‹ La morale en action, ou Elite de faits memorables et d’anecdotes instructives, propres a faire aimer la sagesse, a former le cœur des jeunes gens par l’exemple de toutes les vertus, et a orner leur esprit des souvenirs de l’histoire. Ouvrage utile aux eleves des ecoles secondaires, des lycees et maisons d’education de l’un et l’autre sexeChapitre 14 sur 37 · L.i MQRAIE E 5 ACT!3?r · texte numérisé non relu

L.i MQRAIE E 5 ACT!3?r

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Trait tjid na pas besoin d^éloge.

L!ne pauvre veuve de Foîllers a un fils, que la misère destinait, comme elle, â être domestique* Cet enfant profite d'un etablissement où on enseigne gra^ tu item eut la jeunesse dans un talent honnête et utile; son émulation est nk'ojiipeïLséS; par ses ptogrès; il mérite d'obifUiir ensuite u^ place où il peut vivre gracieusement : s U est sagd^iî a le moyen de devenir citoyen recommandable 5 mais pour se rendre à sa destination, pour y paraître et s y maintenir convenablement, selon sa situation actuelle, il a besoin dun vêtement, de linge et d autres poLits secours. Sa mère est hors deînl de les lui fournir. Un ancien domestique du voisinage, qui nksl ni le parant, ni le parrain de cet enfuîil, mais qui connaît la pauvreté et I honn ôte té de la mère, et l'émula lion du jeune homme, instruit de lerabarras de I un et deTautre, qui pouvait taire manquer la bonne fortune du dernier, si personne ne i aidait sur-le-champ, porte à celte femme cinquante écus, et lui dit : Tanoz, habilles votre fils: qu’il parle, et recommandez lui d’être bon sujei^ il me rendra celle somme lorsqu il le pou'Tai s'il dc le peut pas, je la lui donne, pourvu qu'il vous soulage dans votre vieillesse.

Do Véducation relaîivenîent à la passion du /eu; conduite d'un père erwars son fds; anecdote arrb i>ée à Riom.

Entrez dans la plupart des maisons, vous y vcirez les enfants rôder autour des tables, y dévorer des yeux Tor cl largeul qj^o le pèr^^ et la mère, dont i/j ^ artaiïent les pas-^ioiï®- aux étrangers.

i64 Mor* action.

Caresser les cnlants daus le gain, les repousser flans la perte, se servir de leurs mains pour mêler les cartes, pour remuer les dez, ou choisir des billets de loterie, n’est-ce pas soufllcr dans ces jeunes Ames les premières étincelles de la fureur du jou? n'est-ce pas fonder leur témérité future, sur des idées fausses et pusillanimes?

Que les instituteurs,i^its pour prévenir, retarder ou corriger les inclinations nuisibles, apprerment à leurs élèves à se servir du peu d'argent quon leur accorde, jamais à le risquer, surtout aux jeux de hasard. Le parti le plus sûr, dit Locke, est de leur interdire les cartes et les de^. Ce n'est pas la théorie de la morale qui nous manque, c’ert 1 art de 1 inculquer par des signes sensibles et frappants.

Un ATai phdosophc, consulté par le roi de Suède, vient de conseiller à ce vertueux monarque, de faire construire des monuments qui rappellent sans cesse à ses sujets combien la vertu est augnslc et le vice abject. Ce philosophe veut que les grands chemins, que les places puldiqucs, les villages, les entrées des villes^ les portiques des temples présentent de toutes parts ces utiles monuments.

Je voudrais, dit V...., que l’on criât les atrocités juridiques, comme on crie les heures dans quelque/? pays* et moi, pour Inspirer à la jeunesse 1 aversion de tout ce qui est bas ou criminel, je voudrais qu’au lien de citer, à tout propos, des maximes dénuées de persuasion, on eût recours à des exemples puisés, selon les occurences, dans les diverses conditions des hommes Je nos jours.

« Parle-t-on d’un menteur, d’un prodigue ou dun avare, me -disait un père de famille qui savait corn-

r,A. MORALE EN ACTION, ,65

m^it l esprit se fausse et le cœur se gâte; avant de le cWiu.r a mes enfants, je les leur montre en action; j Miiprime de bonne heure dans ces tendres cerveaux ia physionomie et la difformité de chaque vice, afin’ qn Ils s en ressouviennent un jour, afin qu’ils les reconimisscnt de loin, et que, s’ils se laissent séduire, ■is II échappent pas du moins aux remords salutaires Je ne fais pas grand bruit, ajoutait-il; autant que je le puis, je les instruis par signes: tenez, soit qu'ils sortent, soit qu ils rentrent, voilà par où ils passent, a J aperçus des haillons, tristes dépouilles d'un joueur qua I le; les j)lus viles ressources l’avaient dégradé, la nnsere la plus honteuse l’avait lentement consumé; au bas de ce tableau parlant, on lisait ces mots :

^ ernier labit d un tel. Le reste faisait mention de .sa naissance, des grands biens qu’il avait perdus, et de 1 HTipuissance de ses regrets.

. Un citoyen recommandable par ses lumières et par son zele pour tout ce qui a rapport au bien public, observait dernièrement que l’éducation ne finit pas avec es maîtres; quil en est une seconde, non moins essentie e que la première, laquelle exige de la part dos parents beaucoup d’attention et de sagacité. Peu c gens, disait-il, voudront imiter le procédé d’un ne le abitant de la ville de Riom, qui vcyaiit son fils prêt à s oublier au jeu, le laissa faire. Ce jeune homme perdit une somme assez considérable ; « Je la paierai, lui dit son père, parce que l’honneur m’est plus cher que 1 argent; cependant, expliquons-nous ; vous aimez le jeu, mon fils, et moi les pauvres; j'ai moins donné epuis que je songe à vous pourvoir; je n’y songe plus.

U joueur ne doit point se marier : jouez tant qu'il NOUS plaira, mais à cette condition : je 4écLire qu'l

ifjG LA MORALE EN ACTIO?<.

chaque perle noiivcllej les infortunés recevront de nu part aufant d’argent que j’en aurai compté pour ac* quitler de scn^blahlcs dettiis, commençons dès aujourd luii. » La sonniie lui SLir-le-ehaiiip portée à 1 hôpitalj cl le jeune liouune ri a pas récidivé*

Apologue aHefnan(L

La générosité cousislc surlout à faire du bien à ses ennemis :C est le sujet de cet apologue de M- Lichwehr. Un lion T!êle père de famille, chargé de biens etd ai> nées, voulut régler davance sa succession entre scs trois fils, et leur partager ses Inens, le fruit de ses travaux et de son industrie- Après en avoir fait trots portions égales, et avoir assigné à oliacun son lot : 11 me reste, ajouta-t-il, un diaimnl de grand prix; je Ir destine à celui de vous qui saura mieux !e mériter par quehiue action noble et généreuse, et je vous donne Irais mois pour vous mettre en étal de l^obtenif* Ausiilùl les trois fils se dispersent , mais ils se rassemblent an temps prescrit; ils se présentent devant leur juge, et voici ce que raconte rainé : Mon père, durant mon absence, un étranger s’est trouvé daiis des circonstances qui l’ont obligé de me confier totite sa fortune, il n’avait de moi aucurte sûreté par écrit, et iiaurait été en état de produire aucune preuve, aucun indice fuéme du dépôt; mais je îe lui ai remis fidèlement celle fidélité n’cst-ellc pas quelque chose de lonaliiC. ïu as fait, mon fils, lui répondit le vieillard, ce que tii devais faire ; il y aurait de quoi mourir de honte, si l’on était capable d’en agir aulremeiit^ car la probité est un devoir; ion action est une action de jastice, ce uVst point une action de générosité. Le second fd^ |tlaida sa cause 4 son tour, à peu pWs éli ces termes :

LA morale EX .ACTION. , 0 ;

Je me SUIS trouvé pendant mon voyage sur le bord a un lac. Ln enlanl venait imprudemment de s’y laisser tondjer, d allait se noyer, je l’en ai tiré, ot'lui ai sauve b vie au.x yeux des habitants d’un village ciue aigucnt les eaux de ce lac : ils pourront attester la vente du fait. A la bonne heure, inlerrompit le père; -nais 1 uy a point encore de noblesse dans cette iction, d ny a que de riiuinanité. Enfin, le dernier des trois frères prit la parole : Mon père, dit-ü, j’ai trouve mon ennemi mortel, cpii s’étant égaré la nuit, 5e ait endormi sans le savoir sur le penchant d'uu abîme ; le moindre mouvement quü eût fait au nioment de son réveil, ne pouvait manquer de le précipiter; sa vie était entre mes mains; jai pris soin de levedler avec les précautions convenables, et l’ai tiré e cet endroit fatal. Ah! mon fils, s’écria le bon père avec transport, et en l’embrassant tendrement, c’est 4 'ni sans coutredirque la bague est due.

Histoire d’un bon Religieux.

Un religieux fut mandé, il y a quarante ans, peur disposer a la morJ un voleur de grand chemin ; on lerderma avec le patient dans une petite chapelle, et pen ant qu il faisait ses elî'orts pour l'exciter au repen- •ir e soti crime, il s aperçut que cet homme était distrait et 1 écoutait à peine. Mon cher ami, lui dit-il, l>eiisez que dans quelques heures il faudra paraître do’ vaut Dieu : et qui peut vous distraire d’une affairo pour nous de si grande importance? Vous avez raison, mon pore, lui dit le patient; mais je ne puis m’ôter de l’esprit qu'il ne tiendrait qu’à vous de me sauver la vie; ^ une telle pensée est bien, capable de me donner des dustractious. Comment m’y prendrais-je vous

L V MORALE Er? ACT10i<

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sauvor la vie? lui répondit le religieux; et quand cela serait à mon pouvoir, pourrali-je hasarder de le lairc, et vous donner par-lA occasion d’accumuler vos crimes? S il n y a ([uc cela qui vous arrête, rcqiondit le patient, vous pouvez compter sur ma parole; j’ai vu le supplice de trop près pour my exposer de nouveau. Le religieux fit ce que nous eussions lait vous et moi en pareille occasion; il se laissa attendrir, et il ne lut j)!us question que de savoir comment il faudrait s y prendre. La chapelle où ils étaient, ii’était éclairée que ])ar une fenêtre (jui était proche du toit, et élevee de quinze pieds. \ ous n'avez, dit le criminel, qu a mettre votre chaise sur fautel, que nous pouvons transporter au pied du mur; vous monterez sur la chaise et moi sur vos épaules, d'où je pourrai gagner ie toit. Le religieux se prêta à cette manœuvre, et resta ensuite Iranquillcmeiit sur la chaise, apres avoir remis à sa place 1 autel, nui était portatif. Au bout de trois'hcuies, le l)Ourrcau, qui s’impatientait, frappa à la porte, et demanda au religieux ce qu’était devenu le criminel : il huit que ce soit un ange, répondit froidement le religieux ; car, foi de prêtre, il est sorti par cette-fenêtre. Le bour reau, qui perdait à ce comofe, après avoir demandé au religieux s’il se moquait de lui, courut avertir les juges. Ils se transportèrent à la cliapelle, où notie homme assis leur montra la fenêtre, les assura en coUiscience que le patient s’était envolé par-h^, et que peu s en était fallu qu il ne se rccommaudàt à lui, le prenant pour un ange; qu’au surplus, si c’était un criimuel, ce qu’il ne comprenait pas après ce qu il lui avait vu faire, il n’était pas fait pour en être le gardien. Les magistrats ne purent conserver leur gravite vis-à'VÎs du sang-froid de ce bon homme, et ayant souhaité un

LA MORALE EN ACTION. j Gi)

ïion voyage au paLient, se relirèi-enl. Vingt ans après', ce religieux passant par les Ardennes, se trouva égaré dans le temps tpie le jour finissait; un lionime vêtu en paysan l’ayant examiné attentivement, lui demanda ou il voulait aller, et l’assura que s’il voulait le suivre, I e mènerait dans une ferme qui n’était pas fort éloignée, où li pourrait passer tranquillement la nuit. J e 'X'iigieux se trouva li,rt emhairassé, la curiosité avec '^quelle cet Imrame l'avait regardé, lui donnait des soupçons; mais considérant que, s’il avait rnielques mauvais desseins, il ne lui serait pas possii.le d’éclinpper e ses mains, il lo .,aivit en treml.iarU : sa peui- ne lut pas de longme durée, il aperçut la ferme dont le paysan lui avau parlé; et cet homqip, qui en était le maître , dit, en entrant, à sa femme, de tuer un ch:...on avec les meilleurs poulets de sa basse-cour, de bien régalcr son l.àio,

paysan rentra suivi de huit enfants, i qui il dit : Mes enlants, remerciez ce bon religieux, sans lui vous ne seiiez pas au monde, ni moi uen.pliis : il ma sauvé la vie.-Le religieux se rappela alo-s les traits de cet lomrne, et reconnut le voleur duquel il avait favorisé I évasion. 1 fut accablé de caresses et des actions de p.lces de la famille; et lorsqu’il fut seul avec cet liomme i ui demanda par quel hasard il se trouvait SI bien établi. Je vous ai tenu ma parole, lui dit le voleur; et, déterminé k vivre en bon né te homme, je vins en demandant laiimène jusqu’à ce lieu, qui est celui fie ma naissance; j'entrai au service du maftre de cette terme, et ayant gagné les bonnes grâces de mon maître pr ma fidélité et mon attachement, il me fit épouser sa fille, qui était ..inique. Dieu a héni les efforts que 1 at laits pour être homme de bien, j’ai amassé quelque

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lyo la morale en action.

chose ; vous pouvez disposer de moi et de tout ce qui m’appartient, et je mourrai content à présent que je vous ai NTi, et que je puis vous prouver ma reconnaissance. Le religieux lui dit qu’il était trop payé du scr vice qu’il lui avait rendu, puisquil faisait un si bon usage de la vie qu’il lui avait conservée; il ne voulut rien accepter de ce qu’ori lui offrait, mais il ne put ja mais refuser au [laysan de rester quelques jours c lez Kii, où il fut traité comme un prince ; ensuite ce bon homme le força de se servir au moins d un de ses chevaux pour achever sa route, et ne voulut point e q ter qu’il ne fût sorl* ces chemins dangereux, qui sont L*ii grcind iioûibrc dans ces quartiers.

Belle vênoeancc d'un jeune Soldat,

Pend ant le siège de Naraur, que les puissances al liées contre la France firent au commencement de « siècle, on connut dans le régiment du colonel Ham • ton, un bas-oflicier qu’on appelait Union, d it nommé Yalentin : ces deux hommes étaient r , et les querelles particulières que leur amour aval naître, les rendirent ennemis irréconciliables, unio , qui se trouvait 1 officier de Valentin, saisissait tou « les occasions possibles de le tourmenter, et e éclater son ressentiment; le soldat souffi’ait résistance ; mais il disait quelquefois qu i vie pour être vengé de ce tyran. Plusieurs mois s e passés dans cet état, lorsrpj uii jour ils furent dés Tun et Tautre pour l'attaque du château . es çais firent une sortie , où l’officier Union reçut un coup de feu dans la cuisse. Il tomba; et comme les Français pressaient de toutes parts les troupes alliées, il s atlen dait à être foulé aux pieds. Dans ce inomen,'. ^ eut

III ilBititlE

LA MOEAL.E E>' ACTION. i^l

recours à sou enuerai : Alil Valeutin, s'écria-t-ii peux-tu m’abaiuloouer? Valentiu, à sa voix, court précipitaïunient à lui, et au milieu du leu des Français il mil l’officier sur ses épaules, et l’enleva courageusement à travers le danger, jusipi'à la liaufeurde l’abbaye de Salcire : dans cet endi-oit, nu boulet de canon le tua lui-méme sans toucher l’officier. Valentin tomba sous le corps de son ennemi qu’il venait de sauver; cemi-ci, oubliant alors sa blessure, se releva en s’arracliaiu les cheveux, et se rejetant aussitôt sur ce corps défiguré; Ab! Valentin,s’écrie-l-il en rompant un lence mille fois plus touchant que les larmes les pins abondantes; Valentin, est-ce pour mol que tu meurs ? pour moi, qui te traitais avec tant de barbarie?- Je ne pourrai pas te survivre, je ne le veux pas... non. Il fut impossible de séparer Unicri du cadavre sanglant de Vaieiilin, malgré /es efiTorls qu’on fit pour l en arracher ; enfin on l’enleva tenant toujours embrassé le corps de son bienfaiteur; et pendant qu’on les portait ainsi fun et l’autre dans les rangs, tous leurs camarades qui connaissaient leur uiîmitié, pleuraient à la fois de douleur et d’admiration. Lorsque Union fut ramène dans sa tente, ou pansa de force la blessure qn il avait reçue; mais le jour suivant, ce malheureux, appelant toujours V aleiitin, moiirutaccabléderegrets. M. Steel qui rapporte ce fait dans le pren’ier volume de ses ouvrages ^ propose en même temps ce problème à résoudre ; Lequel de ces deux infortunés fit paraître plus de générosité, ou celui qui exposa sa vie pour son ennemi, on celui qui ne voulut pas survivre à son bienfaiteur? Si Ion demande notre sentimeut, noms croyons que l’officier dut cet enthousiasme de la vertu Tyi l’enflamma, ;l l’héroïsme de son enuami, et l’imi-

LA «rORALE EN ACTION, tatcur nWi jnin tis si grand que le modèle. Il est certain, d’ailleurs, que le soldat Val-ntin aurait été capable de faire ce qtin lit l'oflicier Union; mais nous pouvons douter que celui-ci se fût exposé à une mort presque inévitable, pour .sauver la vie à son ennemi.

Apologue.

Un jeune prince ires-puissant régnait dans les Indes; il était d’une fierté qui pouvait devenir funeste à ses sujets et à lul-mème. Ou essaya en vain de lui représenter que l’ainmir de ses sujets est toute la force et toute la puissance du souverain; cc.s sages retiionfiTinces ne servirent què faire périr les auteurs dans les tourments. Un bramine, ou philosophe, dans le dessein de lui indiquer celle vérité, sans loiitcfols .s’exposer au même péril, imagina le jeu des ccliecs, où le roi, quoique la plus importante de toutes les pièces, est impuissant pour attaquer et même pour se tlefendre contre ses ennemis, sans le secours de ses sujets et de ses soldats. Le monarque était né avec beaucoup d’esprit; il se fit lui-même l’application de celte leçon utile, changea de conduite, et par-là prévint les malheurs qui le menaçaient. La reconnaissance du jeune prince lui fit laisser au bramine le choix de la récompen.se. Celui-ci demanda autant de grains de bléqnen pourrait produire le nombre des cases de léchiqu'oL en doublant toujours, depuis la première jusqu à la soixanle-quatrième; ce qui lui fut accordé sur-le-cban'P et sans examen; mais il se trouva par le calcul, qu® tous les trésors et les vastes empires du prince ne sutfiraient point pour remplir l’engagement qu’il venait de contracter. .Mors notre pliilosoplie saisît cette occasion pour Ini représenter combien il importe aux miS

de se tenir eo garde contre ceux qui les entourent, combien ils doivent craindre que l’on abuse de leurs meilleures intentions.

Anecdote philosophuitie.

L HISTOIRE n est pas toujours, comme on le pense comniuneineiit, à la portée des enfants : voici Tine anecdote qui le prouve; c’est M. R,... qui la rapporte dans son Traité de l'Education. J'étais, dit-il, allé passer quelques jours à la campagne, chez une bonne mère de famille, rpii prenait gi'and soin de ses enfants et de leur éducation ; un inatiri, j’étais présent aux leçons do 1 aine; son gouverneur, qui l’avait très-bien Instiuit de 1 histoire ancienne, reprenant celle d’Alexandre, tomba sur le trait du médecin de Philippe, qu'on a mjs en tableau, et qui sûrement en valait bien la peine. Le gouverneur, liomme de mérite, fit sur 1 iiitiépidîte d Alexandre j^usïeurs réflexions qui ne me plurent point; mais j’évitai de le combattre, pour ne pas le discréditer dans l’esprit de son élève. A table, on ne manqua pas, selon la coutume française, de faire babiller le petit bonhomme. La vivacité naturelle à son âge, et l’attente d’un applaudissement sûr, lui firent débiter miLe sottiseFj tout à travers desquelles partaient de temps en temps quelques mot.s heureux qui faisaient oublier le reste. Enfin, vint l’histoire du médecin de Philippe; il la raconta fort nettement et avec beaucoup de grâce. Après l’ordinane tribut d’éloges qu’exigeait la mère et qu’attendait le fils, on raisonna sur ce qu il avait dit. Le plus grand nombre blâma la témérité d’Alexandre; quelques-uns, à 1 exemple du gouverneur, admiraient sa fermeté, son courage; ce qui ni« fit comprendre qu’a ip

cnn de ceux qui étaient présents, ne voyait en quoi consistait la véritable beauté de ce trait. Pour moi, leur dis-jc, il me paraît que s’il y a le moindre courage, la moindre fermeté dans l’action d’Alexandre, elle ii’est qu’une extravagance. Alors tout le monde se réunit, et convint que c’était une extravagance. J allais répondre et m’échauffer, quand une femme qui était à côté de mol, et qui navait pas ouvert la bouche, se pencha vers mon oreille, et me dit tout bas : fais-loi, Jean-Jacques, ils ne t’entenaront pas. Je la regardai, je me frappai, et je cne tus. Après le dîner, soupçonnant, sur plusieurs indices, que mon jeune docteur n’avait rien compris du tout à Thistoire qiPil avait si bien racontée, je le pris par la main, je fis avec lui un tour de parc; et l’ayant questionné tout à mon aise, ie trouvai quil admirait plus que personne le courage si vanté d’Alexandre. Mais savez-vous où il voyait ce courage? uniquement dans celui d’avaler duri seul trait un breuvage cl un mauvais goût, sans hesiter, sans marquer la moindre répugnance. Le pauvre enfant à qui l’on avait fait prendre une médecine, il u Y avait pas quinze jours, et qui ne l’avait prise quavec une peine infinie, en avait encore le déboire à L bouche : la mort, l’empoisonnement, ne passaient dîfns son esprit que pour des sensations désagréables, et il ne concevait pas pour lui d’autre poison que du séné. Cependant il faut avouer que la fermeté du héros avait fait une grande impression sur son jeune cœur, et qu’à la première médecine qu’il lui faudrait avaler, il avait bien résolu d’être un Alexandre. Sans entrer dans des éclaircissements qui passaient évidemment sa pprtée, je le confirmai dans ces dispositions louables, et je m’en retournai, riant en moi-même de la

LÂ MORALE EN ACTION. T^5

hante sagesse âes pères et des ma î très rpii pense ni apprendre riiistoire aux enfants. Quelques lecteurs mécontents du îais-iaij Jean-Jac{jues ^ demanderont j je le prévois, ce que je trouve enfin de si beau dans raction d’Alexanflre, Infortunés! s'il faut vous le dire, comment le comprendrez-vous? CVsL qifAlexandre croyait à la vertu j cest quil y croyait sur sa tête, sur sa propre vie; cest que sa grande âme était faite pour y croire : ô que cette médecine avalée était une belle profession de foi ! Non, jamais mortel u'en fit une plus sublime : s il est quelque moderne Alexandre^ qifon me le montre à de pareils traits,

Anecdoifi française*

Un capitaine turc fut pris par un des vaisseaux de la flotte de M, Du Quesne, lorqull allait bombarder Alger, et reudu six semaines après, pendant une négociation qui s ouvrit, mais qui ne procura point k paix. Quelque temps après, M. le comte de Ghoiseii tut pris par des chaloupes algérlenne§ : M. Du Quesn^ fait d’in utiles efforts pour obtenir sa liberté; le capitaine turc pris avant le bombardement, par le vaisseau sur lequel-servait M. le comte de Choiseul, et rendu par M. Du QuesiiCj se jette aux pieds du bey d’Alger, ofire sa for lune pour sauver M. le comte de Choiseul, mais inutilement. On 1 attacha an canon; le capitaine désespéré l’embrasse étroitement, et s’adressant au canonnier : Ueul lui dit-il; puisque je puis sauver mon bienfaiteur, je mourrai avec lui,. A ce spectacle^ le peuple se calme, et la reconnaissance conserve M, le comte de ChoiseuL

LA MORALE EN ACTIOÎC

/Pnecdoîes précieuses sur Louis XVâgé de vingt

ans.

Jb me souviciulrai toujours de ce beau mot de Louis XVI 5 recueilli par quelqu'un qui lavait entendu. Ce monarque, âgé de vingt ans, dl( à la fin du carcme qu’il avait passé sur le trône : « Je me suis tiré de celui-ci sans peine, mais faurai un peu plus de mérite le carême prochain.» Et en cpioi donc, Sire? lui dit un courtisan. « C’est, reprit le roi, parce que je n’ai eu cette année que le même dt l’abstinence; j’aurai de plus celui du jeune le carême prochain, puisque j’aurai atteint vingt-un ans. — Le jeûne, Sire; il est incompatible avec vos occupations et vos exercices; apres le travail, vous allez à la chasse; et comment pouvez-vous jeûner sans altérer votre santé? — La chasse, répliqua le pieux monarque, est pour moi un délassement; mais je changerai de récréa lion, s’il le faut-, car le plaisir doit céder au devoir. » Le carême suivant, le roi a chassé, mais il a jeûné en môme temps. •

L’illustre voyageur dont la France a admiré, il y ^ peu de temps, la véritable grandeur et la noble simplicité, nous a laissé sur un autre objet une leçon non niolns frappante : il était allé le jour de TAscension à 1 imprimerie'royale, dans la vue de s’instruire, en conférant avec celui qui en dirigeait les travaux. Les ouvriers, prévenus la veille de 1 heure à laquelle il devait s’y rendre, favaient précédé, et s’étaient mis à l’ouvrage. Il en marqua son mécontenlement et sa surprise; il fit plus, U voulut qu’ils cessassent à l’instant leur travail. Quel exemple de la part d’un prince qui joint tant de qualités héroïVjues à tant de religion!

LA MORALE EX ACTION

Si de pareils Iraits doivent iairo rougir^ dans un certain moiidej tant de petits esprits qui veulent passer pour des esprits forts^ quel efiet produiront-ils sur des hommes qui^ par état, devraient se nionlrer les plus fidèles observateurs des préceptes, et qui quelquefois, par leur manière de vivre, enseignent aux autres à les violer? A Dieu ne plaise que, par le trait c|uc je vais citer, je prétende faire la satire de tous les ministres de 1 autel, dont un si grand nombre mVnf tant de fois édifié , et que j ai tant de raison pour respecter! mais ne dissimulons pas ce qui fait la honte de quelques-uns, et par opposition, Téloge d'une quantité d autres, qui sont éloigoés de leur ressembler, Un de mes parents, assez jeune encore, et qui oc se pique pas dune grande réforme, venant faire sou service à Versailles, rencontra sur la route deux chaises de poste, qui se suivaient à très-peu de dis’ tance; dans fone était un de nos jeunes grandsvicaires, et dans lautie un chanoine d'une insime métropole, tous deux de sa contiaîssance, II les passe, et arrive à I auberge, nù il trouve leurs domestiques qui ordonnaient séparément pour chacun deux à peu près le môme souper, cVst-a-dire, ce qc’il y avait de recherché en gibier pour la saison. C'était un jour maigre. Il attend qu'ils soient servis; et les visitanï fuD après Tautre : Eh quoi! leur dit-il, je me fais com ’ mander un maigre souper, parce que c est aujoiirdliui un vendredi ; je ne trouve presque rien, je fais mauvaise chère, je me contrains, et ne fais après tout que ce que je dois; et vous, qui me devez lexemple, vous vous faites servir ces mets dont votre table est cou- \erte! En vérité, je serais bien dupe, si, en vous en-

tendant prêcher j je n^avais d’autres motifs de croire,

(jue ceux que me fournit votre conduite.

IMinistrcs si peu sages! dans Tesprit de la plupart des hommes faibles ou mal instruits, vous déshonorez la religion, vous perdez toute la considération qui est due à votre état5 on vous persifle dans le monde, on vous méprise, et vous ne vous en doutez pas.

Le Vieillard religieux ^ ou la Nuit*

Le soir d’un beau jour d’été, fatigué de la chaleur, je sortis pour respirer le frais; le soleil tout en feu quittait l’horizon, et les ombres descendant des montagnes, s étendaient déjà dans la plaine.

Bientôt je perdis de vue le hameau que j'habite, ei les forges tonnantes, où d’un œil épouvanté l’on voit les fils de Vulcain, armés de longues tenailles, tirer de la fournaise embrasée le fer étincelant, et le plonger dans l’onde frémissante.

Les bergers ramenaient de tous côtés leurs troupeaux nombreux, en jouant de la flûte et du chalumeau; les bœufs revenaient du labour à pas tardas. Lerrais dans la campagne, et je n’entendais plus qu au loin le bruit des lourds marteaux, tombant à coups redoublés sur les enclumes résonnantes; insensiblement j’avançais et m’éloignais toujours. 11 est si doux de se trouver seul dans des lieux qu’on aime, et de s abandonner à ses rêveries! Je prolongeais ainsi ma promenade, sans m’apercevoir que la nuit régnait déjà depuis long-temps; mais, loin de m’effrayer, quelle me parut intéressante! et qu’il est délicieux de jouir ds spectacle d’une belle nuit!

L'air était pur , le ciel n’était obscurci d’aucun nuage ; de brillantes étoiles embellissaient sa voûte

LA Morale EN A L 1 i ü >. I Jfg

d’azur j un beau claïr de lune, partout répandu, donnait aux objets champêtres un charme nouveau. Ce demi-jour, cette lumière incertaine, mêlés au loin à Tombre des bois et des coteaux, bispiraieiit une douce mélancolie.

Tout reposait dans la nature ; à peine on entendait iTuirmurer dans la prairie le faible ruisseau qui l’arrose- Combien ce calme universel, ce vaste silence attendrissait mon âme, et la pénétrait de sentiments augustes et religieux!

Je mWrêtal devant un lac superbe, uni comme une glace, et bordé de saules et de peupliers, entre lesquels oïl aperçoit quelques cbaiimièrx's isolées : avec quel ravissement, à la faveur des rayons argentes du flaml>eaii de la nuit, je contemplais la magnifique voûte des cieux, renversée et reproduite toute entière dans ce vaste bassin, et les arbres qui semblaient rallonger et fuir, et leurs feuillages quagitait un vent frais, balancés et flottants dans le miroir fidèle de l’onde tranquille !

J allai m’asseoir dans un bosquet voisin, pour considérer à loisir tant de merveilles, et là je me livrais à toutes les réflexions que peut inspirer un spectacle si doux, lorsque le son d une voix vint tirer mon âme de renchanteinent où elle était plongée. Cette voix me paraissant peu éloignée, j^écartaî sans bruit les branches épaisses, qui me laissèrent entrevoir, non loin de moi, un homme d’un grand âge.

La tête presque chauve, son visage noble et serein, sa barbe ondoyante et blanche par ses longues années, imprimaient un saint respect. U était à genoux sous un chêne, dont le tronc, vainqueur du temps, produisait encore des jets vigoureux. Les yeux élevés vers le ciei.

l8o ilA MOKALE EN ACTION.

11 parlait vivement. J écoutai en silence, et j’entendis cette prière majestueuse et touchante ^ qui partait d’un cœur tout plein de la Divinité qu'il invoquait.

« O toi, dont la nature entière manifeste avec tant de grandeur l’cxistencc et le pouvoir infini, père des hommes! du haut de ce trône sublime qu’environnent d(ÿ chœurs innombrables d’esprits purs, qui vivent de ton amour, qui brûlent de tes feux, et célèbrent sans cesse sur des harpes ravissantes tes louanges divines, daigne un moment écouter un faible mortel et recevoir son hommage.

« Au milieu du silence de la nuit, j’élève ma voix, et je viens adorer cette intelligence éternelle, qui ma tiré du néant.

(c L’Univers, grand Dieu, est ton temple! Eclairés le jour par ton soleil éblouissant qui est ton image, et parsemés, pendant la nuit, détoiles étincelantes qui forment ta couronne, les cieux immenses sont la voûte de ce temple magniüque, et riiomme innocent et pur en est le prêtre.

(( 01 comment d’insensés mortels ont-ils pu méconnaître cette sagesse visible, universelle qui gouverne le monde avec tant d’éclat! comment, à l’aspect de ces globes rayonnants qui roulent au-dessus des nues, des mers profondes qui embrassent la terre et rapprochent les nations, de ces trésors répandus avec tant de profusion sur sa surface et dans ses entrailles, comment donc, environnés de tant de prodiges, en ont-ils oublié fauteur?

« Je te bénis. Dieu suprême! de m’avoir fait naître dans les champs, loin des cités corrompues, et d’avoir éloigné de mon cœur forgueil et fambition *, grâce à ta bonté paternelle, je jouis, depuis un siècle^ des seuls

LA MORALE EN ACTION. l8l

vrais biens de la vie, la paix de Tâme et riieureuse médiocrité.

« Jamais tu n as cessé de me prodiguer les dons de ton amour; mes derniers jours encore sont tous marqués par tes bienfaits : d’abondantes moissons remplissent nos greniers ; tu arroses mes prairies, tu donnes la fécondité à nies troupeaux, tu fertilises mes vignobles, ta main couvre mer arbres de fleurs et de fruits j que nont jamais ravagés le violent Africus, ni l’Auster orageux.

« Pour comble de félicité, tu m’as conservé ma compagne paisible, et nos deux enfants, dont la tendresse fait le charme de nos vieux jours. Mon Dieu! je n’al plus rien a désirer, que de mourir avant eux.

«Je le sens, je touche au terme de ma carrière; bientôt j’irai mêler ma cendre à celle de mes pères : quand on m’aura descendu dans leur tombeau, protecteur de ma longue vie, je te recommande mes enfants ; prends pitié de leur tendre mère; veille du haut des deux sur des têtes si chères; ô mon Dieu, ne les abandonne jamais! ))

En achevant ces mots, ses yeux s’emplirent de larmes; de profonds soupirs s’exhalaienl de son cœur, il respirait à peine. Je crus voir alors je ne sais quoi de divin briller sur le front de ce vieillard vénérable. II se leva d un pas tranquille , et se retira dans sa demeure, où je l’entendis encore bénir long-temps lEtre suprême.

Cependant l’aurore éclatante se disposait à ouvrir les portes du ciel; les oiseaux voltigeant dans les arbres touffus, commençaient à gazouiller; déjà les lapins, s’élançant de leurs terriers, couraient dans les vastes prairies, blanchies par la rosoe, et broutaient le ser-

polet, tandis que le renard glapissant poursuivait dans les bois le lièvre épouvanté.

Déjà le diligent laboureur attelait à la charrue ses boeufs mugissants; déjà les brebis s’échaj)pant en foule de letable, se répandaient en bêlant dans la campagne, suivies des chiens qui aboyaient, et des bergères chantant des airs rustiques; le front couronné de rubis et de rayons d or, le soleil sortait du sein de Tonde et lançait ses premiers feux; Tàme éuiue et ravie de ce que j’avais vu, de ce que je venais d’entendre, je me levai, jet regagnai tranquillement mon réduit champêtre.

Belle leçon d'un monarque à son fils.

Un roi plein d'humanité pour ses sujets, avait un fils d’un caractère tout opposé : se croyant d une autre nature que le commun des hommes, il traitait les ▼'cuples et les grands eux-mêmes, avec un ton de hauteur et de dureté qui les révoltait. Son père, craignant qu’il ne les rendît malheureux lorsqu’il serait sur le trône, et que, las de sa domination , ils ne se soulevassent contre lui, travaillait en vain à lui faire perdi'e son orgueil et sa fierté. Un jour qu’il témoignait sa peine à un de ses courtisans, ce confident zélé prit sur lui, avec le consentement du roi, de corriger le jeune prince : il saisit la circonstance où la princesse son épouse venait de lui donner un fils. La nuit suivante^ il üt mettre un autre enfant qui venait de naître, a cAté de celui-ci, après avoir pris les précautions né cessaîres pour ne pas risquer de les confondre. prince, à son réveil n a rien de plus pressé que de coi> nr au berceau de son Els : quelle est sa surprise, lors^ qu’il y voit deux enfants tout-à-fait semblables, cA n’ayant aucune manpie extérieure qui les distingue)

LA MORALE EN Al^TION. l83

De 1 etonnement il passe à tous les éclats de Femportement et de la fureur. Le roi survint, attiré par ses cris : (( Eh quoi, mon fils, lui dit-il, déjà prévenu par son confident, vous est-il si difficile de discerner quel est ici Tenfant qui vous appartient? votre sang qui coule dans ses veines, peut-il lui laisser rien de commun avec les autres mortels? la nature nVt-elle pas imprimé en lui des caractères de supériorité et de grandeur, auxquels il soit impossible de se méprendre? et ce fils de Théritier présomptif de ma couronne, peut-il ressembler au dernier de ses sujets? » Le jeune prince comprit aisément le sens de ces paroles, et devint aussi alfablc, aussi humain que Fêtait son père.

M. le Dauphin, père de Louis XVI, a fait à nos princes, dès leurs plus tendres années, une leçon non moins forte et plus touchante eiiccre; il fit apporter en leur présence les registres de la paroisse sur laquelle ils avaient été baptisés : «Vous voyez, leur dit-il., votre nom précédé et suivi d’une foule de noms o])seurs : comme hommes, vous vous trouvez ici confondus avec une foule d'autres hommes; vous Fêtes également comme chrétiens : c’est qu’en effet, sous ces deux rapports, qui forment en vous ce qu’il y a de plus graixl, tous les hommes sont vos égaux. »

Punilion et récompense â\in jeune Officier français.

Un jeune officier français se trouvant sur la Meuse, devant une place qu’on allait forcer, ne se donna pas la patience d’attendre le signal pour Fassaut; il sortit de son rang, monta à la brèche, et y causa une si grande épouvante, que les assiégés, qui ne le croyaient pas seul, abandonnèrent la brèche, ce qui entraîna la prise de la place. Le ?narquis de Créqui en étant ins-

l84 MORALE LN ACllON.

truit, fit venir devant lui le jeune officier; au Heu de3

louanges auxquelles il s’allcnclait, le inaiV*chal le it ler

et garrotter, et après qu’il eut etc promené en cet état plusieurs jours à la suite du camp, li Tut mis en prison et condamné a mort, pour être sorti de son rang,^et pour avoir agi sans ordres, üii le conduisit jusqu au lieu du supplice, où se trouva le général, qui lui ac corda sa grâce, lui donna une chaîne d or, un clieva d’Espagne, et le garda près de lui, afin de récompenser sa bravoure après avoir puni sa témérité.

Reconnaissance, générosité et modestie d\in pauvre jeune homme*

Un jeune homme de dix-huit ans, eleve à Paris dans fhôpital des Enfants-Trouvés, où il avait été baptisé sous le nom de Pierre, fut envoyé avec d autres, au

sortir de fenfance, à Saint-Quentin, poury être nourri

moyennant une légère rétribution. On vint, il y envi^ ron cinq ans, retirer les enfants des mains de ceux qui s’en étaient chargés. Pierre, rcdciitant le séjour un hôpital, trouva le moyen de s'échapper ctdeicvenir a Saint-Quentin. Un traiteur dr ce!te ville, touche e sa jeunesse et de sa misère, le recueillit dans sa maison, et lui apprit son métier, sans autre vue que de faire une bonne action. Il vient d'er recevoir la récompense. Un créancier exigea, il y a quinze jours (ccrivait-on d’Amiens, le^octobre iy8o ),lc paiement d’une somme modique que lui devait le bienfaiteur de Pierre. Ce particulier, dénué de fonds, résolut, pour faire honneur à sa dette et se mettre à l’abri des poursuites dont il était menacé, de vendre une partie de son argente^ rie. 11 appelle lenfant trouvé, lui confie sa situation et sou désespoir, et le charge de vendre ses effets. Cette

LA MORALE ETi ACTION*. iSj

nouvelle décide Pierre: il dit au traiteur de ne point se presser de vendre son argenterie, et (ju’il va travailler d le tirer d*eiiibarras par d^aulres moyens. Sans s’expliquer davantage, le jeune liomme va trouver M. de Pronsure, colonel au cor[>s royal d’artillerie, s’engage dans le régiment d'Auxoniie, reçoit le prix de sa liberté, et rapporte à son bienfaiteur. Tenez, lui dit-i], il y a long-temps que j ai envie de servir le roi, et pour vous prouver que je ne suis point on ingrat, je viens de me satisbiire-, acquittez votre dettei

Le trailcur et sa femoiç, fondant en larmes, embrassent le jeune homme, et veulent le forcer à reprendre son argent ; mais rien ne peut ébranler sa résolution; il vient de partir, emportant l’estime de cette ville.

Cet acte de bienfaisance en a fait naître un autre qui mérite dôtre cité. L’officier lut dans la chambre du jeune soldat l’article du Mercure qui le concernait; il convint que tout y était rapporté dans la plus exaclte venté; mnis le modeste silence qu’il avait gardé jusqu alors, sur une conduite qui lui fait tant d'honneur, est un nouveau trait qui ne mérite pas moins la publicite, que la reconnaissance qu’il a exercée envers ses bienfaiteurs. Plein d’admiration pour les belles qualités de ce jeune homme, son régiment s’est chargé de lui procurer des maîtres et des instruciions qui le mettent à même de remplir un état conforme à sa façon de penser.

Précaution conirà la colêret ^

AthÉ!Todore, fameux philosophe, originaire de Tharse, prit la liberté de donner à Tempereur Auguste un remède assez plaisant pour guérir son emporte-

iC)

l86 Lk MORALE ACTIO:^.

ment : il lui conseilla, tl('-s qu il sc sentirait échanfle, de réciter les vingt-quatre lettres de lalphabet grec, afin quen appliquant sou esprit à d autres objets, la vivacité de sa colère pùt saniorlir dans cet intervalle de temps. Il voulut lui faire entendre que la réflexion est un moyen sûr pour réprimer les premiers mouvements de cette passion impétueuse, contre lesquels on ne peut être trop en garde.

François d’Estarapes, marquis de Maurii, entra dans le cabinet de Louis XllI, qui donnait audience au cardinal de Ricbelieii, et répondit aux questions du roi en bégayant. Le roi qui bégayait aussi, crut que Mauni le contrefaisait : le prfnant par le bras, U voulait le faire tuer par ses gardes. Heureusement le cardinal apaisa le roi, et lui dit : « Votre majesté ne sait donc pas que Mauni est né bègue? de grAce, pardonnez-lui uu défaut dont il n’est pas môme responsable à Dieu. » Louis XIII, honteux de sa promptitude, embrassa Mauni, et laimo toujours depuis. i le cardinal ne se fût point trouvé présent, 1 infortune marquis, qui ne pouvait se servir de sa langue pour s’excuser, allait être victime d’une oflfense imaginaire, et d'un emportement aveugle et déraisonnable.

Traits de patience.

Les mères Spartiates, à la nouvelle de la mort de leurs enfants tués dans un combat, non -seulem ent ne versaient aucunes larmes, mais elles sentaient de 2 joie. La nature dans ces sortes d’occasions aurait u cepetidant se faire entrevoir davantage : 1 amour de a patrie n’étouffe pas tout-à-fait les sentiments de la tendresse maternelle.

Un de nos généraux à qui, dans rardeur du com-

LA MORALE EN" AGTlO!f. iSj

bat, on apprît que son fils venait d^être tué, parla bien sagement : Songeonsj dit-il, maintenant à vaincre l'ennemi; demain, je pleurerai mon fils*

Un autre, c'était M. de Saiot-Hilaire, lieutenantgénéral d'artillerie, eut un bras emporté du même coup de canon qui tua M, de Turenne, Son fils s’étant mis à pleurer et k crier : Taisez-vous, mon enfant, loi dit-il en lui montrant M, de Turenne étendu mort : Yoilà celui qu’il faut pleurer*

Sentir vivement ses malheurs, et cependant étouf-fer les murmures de ta nature qui souffre; entrer dans les jugements adorables dune Providence qui, ou jalouse de scs droits, en punit les prévaricateurs, ou tendre et bienfaisante, sous l’apparence de la sévérité, conduit ceux quelle aime par des voles difficiles, au terme heureux qu’elle leur a marqué; voilà les traits d’une patience vraiment héroïque, et dont la religion seule est le principe.

Le moyen le plus assuré pour se délivrer des affliefions, disait un grand génie, c est de prendre plaisir à y rester tant qui! plaît y Dieu de nous y laisser.

Henri IV demandait un jour au duc de Sully, son confident, s il n était pas bleu malheureux, après avoir essuyé dans sa jeunesse plus de malheurs lui seul que tous les rois de France n eii avaient éprouvé., de ne pouvoir jouir d’aucun plaisir duraiU le cours de sa brillante fortune, de ne point posséder le cœur de sa femme, d avoir pour ennemis la plupart de ceux qu’il avait comblés de bienfaits. Tous ces malheurs, lui répondit le duc, ne seraient rien, si vous n’y ajoutiez pas celui d y être trop sensible.

Jamais destinée ne fut plus cruelle que celle de h reine, mère de Louis XIIL Après avoir été sur le plus

iSS la morale en action.

beau trône de Tunlvers, obligée de se retirer en Angleterre pour se mettre à l’abri de rindignation de son fils, elle en fut chassée par le crédit du cardinal de Richelieu; elle se réfugia enfin à Cologne, où elle mourut dans une extrême misère, avec une résignation au-dessus de son sexe et de son âge.

La douceur et Vhumaniié estimables ^ surtout dans les

grands.

La colère et la fierté, loin d’être les prérogatives des grands, en sont l’abus et l’opprobre: ils ne méritent plus d’être les maîtres de leurs sujets, dès quils oublient qu’ils en sont les pères.

Charles VI était doux, affable, et ne refusait audience à personne; il n’oubliait jamais les services quoTi lui avait rendus. Quelque sujet quil eût de se fâcher, il ne maltraita jamais qui que ce soit; attentif à ne pas ajouter foi aux rapports qu’on lui faisait, persuadé que la passion ne pouv'ait prévenir les gens lie bien : «J’aime mieux, disait-il, ne pas croire le mal où il est, que de m’exposer à le croire où il n est pas. »

On rapporta un jour à ce prince, qu’un homme qu’il avait comblé de grâces, avait mal parlé de lui : « Cela ne peut pas être, répliqua-t-il, je lui ai fait du bien. » Le même roi, dans une bataille contre les Flamands, qui se donna au commencement de son règne, fâché de voir beaucoup de ses gens tués, voulait s’avancer, et charger lui-même; mais le duc de Bourgogne Ven ayant empêché : « Ah ! faut-il, s’écria ce prince, demeurer les bras croisés, tandis que tai/t de braves gens meurent pour mon service? )>

Un célèbre avocat dédama publiquement contie

LA MORALE EN ACTION. ig^

la personne et le gouvernement de Philippe II ■ on le mit en prison. L’affaire ayant été portée au consert du monarque, il lui accorda sa liberté : « C’est un fou, ajouta-t-il, puisqu’il parle mal d’un prince

qu il ne connaît pas, et qui ne lui a jamais fait aucun mal, »

Louis XII aimait à entendre dire ses vérités sans jamais se fâcher; sa bonté naturelle étouffa le juste

f avaient

attente a sa liberté et même à sa vie, sous le gouvernement de la dame de Beaujeu; le duc René de Lorraine, pour flatter la passion de cette Impétueuse piincesse lavait souverainement offensé; néanmoins ^ s,u,l fuc J^rvenu i la royau.é, il le „,e„a à sacre, et lui fit représenter l’un des douze ducs et pairs dans cette auguste cérémonie. Comme le duc avait des prétentions sur la province, il voulut bien se soumettre au jugement des commissaires nommés pour examiner son drsit, et il en chargea leur conscience J pour décharger la sienne.

Ilenri IV ne se portait jamais que malgré lui à des actions de rigueur, et se faisait un vrai plaisir de p aindre le coupable en punissant le crime. J pardonna au comte d’Auvergne, qui, de concert Ifec les ducs de Biron et de Bouillon, avait conspiré contre sa personne.

On ne peut faire mieux connaître l’excellent caractère de ce grand prince, qu’en rapportant un entretien quil eut avec le duc de Sully, qui retournait à son château après une violente maladie causée par des blessures. Henri IV alla droit à lui, et en l’abordant :

■< 1 on ami, lui clit-il, je suis bien aise de vous voir avec un meilleur visage que je ne m’y attendais, et

ij

,Q0 la morale E-,

j’aurai une plus granrle joie si vous VOUS ne courez point risque de la vie, j .

pié.» Le duc remercia le roi

répondit qu’il s’estimait heureux d avoir soufftr p Zsi bon maitre. .< Vaillant chevalier, répliqua le rot, l’avais eu toujours très-bonne opn.iou de vo rc ra»e, et Conçu de bonnes espérances,de votre ve , urâis’vos actions signalées et votre - -te

ont surpassé mon attente; et partant, en prc ces priTces, capitaines et

ici près de moi, je vous embrasse de Meu.

mon ami, portez-vous bien, et vous assu - q

avA un bon maître. » i.ic

Il n'v a suére eu de favori qu’on ait par des satires de toute espèce, que e ÇJ’' ‘ rin. Supérieur à toutes ces injures, faisait lire tout ce qu’on écrivait f ^ JJ

un juge indilTérent, d’un air

disait-Cette pièce est ^o^ne, celle- à est f d est délicate, cette autre est outree e ^ donna une grosse abbaye à un poete, qu

“IS Colbéîi ayant appris qu'un avaiTit un sonne, injurieux contre ut demanda le roi y était oITensé; on lu, d.t que non . |C ne donc pas, répondit le sage ministre.

Un intendant do province avait fait const

des dépenses incroyables, de magni ques c em > planter des allées d’arbres d’une beaute a mira » fidlut, pour le juste alignement de ces ouvrage , ener et couper des terres appartenant à .

culiers. Un de ceux-ci, à qui on avait donné des e de recommandation pour ce même intendant, qu un-'

LA MORALE EN ACTION. TQI

connaissait pas^ dans une a/Talre iju’il avaitj vint â Paris J et se trouva par hasard dans une maison où il était. Ce magistrat, curieux d’apprendre par lui-même ce que lou pensait sur son compte dans la principale ville de sa province, demanda à ce bourgeois ce quon y disait de lui : a Rien de bon, lui répliqua-t-ij tôt; il raa enleve la moitié d’une maison et mon ja^ din tout entier, qui m’étaient fort utiles, pour redre^ ser et élargir un chemin dont je n'ai que faire. »

« On ma dit, continua-t-il, que votre intendant ne se faisait guère aimer. — Point du tout, repartit le bourgeois; en effet, il faudrait avoir de Tamitié k revendre, pour en accorder à quelqu'un qui noos traite si mal. » L intendant prit congé du bourgeois, qui le lendemain 1 étant allé voir, fut surpris de reconnaître la personne sur le compte et en présence de laquelle il s était si librement expliqué la veilie; il ne put cacher son embarras. L’intendant se contenta d’en sourire, et l’appujanl de tout son crédit, lui fil gagner son procès.

Henri IV reçut le maréchal de Biron, son plus redoutable ennemi, avec la meme bonté que s’il n’eût jarnais eu aucun sujet de s'en plaindre. Le roi môme était plus iiK|uiet que le courtisan : Voilà un homme bien malheureux, dit-il à un de ses plus fidèles courtisans, que le maréchal; c’est grand dommage; j’ai envie de lui pardonner, d'oublier tout ce qui s’est passé, et de lui faire autant de bien que jamais; il me fait pitié, et mon cœur ne peut se porter à faire du mal à un homme qui a du courage, qui m’a si longtemps servi, qui ma été si familier. La douceur était le fond du caractère de cet excellent prince.

On ne peut pas faire du Lien à tout moment, mAK

‘y — I . TI*

30 peut toujours dire d^s clioses qui plaisent ; Ubia nosîm nabis sunt. Louis XIV s’en était fait une heureuse habitude; c’était entre lui et sa cour un commerce continuel de tout ce que la majesté peut avoir de grâces, sans jamais la dégrader. Le comte de Marivaux, lieuteiiant-géiiéral, homme iinisque, et qui n avait pas même adouci son caractère dans la cour d un prince si alTahlc et si poli, avait perdu un bras dans Le action, et sc pl'aignai. au roi, qui l'avait pourtant assez bien récompensé, ci. lui disant : «Je voudrais avoir perdu l’autre bras, et ne plus servirvotre majesté. Jen serais bien tJehe pour vous et pour moi, « répondit Louis XIV. Ce discours fut suivi d’une grice qu'il lui accorda.

Un jour que M. deNesmond, archevêque de lo louse, haranguait Louis XIV, U mémoire lui manqua. Le toi lui dit avec bonté : Je suis bien aise, monsieur, que vous me donniez le temps de goûter les bellas

choses que vous me dites* ^

Le jour qu un officier français arriva à Vienne, 1 pératrice lui demanda s 11 croyait que la princesse e qu’il avait vue la veille, fût la plus belle personn« du monde ; Madame* répondit rollicierj je le croyais

Il est rare que cet esprit de modération et üb aouceur^ qui devrait être le lien de la société civile^ surtout parmi les savants et les gens de lettres. Racine était fort amer dans ses railleries j et avait naturelle' ment l’esprit moqueur, quoique tempéré par un grand fonds de probité et de religion', ses amis mêmes ne troU' valent point grâce auprès de lui quand il leur échappait quelque chose qui pût lui donner prise. Boileau ayant avancé un jour, par mégardej une proposition

LA WOnAL.Î EN ACTIO?». ïgB

ijul n’était pas juste, a l'académie des inscriptions, Ra* cino tomba rudement sur son ami, et alla jusqu’à Tinsuiter. Boileau se contenta de lui dire : «Je conviens que j’ai tort; mais j’aime mieux l’avoir, que d’avoir si orgueilleusement raison que vous l’avez. » Que cette sage retenue est louable!

Louis XJl, prince qui aimait autant ses sujets qu’il en était aimé, n’entendait partout où il allait que des cris de joie, formés dans le cœur avant que de passer par la bouche. Que de louanges sans flatteries! On le vit plus d'une fois les larmes aux yeux, quand la nécessité le forçait d imposer le moindre subside sur son peuple, qu'il ménageait avo-? la tendresse d’un A^ai f'ère.

Philippe de Valois disait 'T’^inairement que le plus r'and trésor des rois doit être dans le cœur de leurs sujets, .et qu’il aimait mieux être le roi des Français ipie de laPVancc.

Charles VII avait beaucoup de bonté, d humanité et de politesse à l’égard de tout le monde; il ne se trouve point qu’en toute sa vie >1 ait chassé aucun de ses domestiques, ni oflensé de 'a moindre parole aucun de ses sujels.

Le prince de Coriti disait souvent, que quand même la religion n’obligerait pas de regarder les hommes comme nos frères, il suffit d’être né homme pour être touché du malheur de ses semblables. De là, à la prise do Neuchâtel, où la place emportée d assaut semblait autoriser le carnage et la fureur du soldat, combien de vicümes innocentes arracha-t-il des bras de la mort? combien arrêta-t-il de ces actions barbares, que ne demande plus la victoire, mais quinspire la cruauté? ap prenant aux Allemands à mêler la valeur qui leur est

La SIOB U.E PS ACTlOTt.

fomimmc avec nous, à i’imnianité (pîi nous csL propre. [)e 11^, le lendemain du combat de Su inker |Ue, il vin! EUT le champ de bataille encore tout couvert de morts et de raouraols, lit transporter tous les Idossés sans distiticlion de Français et d cnnciiiis, assura k une infinité de malheureux la vie ou le salut, et força les en nemis mêmes do.^énir dans le héros *jtii sut les vaincre, le libérateur ([ui les sauve. Hlca ite donne plus d'éclat à la valeur, (jue de la voir jointe avec la clémence.

La liberté et la hardiesse néci^ssaîrcs fjucltjuefois ai>ec les çrandj

Il y a des occasions où la libcrié et la hardiesse sont .-lécessaires, et Ibut plus d impression sur les grands, surtout quand on a pour so: la raison et la jiisi irc.

Henri A III, roi d Angleterre, sélanl brouillé avec le roi de France, François 1'*, résolut ds lui envoyer un ambassadeur, et de le charger poiu' ce prince le paroles lières et iiienaçatiles : il choisit pour cela lUi évêque anglais, dans lequel il avait beaucoup de cm)fiance, cl qu’il croyait très-propre k lexécutioii de cc dessein. Le prélat ayant appris le sujet de son amb.issade, et craignant pour sa vie, s'il traitait François I avec la fierté que son maître exigeait, lui représenta 1* danger auquel il 1 exposait, et le pria inslaïuincnt de ne pas lui donner celle connuIs.sion. « Ne craigne?rien, lui dit Henri VIII; si le roi de France vous lai-

sait mourir, je ferais couper la tête à tous les Français qui seraient dans mes Etals. — Je vous crois, sire, reptondit l’évêque; mais periuctlez-inoi de vous dire, qu® de toutes les têtes que vous auriez fait couper, il o J

r.A MORALE EN ACTION. iy5

en a pas une qui revînt si bien sur mon corps que la

Henri lY, ayant eu rimpruclenle faiblesse de faire une promesse de mariage à mademoiselle d’Entraigues qui (ut depuis a]q3eléc la marquise de ^’^erneuil^ consulta le duc de Sully sur cette démarché : « Lisez ^ lui dit ce prince eu 1 abordant; dites-moi sincèrement ce que \ous pensez. » Le duc, outré de la trop grande facilité du roi, et ne doutant point qu’on ne ht un jour un fatal usage de cet écrit, le dccliira : Etes-vous fou, Sully? lui dit le roi sans se mettre en colère. Si je le suis , repartit avec liberté le favori ^ votre majesté montre par écrit qu’elle est encore plus folle que moi. e viens de faire le devoir d un ndèle serviteur, et vous, sire, vous voulez faire ce qui ne convient jamais à un grand roi.

Charles IX aimait à tuer les animaux et à treniper ^cs mains dans leur sang; il se fiisait un plaisir de cou per le cou aux ânes quil reîicontrait dans la cai^: pagne; il voulut uîi jour abattre la tète à un beau m»'

.el qui appai tenait a un de ses lav^oris, nonuné Lansac. Ce seigneur demanda grâce pour son mulet, et l’obtint par ces paroles hardies : Sire, quel dilFcrcnl peut-il être surv^eriu entre votre majesté et mon mulet?

Etre en garde contre Vorgueil , le dédain cl Varrogance.

Lu gTand Turenne était ennemi juré des airs iusul tanîs; il ne pouvait souffrir qu on se nmquâl de personne; à la cour comme à l’armée, lorsqu’il arrivait quelque nouveau dé])arqué dont on voulait se div^ertir, ’l prenait d’abord son parti d'un air qui imposait aussi-

[QG LV \ÎÛ2*^ALE F.N ALTÎ0>\

lôL sîl<itîCc à tout le inoîide J druiangcaisor

(|u^ûD eût de railler.

Un jeune geiiLilhommc arrivant un j^uir à lariiiee, après l avoir salué J lui dcinenflo où il meUall Icscbevaux, A celle question ^ tous ceux qui élaicnt préscnls se mirent à rire de la manière du jrioude la plus morlifiante pour ce genlillmninie. Mais monsieur de rurenne, prenaiU uu ton sérieux : Cest donc, leur ditdl, une chose Lieu élomiantc, qiiun lioniiue qui u est )*<■ mais veim à 1 armée n en saclie pas les usages?iN y a-t'jl pas bien de l espril à se rire de lui j parce qu il ne sait pas des clioses (^u’il ne peut savoir ^ cl (ju au bout de huit jours il saura aussi bien que vous? 11 ordonaa en* suite à sou écuyer d avoir soin des clievaux de ce gentllbonuue , et de riuslruirc des autres choses néces¬

saires.

Louis XI éUiit humble en parole, selon le rapport de inûlippe de Comiries; il parlail indistinctement a Lüules surces de persormes, et ne taisait point accep Uun d elat. : ü répondait ordinairement aux reproches fju on lui fauaiL de ne pas garder assex son rang et su dignité : « Lors(|u’orgueil cliemine devant, honte et du mm âges suivent de bien près, *>

Louis XIV aimait les louanges, et il est é souhaitrr qu un roi les aime, parce qu alors il s'efforce de les lileri mais il ne les recevait pas toujours, quand elles étaient trop fortes. L’académie française, qui lui reu liait compte des sujets qu’elle proposait pour scs lui fit voir celui-ci : Quelle est, de toutes les veritts ^ raif celle qui mérite la préférence? Le roi rougit,® ise voulut pas qu un ta! sujet fût traité, U fit encore supprimer les inscriptions fastueuses dont Charpet^ lier, de ra^"'iémiè française, avait chargé les ta^

LA M O R A L H E A G T ï O T

ux du célèbre Lclirnn dans la galerie de Versailles.

Quand le roi Jean j fnit prisonnier du prince de Galles, dans la fameuse bataille de Poitiers, parut devant le vainc|ueur, on eût dit qu’il rélait lui-même. Le pnrtce anglais donna iin magnifique souper dans sa 'ehtCj an roi et k tous 1ns prisotiriiers de distinction ; il le servit pendant tout le rt-pas, et ne voulut jamais se mettre k laide, quelque ja’ière que le roi lui en pût faire. Je ne suis, disait-il, assez suffisant pour m asseoir à la table de si grand prince et de s! vaillant liomine f[ne le corps du roi est. Il tâchait de le consoler en lui disant que, quoique vaincu, il avait, par ses actions htToirpies, acquis plus de gloire que le victorienx* On lui rendit tons les lionneiirs du triomplie quand il en tra dans Londres ; il était monté sur tin cheval blanc ricliemrail ciiliaruachë, ayant à son côté le prince de Galles, véiu (brî itiodestemenl, et monté sur une petite baquence. Le roi, la reine cï toute la courdhVngleterre le reçurent avec licaucoup d’amitié et de respect. Qnaiid ils virent que k mauvaise fortune ne ia* vait point akiuuj ils augmentèrent leur estime pour lui, et adoucirent sa servitude par toutes sortes de déférences et à lionnôtelés*

H seinble que la Providence ait pris plaisir à ménager, plus de trois siècles après, aux de.sceridants de ce monarque français, Poccasion de se venger de tant de politesses et de bontés, dans la postérité de cet excellent prince anglais.

En effet Jacques H , roi d'Angleterre, successeur de Charles II, son frère aîné, ayant été chassé de ses Etats par le prince d Orange, son gendre, vin t avec sa femme f'I le prince de Galles, son fils, encore ciifant, implorer la prolect ou de Louis XIV. Cette reine mallieu-

1 gg £ A M ü K A L EN A C T I O X.

reuse fui étonnée de la manière dont elle fut reçue. Le roi alla au-devant d’elle, et l'aborda en lui disant : « Je vous rends, madame, un triste service; mais j’e.spcre de vous en rendre bientôt de plus grands et de plus heureux. » Il la conduisit au château de Saint-Germain, où elle trouva le même service qu’aurait eu la reine de France, tout ce qui sert à la commodité et au luxe, des présents de toutes espèces, en argent, en or, en vaisselle, en bijoux et en étofl’es. Il y avait parmi tous ces présents, une bourse de dix mille louis dor sur sa toilette.

Les mêmes attentions furent observées pour son mari, qui arriva un jour après elle : on lui régla su cent mille bancs par an pour renlrct!cn de .sa maison. Outre les présents sans nombre qu’on lui fit, il eut les olficiers du roi cl ses gardes. Tonie cette réception fut peu ùe c’iiose en comparaison des préparatifs qu on fit pour le rétablir sur son trône.

Saint Louis, mailre de cette fougue impétueuse qui emporte les jeunes courages, parlait, dans les premiers et violents moments de la victoire, un langage de paix 4 rennciiii qui lui demandait une trêve : « Allez, ;e veux bien vous l’accorder, et je souhaite que vous eu profitiez. »

U adulation, V écueil des grands.

La vérité bien rare-^ient le? irt/nges que for¬

ment l’autonté des grands, et la flatterie de leurs tisans. Saint Louis n’eut point de flatteurs, parce qu i U aima point ses fautes. Environné d’un nombre d amis saints et fidèles, il les éublissait les censeurs de sa conduite. Il chercha dans les gens de bien cette droiture de cœur, cette sincérité de lèvres, cette liberté désin-

LA MORALE EN ACTION. lOO

lércsst'c (ju'oii ne sijurait trouverqu’cn un seul; il voulait être instruit sans être flatté. La vérité n'est odieuse qu’à ceux qui craignent de la connaître.

Saint Louis 5 évoque de Toulouse, fut ennemi de l’adulation. Pour connaître la vérité, et pour avancer dans la perfection , il avait chargé un frère mineur, qui raccompagnait toujours, de l’avertir de ses fautes. Ce frère ayant un jour usé de cette permission en présence de plusieurs personnes, qui en paraissaient mécontentes : (( C’est pour mon bien qu’il l’a fait, dit le saint évêque, et je l ai voulu ainsi. Comme l amitié ne doit rien taire, on doit prendre en bonne part tout ce qui en vient. Écouter les flatteurs et fermer l’oreille à la vérité, c’est se perdre. »

Frajiçois V' eût été le plus grand des rois, si la trop haute opinion de lui-même, que lui donnèrent scs belles qualités, ne Icùt pas laissé envelopper par les flatteries des^courtisans qui lui gâtèrent 1 esprit, et le répandirent presque tout au-dehors, dans de vaines dépenses et de fasîucuses apparences. Heureusement dix ou douze ans avant sa mort, U ouvrit les yeux, et vit qu’en effet il ne gouvernait pas, et qn’il n’y avait que son nom qui agissait; il résolut de se dégager des filets (les adulateurs. La première preuve qu’il en donna^ fut la manière noble et généreuse dont il témoigna sa reconnaissance à Antoine Dupart, pour un bon conseil qu’il en avait autrefois reçu. Quel fléau pour les grands, que des hommes nés pour applaudir à leurs passions, ou pour dresser des pièges à leur innocence! quel malheur pour les peuples, quand les chefs se livrent à ces ennemis de leur gloire, parce qu’ils le sont de la sagesse et de la vérité !

Pendant que l’abbé de Clniisi travaillait â riustOïï^

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