‹ La morale en action, ou Elite de faits memorables et d’anecdotes instructives, propres a faire aimer la sagesse, a former le cœur des jeunes gens par l’exemple de toutes les vertus, et a orner leur esprit des souvenirs de l’histoire. Ouvrage utile aux eleves des ecoles secondaires, des lycees et maisons d’education de l’un et l’autre sexeChapitre 19 sur 37 · L\ MOU \ LE F. > ACTION · texte numérisé non relu

L\ MOU \ LE F. > ACTION

père dans leur souverain, semblaient encore îni un rempart de leurs cadavres, après l'avoir dèfemln avec courage, tant fpfiJ leur était resté un peu éc force*

L n ambtissadeur dlispagnc, accoutunïé à I cli([iiQUe de la cour de Madrid, parut atilreftjis tout surpris, rn venant au Louvre, de voir Henri IV environné de cour Usa t is fpii le pressaient fort. 11 laudrait les voir un jour de balaiUc, lui dit ce bon prince, ils nie pressenî bien encore davantage,

Philippe-Auguste ne dut sa conservatioa â Bovines^ quau zèle prodigieuA de ceux qui renvîronnaieiit : le chevalier ([üi portait 1 étendard royal, ayant fait cou. naître quel êUiit le péril du roi, ce sig’ual ranima Par* deur des trDU|>osj ce tPétaient plus seulcincnt des sol^ dais, citaient des héros* D listaing voyant le roj dr^monté, saute de son cheval, le lui donne, et ne cesse de combattre a son côté, qu’il n ait mis son prince en sûreté.

Cest depuis ce teinpsdà que la maison d'Estaing porta les armes de France au chef d’or*

Le meme amour s’est renouvelé plusieurs fols. Après la prise de Damieltc, Louis IX ayant vu ses succès s évanouir, obligé de fuir à son tour devant les Sm-rasins, s’ëlait retiré dans une petite ville, que Joinville appelle Casel, Les ennemis y arrivèrent pr^esque aussitôt que le saint roi. Là, Gauche de ChàliJIaû défendit seul Fentrée d une me par où ils cliercîmierit à pénétrer jusqu’à la maison ou saint Louis était couché; Cliâtilloii s'élançait sur eux avec une bravoure incroyable; son bouclier, sa cuirasse, son corps mâmej étaient hérissés des flèches qu on faisait pleuvoir sur lui, car on n’osail l'ipproth^r; [] ^'écartait de temps

LA flî ORALE K N ACTION. a(îi>

en temps pour les en arracher, et rechargea U ensuile avec une nouvelle ardeur, en criant de toute sa ibree : « A Châüllon, chevaliers, A Cliatilloii! et ou sont mes prud'hommes? w 11 criait en vain, personne ne l'enteuflit; on ne put venir à son secours, il l'ut accablé par le nombre^ mais du moins il n\ eut que le moment de sa mort qui pût dcvejjir le signal de la prise de son roi.

Le nom de sninl Louis me rappelle un beau roorcoaii, qui ne sera pas déplacé icit; le voici iel que i^écrit M, Fabbé Vellv, le plus vrai peut-être, et ccrtaiiiemont le plus inléressaul de nos liislorîens; je ne fais que Fabréger,

Louis IX, ce monarque chéri, prince de paix ef de iustice, arrête à Fontoise par une dyssenlerie cruellej jointe à une fièvre ardente, se voyait au moment tfallef SC réunir à ses pères* La maladie comuH>nça arec faut de violence, qnM sc crut en péril dès les premiers jours ; il se nul d^ahord en état de compara!h o de\'ant I?tribunal terrible, et sans attendre qiFou i'avertit de son devoir, il demanda et reçut, a^ec les pins grands sentiments de piété, tous les sacrements de l église,

La r.oûvelle de cet accident fut bien lot portée ù Paris, de là par tout le royaume, ou elle mit une consternation générale; chacun cmt sa vie attacltée à celle du souverain : on abordait en foule à Pûuloise; barons, arclievêques, évêques, abbés, tons les grands d U r oy a u m c y a c co 11 ra i on t , et n* os a n t ir è m e d e m a 1 1 d, er des nouvelles de ce qui les amenait, tâchaient sciilemnnt d en découvrir quelque chose siu^ le visagtî de ceux qu^ils rcncojilraient.

Les prélats ordonnèrent des prières yiubliqucs, et furent prévenus par les peuples; on ne voyait p:ir k )4

r.A A! 0 a V 1.1 en a «; t io y.

rues que processions, où les plus grynds seigneurs, mêlés avec la populace, ne pensaient à sc clistinguei que par leur zèle; les églises, fou jours pleines, retentissaient des vœux f[u’on faisait pour une santé si précicuse-, le prêtre qui prononçait les prières interrompait le chaut par scs pleurs j vieillards , fcTumcs, enfants, tout lui répondait par des sanglots et par des cris.

La désolation redouJ)la dans le palais, (juand ou le sentit froid après de*iolentcs convulsions, et qu’on ne douta point qu’il n'eùt expiré j la douleur fut alors à son comble. *

Dès que la santé de Louis fut affermie, il revint à Paris goûter le plus grand plaisir qui puisse toucher un hou roi; il se vit tendrement aimé. L’empressement tuuiidtueux du peuple, et la joie répandue sur tous les visages, firent mieux sentir la place qu'il occupait dans tous les cœurs, que n'eussent pu faire des aras de Uiomphe ou des harangues étudiées; aussi s’appliquat-il plus que jamais au bonheur de ce même peuplf, aux vœux duquel il se croyait rendu

Lorsqu’on lit le récit de cet événement, les vives alarmes de la nation, et ces transports inouïs d’allc grosse qui succèdent à la plus affreuse désolation, on croit entendre l’histoire de ce qui s’est passé à Metz en • 744 j c’est que les vertus qui font les héros et les bons rois, excitent les mêmes sentiments dans tous les sièclcss.

Amour filial, amour de la patrie.

Sur la foi June tradition constante dans le psys, Mézeray raconte le trait suivant. Sous le règne d Henri I\, les troupes de la reine de Hongrie, commandées

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par le comte de Roux, firent des dégâts horribles dans la Picardie. Un Jeune homme des environs de Roye s étau sauvé fort jeune de chez ses parents, et avait pris parti dans ces troupes étrangères; la guene le ramenait dans les lieux de sa naissance; on ravageait le village même où il avait vu le jour; les habitants cher^ chèrciit un asile dans féglise. Aussitôt Je capitaine qui commandait le détrichcnient ennemi y fit mettre le feu. Le Picard ne put voir sans frémir lexécution d’un commandement si barbare; l amour du pays, ce sentiment qui tient si fortement à la nature, lui fit entendre sa voix; les cris de ses compatriotes émurent ses entrailles, il se détacha de son rang, et malgré la défense de son capitaine, il courut ouvrir la porte de léglise, pour faciliter L ces malheureux le moyen de s^échapper.

Une femme se présente d’abord défiguiée, à demi brûlée; il l’envisage, reconnaît sa mère; elle le reconnaît à son tour, elle s’écrie : ah! mon fils! Il n a p is la force de lui répondre, il se précipite dans ses bras. J.e commandant, toujours plus inhumain, lui ordonne de repousser celte fem;ne; la nature l’emporte, il ne peut se séparer de sa mère ; un tigre eût été attendri, Ik^fficier ne parut que plus irrité;^n lui désobéissait; il entre en fureur, et on les fait jeter tous les deux dans les flammes, où le Picard expira entre les bras de sa mère, martyr des plus vifs et des plus doi^x sentiments de la nature. Enée, qui déroba son père à fincendi^ de sa patrie, fut plus heureux sans doute : mais montra-t-il plus de tendresse ?

La bravoure bien entendue.

bAMOTn e-GondR !N ct d’Aussun étaient deux oflü-

iQS L A .t: 0 î; \l^s e n a c t î o n\

ciers trcs^braves, tloal les noins se trouv(.‘nt cités nnt honneur dans 1rs rclalinns de nos guerres r! Ualie du sixième siècle* Lr. counigr, ou [diitèf une liravome * mal entendue, avait fait naître enlre eux: une espèce d émulation qui leur luetlait sans cesse les armes à la rnaîn Piin conLrc l autrc. L n jour, qu’ils étaient en présence de 1 ennemi, ils prirent querelle selon leurroulame; on sih haulfait, le sang allait cnnler* « Que kl sonS'tions? dit itlors^LamoLlic-Goritlrin a dAussunî tous les deux nous nous piquons de bravoure, efn- ]jlnyonsda coiiire les cnnmnis de 1 [‘.lat, et cessons de donner à nos soldats un exemple dangereux : le vrai* courage est de Iden servir son roi, n A ces mots, il Itaisse la visière dé son casque, et Tuet sa lance en arrêt, hes éckirs sont moins prompb; Il fond avec impétuo* site sur un quartier des ennemis; dAussun le suit: l un et ] autre duniièreot des rnarques incroyables de valeur; dans toute Tarmée on ne parla que de leur Cüurage, et surtout de la générosité qui de deux rivaux venait de faire deux amis.

On ne saiinut tro]> le redire aux jeunes militaires; il y a plus de véritable gloire à sacririer ce qu^on appelle point irJionneur^ qu à vaincre en cent combats parte culiei'S, ^

Traita ûdnîirabli^^ d'un genidhomnie^ de Turenne j de M, Lambert.

* gentilbominc fit un de ces traits qui devraioat être répétés dans tontes les histoires. On lui avai^ posé un duel ; la loi de Dieu, les lois de l^élat le lui de fendaient, el il avait coijÈtammcnt refusé, Son agreS' scur, cliez qui la passion étouiïait tout autre sentim<^ï^J . et fi^isait taire la raison, résolut de ly engager malgré

LA AlORAr.E EN ACTION.

lui. Un jour il se trouve clans une rue écartée , où devaitpasser ce gentilhomme, et tirant de sa poche deux pistolets, il lui en présente un. Celui-ci, coiilftiint de défendre sa vie, prend larme qu’on lui présente, et propose à son adversaire de tirer le premier. 11 accepte; mais, clans l’agitation étrange où il est, il manque son coup. Kecliargez, si vous voulez, et tirez encore, lui dit le "entilhomme avec un sang-froid qui aurait du le désarmer, s’il n’eut été aveuglé par la passion. 11 ne se le fit pas dire deux fois, et tira un seul coup cpii porta dans les habits.Maintenant ce serait à mon tour,reprit le "cntilhomiiie généreux ; mais je ficinirais d iitlenlei k la vie d’un de mes concitoyens; oubliez ce qui peut vous avoir indisposé centre moi; j'oublie volontiers la violence de voire procédé; erabrassuns-iious,ctqii il me soit permis de croire que veus me comptez au nombre de vos amis. Ces proies ouvrirent enfin les yeux A son Ibugiicux agresseur; il se jeta à ses pieds , et lui jura une amitié dont il ne s’est jamais départi. Une pareille action est-elle inférieure A ccqu ont fait de plus grand ces gneri iers cj^u on nomme les héros.

M. de Ramsai, dans son histoire du vicomte de Turenne, raconte un fait qui mérite bien de trouver place ici. Une nuit, cpiil passait sur le rempart de Pans, des V'olcurs arrêtèrent son équipage; ils lui jirirent tout ce qu’il avait sur lui, et ne lui lai.<sèrent cju’un diamant auquel il était extrêmement attaché, sur la promesse qu'il leur fit de leur donner cent louis. Le lendemain l’un d’eux fut assez hardi de se présenter A son hôtel; il se fit introduire, quoiqu’il y eût une nombreuse compagnie; il s’approche de l’oreille de M. de Turenne, le fait souvenir de sa promesse de la veille, et en rcç.oi t les cent louis qu'il était venu c!iercli>-r. 51. de Turenne lui

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laissa le temps de s’éloigner, après quoi il coula son aventure à I assemblée. 1 out le monde parut surpris Je

inviolable dans ses promesses, it I . un honnête homme ne doit jamais manquera sa parole, quoique donuée à des fri nous.

Au siège de Gravelines, en i644, le maréchal de jrasbion et de Mcilleraye, qui commandaient sous le ( UC c Orléans, poussaient les travaux avec une émulation qui dégénérait en jalousie, et qui faillit être bien unestc ù lêtiiî. Il s agissait d emporter un ouvrage avancé, tous deux marchèrent chacun de leur côté, la Mc.liera} e a la te te des gardes, et Gassion, suivi du régiment de Navarre et de quelques autres troupes, aussi surpris de se rcucontrer, que jaloux de la gloire Tun de autre (leur petit intérêt pirtlculicr l’emportait sur le mn de la patrie); des paroles ils allaient en venir aux eiTcts; leurs deux troupes, rangées en bataille, n attcir claient que le signal pour se charger. Le marquis do Lambert, qui servait en qualité de maréchal de camp , fut effrayé de voir dcsbraucais prêts à se battre contre

des Français ; il sortit des rangs, s’avança au milieu des

bataillons, et sécria : Soldats, je vous commande, au nom du roi, de mettre bas les armes. Les troupes obéirent à I instant ; il calma aussi les deux maréchaux, et les engagea a aller dire chacun leur raisnan au duc d Orléans, Cette action patriotique de M. Lambert fut récompensée du gouvernement de Metz.

Ce n est ps le seul beau trait de cet officier. Perlant a gucire de Paris, Gaston . duc d Orléans, qui connaissait tout son mérite, voulut fatlircrasan parti,

et lui ollnt le hàlon de maréchal de France. Lambert, qui ne voyait point de gloire hors de son devoir, rchisa constamment. Le roi le sut , cl, pour le dédomma •

LA MORALE î£ N ACTION. 2^1

ger, le fit chevalier de llunlre j et lui ^iroiuil de n OU' blier jamais la preuve qu'il venait de lui donner de son xèlc et de son attacbeiiieiit.

Réflex otis^ sur U dueL

ï. Le duel J celte niturtrière coutume de sc tuer les uns les autres, si connu une en France dans les trois derniers siècles^ a une origine digne de son aveugle fureur; elle nous vient de celle mulülndé de barbares qui J plusieurs fois j ont inondé ce royaume 5 et dont nous avions pns^ avec le langage j les mœurs et la férocité- Que penser de ces coinbâts singuliers, de ces duels qui sc font malgré la défense du souverain? le voici ; Que le duel, au lieu d^tre une action honorable J est directement opposé au véritable point d bonueur, et qu’il est le crime le plus énorme,

II. En effet, rboiineur n est autre chose que l’idée avantageuse que les autres ont de notre fidélité à remplir nos devoirs en général, et ceux de uü're profession en particulier. Sous ce denner |>oinl de vue, 1 honneur dun gentilhomme, par exemple, d’un officier, d’un soldat, est la croyance qu ont de lui les antres hommes, qu’il est homme de cœur : rien n’est plus précieux k l'homme que riionneur pris en ce sens; il est préférable à la vie même, dès qii il a pour objet, ou la religion, ou !e salut de la patrie , on la gloire du prince. L'honneur d’un homme d’épée consiste donc à exposer et k sacrifier sa vie pour son Dieu, pour sa patrie, pour leiat 11 ne doit refuser aucune occasion , il ne doit craindre aucun danger, lorsqu’il est commandé pour ce service, et dans roccasion il doit mourir plutôt que de faire la moindre démarche qin puisse (ernir cct honneur.

lil. sf nfiniciils il lioiiycur ne sont [ïninl particulicrs aux chrétiens; ils sont si iulinic jiicnt gravV-b au fond de notre être, <|i e 1rs païens inénirs les ont connus. Il estt glorieux, diraient ils,de niouiïr pour la pallie; iiiiiis ils ni' savaient pas hirn tl oii venaient ces seutimcrjls dans 1 huinine. U n appririumt fju a nous | d ii\oir des idées assez nettes Je 1 ordre de f}icUj pour coîiiiuîîra f|uc .vi nous soniints jaloux tîe cc VJ'ai point dhouucur, cest que le chrcLirn sent que Dieu, par 1 ordre duquel bs sociétés sc sont idrinées , veut que chaque niembrc sc saorilb pour tout le corps, et que cet ordre iminuible serait un rcquoclie continuel dans lü, conscience d un lioinnic fpiî inanquuraiLà ce devoir.

IV. Voila ce que cest qite le vrai point tllionneur parmi les cliréticus} cest la rraiulc de ce reproche secret de la conscienrr,.! appolle un véritable pointd honneur celui fpn 1 est, non pas parce fpic le monde le voit, et afin que le monde parle de. lui, luais unûpietucnt alio de salislaiixj ù sou ^devoir par priiici[>e tle conscience.

Un vrai soldat doit donc se riirc à lui-ménie : Je suis engage dans la profession des amies, il laul que je fasse j tout cc qu on allend de moi ; et jy suis obligé ilevaiit Dieu , r[ui nie commande d obéir aux [juissam^es qifll

a établies; si je manquais, dans l occasicui où je suis, à | ce que je dois é luon prince, a ma patrie, je manquorais :j ce (pic je dois a Dieu : or, il vaut mieux que je riiciirç , que de m? pas oiicir A mou Dieu,

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