 'dster du même village; Jeannot était fils d’nn marchand de mulots, et Colin devait le jour k un brave

îlo LA MORALE EX ACTIO^^.

laboureur. Ces deux jeunes enfants s’aimaient beaucoup, et ils avaient ensemble les petites familiarilég | dont on se ressouvient toujours avec agrément, quand ! on sc rencontre ensuite dans le monde. |

Le temps de leurs études élait sur le point de finir, | quand un tailleur apporta à Jeannot un habit de ve [ lours à trois couleurs, avec une vesle de Lyon, de fort bon goût; le tout était accompagné dune lettre à j M. de la Jeannotlère. Colin admira 1 habit, et ne fut | point jaloux; mais Jeannot prit un air de supériorilé f qui allligea Colin. Dès ce moment, Jeannot n’éluclia plus, se regarda au miroir, et méprisa tout le montlc. Quelque temps après, un valet-de-chambrc arrive en poste, et apporte une seconde lettre à M. le marquis de la Jeannotlère; cétait un ordre de monsieur son père, de faire venir monsieur son fils à Paris. Jeannot i monta en chaise en tendant la main à Colin avec un sourire de protection assez noble. Colin sentit son néant, et pleura; Jeannot partit dans toute la ponipt* de sa gloire.

Il faut savoir que monsieur Jeannot père, à force d intrigues, avait acquis assez rapidement des biens immenses dans les entreprises; bientôt on ne 1 appela que monsieur de la Jeannotlère ; il y avait déjà six mois ' qu il ax^alt acheté un marquisat, lorsqu’il retira de lécole monsieur le marquis, son fils, pour le mettre i Paris dans le beau monde.

Colin, toujours tendre, écrivit une lettre de compliment à son ancien camarade ; le petit marquis ne | lui fit point de réponse; Colin en fui malade de dou* i leur. '

Monsieur de la Jeannotlère voulait donner UTie édu^ cation brillante à son fils; mais madame la marqui^^

ùk MORAIE EN ACTIO^^.

ne voulut pns qa il apprît le ialin, parce qu’on ne jouait la comédie et Topéra qu'en français; elle empêcha aussi qu'on lui apprît la géograpliie, parce cpiej disaiL-elIe, les postillons sauront bien trouver, sans qu U s en eui barrasse, le chemin de scs terres* Après avoir examiné de cette manière toutes les sciences utiles, il fut décidé que le jeune marquis ajîprendrait à danser.

Ou imagine bieo qu’éloigné do toutes les études qui doivent occuper un jeune homme, il fut bientôt conduit, par 1 oisiveté, dans le libertinage, I) dépensa des sommes immenses à rechercher de faux pldisirs, pendant que ses parents s^épuisaient encore davantage à vivre en grands seigneurs,

Une jeune veuve de qualité, qui n avait qréunc fortune médiocre, voulut bien se résoudre à mettre en sûreté les grands biens de monsieur et de madame de la Jeannotière, en se les appropriant et en épousant le jcuue marquis. Une vieille voisine proposa le inariagc. Les parents, éblouis de la splendeur de cette alliance , acceptèrent avec joie la proposition. Tout était déjà prêt pour les noces, et le jeune marquis, aux genoux de sa belle, recevait déjà les compliments de leurs amis communs, lorsqu’un valet de chambre de mère arriva tout effaré. Voici bien d’autres nouvelles! clil-i! : des huissiers déménagent la maison de monsieur et de madame : tout est saisi par des créanciers; on parle de prlse-de-corps, et je vais faire mes diligences pour êti'€ payé de mes gages. Voyons un peu, dit le raarquîs, ce que c’est que ça. Oui, dit la veuve, allez punir ces coquius, allez vite. Il y court; il arriv» à la maison ; son père était déjà emprisonné ; tous les domestiques avaient fui chacun de leur côté, en emportant tout ce

fjuils avainut jm : sa mère èlail seule, sans secours, &<itis coiisolalioii, noyée dans les larmes; il ne lui restnt tien, (jue le souvenir de sa lortune cl de scs folios

l.éjMllSCS.

Après que le fils eut lon^-lemps pleuré avec sa mère, il lui dit enlîn ; Ne eous désespérons pas; cette jeune veuve ni aime épeiddment; elle est plus généreuse eticorc que riche; je réponds délié, je vais la chercher, et je vous 1 amène. Il reioLtriie donc chez sa maîtresse. Quoi! cc.st vous, lui dit-clie, monsieur de la Jeanno- ItèreI que venez-vous faire ici? Ahaudoniic-t-on aîn.sî sa mère? Allez chez cette pauvre femme, et dites-lui que je lui veux toujours du Lien : jai besoin d’une femme de chambre, je lui donnerai la préférence.

Le marqui.i, slupéhul, la rage dans le cœur, alla chez ceux quM avait vus venir le plus iHinilièremcnt dans la maison de son père; ils le reçurent tous avec une politesse étudiée, en tio lui doniiaiU que de vagues espérances. Il apprit mieux à cennaître le lu onde dans une demi-journée que dans tout le reste de sa vie.

Comme il éUit plongé dans l’accable meut du déses

,oir, Il vitavüiiccrunecîiaiseroulauteàranlique,espèce

de tombereau couvert avec des rideaux de cuir, suivi i^e quatre charrettes énormes router cliargées. Il y avait amis la chaise un jeune homme grossièrement vêtu : céUit un visage rond et frais, qui respirait la douceur et la gai té; sa petite femme, brune et assez grossièrement agréable, était cahotée à côté de lui. La voilure n allait pas comme le char d’un petU-raaitre. Le voyageur eut tout le temps de contempler le marquis immobile, abîme daus sa douleur. Eh mon Dieijl s'écrial-îl, je crois que cWt là Jeannot. A ce nom, lo mar^juis

LA morale: EK ACTION. 1^3

lève les la voilure s’arrùle. C’est JcaTinot lui-

nièiue, ccsl Joannol. Le petit homme rehondi ne fait quun saut, et court embrasser son ancien camarade. Jeannot reconnut Colin j la honte et les pleurs couvre rent sou visage. Tu m’as abandonné, lui dit Colin; mais tu as beau être grand .cigneur, je t’aimerai toujours. Jeannot, confus et attendri, lui conta en sanglottant une partie de son histoire. Viens dans rhôfeU lerie où je loge me conter le reste, lui dit Colin; embrasse ma fietite femme, et allons dîner ensemble.

Ils vont tous trois a jiicd, suivis du bagage.».,. Qu'cst-ce donc que tout cet attirail?.... \’ous appartient-il?.... Oui, tout est a moi et à ma femme : nous arrivons du pays; je suis à lu tête d’une bonne maniifàcture de fer etamé et de cuivre ; j’ai épousé la fille d’un riche négociant en ustensiles nécessaires aux grands et aux petits: nous travaillons beaucoup; Dieu nous bénit; nous a avons pas changé d’état, nous sommes heureux, nous aiderons notre ami Jeannot, Ne sois plus marquis : toutes les grandeurs de ce* monde ne valent pas un bon ami; tu reviendras avec moi au pays; je tapprendrai le métier, il n’est pas bien difScile; je te mettrai de part, et nous vivrons gaiment dans le coin de terre ou nous sommes nés.

Jeannot, éperdu, se sentait partagé entre la douleur et la joie, la tendresse et la honte, et il se disait tout bas ; Tous mes amis du bel air m’ont trahi, et Colin , que jai méprisé, vient seul a mon secours. Quelle instruction ! La bonté d ame de Colin développa dans le cœur de Jeannot le germe du bon naturel que le monde n’avait pas encore étouffé; il sentit qu’il ne pouvait abandonner son père et sa mère. Nous aurons soin de ta mère, dit Colin : , ( quant à ton bon homme

t4-î LA MOB ALE EN A C T t O X,

de père cjiil esieîï jjrisoii ^ j efitencîs un peu les a/Taires, et je me cliarge des sîeïioes, li vint elFuctivemerjl ^ bout de le tirer di‘S nKiirîS de ses créanciers; Jeanfjot retourna daiïs sa pairie avec ses parents^ rpii reprirent leur première profession ; il épousa une s(^uv de Colin , hKfüelté étant de même Iiumeur que le frères le rendit très-heureux; et Jeannot le pf^re, et Jearinote la mèrCj ït Jeannot le fils virent que le bonheur n’est pas dans la vanité*

Traii consolant pour rhumaniîé.

Un jeurre aspirant a létal ecclésiastique ^ né pauvre et sans moyens, ol)ligé de faire un voyage qui devait décider de son sort, et ne sachaLt comment l’entreprendre, crut pouvoir s’idresser â Fadminislration fhôpital de l^olhers; i! pensait peut-être que les hôpitaux étant destinés au soul^^gement de tous ceux qui souffrent, les administrateurs, par leur éconorai^? peuvent chercher à se mettre eo état de faire du bien indislinclcment , lorsque roccasion s’en présente, parce que c est toujours remplir le hut de leur éta- 1 disse ment. Comme cet infortuné exposait ses besoüis à Tun des admiaîstrateurs, il entendit la yalx d un soldat malade et languissant, dans un lit voisin, qui lui dit :M, Fabbé, fai vingt-une livres, en voilà dix- Iniit qui peuvent vous aider; si je guéris, je troiiycrat bien le moyen de rejoindre mon régiment; un peu de malaise est ]>ieijtôt passé, et le bien que Fou fait donno de la force et du courage* 11 est bien fâcheux que Fofi naît pas conservé le nom de ce soldat* C’est dans bi classe obscure des citoyens que Fon trouve le plus soi^ vent des cœurs sensibles, et dans ceux-U, k hienfav sance est peut-être la plus touchante et la plus respeo^ ïaiJio

tA MORALE EN ACTION*

L’Enfant ÿdte.

Une (lame tl'esprit avaU un fils, et craignait si fort dclejendrc malade en le contredisant, quil était devenu un petit t 3 Tan, et entrait en fureur à la moindre résistance qu'on osait faire à ses volontés les plus bizarres. Le mari de cAte dame, ses parents, ses amis, lui représentaieut qn’elie peidait ce fils chérij toül était inutile. Un jour qu’elle éiall dans sa chambre, elle entendit son fils qui pleurait dans la cour; il s’égratignait le visage do rage, parce qu’un domestique lui reliisait une chose tju il /oulaii. Vous ôtes bien impertinent, dit elle k ce valet, de ne pas domier à cet enfant ce qu il vous demande; obéissez-lui tout-â- 1 lieurc. Par ma foi, madame, répendit le valet, ü pourrait crier jusqu’à demain qu’il ne l’aurait pas. A ces mots, la dame devint furieuse, et prêle à tomber en convulsions; elle court, cl passant dans une salle où était son maii avec quelques-uns de ses Unis, elle le prie de la suivre et de mettre dehors Timprudenl qui iiii^résiste.Le mari, qui était aussi frihle pour sa femme qu’elle l’était pour son fils, la suit en levant les épaules, et la compagnie se met à la fenêtre, pour voir de quoi d était question. Insolent, dit-il au valet, comment avez-vous la hardiesse de désobéir à madame, en refu- S'int A lercfant ce qui! vous demande?— En vérité innusleur, dit le valet, madame n’a qu’A le lui donner clle inêine : il y a un quart d’heure qu il a vu la lune dans un seau d’eau, et il veut que je la lui donne. A ces paroles, la compagnie et le mari ne purent retenir de grands éclats de rire; la dame elle-même, malgré sa colère, ne put s’empêcher de rire aussi, et fut si honcusc de cette scène, qu'elte se corrigea, et parvint i

h\ MOHAL£ LN ACTION,

IViirc un aimable enfant de ce petit être inaussadG et voîontaîrc. Bien des mères auraient besoin dîme pa* reille aventure.

La Passion du Jeu.

On m'a monlrè quclquîm dont la pliysîonomîüj quoique altérée j annonçait un grand caractère. Celui qui me le fit remarquer nden paila darie ces termes: Regardez bien^ me dit-il : vous avez sous les jeax od phénomène de force et de faiblesse*^ cct homme^ qui se survit a lui-méme, a cidtlvé jusqu'à trente ans, avec le plus grand succès, les sciences et les lettres; un pas de plus, il en reculait les bornes. Etant tombé dans un cercle de joueurs, il y prit le goût du jeu, qui luentôt se convertît en rage^ malgré mes prières et mes larmes, il perdit en peu de temps tout ce qu i! possédait.

Comme il avait de la force, il fut sans désespoir : Cou est fait, dit-il, j ai joué mon reste hier au soir, jo stiis ruiné. Je fis nonr lui ce qu i! aurait fait pour moi; je voulus le consoler. Vous souffrez, lui dis-jc. — souiîVé, mais je ne suis pas triste, parce que je sais nie résigner. Atlicu, je ne vous reverrai plus; respecte? mes mallicurs, et surtout ma rolonté, le seul bien qui luc reste.

L’année révolue^ je reçois un billet et de fargent; je cours chez mon and, je le trouve assis au milieu de scs livres, et dans rattltudc dun homme absorbé par de profondes méditations; je renibrasse, je le félicite sur son nouvel état; il venait d héritex : je me flatte, lui dis-je, que désormais vous saurez jouir, et que— Je ne jouerai pas davantage, me répliqua-t-il froideaient. —■ Quel triomphe pour la philosophie et pour

les lettres! — Elles n'y gagneront rien, je ne lis plus, je ne pense plus, je n’ai plus de désirs.

11 tomba dans un morne silence; un instant après ses yeux se ranimèrent, je les vis briller de leur ancien feu, jécoulai, — Le ressort de mon âme s’est brisé, mon ami; tandis que je luttais contre un penchant plus fort que moi, j ai tenté de substituer d’autres passions à ma passion fatale : celle-ci lenaissait toujours, ou plutôt elle ne m’a pas laissé un instant de relâche : finissons, je n’ai plus la force de parler ni d’entendre.

En me quittant, il me serra la main, et me regarda d un œil sec, car il n avait plus de larmes : maintenant d me connaît à peine; depuis vingt ans, il languit dans la même inertie.

Traits de la jeunesse de T^irenne.

Le vicomte de Turenne était d un^ complexion très-délicate dans son enfance, et sa constitution fut toujours faible jusqu’à l’agc de douze ans; ce qui fit dire à son père, cpi'il ne serait jamais en état de soulernr les travaux de la guerre. Le jeune héros, nour le lorcer à penser dilTéremmcnt, prit, à l’àge de d'ix-buît ans, la résolution de passer une nuit sur le rempart de l^edan. Le chevalier Vassignac, son gouverneur, après lavoir long-temps cherché, le trouva sur l'afiTut d'un canon, où il s’était endormi. Il s'attacha beaucoup à a lecture de l’histoire, et surtout à cclfe des grands hommes qui s’étaient distingués par les vertus et les talcmts militaires. Il fut frappé du caractère d’Alcxandrc-lc-Grand; le génie de ce conquérant plut au jeune vicomte, que son ambition aurait peut-être porté aux entreprises les plus éclatantes, s’il eût vécu dans ces

LA xMORALE EN ACTION.

lvira|)S où la valeur seule autorisait les liommes à troubler la paix de lùinivcrs. Il prenait plaisir à lire Quliite-Curce, et à raconter aux autres les faits héroïques qu’il avait lus. Pendant ces récits, on voyait son génie s’animer, ses yeux étinceler, et alors son imagination échauÜeo formait la difficulté naturelle quil avait à parler. Lu officier s’avisa un jour de lui dire que I histoire de Qninte-Curce n’était qu’un roman; le jeune prince en fut vivement piqué. La duchesse de Bouillon , pour se divei tir, fit signe à 1 officier de continuer à le contredire; la dispute s’échauffa, le héros naissant sc mit en colère, quitta brusquement la compagnie, et fit appeler secrètement 1 officier en duel, c}ui accepta la proposition pour amuser la duchesse de bouillon, charmée do voir dans son fils des marques (l’un courage précoce. Le lendemain, le vicomte sortait de la ville sous prétexte daller à la chasse; étant arrivé au lieu du rendez-vous, il y trouva une table dressée. Comme il rêvait à ce que signifiait cet appa- * reil, la duchesse de Bouillon parut avec l’officier, et dit à son jils qu’elle venait servir de second à celui contre c^ii il voulait se battre. Les chasseurs se rassemblèrent, on servit le déjeuner, la paix fut faite, et le duel se changea en partie de chasse.

Plaisirs simples ^ vrais plaisirs.

Je parle du plaisir : c’est dans le cœur des enfants qu il en. faut chercher la fleur, et quelquefois au sein do la médiocrité, qui se dégoûte rarement des choses naturelles.

La dernière nuit que j étudiai les joueurs aclieva de me dévoiler leur triste caractère : j’en fus puni. Ce sont des furieux, me disais-jc; qu’ils se ruinent, qu ils

LA MORALE EN ACTION. I

S égorgent. Consterne de celte indiflcrcricep craignant d’avoir perdu ma sensibilité, j'abandonnai cet air contagieux.

Le jour luisait à peine, jetais seul, et le silence de la nature ne m’inspirait plus rien. Je m éloignai de la ville, vers b' milieu de la journée; j’aperçus un hameau, sur les confins durpiel une vaste prairie m’offrait les pauvres et les riches mêlés et confondus enscm!>le : ils célébraient 1 hj^men de la vertu.

Le seigneur venait de marier une fille, la plus belle du canton et aussi la plus honnête; car ses rivales, ou plutôt ses compagnes, l’avaient proclamée telle d une VOIX unanime. Je ne me lassais pas de regarder et d’admirer; tous les visages resplendissaient d’une joie pure; j’y voyais tant de bonté, que tout le monde me parut beau.

On disposait de^ jeux bien différents de ceux que ;je fuyais; 1 humanité triomphait dans ces jeux chain* petres, la bienfaisance y présidait, et toutes deux de concert on avaient fait les frais. Tout-à-coup le vent souffle, le tonnerre gronde, un nuage affreux dérobe le jour; chacun sauve.

Je me réfugia’ clans une grange, où l’on ne distinlinguait les objets c^u à la lueur des éclairs. Regardant autour de moi, je t aperçus que des enfants : qu’ils étaient affligés! Je tachais de les consoler; ils soupiraient : Prenez patience, le beau temps reviendra.

- D’aujourd'hui nous ne reverrons le soleil; demain, plus de fête. — Prenez patience, vous dis-je; il ne tardera pas à reparaître. Tous les yeux se tournèrent du côté de l’astre éclip'îé.

Déjà cpiclgues pàleç rayons coloraient les bords du nuage; je vis enfin l’cspow’dû plaisir renaître avec !e

I 5o L V .M (J U VIE E N A C T I O X.

jour; je vis les fronts s éclaircir à mesure que le soleil se; dégageait, et j entendis mes cufaiits le saluer dan cri de joie, d’un cri qui retentira toujours, au fond de mon cœur.

Le signal est donné, les jeux commencent et continuent jusqifà la nuil. Voilà le plaisir, inecriai-jc! c’est ainsi qifil se prépare et s’accomplit.

Couratje et bienfaisance dun paysan.

La grandeur d’àme ne suppose pas nécessairement une haute naissance : les seiiliiiients généreux se trouvent souvent dans les classes les plus basses des citoyens. Un paysan de la bionie vient d’en fournir un exemple qui mérite detre connu. Le feu avait pris au village qu il habite*, il courut porter des secours aux lieux où ils étaient nécessaires*, tous ses soins furent

vains, l’incendie fit des progrès ivq^idcs : on vint 1 avertir qu i! avait gagné .50 nnilscn. il dcCT-rihua si ccue ae son voisin était endommagée; 011 lui dit quelle brûlait, mais qifii 11 avait pas un moment à perdre, s’il voulait conscryeu scs meubles : J’ai des choses plus précieuses à sauver, vépliqua-t-il sur-lc-champ; mon malheureux voisin est malade et hors d'état de s’aider lui-même; sa perte est inévitable, s’il n’est pas secouru, et je suis sûr qu il compte sur moi. Aussitôt il vole à la maison de cet infortuné; et sans songer à la sienne, qui faisait toute sa fortune, il se précipite à travers les flammes, qui gagnaient déjà le lit du malade. Il voit une poutre embrasée, près de s’écrouler sur lui; il tente daller jusque-là : il espèr(3 c[üc sa promptitude lui fera éviter ce danger, qui sans doute eût arreté tout autre; il s’élance auprès de sou voisin, le charge

LA AÎORALL K N aCTIOX. Tj I

?ur ses épaules J et le conduit heureusement en lieu de sûreté.

La chambre économique de Copenhague, touchée de cet acte dTiumonité peu commun, vient d^envoyer à ce paysan un gobelet d argent rempli d’écus danois; la pomme du couvercle est surmontée d’une couronne civique, aux côtés de laquelle pendent deux médaillons, sur lesquels cette action est gravée en peu de mots. Plusieurs particuliers lui ont fait aussi des présents pour 1 indemniser de la perte de sa maison et de scs elFcts; leur bienfaisance mérite des éloges.* Récompenser la vertu^ c’est encourager les hommes à la pratiquer.

Le Vieil lard d es in t éressé .

Certains beaux esprits, soi-disant philosophes, n ont^uerc vu que de la sottise et de l’impuissance dans la modération. Au risque de passer pour un sol,, je vais opposer aux joueurs l^f conduite d’un simple paysan, qui avait assez de bon sens pour croire qiu 1 011 peut être content de son sort, quand on a ce qu il faut, et que rien ne saurait dédommager de ce qu) touche le cœur.

Ln bon vieillard était plus libre, avait plus d’âme que tous ces magnifiques brocanteurs. Ce vieillard jouisstiit, non loin de la maison d un parvenu, d’une cabane entourée de quelques arpents de terre, et vivait en paix sans desirer les richesses de son voisin. Les superbes regards de celui-ci, étant choqués de la cabane située à l’entrée de son parc, il fit appeler le sage qui 1 habitait. — Sais-tu bien que ta fortune est faite? — Et vous, monsieur, savez-vous liicm que le lion Dieu, mes deux bras et mou clianq>, ne moût jamais

*32 tx MüîiXLlL LS action ,

laissé manquer de rien? que j’ai travaillé long-tompsç bien long-temps? qu'aujoui JImi je me repose, et que mon fils me nourrit, afin que ses enfants le nourrissent a son tour, — Fort bien; mais il s^agit de me vendre la cabarc, — Y songez-vous? cest le père de mon grand-père qui Ta rebâtie, et cela avant qu’il fut ques^ tioii de votre cluUeau* — Boa homme, je le veux, point de réplique* Point de.répliqua! — J'y suis né, les midis y sont morts, j"y veux mourir aussb Monseigneur, ne vous ffichcz pas, j'ai quatre-vingt-dix ans qassés, pcul-ôtre que mon fils..*.; mais non, il a da cœur, vems le savez; Il na pas voulu entrer à votre service, parce qu^l aurait été valet chez vous, et quM était maître chez noos.

Trait cramilié fraternelle-

Le fils d'un riche négociàDt de Londres s^êtaU livré dans sa jeunesse à tons les excès; il irrita son père, dont U méprisa les aws. Le vieillard près de finir sa carrière, fait un acte par lequel il déshérite sou jeune iils, et meurt, Dorval, instruit de la mort de son père, fait de sérieuses réflexions, rentre en liii-mémc, et pleure ses égarements passés* 11 apprend hîentàt qu^il est déshérité : celte nouvelle n an aclic de sa boucha aucun murmure injurieux a la mémoire de sou père; il la respecte jusque dans 1 acte le plus désavautageuX a ses intérêts, il dit seulement ces mots : Je lai mérité* Cetlc modéraliou parvient aux oreilles de Genneval, son frere, qui, charmé de voir le cbangenient dé mœurs de Dorval, va le trouver, rembrasse, et lui adresse ces paroles à jamais mémorables : Mou frère, par Qii Eestainent noire père commun m'a tnslitué son hîgatairc universel; mais U ifa voulu exclure que

1 liomnif que vous élicz alors^ et non celui qîïe vous êtes aUjOurdliui j jo vous rends la part qui vous ml

due.

L'Arni frîèle,

Ux homme respccUihle, après avoir joue iiïi grand rôle a Paris 5 y vivait dans un réduit obscur, victime de 1 infortune, et si indigent qnbl ne subsistait que des aumônes de la paroisse ; on lui icmettait chaque semai ne la quantité de ['ain suffisante pour sa nourriture; il en fit demander davantage. Le curé lui écrit pour 1 engager à passer chez lui; il vient* Le curé s’informe sll vit seul* El avec ciii* monsieur, répondit-ij, voudiiçz-vous que je vécusse. Je suis niallieureux ^ vous le voyez, puisque j'ai recours à lacluirité, et tou? le monde m'a abandonné* tout le monde!,*.* Mais monsieur, continua le curé, st vous êtes seul, pour quoi demandez-vous jViLis de pain qiîe ce qui vous csi nécessaire? Lantre paraît déconcerté; il ayoue avec peine qu il avait un chien. Le curé ne laisse pas de poursuivre; il îui fait observer qu il n est (jue le distributeur du pain des pauvres, et que Ibonodtcté exige absolument qui! se défasse de son cliien* KIi ! monsieur, s écria en pleurant I hifurtuné, si jenden défais, qui est-ce qui m’aiinera? Le parleur, aftendrî jusqidaux larmes, lire sa bourse, et la lui donne en tbsmt : Prenez, monsieur, ceci m’appartient.

Anecdote sur Fénelon,

De retour à Cambrai, Fénelon confessait assiddmoiit et in distinctement dans sa métropole toutes Ls porsoiines qui s adressaient à lui; il disait li messo Ions les samedis* Un jour il aperçut, au moment ou il

Ï'A MORALE EN ACTION

Aillait îîiOfiter à I autel ^ une Tenu ne lurL ^tgec <|ul paraîs' sait vouloir lui parler; il s appruclic d^clte avec Ijoni#, et 1 euhardlt par $a dotireur à s exprimer sans crainte : uioiiscigfjeur, lui dit-elle eu pleurant et cii lui présentant une pîcce de doy/.e sous, je îi’osg pas^ luaisjai Iieaucoiip de confiance dans vos prières; je voudrais vous prier de dire la messe pour moi. Donnez , ma bonne, lui répondit l eiiélon eu recevant sou offrande, voire aumàiie sera agréable à Dieu. iMessicurs, dit-il ensuite aux prêtres fjui raccoinpagiiaicnt pour le scn'ir 4 I autel, apprenez k honorer votre ministère. Après b ïuessv;, ii ht reineitic à cette léoime une somme assez considérable, et lui promit tle dire une seconde messe le lendemain à son iiiLciiüoii.

Le Chien (rAnbrj Je Monî-l)iJter\

Sous le règne de Charles V, roi de France, un uommé Aubry de Mo ut-Didier, possaeî, seul dans k tnrét de Bondy, fut assassiné et eulenA au pied d un arbre, S(jn chien resta plusieurs jours sur sa fosse, et ne la cjultta tpie pressé par la faim : il vient à Parts chez un ami intime de sou malheureux maître, et par scs tristes hurlements semble lui annoncer la perle C[u il a laite. Après avoir mangé il recomuicncc scs cris, va k la porte, tourne la tétc pour voir si ou le suit, revient à cet ami de sou maître, le lire par I habit, comme pour lui marr|uer de venir avec lui. La singu- Larilé des mouvements de ce chiou, sa venue sans son Ciaitre qu il ne quittait jamais, ce maîtJ'c qui tout d un coup a disparu, et pS attire ceUc distribution de justice et d événements, qui ne permet guère que les crimes restent long-temps cachés; tout cela fit qtion suivit CG chicQ. Des quVn fut au de l aibrü, il

LA M ORA LE Err ACTION. [ ;o

trîiloubla ses cris eu graltanl la tciTC, connuo pour faire ligne de chercher eu cet endroit. On y fouilla, et on y ti ouva le coqis de cet infortuné Aubry. Quelque temps Iprès , ce chien aperçut par hasard l’assa-ssiri, que tous les historieus nomment le chevalier Macaire; il lui imlo la gorge, et on a bien de la peine à kii fâirej.U ihcr prise : chaque fois qu'il le rencontre il l’attaqné et le potirsiiit avec fureur : racharnement de ce cliiou, i^ui n’en veut qu à ccthommc, commence à paraître e^- Li'aorditiatrc. On se rappelle l’affcctioii qu il avait lîKirîjiiée son maître^ et en inônie temps plusleiiis

occasions où ce clievalLer Macaire avait donné des preuves de sa luiine et de son en\de contre Auhrv de Mont-Didier : quelques circonstances augtiicutèü-cnt le.') soupçons. Le roi, iustiaiit de tous les discours qn'oîi tenait, fait venir ce chien, qui paraît tranquille jusqu’au moment qu’apercevant Mccalre. au milieu d'nnc vingtaine de courtisans, il aboie et cherche à se iclej Ëur lui.

Dans ce temps-l 4 on ordonnait un duel entre Taccnsaleur et I accusé, loisqueles p.^eiive-S du crime né taient pas convaincanles : on nommait ces sortes do coin bats, Jiitjetneni de T)iev, jiarce qu'on était persuadé que le ciel aurait plutôt fad un miracle que ds bisser succomber finnoceiice. Le roi, frappé de toiis les indices qui sc réunissaient confre Macaire, jugea qu'il échéait gage de bataille ; c’est-à-dire, qu'il ordonna le duel entre le chevalier et le chien. Le cbaiiip clos fut marqué dans 1 île Notre-Dame, qui n’étail a)o/s qu un teiTain vide et inhabité,

Macaire était armé d’un gros bâton, le chien avait lin tonneau percé pour sa retraite et les relancements. Dn le làcbc; aussitôt il court, tourne autour de son

l56 LA MO HA L R A t T i O \\

adversaire^ évite ses coups, le inru;îce, tîiiiLÔt don rôté, tantôt d tiri au Ire, le fa ligue 5 eteidin s élance ^ le taîsit à la gorge, et 1 oljligc 4 faire Taveu de son crime eu présence du roi et do toute sa cour,

La mémoire de r c chiea mérite d être conservée à la poslérilé, par un inoniiaieyL rjul subsiste encore sur la clieniiixje do la grande salle du clnitcau de Jlontargis; mais nous ajoutons quÜ luut savoir cpic ce Lrall d liistoirc y e?t cireclivcmouL consigné, le temps ayant prcstjuc détruit le labJeau s lu Icfjuel il est reprcscnlé*

^necdoie stir ]\Iarie-Thcrès€ ^ n/^p6Ta/r^C£î,

La ijicufüisaiice et 1 bLiiLiar lté sont des vertus liéréèitaires dans raugusic lUtUSOii d Autriche : c'est Miirie- 1 lierèse rpii a formé ells-raème le cœur de ses enfauls; fs ont hérilé tîo scs vertus,

Qued exemple d liumaiiité, Je bienfaisance et de bonté lie leur donnait-elle pas, lorsfpfétant à Luxembourg elle y reçut un inessagc de la part d une lémtne Hgéc de cent liuit ans, ^pii pendant plusieurs années n avait pas tnarupié de se présenter le jour du jeudi saint, pour être au nombre des pauvres auxquels S* M. L et R, lavait les pieds! Depuis deux ans scs infitïnités iavaient enipécliée de se reud’x au palais; elle lit dire à l impératrice, c|idelle avait le plus vif regret de n avoir pu se trouver 4 cette pieuse cérémonie, 11 à cause de 1 iLOuneiir qu’elle aurait reçu, mais parce quelle avait été privée du boîiheur do voir une souveraine adorée, L împératrîce-roine, touchée du message et des seiuimcnls de celle I>onne femme, sc rendit ellcménie dans le village quelle liaLitail; elle ne dédaigna pas d entrer dans une misérable cabane; elle la trouva ïur QU grabat ou la relcnaieul scs inlînnitcs, coinpa-

r.A «ORALE ES ACTION. 167

gués înséparahies de l’àgc. Vous regrettez de ne m’avoir pas vue, lui dit avec bonté cette généreuse princesse: consolez-v ous, ma bonne, je viens vous voir.

J'.æeniple frappant de patience et de nwdéraiion d'un goiu^erneur chargé d'un enfant capricieux et (jcité.

Pour sc disculper des vires d une éducation négligée, un gouverneur prétexte les caprices de Idtifanl; il a tort : le caprice des enfants n’est jamais l'ouvrage de la nature, mais d'une mauvaise rlisripliiic; c'est qu’ils ont obéi ou corarcandé; et j’ai dit cent fois rju’il ae fallait ni l un ni l'afitn*; votre élève n aura dune des caprices que ceux que voue lui aurez donnés : il est juste que vous portiez la peine de vos fautes. Mais, direz vous, couunenl y remédier? delà se peut encore, avec une ineilicuie conduite et beaucoup de patience.

Je m’étais cliargé, durant quelques semaines, d’un enfant accoutumé non-seulement à faire scs volontés, mais encore à les faire faire k tout le moufle, par conséquent plein de fantaisie. Dès le premier jour, pour mettre à 1 essai ma complaisance, il voulut .se lever A minuit, au plus fort de mon sommeil; il saute à bas de son Ht, prend sa robe de cliambrc et m’appelle. Je me lève, j'allume la chandelle; il n’en voulait pas davantage. Au bout d’un quart d’heure, le sommeil le gagne, i;l il se recourbe content de son épreuve. Deux jours aprè-S, il la réitère avec le même succès, cl de ma part sans le moindre signe d Impatience. Comme î! m’embrassait en SC recourliinf, je lui dis très-posément : Mon petit ami, cela va fort bien, mais n’y revenez plus. Ce mol excita sa curiosité, et dès le lendemain, voulant voir un peu comment j’oseraîs lui désobéir, il ne nvinqua pais de se relever à la même heure et de

K'iî r.A muHALK i::s actiok,

m apjïclcr. Je loi doiiiaiitlai ce qu'il voulail. 11 luc dJl qu’il ne pouvait dortuir. Tant pis, repris*je, et je me lins coi- 11 me pria d allumer la cliaïiclellc- — Pourquoi faire? et je me tins coi. Ce ton laconique coniincnçait à 1 embarrasser^ il sen fut à tâtons clicrcbcr le fusil, quM fit semblant de Jiattre, et je ne pouvais meiiipe* clîcr de rire en rcrHeoJanl se donner des coups sur les doigts. Enfin , Inen convaincu quf 1 iden viendrait pas â bout, il m apporta le briquet à mon lit. Je lui disque je n'eii avais que laire, et Louriiai de raulrc cutà Alors il SC mit à courir étourdiment par la cbanibrc, criant, chantant, faisant ïx-aucoup de bruit, se doonant à la tal>!e et aux chaises des conjis quH avait grand soin de modérer^ dont il ne laissait pas de crier bien fort, espérant de me causer de i inquiétude; tout cela ne prejiait^ias, et je vis que, coiiqjtant sur de belles exhortations ou sur la colère, il ne s ctail uullemcDt arrangé pour ce sang froid*

Cependant résolu de vaincre ma patience â lurce d upiuiâü'eté J il coDlinua son tintamarre avec un tel succès, qu'à la fin je mechauirHi, et pressentant qiic j allais tout gâter par un emporte nient hors de propos, je pris mon parti d'une autre manière : je me levai sans rien dire, j'allai au fusil, que je ne U ouvai pas ; je le Irâ demande, il me le donne en pétillant de joie d^avoir triomphé de moi ; je bats le fusil, j allium: la chandellej je prends par la main mou petit bon homme, je h mené traiiquiUciueni dans un cabinet voisin, dont les volets étaient bien fermés, et oii il n’y avait rien à cas- 6or; je ly laisse sans lumière, puis fermant sur iui la porLü à la clef, je retourne me coucher , sans lui avoir dît un seul màt* 11 ne faut pas demander si d'abord II y eut du vacarme; js my étais allendu, je ne inen

MORALE £:t ACTION. .

inms point. Enfin le bruit s’apaise, fée ou te, je l'entends s arranger, je me tranquillise. Le lendemain jentre an jour dans le cabinet, je trouve mon petit mutin couché sur un lit de repos, et dormant duti profond sommeil, dont, après tant de fatigues, il devait avoir grand besoin.'

L affaire ne finit ps là : la mère apprit que rcnfanl avau passe les deux tiers de la nuit hors de son litaussitùt tout fut perdu, c’était un enfant autant que’ mort; voilà 1 occasion bonne pour se venger; d fit le malade .sans pévoir qu'il uy gagnerait rien. Le médecin fut appelé; malheureusement pour la rnère le medec.n était un plaisant qui, pour s’amuser de'ses frai'curs, s applique a les augmenter ; cependant il me dit a 1 oreille : hiisse^-moi faire, je vous promets que 1 enfant sera guéri pour quelque temps de la fantaisie fUiLie malade. En effet, la diète et la chambre furent proscrites, et il fut recommandé à l’apotfiicairc. Je soupirais de voir cette pauvre mère ainsi la dupe de tout ce qui Ienvironnait, excepté moi seul, quelle

prit en haine, précisément parce que je ne la trompnis pas.

Après des reproches assez durs, elle me dit que son (ib était deheat; qu il était Tunique héritier de sa famille, qu il fil II au le conserver k quelque prix que ce EU, et quelle ne voulait pas qu’il fut contrarié. En cela i étais bien d’accord avec eîle; mais elle entendait par le contrarier, ne lui pas obéir en tout. Je vis qu’il fallait prendre avec la mère le même ton qu’avec Tem fuit. Idadame, lui dis-je assez froidement, on a besohi de moi ailleurs jour quelque temps. Le père apaisa lûut ; la mère écrivit au précepteur de hâter son retour;

•n l’enfant, voyant qu’il ne gagnait rien à IroubliT mnii

jfio Lk MOTI^LE action*

sommeil j ni à être malade y prit enfin le parti de darrnir y

lui-même et de sé bien porter* .

Mais il Yonlul se venger, le Jour, du repos qu II était forcé de me donner la iiuil. Je me prêtais de Ijüu cœur ^ tout, et je commençai par bien constater a scs pro- ! près jeox, le plaisir que j^avais à lui roinpUdre; après cela, quand il fui question de le guérir de sa lantaisie, je m’y pris aiitrcment*

Il fdlait dabord le melLrc dans son tort, i l cela ne fut pas diOicile; sachant que les enfitnts ne songent jamais qu’au pirêscnt, je pris 3ur lui le lacÜe avantage de la prévoyance, j'eus soin de lui procurer au logis un amusement que je savais être extrêmement de son i goiil, et dans le moment où je le vis le plus cnjiiué, j’allai lui proposer un tour de [iroinenade'j il me renvoya bien loiu' j insistai ; il ne m’écouta pas; d 1^*1- Int me rendre : il nota prèciec^iement en lui même ce eigne dùissujcltisscment*

Le lendemain ce fut mon tour, 11 s’ennuya, jy pourvu ; moi ^ au contraire, paraissais profoodêmeni occupé. Il n’en fallait pas faut pour le déterminer; ü ite manqua pas de venir nfarracher à mon trayai , pour le mener promener au plus vite. Je refusai .1 s'obstina. Non, Ini dis-je : en faisant votre volonté, vous m avez appris à faire la mienne; je ne veux pas sortir, Fdi bien! rejiril-il vivement, je sortirai tout seul. Comme vous voudrez, et js reprends mon tra valL

11 sliabille, un peu inquiet de voir que je le laissais faire . et que ja ne 1 imitais pas : prêt à sortir il vint me saluer, je le salue ; il tache de mùilarmer pal: le récit des courses qu’il va faire; à Pentendre, on fTit cruqu il all^ï^*- 3iu bout du monde: sans m’émouvoir, je lui souhaite

L A il 0 n A L E E N A C ï I I 6 1

un bon voyage. Son embarras redouble; cependant il lait une bonne contenance, et, prêt à sortir, il dit à un larpiais de le suivre. Le lacjuais, déjà prévemu, répond qu’il n’a pas le temps, et qu’occupé par mes ordres, il doit m obéir plutôt qu’à lui. Pour le coup l’enfant n’y est plus. Comment concevoir qu’on le laisse sortir seul, lui qui se croit l’ètre important à tous les autres, et pense que le ciel et la terre sont intéressés à sa conservation? Cependant il commence à sentir sa faiblesse, il comprend qu’il va se trouver seul au milieu de gens qui ne le connaissent pas; il voit d’avance les rusques qu’il va courir : l’obstina lion seule le soutient encore; il descend l’escalier fort lentement et interdit; il entre enfin dans la rue, se consolant un peu du mal qui lui peut arriver, par 1 espoir qu’on m’en rendra l'csponsablc.

C était là que je l’attendais : tout était préparé d’avance; et comme il s’agissait d’une espèce de scène publique, je métais muni du consentement du père. A peine avait-il fait quelques pas, qu’il entendit, à droite et à gauche, dilï’érents propos sur son compte. — Voisin , le job monsieur! où va t-il ainsi tout seul, je veux ic prier d entrer chez nous.—Voisine, gardez-vous-en bien ; ne voyez-vous pas que c’est un petit libertin que Ion a chassé de la maison de son père, parce qu’il ne voulait rien savoir? Il ne faut pas savoir retirer les libertins; lalssez-le aller où il voudra aller. Eh bien donc ! que Dieu le conduise ; je serais fâcîié qu’il lui arnvât malheur. Un un peu plus loin il rencontra des polissons à peu près de son âge, qui l’agacoBt et se moquent de lui : plus il avance, plus il trouve d’embarras. Seul et sans protection, il se voit le jouet de tout le monde, et il éjiro.uve avec beaucoup dp sur-

LA \jnr;4LE EX action*

pnsc^ que soji iiœuil dcpjtile et sou parement dur ne

le font ]ins plus jvspecter.

Ccpciidaiït uîi ôv mes amis quHl iic conrU'issaU pas, que j^avals de veiller sur lui^ me le raraena

50U})le, confus, et a'oSduE lever les jeux. Four achever le desastre de son eApédiliüti, préciséiiiciil au raO' nieuL où il reiilrait, .son père desLciulait j)Our sorUr et le rencontra sur l escalier. Il fallul dire doù il venait, cl jjourquüi je u étais pas avec lui. i^e pauvre enfaot eût voulu être à ceut pieds sous terre. Sans s’amusera tui faiie une longue réprimandÈ, le père lui dit plus sècUeincut que je ïic ru j serais attendu : Quand vous voudrez sortir seul, vous en etes le niaîtrei mais comme ie ne veux point de handi dans ma inaisoc, quand ceb vous andvera , ayez soin üe n y plus rentrer.

Four moi, je le reçus sans reproches et sans railleries j mais avec un peu de gravité; et de peur quil ue SGUpçonnât fjuc tout ce qui s était passé ii était quuu jeu, je ne voulus pas le mener promener lo même jour. Le leudemaln, je vis avec plaisir qu i! passait avec moi d un air de triomphe devant les mêmes gens qui s’étaient moqués de lui la veille, pour lavoir ren contré tout seul. On conçoit bien qu U ne menaça plus de sortir sans moi.

C’est par ce moyen, et d’autres semblables, que, pendant le peu de temps que je fus avec lui, je vins ^ Imuide lui faire faire tout ce que je voulais, sans lui lien prescrire, sans lui rien défendre, sans sermons, saos exhortations, sans reniiuyer do leçons iuutiles. Aussi, tant que je parlais, il était content ; mais mou siieirce le tenait en crainte ’ il conipreuait que quelque chose u’allait pas bieri, et toujaurs la ieçon lui venait de la chose même.

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