L .\ M Ü K A i. L tL'ri action
de Charles VI, monseigneur le duc d^^ Bourgogne, à peine sorti de Iciifance, lui adressa un jour ces paroles : Comment vous y prendrez-vous pour dire que ce roi était fou? INIonscigîieur, lui répondit labbé sans hésiter, je dirai qu’il érait fou : la seule vertu distingue les hommes dès qu ils sont morts.
Quand on écrit la vie des gens, disait le célèbre Despréaux, il ne faut point les ménager sur ce quils ont de criminel *, cela gagne créance pour le bien qu on dira d'eux. Le ministre Colbert ne pouvait souffrir Suétone, parce que cet historien avait relevé la turpitude des empereurs. C est ]^tir-là cvq^endant qu il doit ùtre recommandable aux gens qui aiment la vérité.
Despréaux avait de la franchise, et naima jamais à flatter. Sélant fait annoncer un jour cliez le père Fcrrier, confèsscur du roi, qui avait une grosse cour, le jésuite vint ouvrir lui-même la porte de son cabinet, pour le recevoir plus amiablemcnt : Ilé#bien, dit-il, en Tembrassant Icndrcineut, qu est-ce qui vous amène ici? <c Mon père, répliqua-l-il, je viens vous montrer un spectacle assez nouveau pour vous : ce sont dps yeux qui ne vous demandent rien. »
Tout le monde s'empressant à faire des compliments à M. Pelletier, qui avait succédé à M. Colbert dans la place de contrôleur-général, Despréaux lui dit simplement : Monseigneur, je nVuivie de votre nouvelle dignité, que l'occasion que vous allez avoir de faire plaisir à bien des gens.
S'accoutumer à vivre de peu.
Il nest pas seulement avantageux, mais encore . nécessaire de s’accoutumer à vivre de peu, A rarincc, les tables de ATîvI. de Turenne et de Catiiiat élaient
la morale en action. aî)j
servies fort proprement, mais très-simplement; elles étaient abondanles, mais militaires; on n'y mangeait cjue des viandes communes; on n’y buvait que du vin tel qui! naissait dans le pays ou les troupes se trouvaient. Les besoins du corps sont extrêmement bornés . tout ce qu on désire au-delà est plutôt pour assouvir la cupidité, que pour satisfaire à la nécessité.
Louis XIV, dans le code militaire qu’il a laissé, et qui 1 enferme divers reglements pour les gens de gucire, recommande en particulier la simplicité et la frugalité des repas; il entre pour cela dans un fort gland détail, et défend, sous de grosses peines, les dépenses et la somptuosité des tables. Un prince habile dans 1 art de regner comprend aisément de quelle iinpoitance il est pour le bien de letat, de bannir tout luxe et toute magnificence, de ré^^rimer la folle ambition de ceux qui croient se distinguer par l’élude de tout ce qui peut enerver et amollir les hommes, et de couvrir de houle ceux qui se livrent à des excès, qui consomment en peu de jours ce qui pourrail soutenir des familles enlières pendant plusieurs années.
Le maréchal de la Lcr té, qui a servi la France avec lionncur, pensait quà 1 exemple des Lacédémoniens, on devait accoutumer la jeunesse à une vie sobre et dure. Son maitrc-dhôtel ayant fait,par ordre de son fi!?, une ample provision pour la campagne, de truffes, de morjllcs, et de toutes les antres choses néccssaij’cs pour faiixî dexcellents ragoûts, lui en appoi’ta le nié moire. Le maréchal n eut pas plus tôt vu de quoi il s'agissait, qu’il jeta le mémoire avec indignation, en disant :: « Ce n est pas ainsi que nous avons fait la guerre;* de la grosse viande apprêtée simplement, G^était là tous nos rasouts ; dites à mon fils, que je ne
2 03 tA Mon .LE ACTtOV.
Tcux entrer pour ru^ii JaIiis une dr-penso lUissi fnile f|uc cclledàj cl aussi indigne d un Iiuiiuuc de guerre. »
Si noü'c siècle cl nos mœurs ne comporleul plus la tempéraiice et la iiugaHté des anciens, 1 un jieut du moins, et ron düil daiis chaque état cl dans cliAUjiie genre, ramener les clioses à une liciincLc et lunal/le médiocrité, qui en jusliüe et en n^clKic l’usage, (jcst une houle que nos mœurs luenl si fort dtgénéré de la vertu des pa:ens. Charles IX s’étant une luis aperçu que le vin lui avait trouble la raison, jusqu à lui taire coinmetlrc des violences, s eu abstint Luut le reste de ba vie. ^ ^
Le maréchal de Tavanues pouvanî sunOrlrquon fît des dépenses énorne^s b cour de IX,
taudis qu un négligeai! b** hesotiLs esserîlif Is de léUit, dit au roi, que puis ju on oVnletidail plus parler que de réjouisstuïccs et de ItHes, il voulait aussi eu donner une, pour laquelle il ï^vail Ini-méme compose une l)iècc, qui conviendrait mieux à la situation présente des afFaircs. Le roi paraissant curieux d'" voirqiiehiue chose do sa composition , Tavannes 1 eut 1 ientôt satiS* fait : la pièce u'élall pas longue, clic ne conleiiail quû ce peu de moLs : « Vous êtes des sots, vous d? pensez vûü'e argent en festins, en pompes et en rnnsques, et üc payez ni gendarmes, ni soldatsj les étrangers vous battront, »
La ]iüUiTitare iuOue jilus qnon ne p>crisc sur la valeur des troupes. Un célèbre médecin anglais ne oisaît pas une absurdité, quand il assurait quavec niiQ diète de six semaines, il reodrait un bomiun poltron. Le prince Maurice était si convaincu de ce principe, qu il employait toujours a quelques actions de vigueur las Anglais lorsqu ils anivaieut de cliez eux, tt ian^
dis cjuils aidaient la pièce de bœuf dans Vestoniac; cétait son expression. {Remarques sur les Provinces- Unies.)
La Médiocrité dans les habillements.
Charlemagne porta les premières lois somptuaires, qui réglaient le prix Jes éiofTes^ et qui distinguaient letat et le rang des particuliers, par rapport â leur liahillement. Ce prince donna lui-mcmc l’exemple de la plus grande simplicité.
Louis IX sut allier la magnificence du tronc à cette simplicité dont les grands ne sont pas dispenses. L usage ri’cst une loi que pour ceux qui raiment^ ce sont les passions des hommes, et non leur rang cl leur dignité, qui ont rendu le luxe et les profusion^ nécessaires.
Louis XI dédaignait tout faste extérieur; il était toujours négligé dans ses habits. Comines dit de ce prince, quil se mettait si mal que pis ne pointait. Dans une entrevue avec Henri IV, roi de Castille, qui aJTecta beaucoup de magnific/mee, il parut avec un habit de gros drap, et la tête couverte d’un vieux chapeau, remarquable seulement par une Notre-Dame de plomb qui y était attachée.
Peu contents du petit espace dans lequel est cîi conscrit notre être, nous voulons tenir plus de place en ce monde que la nature ne peut nous en donner* nous cherchons à agrandir notre figure par des chaussures élevées, par des vetements renflés. Quelque amples qu’ils puissent être, la vanité qu'ils couvrent oV^t-elle pas encore plus grande?
LA MORAf. E EN ACTION.
Les Spectacles daivjereux.
Le célèbre Palru, l’oracle du barreau de son temps, ne pouvait s'empêcher de faire éclater son indiQiialion contre les conicdies cl les autres ouvrages de poésie, où la pudeur et la religion lui paraissaient egalement offensées. Quoi! disait-il à ses amis, des maximes qui feraient horreur dans le langage ordinaire, se produisent impunément dès quelles sont mises en vers; elles montent sur le théâtre à la faveur de la musique, ^ et y parlent plus haut que nos lois; cesl peu d’^' étaler ces exemples qui iiistiuisenl à pjecher, et qui ont été détestés par les païens mêmes; on en fait aiijourdlnii des conseils, et même des préceptes; et loin de .songer à rendre les divertissemcnt.s uldes et honnêtes, on alfectc de les rendre criminels!
Philippe II chassa de sr cour les comédiens et farceurs, comme gens (ce sont les termes de Mézciaj ) gui ne servent gu à flatter et à nournr les voluptés et la fainéantise, à remplir les esprit.'' oiseux des vaincs chimères qui les gâtent, et à causer d.^’iis les cœurs des mouvements déréglés, que la sagesse cl la religion nous commandent si fort d’étoiiffcr.
On voit, dit le savant M. de Fênélen, des parents assez bien intentionnés d’ailleurs, mener cnx-mêmes leurs enfants aux spectacles publics; ils pi'étendent, en mêlant ainsi le poison avec l’aliment salutaire, leur donner une bonne éducation, et ils la regarderaient comme triste ct'austère, si elle ne souffrait ce mélange du Inen et du mal. 11 faut bien avoir peu de connaissance de l’esprit humain, pour ne pas voir que ces sortes de divertissements ne peuvent manquer de dégoûter les œunes gens de la vie sérieuse et occu-
LA M J' A LE EX A C T1 0 X* ^ oS
pf'c; à laijuellc ou les destitiej et de leur faire liouver fuies et insupporUÎjIes les plaisirs simples et iniiocents*
bons mots ei belles reparties.
Quoique le cardinal Düpart parût cxtrêjnemeiU attnehu à François son maître, ce prince était si persuadé de ses rapuîcs^ qu’il ne cessait deii faire ToLjet J tantôt de ses railleries, tantôt de scs reproches, Dupait ayant lliit bâtir a riIôtel-Dieu de Paris cette salle qui regarde le septentrion, et que Ion nomme encore aujourdlmi la salie du Légat : Elle sera l>icn grande, dit François F% si elle peut cmitenir tous les pauvres qu'ü a faits.
M de Barbe xi eux ayant refusé à un gentilhomme de mérite une place de cadet gardes pour son fiisu qti il ti ouvait trop jeune : « M, de Barbcxiea.x, ditdl à son père, me trouve trop jeune pour être cadet aux gardes, et moi je le trouve bien jeune pour être secré^ taire d'état, a
Lorsque Louis Xl\ partit pour aller faire ie siège de Mous, il ordonna à ses deux hisLonens, Racine et Despréaux, de le suivre* i\imant une vie plus tranquille, ils s en dispensèrent* Le roi k son retour leur eu fit des reproches* Nous n^ivions, sire, dirent ingénieusement ces deux poètes, que des habits de ville : nous en avions ordonné de campagne^ mais les villes que votre majesté assiégeait, ont été plus tôt prises que nos habits n’ont été faits*
Louis XI disait ordinairement que tout son conseil était dans sa tête, parce qu'il ne consultait personne* Ldmiral de Brezé le voyant monté sur un bidet trèsfaible, dit r « Il faut que ce cheval soit plus fort qui!
LA MOnALE Erf ACTlO?f,
ne le paraît, puis |u’il porte le roi et son conseil* m Le cardinal Dupcrron osa traiter d iguorant 1 avocat général Scnrin* cc II est vrai, monseigneur, lui répondit ce magistrat, que je ne suis pas assez savant pour prouver cpi'il n y a point de Dieu, Le cardinal demeura muet et coiiftis, 11 faut savoir, pour cutendr'e celle réponse 5 que Duperron, entretenant Henri UI durant son dîner, avait eu faudace de lui dire : Je viens de prouver qu’il y a un Dieu; mais demain, si votre majesté veut nvécouler encore, je lui prouverai quil en a pas du tout. Ce discours fit une telle horreur au roi, qifll la bannit pour jaiiiais de sa présence.
maréchal de Toiras faisait ses dispositions pour livrer bataille, lorjqy’uii officier lui demiiuda b jtür. mission de se rendre chez son i>érc, qui était à 1 extré mité, pour lui rendre sc5 soins el recevoir sa bénédiction, Allez, lui dit ce général, qui démSla fort aisément la cause de cette retraite : Père et mère honoreras^ afin que în vmes longuement
Un president de Boiien demeura court en haranguant Henri IV; le roi di( : Il i^c faut pas s’étonner, les Normands sont sujets A manquer de parole*
M. Beaulrii, Thomme la plus célèbre de son lernjis par 1 agrément de sou esprit, et qui était delacadémie française, ajaiït été envoyé en fispagne, alla à ILscurial, où il vit la bibliothèque : une conférence quil eut avec le bibliolhécairc lui fit juger que ce n était pas un habilc'horaïuc* Il vit ensuite le roi, qu’il entretint des beautés de celte maison royale, et du cIioïa qu^tl avait fait de son bibliothécaire; U lui dit qui! avait remarqué que cV^tait un honnne rare, et que sa majesté pouvait le faire surin tendant de scs financespourquoi? lui dit le roi* «c Sire, aioula-t-il, e'csl aue,
LA MORACE tN ACTION. 207
comme il na rien pris dans vos livres, il ne prendra rien dans vos finances. »
LaLbé de la Rivière étant allé à Rome pour tâcher fl être cardinal, en était revenu sans rien faire : comme Il avait un gros rhume, Beautru dit ; C’est qu il est revenu sans chapeau.
Une personne du premier mérite, et de grande qualité, disputant avec Benserade, on apporta à cette personne le bonnet de cardinal. Benserade dit ; J’étais Ineii fou de disputer avec un homme riui avait la tête SI près du bonnet.
arrive quelquefois que les railleurs sont eux- ’nemes raillés. Louis XlV, à la porte d une petite ville, routait impatiemment une harangue ennuyeuse.
auliu ciut ,|U il icrait plaisir au roi dinlerrompre I orateur. Monsieur, lui demanda-t il, les ânes, d.ans votre pays, de quel prix sont-ils? L’orateur s’arrêta et après avoir regardé Beautru depuis les pieds jusqu’à la tète : « Quand ils son t, lui répondit-il, ^e votre poil et de votre taille, ils valent dix écus; » et il reprit le fil ne sa harangue.
marquées dlionncur, de justes récompensée, excitent Vémulation.
M. Colbert, ministre d’état, avait destiné par an quarante mille écus pour ceux qui se distingueraient dans quelque genre que ce fût, ou dans les arts, ou dans les sciences. II disait souvent à des personnes de confiance, que s’il y avait dans le royaume quelque homme de mérite qui souffrit et qui fût dans le besoin il en chargeait leur conscience, et les en rendait responsables, Un ministie qui aime véritablement son prince et sa patrie, ne peut guère mieux les servi^r
LA MOUALE E.N ACTION.
qu’en procurant, par des marques d honueur et de justes récompenses, des avantages si précieux et une gloire si durable.
Louis XIV, instruit du mérite du célèbre Vossius, chargea Colbert de lui envoyer une lettre de change, comme une marque de son estime et un gage de sa protection. Ce qui flatta le plus Vossius, fut la lettre dont le ministre accompagna le présent. 11 lui disait que, quoique le roi ne fût pas sou souverain, il vou lait néanmoins être son Ijlcnfaiteur, en considération d un nom que son père avait rendu illustre, et dont il conservait la gloire. Il y eut plusieurs gratifications pareilles à diflérenls savcints de l pAirope.
Charles V aimait fort les gens de lettres*, il dorniail des pensions à tous ceux qui sc distinguaient par leur science et leur habileté dans quelque art que ce lut, On ne peut trop honorer, disait-il, les clercs ( les gens de lettres étaient alors ainsi appelés), ou gens a sapience : tant que sapience sera honorée dans ce royaume, H continuera à prospérer; mais quand deboutée y sera, il décherra.
Parmi les bonnes qualités de Charles IX, on comple surtout celle d avoir cultivé les lettres dans un temps où le tumulte des armes semblait devoir efTaroueber les muses : il fit beaucoup de bien aux savants, et à ceux qui s'appliquaient aux arts utiles; mais modérément, de crainte, disait-il, qu’en les mettant trop Taise, ils ne cessassent de travailler.
Nul règne, dans la monarchie française, n'a été pb^^ fertile en grands honimes dans tous les genres, que celui de Louis XIV; on vit aussi fleurir les arts et le commerce. Ce prince étendait les marques de son estin^e et de sa libéralité sur tons les mi jets excellents; il
IA jMOKALE en a CTI O BT. !a 03
vait distinguer et employer les personnes de mérité. Ses ministres pensaient comme lui.
Minislres de la justice, soutiens des villes.
C Était principalement dans l’administration de la justice j que Charles V faisait consister le devoir des rois : il assistait souvent au parlement, et donnait sa voix comme les autres juges. Réfléchissant un jour sur les actions de sa vie, il se souvint d’avoir poussé peut-être un peu trop loin les bornes de l’autorité royale; il écrivit au premier président : e Qu'à l’avenir, quelque ordre qu’il pût lui envoyer, il ne difFérût plus la protioiicialion daucun arrêt.»
Ayant appris que le comte de Flandres avait fait piller les ten es du seigneur de bongneville, l'un de ses principaux vassaux, il lui en ÜL une sévère réiirb mande, et l’obligea à réparer le dommage.
La grande et iiivariaJde maxiittc de saint Louis, était de rendre justice t\u préjudice même de ses intérêts. Ce fut dans cetle vue, et pour acquitter la foi de son père, qii il rendit an roi d Angleterre !es provinces de la Gui en ne.
Charles VII désirait sur toutes clioses , que l’on rendît exacleiiieot la justice k scs sujets. Il avait sou parlement de Paris, qui (srlon les expressînns respectaLIes de Mézeray ) en était Ja règle, et comme lesancîuaire de toutes sortes de vertus. Sa religion S€ laissait rarement surprendre, et jamais corrompre. On ne lui demandait point dlnjustice, parce qu on le coiniaissait mcapable d’en coranietü'e. Ses arrêts étaient reçus comme des oracles d’autant plus respectables, quon savait que ni rintérét, ni la parenté, ni la faveur, n’j pourraient rien. Les mœurs innneentes de ses mivis-
id
ai a lA waiïiLE ex actiox,
frats^ tl leur cxtûiieur iitémCj servaient de lob
ilVxempIcs.
La gravité de leurs professions les élnigiiait des va^ nîtes du grand monde, du luxe, des jeux, de la danse, de la chasse^ encore bien plus de la dissolutiurj el Aq La débauebe* Ils Irouvaierit leurs [daisii’S el leur gloire à exercer digiicineut leurs cbarf^es ^ un ÿ\n\tl l'onrls d bofineiir , d in té gril é et de sudlsaucc lajsait Icuri principales nclicsscs^ et la frugfdité leur pins certain revenu.
Ennemis du faste et de la dispense, ils n^avaienl point d avidité pour i:îS grands lïirnsj et ils croyaieet leur fortune sûre el IionoraJdfi, fpiiinil elle était médiocre et juste. Ainsi, sc rendant vénérables par euxtnénies, ils étaient nécessaiiejneut en vénération à tout le monde. Alors les procureurs et la cincane navaicTit point trouvé les portes du palais ouvertes pour s y ter en foule : le procès nïtail point encore un labyriîJlhe où le nieillcur droit sn perd dans les détours iin finis des formalités et dtîs procédures; il n j avait le plus souvent, dans toute uîje alfaire, aucune écritui’ic q^ne les pièces necessaires pour demande et pour la défense, et rarrêtqui iiilervenaît : lexpédition necoâtait rien aux parties; le greflier était jiayé aux dépens du roi, et il y avait au lotnls expiés pour celu
Le roi Louis XII et son ministre, le cardiaai d Araboise, avaient les mêmes iulcntîons. Louis ne sorigrait qu'à rendre ses sujets heureux, persuade que c^est le premier et seul devoir d un roi, ü'Amboise ne sétaU chargé de la conduite des afTalros publiques, que pour les rétablir et pour seconder les vues de son maître ; H Eut un excellent ministre, non parce qo'il ne fit poml de mal, mais parce quÙl fit beaucoup de bien, Oa peut
h \ M O ft V f. K A G T 1 O IC*
dire que c’est A re sage uiiriifître que Louis XII est rçdrvnhlc (le ce titre glorieux de Père du peuple 5 qu'il porte dans nos annales ; titre que presque aucun de ses prudècesseurs n^avait mérité^ et auquei peu de ses suc* censeurs ont paru aspirer.
Il n y a point 5 sans contredit^ de qualité qui fasse plus d lioTinciir, ni qui soit plus essentielle aux per* fionnes à qui le pouvoir de la justice est confié, que le désjntcressefnontel la probité pousséej pour ainsi dire, jusqu’au scrupule.
Le corps des maîtres boulangers vint trouver un magistrat cliargé de la police d'une grande ville, pour lui demander la pennissiori d enchérir le pain, Lfi se retirant^ ils laissèrent adroitement aur la table une bourse de deux cents louis; ils revinrent quelques jours après, ne doutant point que la bourse ncût plaidé eflicacenient leur cause. Le n'agistrat leur dit : fc J'ai pesé, messieurs^ vos rnisons dans la liaiancc de ia justice, et je ne les ai point trouvées de poids : je n’ai pas jugé (pril fallut, pour une cherté mal fondée^ faire soulIVir le peuple. Au reste, j'ai distribué votre argent aux deux hujîitanx de cette ville; je n ai pas cm que A^ous en voulussiez fitire un autre usage; j^ii compris que, puisque vous étiez en état de faire de telles aumônes, vous ne perdiez pas, comme vous le dites^ dans votre métier.
Le président Jeannin eut radiaînistration des finances, qu'il mania avec une pureté, dont le peu de bien qu il laissa à sa famille est une preuve très^con* vaincanle- Henri IV avait une estime particulière pour lui y et se faisait souvent un reproche de ne pas lui avoir fait assez de bien. Ce prince dit en plusieurs rencontres : « Qu’il dorait quelques uns de scs sujets
LA MO^^ALE EN' ACTION
jîour cacher leur malicev niais i\ne pour le président Jcanuia^ il en avait toujours dit du bien sans loi eu faire. »
Im douceur j rJmrnan iîé^ ïn polilfSsCf qualités propres à ÿagnî^r les cœurs.
La bonté et 1 ImmanÎLé de s^iiot Lotus faisaient le bonheur de son peuple* Accessible à Lous^ il ncdlspulait pus même au dernier de scs sujets le plaisir de voir Sun souverain, leur uorilrant luujours un visage riant, tempérant par rahahiÜté la majesté du trône, et se dt'*püuiliant si fort de tout le faste qui environne la gî'andeur, qu’eu rabordant, on ne s’apcrceviut presque pas qifil était le niaitre, que lorsr{niI accof' liait di'S grâces. Si lauLorité doit élre un jour acCiiblaiite, die doJt lêtre pour ceux qui 1 exercent, etqiii en soül revêtus, et non pour ceux qui 11 ni plurent, et qui vîenueiit y chercher un asile.
(Ihai les V donnait audience à tout le raoucie, pauvres et riches; lisait hu-ruéine sitr-Ie-chtimp leurs re^ quêtes, accordait celles qui lui paraissaient raîsoniue Ides, et faisait exaniioer les douteuses piar dos maîtres de requêtes. Eloquent sans afléctstiori, il ne hlçlia ja* mais une parole superflue, encore moins désagréablei il avait le secret, même oji refusant, de renvoyer tout le monde content*
M. de ïui'çiine joignait à la qualité d un général accompli, celle d’un homme aimable et poli envers tout le monde; sa douceur lui avait attiré raniuur d® tous les soldats : quand il passait à la tête du camp, ib sortaient de leurs baraques, ef on les entendait se dir'^ les uns aux autres : ISolre pàrc se porte bten^ no^ na^ons rien à emuab e.
s étant un jour couchü derrière un buisson, pour dormir, pendant que rarmée passait un défilé qui était fort long, quelques soldats le rencontrèrent; comme la neige commençait à tomber sur lui, ils coupeient aussitôt des branches d arbre pour lui faire une hutte : plusieurs cavaliei's qui survinrent, voyant que les branebages ne le mettaient pas assez a couvert, donnèrent tous à fenvi leurs manteaux pour lui dresser une tente. Sur quoi s étant éveillé, et leur ayant demandé à quoi ils s amusaient au heu de marcher : « Nous voulons, répondirent-ils, conserver noxre général; c est la notre plus grande alfaire; si nous venions à le perdre, nous ne reverrions peut-être jamais notre pays. « lels sont les fruits ordinaires de la douceur et de la politesse.
La France n a pas eu de meillsur ni de plus grand roi quHenri IV ; il était son général et son ministre; il unissait à une extrême franchise la plus adreile politique, aux sentiments les plus élevés une simplicité de mœurs charmante, et à un courage de soldat un londs d’humanité inépuisable. Aussi la reine-mère dit-elle à Louis XIV, lorsqu'il était jeune : (c iMon fils, lessemblez à votre graIid-pèr^^, et non pas à votre j^èie. )) Le roi lui en ayant demandé ki raison : cc C’est dit-elle, qu à la mort d’Henri IV on pleurait, et qu on a ri à celle de Louis XIIL
La puissance glorieuse ^ lorsQuelle est bienfaisante.
Louis XIV dit un jour au çjjrarid-maître de sa garderobe, qui se plaignait de ses dettes : Que ne parIez-vou5 à vos amis? Paroles dignes de la libéralité d’un roi, et qui fut accompagnée d un don de cinquante mille écus.
Plusieurs rois, au moment de la mort, où, dégagés
jiJ lamorai-ee:^ action.
tic tolilcs les piissious humaines, et tlélaclKl'^s de la Titillé (Iss prandeurs, ils voient les choses telles (ju elle! sont eti elles-nièincs, ont recommandé avec soin a leurs successeurs de faire du bien à leurs sujets, et de ne j:Oilit accabler le peuple d impôts.
l'Iiilippe de Valois témoigna un grand regret d avoir mis de nouveaux impôts sur sou peuple, quohjuil se crut obligé de le faire pour subveuir aux pressantes nécessités de letat.
Louis IX, entre plusieurs avis excellents qn il donna à son fils ]Oui- bien gouverner ses sujets, lui recommanda de UC point les accabler d impôts, ni de tailles, comme il ava l fait.
François I"” recommanda lrè,s-instaniincnt à son n s de diminuer les tailles qu il avait trop baussces, ni ajoutant; « Qne les ciiliints doivent inoilcr les vertus de leurs pères , et non leurs vices. »
' Louis XII ne pouvait semblée h er de verser des larmes , quand la nécessité le forçait d imposer quelque oetit sulisidc ; il retrancha le dixième ds tous les impôts , et les réduisit enfin aux deux tiers. Ce qm ÇSl digne de remarque, c'est qu'en quelque liesoin que 1 é* tat pût se trouver sous son règne, il ne rétablit jamais qu’il avait une fois supprimé. U aima son peuple i sa plus forte envie fut de le rendre heureux, et il mérita d'ea être surnommé le père.
Trait fie généfvsité et de modestie.
Il d’ est pniQt de devoir, point d'application préré ffiMc à celle d^ôtre utile à sa patrie et a son proche’n Les plus lieUes connaissances ne sont rien en compa rai5on de la cliarité (juc nous devons a voit pour nos îciublables.
lA MORALE EN ACTtOX. 2 |
M. (le Tui eiJiie n’otait pas riche, mais conihicn éîaiK il <{1 iifSn ux! Voyant (juelqiies régiments fort (îelahiés, et s éUini sccrèleinenl assuré que le désordrc^enait do a [lanvrclé, et non de la négligence des capitaines, i. uitir tli^trihiïa [€S sommes fiëçessaires pour rentier rétxibûssc-inent des corps. Il ajouta à ce bienfait ra:tcriüou délicate de laisser croire qa il vernuc da roi. Quelle leçon pour les pei'sounes chargées des intérêts du pu- Llic! • ^
Un officier était au désespoir d’avoir perdu dans un coniljat deux chevaux^ que la situaiicj] de ses a^fairoi ne lui pt-rmctlait pas de remplacer. Turc nue lui en donna deux des siensj exi lui recommandant fortement de n CTI rien dire à persenue : 't D'autres ^ lui dit-iJ, Viendraient nj en demander^ et je ne suis pas en étal d en donner â tout le monde, jj Cacher sous uti air d économie le mérite d’une l>onue action^ c’est en reJevea davantage le prix.
Trah de plahanierie.
officier gascon ayant obtenu de Louis XIV, eu i(j3o, une gratilication de quinze cents llv,, alla Uouver M, Colbert, pour qiiil Un fit Compter celte somme* Ce minislre éLiît A dîner avec trois ou quatre seigneurs* Le Gascon, sanÆ se faire annoncer, entrâi dans la chambre où Idn mangeait, avec la hardiesse qn inspire 1 air de la Gnîenne, et avec un accent qui ne démentait pas son pays, il s'approcha de la table et dit tout haut : Messieurs, avix: votre permission Icrpicl de vous antres est Colbert? Cest moi, monsieur, dit M. Colbert : quy a-t-il pour votre scrvicé? Ile* pas grand cliose, dit 1 autre, un petit ordre du roi pour me compter cinq cents é(
aiG LA MOU A LE EX ACTÎOX.
M. CoUjctf,f|Uj i^Uih d liumeiir de se diveiilr^pna le Gascon de se mettre à Uüde, lui fU donner on couvert, ci Iffl [Teniit de Iç fkire expédier après le dîner. Le GlIScoo accrpla loilW; sans faire de laçons, mangea côinine qo-ilrc ; apres rjuoi SM. Colbert fil venir un de .scs commis, qui mena M, l'officicr au bureau, où ou lui compta cent plstoles. Comme il dit quil eu devait tüuclier cent cinquante, lecoiiunis lui nqK}ndit : Il est vrai, mais un en relient cinquante pour voire dnier* Cadèdis, sccria le Gascon, citiquanle plslolcs pour un dinerî je ne donne que vingt sons à mou auberge* ,îc le crois, dil le commis, niais vous ne mangez pas avec M, Colberl, et cest cel houneur-là qu*oii veus fait payer, Eli bien, répondit le Gascon. nuisrjïHî cela est ainsi, gardez tout, ce n est pas la pfûue que je prenne cent pis!oies; j’amènerai demain un de mes aniis dîner ici, et cela sera fini.
On rapporta ce discours à IM, Colb-rt ^ qui ad' mira cette gasconnade, fit carapter les cinq cciiLs ociis ix ce pauvre oflScier, qui u'avait peut-être pour lors que cela pour tout liien, cl lui reuclit mille bons oflices dans la suite. On eu fil 1 liisloire à Louis XIV, qui en rit beaucoup*
Honneur rendu au mérite.
M, DE Turexne a eu le bon b eu r de vivre sous un roi juste appréciateur du mérite, qui le condilait de louanges, et l'aurait comhié de bienfaits s’il l’avait voulu soulTrir, Toutes les fois qu’il se rendait à la cour, il trouvait sur toute sa route iiu concours de gens de toutes sortes d âges et de conditions qui venaient nudevant de lui : on en a vu venir de dix lieues })Onr le voir. Dans les assemldècs, ceux qui avaient IIiom'
la MORALh EK ACTION.
montraient des jeux, du geste et de la voix, à ceux qui ne le connaissaient pas. Sa seule présence, sans train et sans suite, faisait sur âmes cette impression presque divine, qni attire tant de respect et qui est le fruit le plus doux et le P us innocent de la vertu héroïque. La plupart des princes etrangers faisaient venir son portraiJ. Est-il nen de plus flatteur et de plus capable d’exciter le zèle et la vertu des jeunes guerriers ?
Exemple admirable de fermeté,
La sincérité chrétienne ne dcii s'exprimer, suivant le conseil de Jésus-Christ, que par ces mots ouï ou
n au serment, et ne prend
pas Dieu à témoin de ce qu’elle assure. Saint Gilbert de Sempnnghant, abbé et fondateur d’un grand nombre de maisons religieuses, nous en a dcnné un exemple: car ayant été soupçonné par le roi d’Angleterre d’avoir assisté saint 1 homas de Cantorbéry, et de lui avoir envoyé de 1 argent pendant sa disgràce,quoiqu’il ne l’eût pas lait, il ne voulut jamais en donner d’antre témoignage que sa parole. Ce prince en voulait l’assurance par serment; mais le saint abbé s’y refusa constamment. En jurant qu’il n’avait point assisté l’archevêque de Cantorbéry’ il n’aurait juré que la vérité; mais cet homme de Dieu crut qu’il était indigne de se défendre une bonne action, de même qu’on aurait pu se disculper d’un crime. Si j’assurais par serment, disait-il de ne l’avoir point assisté, je semblerais croire qu’il y aurait du mal à l’avoir fait. ^
Cette graiide candeur est bien conforme à la sainteté de 1 Evangile. Nous I admirons sans peine en la voyant de loin ; mais si noas avions été dans le temps
JO
3lS LA MORALE EK ACTION,
de ce saint abbé, et du nombre de ses religieux, 1 intérêt de conserver nos maisons,que le roi menaçait de renverser,ne nous auruit-i! pas portés à blâmer Gilbert sur son. refus? Que de raisons nous aurions, alléguées pour lui laire voir qu’il s'exposait à la pcrséculion sans sujet! Nous l auiaons rendu responsable de tout le bien qui aurait pu se faire dans ces maisons religieuses, et qui ne se serait plus fait par sa lautc; il aurait été bien subtil, s’il avait pu répondre a nos argmuents. Combien de tels exemples sont propres à élever lliomme à oette candeur religieuse qui ne permet aucun soupçon.
Ou ne doit pas regarder comme un excès de s exposer à perdre tout, pluLOl (jue de faire la uioindre bassesse contre le devoir; les païens eux-mêmes ont donné sur ce point des exemples adiulrabics. bapinim, un des plus grands jurisconsultes, et le premier juge de l’empire, aima mieux perdre fa vie, que de dire^iuie seule parole pour excuser une raéchaute action de 1 empereur Caracalla, qui avait fait mourir son fféi'C) ca qu'il prétendait être pour le bien de l’empire. Qu’i est glorieux de s’exposer à fout jierdre, plutôt que de se prêter à la moindre injustice!
Quand on est simple dans sa foi et dans 1 amour que l’on porte à Dieu, il n’y a rien à craindre, lors même qu’on serait trompé, eu croyant que Dieu dt> manderait de nous quci([ue chose de plus que ce qu il nous demande. Saint Ibornas de Cautorbery ne pas d’être un martyr, quoique plusieurs pcuscnt qnu ne s’appuyait pas sur un trop bon fondciuent dans le grand démêlé qu’il eut avec le roi d’Angle terre, et qu’il pouvait eu sêrclé de conscience céder beaucoup de choses qu’il ne céda pas. Ce n’est pas tant dans le rîfisonncment que Dieu demande que nous soyons
la WORALJi EN ACTION. 2 fûi
c’esl d»..s la foi el daos sou amour; il ^ itgardo rjue le zèle et cjuc le cœur, qui lui plaît lou-
jours quafjfl il est humWe. ^
Uoe fidélité iuvlolajde à l’égard de nos lois no d^our de la justice à l’épreuve de tout, une intrépîd te héroKjue dans les plus grands dangers, ont earaca c dans tous les temps nos magistrats. Acliüle de l.Miai, premier president, menacé par des séditieux d n I rochain et capul supplice : « k n’ai, clit-il, ni vie cfue je ptefere k l’amour que je dois à Dieu,
mu ptiUîc. M ^
Dans la joui-née des barricades, il ne répondit aux ^fiu-es et aux menaces des principaux auteurs de la L-igiie, que ces paroles si dignes de louanges : « Mon .une est a Dieu, mon cceur ^au roi, et mon corps entre es inams de la violence pour o.n faire ce qu’elle voudra. » Quand Bussi le Clerc eut l’audace d'entrer dans D grand cliambre pour faAe la liste de ceux qn ij disait avoir ordre dm-réter, et qu’il eut nommé le premier president et dix ou douze autres, tout Je reste de la
BaJIiiîc^''" généreusement à la
Le premier président Molé, dans une émeute popu aire, sans rien craindre pour sa vie, alla se montrer à la populace mutinée, et l’arrêta par sa seule Ijjescnce.
Ce n’est pas tenir é la vertu par ch véritables liens que de ne pas la servir aux dépens de ses propres intérêts. Le roi Henri 11, ayant ofiért une place d’avocat-général au célèbre Henri de Mesme, ce magistrat prit la liberté de représenter à sa majesté; que cette place 11 était pas vacante. « Elle l’est, répliqua le roi
a20 LA MORALE EN ACTION-
parce que je suis mécontent de celui qui la renipliti — Pardonnez-moi, sire, répondit Henri de Mesmo, après avoir fait modestement Tapologie de 1 accusé, j’aimerais mieux gratter la terre avec mes ongles, que d entrer dans cette charge par une telle porte. » Le roi eut égard à sa remontrance. A peine Henri de Mesme put souffrir qu’on songeât à lui faire des remercîments pour une action pareille. Est-il possible de résister à limpression qu’elle fait sur le cœur?
Comme on exigeait de Erançois E**, que les ennemis avaient fait prisounicir à la bataille de Pavie, certaines conditions honteuses pour le mettre en liberté, il chargea Tagent de l empcreur de mander à son maître la résolution où il était de passer plutôt toute sa vie en prison, que de rien dcirembrer de ses états.
Qu’il est beau de faire taire l’ambition, quand elle veut franchir les bornes de l’honnêteté et de l’équite.
Un président à mortier songeait à se démettre de sa charge, dans 1 espérance de la faire tomber à son h s. Louis XIV, qui avait promis à M. Le Pelletier, alors contrôleur-général, de lui donner la première qui vaquerait, lui offrit celle-ci. M. Le Pelletier, après avoir fait ses très-humbles remercîments, ajouta que le president qui se démettait avait un fils, et que sa majesté avait toujours été contente de la famille. « On na pas coutume de me parler ainsi, reprit le roi, surpris d’une telle conduite et d’une telle générosité; ce sera donc pour la première occasion. » Un si noble désintéressement fut récompensé deux ans après. C est véritablement connaître le prix de la Justice, que de lui sacrifier sa propre utilité, quand fuii et 1 autre ne peuvent pas sympathiser ensemble.
La mokale ex ACTIOX,
La vraie gloire inséparahle fie ta justice.
Toute guerre entreprise uni'jiiement par ambition, est injuste, et rend le prince qui l’eutreprenJ responsable de tout le sang qui y est rdparidii. Comme 011 reproebait au roi Henri IV^ le peu de pouvoir qu’il avait à la Rocliellc ; « Je fais, repartit-il, dans cette ville tout ce que je veux, en n’j faisant que ce que j’y dois. »
Jean roi de France, sollicité de violer un traité ; « Si la bonne foi et la vérité, dii-il, étaient Jiannies de tout le reste de la terre, elles devraient se retrouver dans le cœur et dans la bouche des rois, w La véritable grandeur et la solide gloire d’un roi ne consistent pas dans l’étendue de son pouvoir, mais dans le bon ou mauvai.s usage qu’il en fiit.
Le clicvalier Bayard avait été blessé mortellement en combattant pour son roi, et étad couebé an pied d’un arbre. Le connétable duc de Bonrhon, rebelle ü sa patrie, et qui poursuivait rannée des Français, , venant à passer près de lui, le recoiiiuit, et lui dit qu’il avait grande pitié de le voir en cet état. Bayard lui répondit : « Monsieur, il n'y a point de pitié à avoir pour moi, car je meurs liotnme de bien; mais j’ai pitié de vous, qui servez con tre votre prince, votre patrie et votre serment. » Feu après Bayard expira. La gloire est-elle ici du côté du vainqueur, et le sort du vaincu mourant ne lui est-il pas infiniment préfélable ?
On a toujours admiré dans le cardinal d’Amboise, arclievêque de Rouen et ministre d'état sous Louis XII, une grandeur d’;line,une iudi.b ronce pour ses intérêts, et un dévouement parfait à la justice, qualités d'autant
222 LA MORALE EN A G T 1 0 iN
plus estimables qu elles sont plus rares dans le? per sonnes élevées eu dignités, et qui ont le pouvoir en main.
Un gentilhomme de Normandie avait une tenrc voi sine de la belle maison de Gaillon, qui dès-lors appartenait à rarclieveque de Rouen, et que Te cardinal convoitait fort, parce qifellc était à sa bienséance. Comme il se présentait un établissement pour sa ûllc, le gentilhomme n’ayant point d’argent, olfrit au cardinal sa terre à vil prix. 1) Amboisc, l)icn loin de sacrifier les devoirs de la justice à l’cxtrême envie qu’il avait de cette terre, la lui laissa, et lui donna gratuitement l'argent dont il avait besoin.
La vengeance indigne d'un homme ^ et surtout d'un
Prince,
Ce n’est pas seulement dans les princes que le pardon des injures a de la noblesse et de la grandeur, mais dans les personnes dun rang médiocre, de qui .rien ne peut exciter l’admiration que la vertu meme.
Uempereur Constantin, pressé de tirer vengeance de quelques personnes qui avaient défiguré sa statue à coups de pierres , ne fit que passer sa main sur son visage, en disant qu’il ne se sentait point blessé.
Louis Xll, roi de France, répondit à un courtisan qui Texhortait à punir quelqu’un dont il était mécontent avant que de monter sur le trône : Ce n’est point au roi de France à venger les insultes du duc d’Orléans. »
Un soldat maltraité par un officier - général, pour quelques paroles peu respectueuses qui lui étaient échappées, répondit avec un grand sang-froid, gu il saurait bien Ven faire repentir. Quinze jours après,
LA MORALE EN îîlCTlON* 233
ce mêine officier - general chargea le colonel de Irancliée 5 de lui trouver dans son régiment un homme ferme et Infrépîde pour urPeoup de main^ avec promesse de cent pis tôles de récompense» Le soldat en question ., qui passait pour le plus brave du régiment ^ se présenta avec trente de ses camarades. La commission était des plus hasardeuses j U s en acquitta avec un courage et mi bonheur incroyables»
II sVgissait de s’assurer, avant que de faire le logement^ si les ennemis faisaient des mines sous le glacis» Le soldai s’étant jeté à fenlrée de la nuit dans un chemin couvert, rapporta le chapeau et routil dun mineur qifil avait tué. A son retour, TofEcier-général, après Tavolr beaucoup loué,' lui fit compter les cent plstoles. i^e soldat^ sur-le-champ, les distrihua à ses camarades, disant qnil ne servait point pour de Fargent : au reste, ajoula-t-il en sadressant à lofliciergénérât qui ne le reconnaissait point, je suis le soldat que vous mal traitâtes si fort il y a quinze joins; et je vous avais bien dit que je vous en ferais repentu\ L'officier-général , plein d’admiration et attenebi jusqu au:ï larmes, lembrassa, lui fit des excuses, et le nomma olllcier le mémo jour.
On ne lit point sans être touché et édifié, un trait de bonté du roi Robert, Quelques complices d’une grande conjuration formée contre ce monarque et ses états, ayant été arrêtes, ils avouèrent leur crime, et donnèrent tontes les marques dlm sincère repentir, Cependant la cour des seigneurs les condamna k la mort , sans vouloir révoquer leur senteace. Robert seul fut touché de compassion, et força son conseil à souscrire an pardon par ce pieux stratagème : il envoya son confesseur k ces coupables maOicureux, et
les fit admettre le lendemain à la communion , pui.^ adressant la parole à ses conseillers, il leur dit ; «Vous conviendrait-il denvoyor au ^nbet ceux que Jésus- Christ vient de recevoir à sa table? w
Voies de douceur et d'humanité ^ la gloire des conguérants.
Les voies de douceur et d humanité font la plus solide gloire des conquérants, le succès le plus sûr de leurs armes, et la manière la plus belle de vaincre leurs ennemis. Jamais général ne s’est comporté avec plus de modération dan^ ses victoires , et n’a fait la guerre avec plus de ménagement que le célèbre Turennej il épargnalc toujours le pays ennemi tant qu’il pouvait, conservant les fruits de la terre pour les gens de la campagne, dont il plaignait la triste destinée. Aussi les ennemis avaient-ils conçu pour lui une vénération pleine de tendresse *, ils le pleurèrent à sa mort autant que les Français mêmes, et les Allemands n’ont jamais voulu labourer l’endroit où il avait été tué, comme si llmpression de son corps avait rendu cet endroit sacré ? il est encore en friche, et les paysans le montrent à tout le monde, aussi bien qu’un arbre fort vieux qui est là auprès, et qu’ils n’ont point foulu couper.
Obseri^ation des traites ^ vrais intérêts de VEtat.
C’est un moyen bien méprisable que celui de mettre en usage le mensonge, la perfidie, le parjure, pour faire réussir quelque entreprise. L’observation exacte des traites gagne la coiiPiance des sujets, des ennemis mômes, et fait le bien des Etats.
La plupart des princes d’Allemagne traitèrent avec le vicomte de ïurenrie , personnellement pour leui’s intérêts, sans demander aucune garantie. Les republiques, mêmelesplussoupçonneuscs, se croyaient en assurance dès qu’il leur avait donné sa parole. Un jour qu’il était dans la Souabe, ayant fait approcher son année près du lac de Constance, pour mettre à contribution quelques terres de la maison d’Autriche, les Suisses qui pouvaient craindre que, sous prétexte de porter la guerre dans le pays de l’empereur, on entrât dans le leur à 1 improviste, lui envoyèrent des députés pour lui dire qu’ils avaie^nt tant de confiance dans sa bonne foi, qu'ils ne feraient aucune levée de troup^es, s’il voulait les assurer qu’il ne viendrait point chez eux; quils prendraient les plus grandes précautions avec un autre, mais qu’avec lui ils se contentaient de sa parole.
Usage des richesses,
LiKn ne marque davantage de la petitesse et de la bassesse desprit, que d’aimer les richesses; rien, au contraire, nest plus-grand ni plus généreux, que de les mépriser. La vertu consiste à faire un bon usage du bien qu on possède; l’emploi le plus conforme à sa destination, et le plus propre à attirer aux riches l’estime et l'amour des hommes, c'est de le faire servir à 1 utilité publique.
M. de Turenne ayant pris le commandement des troupes en Allemagne, les trouva en si mauvais état, qu'il vendit sa vaisselle d’argent pour habiller les soldats , et po,ur remonter la cavalerie. Quoiqu’il n’eût que quarante mille livres de rente de sa maison, il ne voulut jamais accepter les sommes considérables que
326 L A >!0 R A r. E EN ACTION.
ses amis lui offraient. Ou trouva chez ktij à sa mortj quinze cents francs seulement d'argent comptant.
Se croire né pour faire du tien, niarcjue d’un caractère excellent.
Cette noble vertu fut celle du grand Turennej jamais il ne renvoya aucun de ceux qui lui venaient demander, sans lui donner : quand il n'avait plus d’argent sur lui, il empruntait au premier officier qu’il rencontrait sous sa main, et lui disait de l’aller redemander à son intendant. Un jour cet intendant vint lui dire qu’il soupçonnait certaines gens de venir redemander ce qu’ils n’avaient point prôté, et qu’ainsi i! serait bon qu’il donnât A chacun une marque de ce qu’il empruntait. « Non, non, lui dit il, rendez tout ce qu’on vous.dira; car il n’est pas possible qu’un homme vous aille redemander une somme d'argent qu’il ne me l’ait prêtée, ou qu’il soit dans un extrême besoin; s’il mêla prêtée, il faut bien la lui rendre; s’il est dans un si grand besoin, il est juste de l’assister. »
M. deTurenne était Ingénieux àtronver les moyens d’épargner à ceux à qui il donnait, la honte de recevoir. Etant encore fort jeune, il apprit qu’un gentilhomme était devenu pauvre pour avoir dépensé tout son bien à l’armée; il s’avisa de trocpier des chevaux avec lui, et de lui en donner d’excellents pour de trèsmédiocres, faisant semblant de ne s’y pas connaître.
Un jour, ayant louché beaucoup d'argent d’une charge dont la cour lui avait permis de disposer, il assembla cinq ou six colonels, dont les régiments étaient délabrés ; leur laissant croire que cet argent venait du roi, il le leur distribua à proportion de leurs
1 A üRazE E rf A C r 1 O N,
IjesoÎDS. Qael modèle pour les personnes nobles ou élevées en charge !
Quand Bresse fut prise d assaut sur les Vénitiens, le chevalier Bayard sauva du pillage une maison où il s'était retiré, pour se faire panser d’une blessure mortelle qu'il avait reçue au siège, et mit en sûreté la dame du logis et ses deux jeunes filles qui y étaient cachées. A sou départ, cette dame, pour lui marquer sa reconnaisance, lui oifril une boîte où il y avait deux mille cinq cents ducats, qifil refusa constarament. Voyant que son refus fadligeait d’une manière sensibic, et ne voulant pas laisser son hôtesse mécontente de lui, il consentit à recevoir son présent; mais ayant fait venir les deux jeunes filles pour leur dire adieu, il donna à chacune d'elles mille ducnis pour aider à les marier, (l laissa les cinq cents qui restaient pour les coimmunautés qui auraient été pillées. Quelle grandeur d’âme d une part! quelle éclatante et vive reconnaissance de Tautre !
Un pauvre homme qui était portier à Milan chez un raailre de p nisîon, trouva un .sac où il y avait deux cents écus. Celai qui favoit jærdu, averti par une affiche publique, vint à la pension, et ayant donné de bonnes preuves que le sac lui appartenait, le sac lui fut rendu. Plein de joie et de reconnaissance, il ollVit J. sou bienlaitetir vhigL écus, que celui-ci refusa absolumcui * d se rédinsit donc à dix, puis à cinq; mais le Irouvanl toujours inexorable : Je i?ai rien perdu, dit'il d'un ton de colère, en jetant par terre son sac, je n’ai rien perdu, si vous ne voulez rien recevoir. Le portier reçut cinq écus, qu’il distribua aussitôt aux pauvres. Combien la noblesse des sentiments rclèvc-l-elle la bassesse des états et des conditions les plus communes!
Amour de la Patrie*
Colbert aimait tendrement sa patrie* Un joiirj è la maison de Sceaux, jetant un coup dœil sur ces C'ampagnes fleuries f|ui embellissent la France, on vit ses yeux se baigner de larmes. Interrogé sur leur motif par un de ses amis : a Je voudrais, répondit-il* pouvoir rendre ce pays heureux, et quMloigné de la cour, sans appui, sans crédit, riierbe crût dans mes cours.
Qu on aime a contempler las Jarmes d un grand homme! quon aime à le voir se rapprocher de nous par la sensibilité, tandis qui! s en éloigne par la hau* tour de son génie !
Le cardinal Mazarin savait fort bien cc tjue valait Colbert. Dans ce moment terriDle oti réternité, qui s’ouvre à nos yeux, étouffe nos passions, et nous presst? de donner un dernier Instnnl à ia justice et à la vérité, RIazarin adressa ces paroles â Louis XIV ; « Sire, je vous dois toutj mais je crois m’acquitter en vous donnant Coîberl. Témoignage honorable , et vérité touchante! Le plus beau don, le seul qu^on puisse faire à un grand monarque, c^est uii homme capable de connaître les devoirs du souverain, et digne d’en partager le fardeau,
Ueæemple J leçon efficace*
Le ûiaréchal de Catinat, pour en imposer à ses troupes, eut recours à la plus efficace de toutes leçons, l’exemple. On le vit, à la tête de ses officiers, aller demander à lévéque de Casai la petînission d’étr« dispensé des abstinences légales, dont 1 observation est si difficile pour des hommes qui n’ont pas le choix des
LA MORALE E.V ACTION
aliments. Cet acte de soumissTon, qui en éiiùl un de sagesse, ainsi que toute sa conduite en Italie, y furent généralement admirés, a Voilà un Français dune rara prudence,» dit le pontife de Rome, c'est-à-dire, un des meilleurs juges de celte vertu, la plus familière et la plus nécessaire à cette cour.
On ofiralt au maréctial de Catinat de mettre entre ses mains les preuves des inlrigues secrétesqu’on avait tramées contre lui^ il rejeta les offres et les déclaralions. Arrivé à Versailles, il eut avec le roi un de ces entretiens secrets dont les courtisans comptent avec irapalicnce et inquiétude les Instants J^’accueil que lui (Il Louis XIV, en seséparant de lui, n était pas propre à les rassurer. On sut bientôt qidil ne sYtait jilaint de personne, quoique le roi leilt pressé de sVxpiiqner : n Ceux qui ont clierclié à me nuire, avait- il dit, peuvent être utiles à votre majesté; j'étais pour eux un oJ> jet d'envie; quanVl je ny serai plus, ils serviront mieux, »
On a souvent cité une réponse que M. de Catinat, dans le temps de sa plus grande faveur, fit à Louis XIV* Ce monarque, après lavoir entretenu sur les opérations delà guerre, lui dit avec ccLtc gn'ce qidil savait mettre dans tous ses discours, et (|ui était un de ses dons particuliers : « C est assez parler de mes affaires ^ en quel état sont les vôtres?!— Sii'c, répondit Gafinat, grâces aux bontés de votre majesté, j ai tout ce qu'il me faut, — Voilà, dit le roi, le seul homme de tout mon royaume qui me tienne ce langage, » En effet, madame de Maintenon avouait qidil était le seul qui n’eût rien demandé, fc Je ne veux pas^ disait-il en se servant donc expression Iicurnuse et énergique, ressembler à çes serviteurs qui salissent leur attachement
SJo LA MORALE £K ACTION-
pour leur maître eu demandant gu^ori augmente leui^s gages.
Rien de jilus adnnraLlc dans la vie de Michel de ^ THôpitalj chancelier de France, que son attention extrême à faire rendre à chacun ce qui lui était dû ; il soutenait les affligés contre ceux qui les voulaient opprimer , les pauvres contre les riches, ti les faibles contre les forL^. Les mœurs, les mœurs ! vodà quel élait le cr tle riI6pilal à tous les ordres de citoyens; il les exigeait surtout des magistrats, « A quel üüe, leur disaitil, pouvez-vous prétendre a l'estime publique, si ce Qcstpar vos mœurs? V'oLre v'ie est casanière et tranquille, vos jours sont sans péril, vos honneurs ne sont jamais ensanglantés; mais v^os passions, voilà l’objet de vos combats : la privation du luxe et des plaisirs, le désintéressement, la pauvreté , voila vos sacrifices el vos trophées. Le guerrier rfa de rlstfue et de gloire que çà et là, et quelquefois dans sa vie; vos ennemis à vous sont tous les jours à votre porte, et vous lus ave^ dans vos cours. 33
Force guerrièrô*
L'aixtiquité païenne nous a donné des exemples de force guerrière, bien dignes de nos éloges et de notre admiration; mais serons-nous insensibles à ceux de nos concitoyens? On a vu un roi de France, aussi cclèhre par sa piété que par sa valeur ( saint Louis ), sou tenir tout seul, dans Tadlebourg, sur un pont, l’attaque d’une armée entière : une pleine victoire, hmit d’une acUon si héroïque, força le roi d’Angleterre à repasser ime seconde fois la mer en fugitif.
M* de Turenne, ce capitaine accompli, défendît durant trois heures entières la barricade du pouIdevis de
Gergeau, petite ville outre Orléans et Gieu,surle pont de laquelle les ennemis auraient pu passer la Loire, et surprendre la cour à Gieu, où Louis XW était avec le cardinal Mazariri.
On a vu à Seuef, dans la plus grande horreur dn combat, M. de Villars soutenir lui seul l’elFort d’un bataillon ennemi, blessé et obstiné à perdre tout son sang plutôt que son poste. Ces trois hommes ne sontils pas comparables à cet Horace, dont l’Italie et la Grèce avaient regardé le courage comme l’étonnement de l’univers?
Quel courage! quelle grandeur cl âme dans le jeune Brienne! Ayant le bras fracassé au combat d’Exiles, il monte encore à fescaladc, en disaiit ; « Il m’en reste un âiilrc pour mon roi et pour mû pHtrie. w iNe pouvcint plus saisir de ses mains blessées les palissades des retranchements ennemis, il meurt en les arrachant avec ses dents. Ne vaut-ll pas bien un Ginégirc?
Le jeuneBoulIlcrSjà iage de dix ans, eut une jambe cassée dans la journée de Dittingue : il la fait couper sans se plaindre, et meurt de même : exemple d’une fermeté rare parmi les guerriers, et presque unique à cet âge.
'Le marquis de Beauveau, dans le siège d’Ypres, est percé d’un coup mortel j accablé de douleurs incroyîibles, et entouré de nos soldais c|ui se disputaient 1 honneur de le porter, il leur disait d’une voix expirante :
« Mes amis, allez où vous êtes nécessaires, allez combattre, et laissez-moi mourir. » Ces guerriers n’égaleutiils pas Epaminondas tirant le fer de sa plaie mortelle?
Valeur domestique.
Il y a une valeur domestique privée, et qui u'cist
2J2 LA MORALE EN ACTION
pas de moindre prix que la valeur niililaire. Lorsque le duc d'Orléans et le duc de Bourgogne se disputaient la régence sous Charles VI, que quelques accès de démence avaient mis hors d’état de gouverner, Philippe de Villier-l lsle-A'dam, gouverneur de Pontoise, se déclara partisan du dernier. Il entra secrètement, à la faveur de la nuit, dans la ville de Paris, avec huit cents chevaux, et y commit beaucoup de désordres, lannégui du Chatel, qui en était prévôt, ciittndant le bruit, courut prendre le dauphin Charles VII dans son lit, l’enveloppa dans sa robe de chambre, le sauva à la Bastille, de là à Melun.
Mépris des richesses.
Il n’y a pas de vice plus infamant, surtout pour les personnes constituées en dignité, et chargées de procurer le bien des autres, que l’avarice. M. le duc de Montmorency, pour inspirer au jeune duc d’Enghicn, sou neveu, l’horreur d’une passion si détestable, lui donna cette sage leçon.
En allantdans son gouvernement, il passa par Bourges, rendit visite à ce jeune seigneur, qui y faisait scs études, et lui donna une bourse de cent pisloles pour ses menus plaisirs. A son retour, il le vit encore, et lui d-manda quel usage il avait fait de cet argent. Le duc d Enghien lui présenta sa bourse toute pleine. Que de parents auraient loué la rare abstinence de leurs enfants en pareil cas! Mais le duc de Montmorency pensait bien plus noblement ; il prit la bourse, jeta l’argent par la fenêtre, et dit à son neveu : « Apprenez, monsieur, qu’un aussi grand prince que vous ne doit point garder d’argent*, puisque vous ne vouliez pas l’employer à ioupr, U fallait en faire des aumônes et
des libéralités. L’avarice, qui est hideuse dans les par* ticuliers, est encore plus horrible dans un prince.
Jamais prince ne fut moins attaché à l’argent que ce inêiiie duc. Jouant un jour, il se trouva sur le jeu environ trois mille pistolcs. Un genlilhoiume qui éîait présent,.dit tout bas à un de ses amis, que cette somme ferait sa fortune. Le duc feignit de ne point entendre; mais l'ayant gagnée un moment après, il se tourna vers lui ; « Je voudrais , dit-il, que Amtre fortune Ait plus grande, » et il le pria de recevoir celte somme.
Le mépris de l’argent se trouve quelquefois dans des âmes ordinaLrcment intéressées, toujours avides du pillage, dans les soldats même. M, le dne de Montmorency , étant à Montpellier, pour éviter d'être .suivi d’une troupe de soMats qui se disnosaient à l’accompagner avec leurs acclamations ordinaires, s’avisa de leur jeter des poignées d'argent; mais ces soldats, sans s’aiTÔter à le iamasser, comme il se l’était promis, ne l’ahandonuèrent point, et l’escortèrent jusqu’à ce qu’il fût rentré chez lui.
Ce serait bien à tort que l’on dirait que les exemples de désintéressement et de pauvreté que l’anliquilé nous fournit, sont trop surannés pour le siècle où nous ’d vons, et que nos mœurs ne comportent plus uneverlu si mâle et si robuste. On peut en citer plusieurs, tirés de rhistoire moderne.
Le fameux Tureune no sut-il pas se garantir de la passion de l’argent dans un siècle où ce vice Ait le plus dominant? Etant dans le comté de la Mark, en Allemagne , un oflicier général lui vint proposer de lui faire gagner cent mille écus en quinze joiurs, par le moyeu des contributions, et cela d’une manière que la cour n’en aurait aucune connaissance. U lui répondit, qu’il
tM MOHALfL ACTIOX*
lui étaiL bien obligé, mais qu après avoir trouvé beaucoup de ces sortes d’occàsious, sans en avoir jaïuais prolllé, il II était pas d'avis de cliaugcrde conJuile à son âge.
Lorsquil commandait en Allemagne, üue ville neutre qui crut que 1 armée du roi allait de son côté, ût ûOrir à ce général cent mille érus, pour 1 engager à prendre une autre route, et pour le dédommager d uû jour ou deux de marche qu'il en pourrait coûter de plus à rarmée. u Je ne puis en consciernx accepter cette somme, répondit ]\L dt; Tiueriîie , parce que je uai pas eu intention de passer par cette ville, w
M. de Turenne , content de son patrimoine, qu'il employait au service de son prince et de sa patrie, ne chercha jamais à 1 agrandir, surtout aux dépens d autrui. Le fiardinal Mazarin, maître des grâces, voulant reccmiiaitre les services qu il avait rendus à la cou roiine, et en iaire le principal appui de son ministère, lui offrit le dudié de CrirUeau-1 Inerry : n est peu de cadets, de quelque maisou que ce soit, qui n eussent accepté 1 offre avec joic^ Néanmoins, comme ce duché était du nombre des ten^es que le conseil avait propose de joindre ensemble pour faire l'équivalent que l'oo devait dormer au duc de Bouillon son frère, eu échange de Sc ian, ü remercia le cardinal j quoique cclul-ci 1 assurât quoü remplacerait ce duché par r^ueîque anti^e terre, U refusa toujours avec la même générosité.
Le marcclial de Boussicaut ne laissa qu’un Cls, âgé de trois ou quatre ans, qui fut dfpuis maréchal de France et gouverneur de Gênes, Il ne s^était pas soucié d?i lui amasser de grands biens. Ses amis le blâmaient nu jour de n avoir pas profite de la faveur du i^i Jean, son uiaitrei Je n ai rien v^tnduj leur répoiidil-il, de
LA MOKA LE E ACTION. 235
['[héritage de mes pères j je n^y ai rien non pîjs aug rnimté ; si mon ûls est liomme de bien ^ il en aura assez j miis s^il oe vaut rien , il en aura trop, el fera grand dommage* « Belle leçon pour les jeunes officiers !
Le connétable Duguescliii, à qui ses belles actions oui mérité les faveurs des trois rois j Jean Charles V eL Charles VI, avaîl uji souverain mépris pour l argent; il ne le recevait de la libéralité du roi tjue pour le distribuer à ses soldats. Quoiqu'il se fut trouvé dans des occasions prochaines d’accumuler de grands biens , il en laissa ni oins à sa famille qu’il n'cii avait reçu d'elle.
Le mafecîial de Fabcrt était si peu attaché aux richesses, qull sacrifiait généreuseiiient tout son bien au service du roi ; dans beaucoup d'occasions, il faisait travaüler les soldats, et éleyèr des fortifications à les dépens* Lorsque son épouse ou ses plus Intimef amis lui roprésciMaienl que, par ses dépenses, il ôtait à sa famille un bien qu il était obligé de lui conserver, d répondit : et Si, pour empêcher qu’une place que le roi m’anrait confiée ne *ombJt au pouvoir des ennemis, il fallait mettre à nue brèche que je verrais faire, ma personne, ma famille et tout mou bien, je ne balancerais pas à le faire. ^5
LMlustre Jean de la Vacquerie, premier président du parlement de Paris, mourut dans une si grande pauvreté, que le roi Louis XI prit soin de sa famille, et Pétabllt à ses dépens*
Les siècles futurs accuserowt-lls ces grands hommes qui ont moiilré tant de mépris pour les richesses, d avoir avili ou la noblesse de leur Haissanee, ou la dignité de leur rang? Ne sont-ce pas, au contraire, ces qualités mêmes qui les ont rehaussés davantage, et
rjul leur ont attiré plus universellement lestime, l’amour et Tadmiration de la postérité?
Le sage content de peu.
Nous avons eu de nos jours un prince (monseigneur le duc de Bourgogne ), dont la France regrettera éternellement la perte par beaucoup d autres endroits, et en particulier à cause de réloignement extrême qu’il avait pour tout.faste et pour toute dépense inutile. On lui proposait d'embellir un appartement par des cheminées plus ornées et plus à la mode : comme il n’y avait point de nécessité, il aima mieux conserver les anciennes. Un bureau de i5oo li^^es, qu’on lui conseillait d’acheter, lui parut d’un trop grand prix; il en fit chercher un vieux dans le garde-meuble, et il s’en contenta : il en était ainsi de tout, et le motif de ces épargnes était de faire de plus grandes libéralités.
Il n’avait encore que douze ans, lorsque apprenant la conversion du célèbre La Fontaine, et le renoncement au profil qui devait lui revenir d’une édition de ses contes en Hollande, il lui envoya une bourse de cinquante louis : le gentilhomme qui en fut le porteur, assura de sa part que c’était tout l’argent qu’il avait pour le présent, mais qu’il ne s’en tiendrait point là. Quelle bénédiction pour un royaume, et quel présent du ciel, qu’un prince de ce caractère !
Arnaud dOssa, si célèbre par son adresse merveilleuse dans les négociations, quoiqu’il ne fût pas meuble a beaucoup près en cardinal, ne voulut pourtant pas accepter l’argent, le carrosse et les chevaux, ni le lit de damas rouge que le cardinal de Joyeuse lui envoya présenter trois semaines après sa promotion :
la morale ex action. 23 ^
K Car, diMl, encore que je n’aie point tout ce qu’il me faudrait pour soutenir cette dignité, si est-ce que je ne veux pas pour cela renoncer à l’iibstincnce et modestie que j’ai toujours gardées. » Une telle disposition est bien plus rare et bien plus estimable
quun maguifique éqirpage et qu’un riche ameubJement.
Ce n’est jmini parmi les grands et les riches que se tiouve h félicité J niais plutôt parmi les pauvres et les gens d une forluiie médiocre.
Lexemple suivant, aussi curieux quinctructif en est une preuve. ’
Le maréchal de Montmorency, voyageant dans le Languedoc, suivi de quelques gentilshommes, s’entretenait avec eux de ce qui peut faire le hciiiieur de la vie. Il aperçut dans le même instant quatre laboureurs assis au loin sur l’herbe, qui dînaient à Tom bre d un buisson. La curiosité le prit de les approciier. Leur ayant fait plusieurs questions, il les pria de lui avouer sincèrement s’ils s’estimaient heureux. II y en eut trois qui répondirent qu’ils l’étaient, parce qu’ils
avaient une femme et des enfants tels qu’ils soubailaicnt.
Le duc demanda à l’autre s’il était aussi content . que ses corapaguons. Le bon homme répondit que ce qui len cnipêcliaii, était de se trouver hors d’état d acquérir un héritage que ses parents avaient autrefois possédé : « Si lu l’avais, reprit le duc, te croirais-tu parfaitement heureux? » Autant, réporidit-il, que je puis K‘ire. Alors M. de Montmorency se tournant vers un de ses pntilsliommes : « Je vous prie que je puisse dire avoir rendu on homme heureux une fois en ma vie. » II lui fit donner deux cents pisloles,