‹ La morale en action, ou Elite de faits memorables et d’anecdotes instructives, propres a faire aimer la sagesse, a former le cœur des jeunes gens par l’exemple de toutes les vertus, et a orner leur esprit des souvenirs de l’histoire. Ouvrage utile aux eleves des ecoles secondaires, des lycees et maisons d’education de l’un et l’autre sexeChapitre 16 sur 37 · LA MORALE E:t ACT10?f · texte numérisé non relu

LA MORALE E:t ACT10?f

qui étaient la somme nécessaire pour acheter 1 héritage

que le laboureur souhaitait.

Le chevalier Bayard fut l’homme du monde qui sut mieux se contenter de peu, et qui montra toujours une souveraine indiflérence pour les richesses. Ayant enlevé aux Espagnols une somme de i5,ooo ducats, il prenait plaisir A les remuer sur sa table, et il dit à scs soldats en riant : « Camarades, ne snnl-ce pas lA de belles dragées, et ne vous donnent-elles pas qnelqne envie d’en goûter? » Le capitaine Tardieu s'écria seul du milieu de la troupe : « Que nous sert-il d en vouloir tâter? c’est un mets qui n’est pas pour nous, a Puis baissant un peu la voix : « Si j’avais, ajonta-tal, la moitié de cet argent, je Jetais heureux et homme da bien toute ma vie. » Bay .rd le prit au mot, et en lut comptant la moitié de la somme, lui fit promettre de tenir sa parole. Le reste fut distribué aux ofliciers et aiLx soldats.

Souffrir at^ec peine la louange y ei parler de soi modestie.

Pekso^ïne îi’a jamais remarqoé qii 11 soit échappé i

dcTureniie la inoindre parole oti pût soupçon* ner de vanité. Remportail-il quelque avantage? à l’entendre, ce n’était pas qu'il fût habite, mais l’ennemi s'étatl trompé. Rendait-i! compte d une bataille ? il n’oobllait rien, sinon que c’était lui qui l’avait gagnée. Racontait-il quelques-unes de ers actions qui 1 avaient rendu si célèbre? on eût dit qu’il u’en avait été que le spectateur, et l’on doutait si c’était lui qui se troinpîdt, ou la renommée. Revenait-il de ces glorieuses campagnes qui rendront sou nom immortel? il fuyait \cs acclamations populaires; il rougissait de scs vie-

toires; il venait recevoir des éloges, comme on vient faire des apologies; il n’osait presque aborder le roi, parce qu’d était obligé, par respect, de souffrir patiemment les louanges dont sa majesté ne manquait jamais de Thonorer.

Le cardinal Mazarin avait fait faire une relation de la journée deBleneaUj laquelle^ selon fcxpression de la cour, remit la couronne sur la tête du jeune LouisXIV: elle commençait par le conseil que M. dcTurenne avait donné au maréchal d Hocquincouri, et dont le mépris avait causé son entière défaite. Le vicomte pria le cardinal dôter cet article avant quon l’imprimât; il lui représenta que ce maréchal avait déjà assez de chagrin d avoir ete battu, sans l'augmenter encore par une cir- •constance si mortifiante; mais cétait au fond pour épargner sa modestie, et pour qubn s’occupât moins de la gloire qui lui revenait de cette fameuse journée. Le cardinal eut égard à sa prière, et 1 aiticle fut sup primé.

Rien de plus ordinaire au plus petit officier, que de se vanter d avoir fait ce qu il raconte de plus grand, ou du moins d’y avoir une bonne part avec le général. H y a bien plus de grandeur a ne pas faire de réflexions, même sur ses plus grandes actions, en sorte qu’il semble qu elles nous échappent, et qu’elles naissent si naturellement de la disposition de notre flme, qu’elle ne s'en aperçoit point.

Duguesclin, qui porta avec honneur l’épée de connétable sous le règne de Charles V, et à qui ce prince donna le commandement de ses armées, disait ordinairement que la gloire, cette noble passion qui touche le plus sensiblement le cœur des héros, se devait partaçjer entre les hommes aussi bif^n aue les richesses : fl

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en faisait toujours retomber une partie sur ceux rpfi rayaient accompagné dans une action.

La solide grandeur consiste à renoncer à la grandeur

même.

Tout ce ejui est extérieur à 1 homme, tout ce qui peut être coiumuii aux bons et aux méchants , ne le rend point véritablement estiuiabie; g est par le cœur quHl faut juger de 1 homme j de là parteul les grands desseins, les grandes actions, les grandes vertus. On est esclave de la grandeur dès qu’on la désire, et on est au-dessus d elle quand ou la méprise.

Le roi voulut lionorer le maréclial de Faberl du cordon bleu, sur la ûn de Tannée iGüi ; mais il le refusa. Louis XIV, loin d en être obensé, aduiira la modestie du marécbal; dans une lettre écrite de sa propre main, il le louait en ces termes : a J ai un regret sensible de voir qu un liomme qui, par sa valeur et par sa fidélité, est parvenu si dignement aux premières charges de ma couronne, se prive lui-même de cette nouvelle marque d'iioiineitr, par un obstacle qui me He les mains; ainsi, ne pouvant rien faire davantage pour rendre justice à votre vertu, je vous assurerai du moins par ces lignes, que ceux à qui je vais distribuer le collier, ne peuvent jamais en recevoir plus de lustre dans le monde, que le refus que vous en faites, par un principe si généreux , vous en donne auprès de moi*»

Charles IX ayant demandé au maréchal de Tavannes, à qui Ton pourrait donner le gouvernement de la Provence qui venait de vaquer, le maréchal lui répondit : Sire, domiez-le à uu homme de bien, qui ne dépende que de vous. La conversation n’alla pas

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plus loin. Quekpes jours après, le roi le manda, et lui dit qu il avait profité de l’av-Ls qu’il lui avait donné, et qu’il avait pourvu du gouvernement de Provence, un liomme tel qu’il avait conseillé de choisir. Sa majesté ajouta aussitôt, que c’était à lui-inéme qu’il faisait ce présent. Le rcmcrcîment de Ta vannes fut singulier : « Je fais, dit-il, autant pour vous de l’accepter, que TOUS faites pour mol de me le donner. » Il reçut avec assez d’indifférence et de froideur les complimenta qu on vint lui faire à cette occasion.

Rien de plus brillant aux yeux des mortels que Ici grandes dignités; rien de plus pénible ni de plus acca blant, quand on veut en remplir l«s devoirs.

Après la mort de l’empereur Maximilien , les électeurs rc.solnrent de mettre la couronne impériale sur la tête d un homme de leur nation. Frédéric de Saxe , surnommé le Sage, qu’ils choisirent d’une commune voix,demanda deux jours pour se déterminer; au Iroisième, il remercia les électeurs avec beaucoup de modestie, en leur représentant qu’à fàge où il était, il ne se sentait pas assez de force pour soutenir un si grand poids,

Toutes les remontrances qu’on lui fit ne purent vaincre sa résistance. Les électeurs le prièrent de nommer la personne qu il jugerait en conscience la plus propre, 1 assurant qu’ils s en rapporteraient à son avis. Frédéric refusa long-temps de le faire : mais enfin, forcé par les vives instances des électeurs, il se déclara pour le roi catholique.

La double abdication que Charles-Quint fil defempirc et du royaume , est l’aetion de sa vie la plus digne d’admiration. Ce prince, counoissant à fond la vanité clos grandeurs et le faux éclat des couronoes, préféra la

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retraite de S ’ii.t-Jus;. en Espagne, an palais iin érial; il trouva dans c; t étal une salislaction plus solide' (prà ^'tre l’arbitre de ITairopc. La gloire qui environne les grandes dignités, fait que nous accordons volontiers notre estime à ceux :ui y renoncent.

La calomnie punie et l'innocence reconnue,

Denis, roi de Portugal, en épousant Rlisabclli, fiüe de Pierre, roi d’Arragon, avait plus cherché en elle sa beauté et les avantages de sa naissance, que sa vertu et sa piété; cependant il lui laissa la liberté de se satisfaire dans tout ce que sa dévotion lui prescrivait. Quoiqu'il ne se piquât pas lul-ineinc d une grande vertu, il ne put s’empêcher d'esllnier et d adniircr celle de son épouse.

Lilsabcth eut bien des disgrâces à essuyer de la part du roi. Il écouta un calomniateur qui accusa cette pieuse reine d’avoir m inv.-iis commerce avec un page dont-ellc se servait pour porter les aumônes aux pauvres honteux, et pour d autres œuvres de piété. C 'Hait un jeune homme vertueux, et qui était charmé d’étie employé à de pareirios commissions. L’accusateur était un page du roi, que la jalousie rendait ennemi de celui de la reine. Le roi crut aisément limposturc, parce qu’il jugeait du cœur de la reine sur le sien.

Etant un jour à la promenade, il passa devant un four à chaux. Il appela le maître qui entretenait le feu, et lui donna ordre seci^^lement de jeter dans le fourneau ardent un page qu il lui enverrait le lendemain , comme pour savoir des nouvelles de quelques cominissioiis qu’il lui aurait données. Le lendemain le roi ne manqua pas de charger le page de la reine cLaller trouver de sa part le chaufournier, pour lui demander s il

LA Jll ORALE EN ACTIO.X* !àf\i

rjvalt exocuLésacütniDJSsion, Lepage partilsur l'heure; mais en passaul devant une église^ il y entra pour en- Uudre la messe seJon sa coutumcjet comme celle qu on disait étail comineiieee, il crut devoir en entendre une a U Lr e n p r es q ue 1 a pr c m i ère li 11 a c li e vée *

Le page accusateur j qui savait où Pun avaîl envoyé le page de la reîjje, et pourquoi on Pavait envoyé^ fut impalicut d apprendre de ses nouvelles j et s en alla sur les lieux mêmes pour savoir si le roi éüiit obéi. Le chaufouj'jiier 1 ayau L aperçu ^ crut que citait celui dont il fallait se saisir. Ses ouvriers le piircut et le jetèrent dans le fourneau ^ où il fut consumé en peu de temps. Le page de la reine j après la messe j continua son ciremin, et alla savoir du chaufournier si les ordres qu'il ^vait reçus la veille étaien t exécutés. Di*es au roi, répondit celui ci, que j’ai fait ce qu*il ma commandé. Quand le roi eut appris une si étrange équivoque, il fut également touché et confusjetcet éyénement^ dans lequel il fut obligé de reconnaître la maio de Dieu, le couvaijupul de riunoceocc d ElisabedijCl ne contribua pus peu h diminuer ses débauches.

[îîJusîric adntirée ^ délicatesse de conscience res* j^eciée, O

CLoTAUtE U, voulant avoir une chaise ornée ddr et ie pierreries, ne trouva aucun de ses ouvriers qui pût êen fbniu r une idée semblaide à la sieiiue et 1 exécuter, Bobou, son trésorier, ne balança pas à dire au roi qu'il avait trouvé Phomme que Sa Majesté cherchait ; sur son témoignage, le prince fit donner à Lloy la quantité d or et de pierreries qu'on jugea nécessaire, Eloy aussitôt se mita Pouvrage, et bieutùt après, au lieu d une chaise qu’on attendait, il eu présenta deux

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