‹ La morale en action, ou Elite de faits memorables et d’anecdotes instructives, propres a faire aimer la sagesse, a former le cœur des jeunes gens par l’exemple de toutes les vertus, et a orner leur esprit des souvenirs de l’histoire. Ouvrage utile aux eleves des ecoles secondaires, des lycees et maisons d’education de l’un et l’autre sexeChapitre 2 sur 37 · CHOIX D’ANECDOTES · texte numérisé non relu

CHOIX D’ANECDOTES

•DE TRAITS 1XTÉrESSA1?îTS, DE CONTES MORAUX, DE NARRATIONS HISTORIQUES ET d’apoLOGUES.

Clémence^ vertu des grands.

Il rrest pas de satlsfecLion plus douce que celle de faire des heureux, de régner sur les cœurs, de s attirer rinnocetil Irihul de leurs acclama lions et leurs actions de gnkes, La cléuience, Ibuiiianité, la générosité, seraient les vertus Tiaturellcs des grands, s'ils se souvenaient qu’ils sont les pères de leurs peuples. La dureté, le dédain, loin d’étre les prérogatives de leur rang, en sont Palms et 1 opprobre. Ils ue inériteijl plus d’être les maîtres de leurs sujets, dès qulls oublient qu’ils en sont les pères.

Auguste, cc prince cruel et vindicatif (r), avant Téporpie ou il se vil le maître du monde , se ebstingua par sa douceur et par son humanité, lorsqu'il' fut parv^cnii a Fempire. Tandis qu’il séjournait dans les Gaules, en vint lui donner avis que L. Cinna, [ler-

(i) Tous bisloïk^ns s'ocrôrdeot avec Bur fc ïlnuf le en

raeî^re quU tlonno â ijui Tappetnii Oclnve avanl dï'rri

Ml.

Gviuit fit cruri I Attgtisif fit fuiniairt^

la MûKALh ACTïOîf.

sonnage de peu de mérite et J^un gfinie honiéj tramait une conjuration contre luL Ou lui dit où^ rjnand^ et de quelle manière la chose devait s’exécuter; c’clail un des complices qui leii iuformait. Auguste, résolu de se venger t u perfide^ indiqua pour le len-leiiiain un conseil de ses amis. Il passa une nuit idrt agitée et fort iTKfuîèlCj pensant qiril s agissait de condamiuîr un jeune iioitunc qui d ailleurs était sans reprocljo, un jeune homme de la plus haute noblesse^ et petit-fils du grand Ponqjee. Il ne pouvait plus se déterniiner â ordonner la mort d un seul hominej lui qui autrefois avait dicté, en sooparu av('c Marc-Antoine, ) édit de proscriptiün. Poussant des soiqiirs, il parlait sou! avec lui-meme, et cKprirnaiL vivemeuf les dilléreritos porisees qui sc combatlaicnt dans son esprit ; w Quoi! disajt-d, je laisserai mon assassin libre et traiirpulle, et ] ijiquiéiude sera pour moi! Après que tant de guerres civiles ont respecté mes joursj après que jai échappé au péril de tant de combats su:’ terre et sur mer, un Iraitrc veut m immoler au pied des autels, et jé ne lui forai pas subir la jjeine qu i] mérite! a car II devait être attaqué pendant qu i! ollrlrait un sacrifice. 11 s arrêtait ; et, après quelques moments de silence, Ü élevait de nouveau sa voix pour se faire son procès l lui-même, avec plus de sévérité qu^à Cinna. 11 coati nnait de s apostropher ainsi : a Si ta mort est 1 objet des vœux de tant de citoyens, es-tu digne de vivre? quand finiront les supplices? quand cesseras-tu dr verser le sang? ta tête est exposée en butte aux coups de la jeune nonlesse, qui compte s'immortaliser en îégorgeaiiL INon^ Li vie û'est pas d’un assez grand piix, si pour t empêcher de périr II fout qne tant d autres périssent. j> Sa fotnnie Livie, qui .au-udit %o\ s

LA MORALE ES ACTIOS. Il

ses discours, rinterrompit enfin* « Voulez-vous, lui dit-^lle, écouter les conseils ifunc femme? Imitez les médecins, qui, lorsque les remèdes accoutumés ne réussissent point, essaient leurs contraires. Jusqu ici vous ifavez rien {^agné par la sévérité. Lépidtîs a succédé à Salviendinus, Muréna à Lépiclus, Cépion à Muréna, Kguatius à Cépion, pour ne ]>oinl parler de tant d autres que vous avez fait repentir de leur au* dace; essayez mainlenarU de la clémence; pardonnez à Cinna; il est découvert, il ne peut plus vous nuire; et la grâce que vous lui accorderez peut vous procurer beaucoup de gloire, w Auguste, charmé d avoir trouvé quelqu’un qui approuvait le parti de ta ilouceur, vers lequel il penchait déjà Iiii-menie, remercia tendrement son épouse, contre manda sur-le-cliamp ses amis; et ayant appelé Ciiuia seul, il fit sortir tout le monde de son appartement, lui ordonna de s asseoir, et lui parla en ces termes : « J exige, avant tout, que vous udécoutiez sans ufinterrompre; que vous me laissiez achever ce que j'ai à dire, sans vous récrier : lorsque jaurai fini, vous aurez toute liberté de répondre* Je vous ai trouvé. China, dans le camp de mes adversaires; vous n etlez pas seulement devenu mon enuemi, mais vous étiez né pour Pétre* Dans de telles circonstances, je vous ai accordé la vie, je vous ai rendu tout votre pa* trimoine* Vous êtes aujourd hui si riche, et dans une si tua lion si florissante, que les vainqueurs portent envie à la conditioî: du vaincu* Je vous ai accordé le sacerdoce que vous nPavez demande, en faisant un passe-droit à plusieurs dont les pères avaient servi dans mou armée. Après vous avoir comblé de tant de bienfaits, vous avez lormé le projet de m'assassiner! ji A mn!, Cinnn écrié qu une telle fureur était

M OnAlF. R N ACTro V.

loiii tlf, SJ pensée ; u ^ oiis ne me tenez pouïl ptinnc, rcpiit Auguste; nous étions ronvctiits que vous ne mmlerrompriez jmiuL Oui, je vous k up le^ vous voulez lïi assassnier, >i 11 lui exposa ensmtc toutes ms circonstancrÉj toutes les mesures prises;

uî nonjiiu le lieu et les complices, et en particnlici ce LU quj { t Vpiii porter le premier coup* El voyant aiors rpic Cijuia était consterne et gardait un morne SI cncc, non plus en vertu de la coorention, mais par remords de conscience et par terreur, il apsuta : « ar quel motif avez-vous con^m un pareil dessein/ cst-cc pour regricT a ma place? Assuréinent le peuple romain est Lim à plaindre, si je suis le seul obstacle qui vous eiijpêche de devenir emjiereur : à prliie pouvez-vous gouverner votre maison* DerTHércnuml un alFuîTiclu vous a écrasé par sou crcdii, dan- une affaire j^ai iicullère qui vous iiuiressait* Tout vous csi uiliicile, excepté de conjurer contre votre prince et votre bien fai leur* \ oytuis, examinons : suis-je le sf-uî qui arrête k succès de vos projels ambitieux? Pensez Vous réduire à supporter votre domiuütion un Paidus,^ uu taluns Maxinms, les Cossus et les Servilîus, e' tant dentres nobms qui ne se jutrent jioint d^m vain titre, et qui icudent à Icui's ancêtres J honneur qniir en Jeçoiveot? » Auguste continua de parler sur ce ton peudant plus de deux lieures, allongeant exprès la duiec de la seule vengeance qu il prétendait exercer sur le coupable. Il finit, en lut disant : a Cifiua, je vous ai aulreiois donné la yic comme à mon eniieiui, je \üus la donne maintenant comme k mon assassin Commençons d'aujourd hui à être sincèrement amis; efforçons-nous de rendre douteux, si, en vous par Jonnaiit, j aurai inuiUré plus de générosité, que vou>

ne ferez voir de reconnaissance. » Il donna ensuite à Cinna le consulat pour l’année suivante, en se plaignant de ce qu’il n’osait pas le demander lul-inême. Depuis ce temps, Auguste n'eut ([u’à se féliciter de sa clémence. Cinna lui fut toujours fort attaché et trèsfidele : il le fit son légataire universel j et il n’y eut pins dans la suite de conspiration contre Auguste.

Henri IV demanda un jour au jeune duc de Montmorency quelle était la plus grande qualité d'un roi. Le duc répondit sans hésiter, que c’était la clémence. Pourquoi la clémence, ajouta le roi, plutôt que le courage, la libéralité, et tant d'antres vertus qu’un souverain doit posséder? C’est, répondit le duc, qiiil n'appartient qu’aux rois de pardonner ou de punir le crime en ce monde. Ce jeune duc avait .’ idée de la solide gloire. Il rendait en môme temps justice au caractère de Henri IV,

Qui fut de ses sujets le vainqueur et le pere.

Le prince de Joinville, ayant formé des intelligences secrètes avec hs ennemis de Henri IV fut arrêté. Sa bonté sauva le coupable; et ayant fait venir le duc et la duchesse de Guise : Voilà, leur dit ce bon prince, le véritable enfant prodigue qui s'est imaginé de belles folies; je lui pardonne pour l’amour de vous; mais c’est à condition que vous le chapitrerez bien.

Le même roi faisait quelquefois des reproches au duc de Sully, de ce qu’il ne perdait jamais de vue le bien de l'état, quoique scs intérêts particuliers l’cxi. geassent souvent. Le ministre se servait alors de la liberté qu’il avait auprès de son maître, et l’écoutait ^vec indifférenco. Herri IV .s’en é'ant aperçu, lu'

*4 O ale EN action.

demanda s il le croyait assi. k lâche pour préférer quelque chose que ce fut au monde^ au soulagement de scs peuples, qu il regardait comme ses chers enfants.

cc Sire (disait le cardinal de Retz à Unis XIII), la clemence est la vertu favorite des grands princes; au milieu de leurs plus beaux triomphes, ils font gloire de ceder à la compassion. Quand vous voyagez dans vos provinces, vous devez ressembler à ces fleuves qui portent partout laboridance. A Dieu ne plaise que votre passage puisse se comparer à celui des torrents, dont les eaux impétueuses ravagent et ruinent tout! »

Eponine tt Sahiniis, anecdote romaine.

Sabinus était un Romain qui, curant les guerres civiles, s engagea dans un parti contraire à celui de Vespasien, et prétendit même à l empire. Mais quand la puissance de \espasien fut bien établie. Sabinus ne s occupa que des moyens qui pouvaient le soustraire aux persécutions, et en imagina un aussi biza^'re que nouveau. Il possédait de vastes souterrains, inconnus à tout le monde, et il résolut de s y cacher : cette lugubre retraite raflranchissait du moins de l insrupportable crainte des supplices, et d’une mort ignominieuse, et il y portait l’espoir que peut-être quelque nouvelle révolulion lui donnerait la possibilité de reparaître dans le monde. Ma« parmi tant de sacrifices que sa situation le forçait de faire, il en était un surtout qui déchirait son cœur; il avait une femme, jeune, Ixille, sensible et vertueuse; il fallait la perdre, et lui dire un éternel adieu, ou lui proposer de s’ensevelir à jamais dans une sombre prison, et renoncer à la liberté, à la société, à U clarté du jour.

L\ MORALE K.\ ACTION. l5

Sabirms connaissait !a tendresse et la grandeur d’Aina d’Eponine, celte épouse si clière : il était sûr quelle consentirait avec transport à le suivre, et à ne vivre que pour lui; mais il craignait pour elle les regrcis qui trop souvent succèdent à rcnlhousiasme, et dont la vertu même ne garantit pas toujours; enfin, il eut assez de générosité pour ne vouloir pas abuser de celle dEponine, ou, pour mieux dire, il n’avait qu’une idée imparfaite de la manière dont une femme peut aimer. Il ne mit dans sa confidence que deux afi'rancliis qui le suivirent. 11 assemlde ses esclaves, leur persuade qu’ü est décidé à se donner la mort : il les récompense, les congédie, irrule sa maison, et se sauve eusuite dans ses souterrains avec ses fidèles alTrancbis. Personne ne douta de sa mort. EponiEe était absente; mais bientôt celle fausse nouvelle parvint jusqu’à elle, et l'abusa comme tout le monde : elle résolut de ne point survivre à Sabinus. Comme elle était observée et gardée avec soin par ses parents et ses amis, elle choisit à regret le gen^e de mort le plus lent, ei refusa constamment toute espèce de nourriture. Cependant les affranchis de Sabinus, qui tour-àtour sorliaient chaque jour du souterrain pour aller chercher les aliments, s’informèrent, par ordre de leur maître, de la situation d Eponine, et apprirent qu’elle touchait presque aux derniers moments de sa vie ; œ rapport fit connaître à Sabinus, que lorsqu’il s’était eru généreux, il n’avait été qu’ingrat. Accablé d’inquiétude, pénétré de reconnaissance, il envoie sur-lechamp un de ses affranchis instruire Eponine de son secret et du lieu de sa retmite. Pendant que cette commission s exécutait, quelles durent être les craintes et 1 impatience de Sabinusi* Son messager trouvera-t-il

l6 LA MO HA LE E N A CT f ON.

Eponlne vivante? Si cette tendre é|>oiise respire en^ core, kl nouvelle quon lui parte ne lui causeni-t-clle pas une révolution funeste? Sabinus^ après avoir condnlt Epooîne sur le bord de sa tornîie, va-t-il j par sa fatale iniprucieiice, Vy précipiter^ et devenir IVissassin du seul objet qui puisse raltaclier à la vie?.,,. Voilà donc le prix quelle recevra de tant damour et de fidélitéMais tandis que le iMallieuieux Sabinus s abandonne ainsi à ses déchirantes réflexions ^ le ciel lui prépare un moment de bonheur, friit pour dédommager dune vie entière de souffrances : avant la fin du jour, Epoiiine elle-^niéine doit paraître dans ce lugubre souterrain, qui retentit si tristement des géinisscmcnls de Sabinus,.,. Ce lieu dliorreur et de ténèbres^ désormais habité par ia vertu la plus pure, va devenir le temple auguste de la sainte fidélité^ cî Tasile heureux du bonheur. Comment senipéchcr de regretter que les historiens ne nous aient pas tnjrismis le détail toucliaut de la pieinière entrevue d’Eponlne et de son époux, lorsqu elle parut tout à coup à ses jeux, pâle, tremblante, arrachée au trépas par le seul désir de vivre dans un cacliol avec ce qu elle aime; et lîiisîanl ou, se jetant dans les bras de SaJjiuus, elle lui dit sans doute : « Je viens adoucir ton sort, en le partageant; ja viens reprendre les droits sacrés et d épouse at damie; je viens enfin te consacrer la vio que tu m*as rendue! Quell» admiration! quelle re connaissance dut éprouver Sabinus! comme dans un moment tout est chaDgé autour de lui! quel charme répand Eponinc sur chaque ©bjet qui ^environne! Cette vaste caverne u’olfre plus rieo de triste aux yeux de Sabinus; cependant en songeant que cest d^orinais la demeure d'Epoinne, U soupii^e.... Hélas! il ne

LAMORALEE?îACTION.

peut od'nr tju’une affreuse prison à celle [ui serait digne de régner dans un palais.

Epouille et Sabinu.s concertèrent ensemble les mesures qu'ils devaient prendre pour leur siii'eté comnuine-j il était impossible qu^qïouine disparut entièrement du monde, sans s'exposer à des recherches dangereuses; d'ailleurs , en renonçant pour toujours à sa famille et à ses amis, elle s’ôtait les mo)eus de servir Sabinus, si l’occasion s’en présentait. Il fut donc décidé qu'elle ne viendrait dans le souterrain que la nuit; mais sa maison en était éloignée; U fallait faire cinq lieues à pied. Comment supporterait-elle celte fatigue? comment nue femme timide et délicate, élevée dans le luxe et la mollesse, oserait-elle, si belle et si jeune, s'e.xposer, sous lu garde d’un seul affranchi, h tous les dangers d'un vo yage nocturne et pénible, qui devait se renouveler si souvent? comment enfin aurait-elle assez de discrétion et de prudence pour dérober à tous les yeux et .ses d'iniarelies et son secret?. Comment! elle aimait, elle pouvait se jjasser d’expérience , de force et de courage; elle était guidée par les deux plus grands mobiles des actions extraordinaires, l’amonret la vertu, si rarement réunis, mais si puissants lorsqu’ils se trouvent ensemble. Epoiiine, en effet, tint avec exactitude tous les engagements que son cœur lui avait fait prendre; elle venait régulière ment chaque soir au souterrain, et souvent elle y passait plusieurs jours de suite, ayant su prendre Ic.s piC-caulions nécessaires pour que son ahseiice ne donnât aucun soupçon. La vie sauvage et retirée quelle menait dans le monde, la douceur qnou lui supposait, lui procuraient la facilité de dérober scs démarches au public, etd échappci lux observations des gens curieux ot dé-

'iS L V AiORALI-: £N ACTION.

sœuvrés. Pour aller voir son é[>oux, elle triomphait de tous les obstacles; ni les rigueurs de l liiver, ni le IVoid, ni la pluie, ne pouvaient Tarrèler ou la retaidcr. Quel spectacle pourNibinus, lorscpi il la voyait arriver tremblante, hors d baleine , pouvant à peine se soutenir sur ses pieds délicats et meurtris, et tachant cependant, par un doux sourire, tle dissimuler sa lassitudo et sa souHrance; ou, pour mieux dire, les oubliant auprès de lui!... Mais un nouvel événement doit rendre encore Eponirie plus chère, s'il est possible, à Sabinus; elle va bientôt devenir mère, et donner le jour à deux jumeaux.... Quelle nouvelle source de l)onheur pour elle, mais eu même temps de crainte et d iivjuié-

tude!.V quels embarras vont la livrer 1 obligation

de cacher son-état à tout ce qui l'entoure, et l'impos- -sibililé d avoir les secours dont une femme, dans sa situation, peut diflicilemciJt se passer!..,. xMais, avec un cœur si fidèle et si passionné, Kjwnine est-elle une femme ordinaire? esl-iJ une épreuve au-dessus de ses

forces, et qui puisse la décourager ou labaltie?.

No a; elle saura dérober la coFinaissance de son important secret à scs domestiques, à sa famille, à ses amis; pourrait-eüc manquer d’expédiens et de prudence? et il s’agit de conserver son lionneiir, sa réputation, ou la vie de Sabinus. Elb^ saura triompher de la douleur meme, et la supporter sans se plaindre. Eloignée de Sabinus, et tout à coup atteinte d un mal aussi nouveau pour elle que violent, elle s’enferme, invoque, au délaut des secours humains, l’assistance du ciel, répète mille fois le nom de Sabinus, et se résigne à son sort avec autant de patience que de courage. C’est ainsi quelle devint mère de deux enfants, dont l’existence si chère la dédommage et Ja recompense de tout co

qu'elle a souffert. Aussitôt que la nuit est venue, Eponine prenant ses enfants dans ses bras, s échappé de sa maison , et, chargée de ce précieux fardeau, elle arrive au souterrain. Qui pourrait peindre le profond attcndrisscnu'Tit, les Iransporls et la joie de Sabiiius, en apprenant d Epouine qu’il est père, et eu recevant à la lois dans ses bras son épouse et ses enfants!... .ces enfants, gajjes touchants de la tendresse la plus parfaite et la plus pure, condamnés, dès leur naissance, à vivre et à croître dans une prison?.. ...cruelle pensée! faite pour empoisonner le bonheur de Sabinu5, (][ul, sans doute, en les crabraosanl, dut se dire : « Infortunés enfants, hélas! quand pourrez-vous jouir de la lumière et de la liberté?... Mais Eponiiic est votre mère; vous serez chéris par elle. Ah! vous ne vous plaindrez point de votre destinée! »

l.cs deux enfants dEporiine furent élevés dans le souterrain, et n'en sortirent jamais du»'?nt l’espace de neuf ans que Sabinus y resta caché. Loin que le temps eût diminué 1 assiduité d Eponine, il ne lit que rendre plus fréquents ses voyages au souterrain; elle y trou vait son époux, ses enfants : devenue étrangère au monde et à la société, Tunivers et le bonheur nexistaient pour elle qu'au fond de la caverne de Sabinus. Cependant scs absences devenant chac[ue jour plus multipliées et plus longues, donnèrent enfin dos soupçons, cl l'cx-cès de la sécurité acheva de la perdre. Elle fut oljscrvéc, suivie, et rinforluué Sabinus découvert. Des soldats envoyés par rcmperciir, viennent l’arraeberde son souterrain, et ne conçoiventpas, envoyant celte affreuse demeure, qiion puisse la regretter, et verser des pleurs en la quittant. Dans cette extrémité, Eponine, ne démoatant ni la vertu ni le courage dont

ACTlOiV.

eUe avait donné tant de preuves, se rend au palais de empcreui, suivie de ses deux jeunes enfants : on se p. cipite en foule sur son passage : chacun veut la voir et cipp au ir, tout le palais retentit des acclamations qu e e excite ; et c est ainsi (ju on vit du inoiii^ la vertu nialheurcuse obtenir le tribut- d’éloge riu clic mérite, .ponine , insensible à la gloire, ne comprenant pas meme qiion puisse admirer sa conduite, et plaignant ceux quelle étonne, s’avani'o tristement à travers la loule qui 1 environne, et ai rive enfin à l’apjiartcment de empereur. 1 ont le monde se retire; alors Eponinc, se jetant.avec scs enfants aux pieds de Vespasien, lui parla en ces termes :

« Voyez, César, à vos fienoux, la femme et les enfants de 1 infortuné Sabiuus, ces enfants innocents, devés dans un lugubre cachot, et qui, pour la première fois, jouissent de la vue du soleil. Eh quoi! cet rstre radieux qui ne luit jiour eux que depuis si peu d instants, doit-il éclairer le supplice de Sabiiuis; et ce jour qui les arrache des ténèbres et dt la captivité, doit-il être enfin le dernier des jours de leur père?. Mais quel fut le crime de Sabinus? l’aml ition? César, si cette passion n’eût pas dominé dans votre ême, feriez-vous le bonheur de runiyers? seriez-vous l'arbitre du sort de mon époux?.. . Vous avez prouvé jusqu’ici que la fortune ne lut point aveugle en vous favorisant •

achevez de la justifier par votre clémence.Tout

vous est soumis; vous rognez. Ah! connaissez le plus doux charme de ce haut rang où vous a placé le sort • plaignez les malheureux et sachez pardonner. Pourriez-vous être insensible aux jdeurs d’une épouse d une mère, aux gémissements de ses enfants? Vous ùcs souverain, vous oies père, et l’innocence et la na-

LA ai or. A LE E^' ACTION.

turc aurdicîH en vain versé tics larmes à vos pîeds ^ Hélas ! le rlcl ne s'estdl pas chargé lui-niémc du châtiment de Sahimis? ne vous a-l-il pas été le droit de le piinir^ en ne le livrant entre vos mains qu'aprés neuf iu\s de captivité?,,.. Souflj irez-vcus qu on puisse vous reprocher un jour un excès de rigueur si peu néccs* saire k voire sûreté? Ah! César, sougez-y * votre inncxibllité ne peut ravir à Sabinus qidtjne vie oJjscure cl languissante J Lamlis qu'elle terrm'ail aux yeux de la postérité, cette gloire si lirillante, cl si pure, heureux et juste fniit de vos travaux et de vos exploits, «

On demamlcra sans doute, après la lecture Je cette anecdole intéressante, si Vespasien se laissa toucher. Hélas! non ; et ce prlucs, peu sensible a tant de vertus, toudamiia à la mort ! epoux dCponitie, qui, engagé dans un parti coniralre au sien, avau manlié'^é des prétentions à 1 empire. Au reste, 1 lièroisinc d'ilponine ne SC démentit pas jusqu’au cLrnier instant, et elle accompagna son mari au supplice.

Si les dieux, dît un ancien philosophe, pleins de douceur et de hanté, ne lancent pas leur foudre vengeresse sur les têtes coupables des grands et des souverains, comljien est-il plus juste ((uViii homme qui a le pouvoir sur damtres liomniés, non use quavec clémence! Y a-t-il qneltpfun à qui la clémence convienne mieux qn à un souverain? La souveraine autorité nVst honorable fjn’autant qn elle fait du bien, Quelle gloire y a-t-il à lYuser de sou pouvoir que pour nuire?

Trait de sensililité*

Les louangos arenrdées aux grands hommes, sont quchpiçfuiÿ moins df^cisives en faveur de leur mérite.

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if '■ (;

houale ex actiu.n.

qii une certaine st nsihilité fju’ori éprouve en leur racontant leurs vertus.

lîti évéïiement assez récent, o( bien fait pour louclier les cœurs seiusibles, prouve coinbifMi Iri mémoire de Massillon est précieuse, nori-sculrmcirt aux iiidtgens dont il a essujé les lamies, mais Ions ceu.x r(ui tout connu. 11 jk a «piclpus années qu’uii voyageur, qui se trouvait à Clermoül, désira voir la maison de campagne où ce prélat passait bi plus grande pariic de I année. M s adressa à un ancien gi’and-vicairo, qui depuis la mort tic I eveque navait pas en la force tic retourner à celte maison de campagne^ où il ne devait plus retrouver celui qui 1 liahitaîu l,n grand-vicaire consentit neanmoins à iiiirtDnre le désir du voyagnir, malgré la douleur profonde rpi'jl se préparai) eu idlanl revoir des lieux si Iristement diers à sou souvenir. Ils partirent donc ensendde, cl le grand-vicaire monti'a tout à lélrangcr. Voilà, lui disait-il les larmes aux jeux,l alléeoucedigne prélat se juoiiu iiaitavecnous... Voila le berceau où il se reposait en faisant fpicbjucs lectures... Voilà le jardin qu il cultivait de ses propres mains... Us culrèreut ensuite chiiis la maison ; et quand ils furent arrivés à la cliambre où .Massillon avait rcmlti les derniers soupirs : Voilà, dit le gi-and-vicaire, l'endroit où nous Tavons perdu; et il s’évanouit eu prononçant ces mots. La cendre de Titus et de Marc-.Vurèle eût envié un pareil Iiommage.

Exemple de cotiiineiice.

ScipioN, après être sorti des dangers de [a guerre CE rencontra un autre bien plus délicat et [dus difiicile à surmonter. Une troupe de ses gens, croyant le prend!:f: par un faible ordinaire aux plus grands bommes

LA ]M O a A. L E E A C T t ï/vi.

lui amenèrent une jeune Espagnole, de coTîtiiuon no- Mc, et truiie beauté si éclatante, qu elle cbarmait tons ceux qtii la voyaient. Scipion était dans lage ou le^s passions font sentir leur eia|v;ierr>"cc le plus d impétuosité, O ayant alors que vingt-sept a us ' il était lui-même d une figure Lrès-noJjle et très-aimable : ses soldats ne doutèrent point t|ü’il no devînt sensible pour celte jeune braulé j üs crrucnL lui présenter un trésor inesliiiKiblc. U ^ ous lie vous tromper pas, soldats, leiir ditil en regardant avccdouceur la jeune Espagnole* voilà it présent le plus agréable que vous puissiez me iaire dans un autre temps; mais chargé des soins du commande me ut, il ue me reste poin t d^instant que je puisse duiiner aux plaisirs, n

S étant ensuite hiit rendre comple de la condition et de la naissance de cetle captive, qui était tout en pleurs avec sa mère, il apprit qti elle élait promise en mariage à un jeune prince espagnol, nommé Allncion, qu’elle aimait, et dont elle était aimée uniquement* il envoya chercher Alkiciou av^^r les parents de la fille. « Jeune prince, lui dit-U, je sais la passion de cette aimable personne pour vous, je connais la vôtre pour elle, et j’ai appris que vous avez dessein de l épouser; je fai luit garder par des personnes sures, depuis rpfelle est eu mon pouvoir, et je vous la remets aussi tendre, aussi ndèle et aussi digue de vous, qu elle fêtait avant que d être dans mes mains. Je suis charmé d'avoir pu cü O tri huer à une si belle union, d^ou dépend votre bonheur et le sien. Je crois vuus rendre à tous deux un assez grand service, pour élre en dj'oit d'alleridre de vous quelque Eeconuaissance , et je l’exige; c’est que vous soyez désormais amis du petqjiô romain. Si ce que je fais pour vous vous inspiie dcÿ

te

LA St Or A LE K N ACTION.

sentiments qui me soitnt favorables, croyez que Rome n est pciip ée que de citoyens qui agiraient comme moi, dans une pareille occnsîou. »

Allu( ion, ravi d adin ration , .serrait étroitement les mams cle bcq.ion, en priant les dieux, an défaut de soix impmssante, pmir exjrriiner les sentiments de son cœur, de 1 acquitter des oliiigalions qu'il lui avait.

jugeait des Romains par les Carilinginois: il les croyait aussi intéressés; et dans celle persuasion, il avait apporte tous sc> trésors avec lui, pour raciielcr celle quil aimait : Sripion les refusa long-temps : cependant comme Aliucion le pressait toujours de les accepter, d consentit qu’au 1ns mit par terre; «mais ce n est ajoula-t-il, qu'à condition que je pourrai en faire présent à votre épouse, et que cela fera partie de

J1 fallut après s'étre long-temps défendu, que la gencroMtedu prince espagnol crdàl à celle de Scipion •

.1 acquiesça donc, et reloLirna dans .son pays avec la j-nme princesse, en publiant avec elle les louange.s de uur bienfaiteur. «Ce nest pniiu un liomme, disaient-ils à tous ceux qu’ils rencoutraient; ou si c’en est un , il égalé les dieux par la gnuidcur et la noblesse de ses sentiments : il triompbe de ses ennemis par les

Jienfait.s « 11 revint peu de temps après rejoindre -upion à la lelc d’un corps de cavalerie de quatorze mi .e hommes, fit alliance avec lui, et ne le quitlpoin tant que dura la guerre d'Espagne. ^

^ lucion ne se contenta pas de ces preuves de zMc 1 voii ut consacrer sa reconiiais.saiice et la gcnrrodté de Sep,on par un témoignage ,,ui lit passer f„„o a Outre à k poster,t,'-. Il m faire aa„s cette vue „„ fco,,

LA MOT. A LE EN ACTION

cHcr votif, sur lequel 11 était représenté, r evnrit des mains de Sdpion la jeune princesse avec laquelle ü était fiancé. J’ai vu ce moiiuinent aussi considérai jIc que précieux dans le cabinet des médailles du roi, ou il est aujourd'luij, après avoir été près de mille neuf cents ans dans le Rhône, où péril sans doute l'équipage de Scipion, lors(jif il retourna d Espagne en Italie. Ce bouclier fut trouvé par un hasard extraordinaire en 1690 ; il contient quarante-deux marcs d’argent fin, ce qui fait la yaleiir d’environ i,3oo livres Je noire mouïiaic; son flianuHre est de viugt-s\\ ponces, piedde-roL Le goût naïf et tout uni qiu règne dans le dessin, dans les attitudes, daqs les coiuoiiis et dans les figures, fait connaître la simplicité des arts do ces siècles, où Ion fuyait tous les ornements rechciLljf-i pour ne s'attacher qu^anx beautés naturelles.

Se CQfnmündcT à soi-méme^ victoire écîntaoïc

Dans la prise du château de Solre, qui était le [jIus fort de tout le Hainault, les soldats ayant trouvé nue femme dune très-grande beauté, 1 amenèrent au vicomte de Turenne, comme la plus précieuse portion du butin, et celle qui devait le plus flatter scs désirs. Sans faire parade de 1 empire qn il a sur lui-même^ le général fait senihlant de ne pas pénétrer le dessem de ses soldats^ comme si, eu lui amenant cetLe femme, ils n avaiaiU pensé tju'à la déroijcr à la bnUaiilé de leur camarades j il les ioua beaucoup d’une conduite si sage- il fait chercher son mari en diligencej il la remet eulre ses mains, en lui témoignant que c était â /a retenue et à la discrétion de scs soldats qu i! devait là conservation de I honneur de sa femme. Ce qu on a dit du 10 / Robert, quil ctail ivi Je fHüttn , peut

trouverIdune juste application* Charlrs-Quiut, jîrcssf de SC livrer au penchant fju’ü avait pour la femme ti un des meilleurs officiers de son armée : A Dieu ne

défend le mien lépée à la main!

Armand de I\laillê de Orcisé, amiral de France^ rcfiit à Paris la visite dune dame de condition du

sitiîîilion h M. de Brezé* Les malheureux trouvent toujours des protecteurs dans les âmes vrairaeot grandes* Sur-le-champ il lui remît trois cents louis; un de ses

juges; elle gagna son procès. ^^4néîré clc reconnaissanccj et ne sachant comment !a lui témoigner, elle alla le remercier accompagnée de sa fille, qui étaiî jeune et belle. Monsieur, lui dit-elle, vos services sont

bien au-dessus de tout ce que je pourrais faire pour les

reconnaître t il n y a que ma fille qui puisse m'acquitter auprès de vous.

L^ainiral fut révolté d^un pareil discours, üne mère oubliait ce quelle devait â ta vertu et A elle-même, U s*en souvint; c était une de ces Ames qui font le bien pbor le plaisir de le faire, et à qui un acte de vertu cotMc moins qiiMn crime aux autres* Il amène la demoiselle vers une fenêtre; et lui parlant avec Surprise de ce qu'il venait d’entendre, il lui insinua que son

t A M O h A I. E r :< A CI 1 0 N. 2^

son dessein; mais voyant quelle y était bien aflcrrjie, il la conduisit sur ) heure dans le monastère qu’elle lui avait indiqué, et paya d’avance tout ce qu’il fallait pour la pension de son noviciat. Ce ne fut pas assez, toujours généreux, toujours digne de sa vertu, quelques jours avant la profession, ü fit remettre à la sujH-rieure huit mille livres, dont Ü voulut que l’acte lût passé au nom de la demoiselle, sans que le sien y |,>arùt. Il est à propos d'observer que l’aniiral était pour le moins aussi jeune que Sclpion, lorsqu’il donna ce bel exemple de sagesse et de désintéressement qii on a tant célébré. 11 ii’avaii que AÛngt-sept ans, quand il fut tué d’un coup de canon, au siège d'Orbittello, le i 4 juin 1646 .

^ Le vicomte de ïurenuc a fait connaître dans plus d une occasion jusqu’où allait sa sagesse et sa modération.

M. de Turejinc étant sur le point d’attaquer les ligues des ennemis qui assiégeaient la ville d’Arras, n’avait point les outils qui lui étaient nécessaires. Il en envoya demander par un de ses gardes au maréchal de la Ferté. Le garde vint bientôt après dire que M. de la lerte ne les avait pas seulement refusés , mais encore qu’il avait accompagné son refus de paroles fort désobligeantes pour M. de Turenne. Le vicomte se tournant alors vers les officiers qui se trouvaient auprès de lui, se contenta de dire : Piiis(ju{l est si en colère, il faut se passer de ses outils^ et faire comme si iei

U même maréchal, ayant trouvé un autre garde du vicomte de Turenne hors du camp, lui demanda ce qu il faisait ; cl sans attendre sa réponse, il s’avança sur lui, elle clargea à coups de canne. Le malheureux

Là HORàLE EX A CT 10 S.

aS

vint se présenter tout en sang a sou [naître, exagérant fort les mauvais trailcmenls qu'il avait rerus. Le vi' comte feignant de s en prendre au garde mèine : Il faut f lui dit-il, /jue vom soyez ttn hicn mfhhanî homme f pour ia^oir oblifjé à imif traiter fie la sorte» Ayant envoyé chercher le lieutenant de scs gardes, il lui ordonna de mener sur Ic-chanip le même garde au niaréchal de la Ferlé, de lui dircqull lui faisait excuse de ce que cet fiomme luî avait manqué de respect , et qu1l le remettait entre ses niains, pour en faire telle punition qn il lui plairait. Celte modéra lion étonna I otite raruice* Le maréchal de la Ferté, surpris luiméme, s’écria avec une espèce de jurement qui lui cLait assez ordinaire : Céî homme sera t-il toujours sage f et moi toujours fou?

Le carrosse de M* <IeTQrenne s'étant trouvé un jour arrêté dans les rues de Pari; par un embarras, ua jeune homme de cotidilion qui ne le connaissait point, et dont le carrosse était à la suite du sien, vînt, tomba i grands coups de canne sur le cocher du vicomte de Turen ne, parce qu'il n'avançait pas assez tôt à son gré. Le vicomte regardait tranquillement cette scène ; mais un marchand étaiit alors sorti de sa boutique un LA^ ton à îa main, se mit à crier : Comment ! on maltraite a insi les gens de M, de Turenne?

Ce jeune homme, qui A ce nom se crut perdu, courut à la portière du carrosse de M, de Turenne lui demander pardon* Le vicomte qu^il croyait bien en colcTe, s'étant mis à sourire : Monsieur j vous vous entendez fort bien à corriger mes gens ; quand ils feront des sottises ^ ce qui leur arrive soui^ent ^ je voii* les enverrai. M. de Turenne se possédant ainsi dans œs sortes d’occasions 3 où les autres hommes n;; sont

La ArOH ALK K N A(.rîO.N.

|>la3 inriîîvLtS d eux-mômes^ n'est il j^as digne cVôlrc mis eu parallèle avec les plus grands liommes de Rome/ La Grèce cùt'elle refuse de le mettre au nombre de scs sages?

Jugêîneni iiiéinorable.

On trouve dans une aucieiine relation latine d un voyage h Pékin . par J, B. Petau, d Orléans j imprimée cliez Moretus^ h Auvers. t a i jGo. ranecdote suivante :

Un riche inspectciu des manufactures de la Chine j étant sur le point de laire une longue tournée, donna un gouverneur à ses deux fils, dont l’ainé n’avait que neuf ans 5 et f}iji tons deux annonçaient d heureuses di>pnsiîions. Le père fut A peine paru , que rinstilu- UMir, h! usant de rautonté qu’on lui avait confiée, devittf le lu-m de la maison. Il éloigna les honnêtes gens f|iîi pouvaietU éclairer ses démarchés, et fit chasser ceux fl r-nlrn les doniesliqnes rpal avaienL ie plus à cœur Us inlcréts de leur maître absent, On eut beau fins- Jruire de cc désordre, il u'en voulut riea croire, parce fpi ayant, une belle âme, il iPiinaginait pas qidon pilt jamais eu agir ainsi* Ce n’eût été encore ejoe demi-mal, si ce méchant pédagogue eût pu donner A ses écolier!: jnelqncs vertus et des talcns; mais coniuie il en marv [uail lui-même, il nen fit que des enfans grossiers, impérieux, faux, cruels, libertins et igiiorans* Après rinq ans de course, rinspccteur de retour, vit enfin la vérité, mais trop tard, et sans autrement punir le serpent quil avait récbaufîé daus son sein, il se contenta de le renvoyer. Cc monstre eut 1 impudence de citer 5011 maître au tribunal d’un Mandarin, pour qu’on eût à lui payer la pension qu ou lui avait promise.

K Je le paierais très volontiers, et même double fre-

4 ;^rOK VLE ACTION*.

pond il-il en présence du juge), si ce mallicurcux m’avail rendu mes enfants tels que je devais natureUement I espercr. Les voici ( poursuivit- il, en sWressant à I bommc de la lot)^ exaniinez-les, et prononcez- « En effet, apres les avoir interrogés, et entendu toutes leurs inepties, le Mandarin porta cette sentence mémorable : « Je condamne cet éducateur à ta mort, comme hoinïeide de ses élèves; et leur père, à famende de trois livres de poudre d"or, non pour l’avoir choisi mauvais, car on peut se tromper, mais pour avoir eu la faiblesse de le conserver si long-temps, 1[ faut qu'un homme, ajoutait-il par réflexion, ait la force d en prendre un autre quand ii le mérite, et sur-tout si le bien de plusieurs rexige.

Le généreux viliageou:^

Da^s un débordement de TAdige, le pont de Vérone fut emporté, une arcade après lautre. Il ne restait plus que 1 arcade du milieu, sur laquelle était une maison , et dans cette maison une farnillc entière. Du rivage on voyait celle famille éplorée, tendre les mains, demander du secours. Cependant la force du torrent détruisait a vue d œil les piliers de l'arcade. Dans ce péril, le comte de Spolverini propose une bourse de cent louis à celui qui aura le courage d’aller sur un bateau délivrer ces malheureux. Il y avait à courir le danger d^être emporte par la rapidité du fleuve, ou de voir en abordajit au-dessous de la maison , crouler sur soi rarcade ruinée. Le concours du peuple était innombrable, et personne n'ose s'offrir. Dans ce moment passe un jeune villageois; on lui dit quelle est renlreprise proposée et (jUel sera le prix du succès. Il monte sur un bateau, gagne à force de rames le milieu du fleuve,

LA MORALE ACTION, 3

abonîe J Hlleiitl au bas de la pile que toute la fanilllej père, mèïc, cnfauls, veillards, se glissant le loogd une clorde 5 soient desceudus dans le bateau. « Courage^ dit-il 5 vous voilà sauvés! » 11 rarac^ surmonte TcfFort des eaux, el regagne enfin le rivage*

Le comte Spolvcjinl veut lui donner la récompense proinisc, tf< Je ne vends jioliit ma vie, lui dit le villageois, mon travail sufTü pour me uourrü', mol, ma femme el mes enfants, doimez cela à celte pauvre famille, qui en a besoin plus que moi. »

Il ser^L bien bicile, je crois, d ennoblir de tels incidents, siiiis en altérer le pathétique 5 et un poëme où I liumanilé se présenterait sous des formes si touchantes, sc passerait fort bien de ce que Ton appelle le merveilleux*

La Piété Filiale.

Le feu du mont Etna, après avoir renversé tous les oLslaclês, {■! tCuiüS les ciigues qui s’oppoSaîCuî a son passage, sortait un jour avec impétuosité, et se répaiidail de tous cotés. Ce torrent portait partout le ravage et la désolation. Les moissons et tous les lieux cultivés rValenteur, les maisons, les forêts et les collb lies couvertes de verdure, tout était la proie de ce terrible élément, A pciire les flammes avaient commencé k se ré^Hiidrc, que Catane se sentit agitée d nu violent Lrendjlcment de terre; on vit même quelles avaient déjà pénétré dans la ville. Cliacuu tâche alors, selon ses forces et son courage, d arracher ses richesses à la fureur du feu. L un gémit sous le pesant fardeau de son argent, laulre est si troublé, qifil prend les armes, comme s il voulait combattre contre cet élément. Ce- ^ui-cl, accable sous le poids de sos richesses, peut-êUü

acquises par ses crimes, ne saurait avancer, pendant que e pauvre, chargé don fardeau plus léger, court avec une extrême vitesse; enfin chacun fuit, chacun emporte ce qu’il a de précieux. Mais tous ne peuvent pas également se sauver; le feu dévore ceux qui sont les plus lents à fu r, et ceux qu’une sordide avarice a 1 etenu trop lorig-l( nips. Ccuxquicroicutavoir échappé a la fureur de liurendic, en sont atteints, et perdent en un uioincnt les richesses qu’ils avaient enlevées, et le iiuil de leurs peines; ces précieuses dépouilles deviennent la pâture de la (lainmc qui, dans 5%fureur, n’épargne que ceux qu’anime la piété.

Amphiiione et son frère, tous deux portant avec un courage égal le precieux fardeau dont ils étaient chargés, comme le feu gagnait déjà les maisons voisines, aperçurent leur père et leur mère accablés de vieillesse et d infirmités, se tenant à peine à la porte de leur maison ou ils s étaient Iraines ; ces deux enfants courent à eux, les prennent et partagent ce fardeau, sous lequel ils sentent augmenter leurs forces. Oh! troupe avare! épargiie-toi la peine d emporter ces trésors ; jette Ier yeux sur ces deux frères qui ne connaissent d’autres richesses que leur père et leur mère. Ils eu lèvent ce pieux butin, et niarcheiil à travers les flammes, comme si le feu leur avait promis de les épargner. Oh piété! la plus grande de toutes les vertus, celle qui doit être la plus rocommaudahlc aux liommes ; les fiammes la respectent dans ces jeunes gens, et de quelque côté qu’il.s tournent leurs pas, elles sc retirent. Jour heureux malgré ses ravages! quoique l’iiicciidie exerce sa fureur de tous côtés, les deux frères traversèrent toutes les flammes comme en triomphe : ils échappèrent Tua et l’autre, sous ce pieux fardeau, à la violence du feu, qui

LA M0UAL1-: EN ACTION. ou

modère sa fureur autour deux; enfin ils arrivent en lieu de sûreté, sans avoir reçu aucun mal. Les poètes ont célébré leurs louanges.

On a beaucoup vanté cette histoire, ce qui prouve que les actions de cette espèce n’étaient pas communes alors. Quelque méchant qu’on suppose le genre bu main de nos jours, pensez-vous que le plus grand nombre des enfants nen eût pas fait autant? Je suis sûr que si le fait arrivait encore, on ne donnerait pas de si grands éloges à une action très-louable, mais trèsnaturelle. Je crois quo nous sommes portés à exalter rhumanité et la vertu des hommes de ces premiers temps, parce que les vertus n’étaient pas aussi communes qu elles le sont aujourd’hui.

Ces deux frères se sont rendus si fameux par cet cxplgit, que Syracuse et Catane se disputent encore à présent 1 honneur de leur avoir donne la naissance. L’une et l’autre de ces villes ont dédié des temples à la piété liliale, en mémoire de cet événement.

Trait d'amour fraterneL Anecdote portugaise.

En I 585 , des troupes portugaises qui passaient dans les Indes, firent naufrage. Une partie aborda dans le pays des Cafres, et l’autre se mit à la mer sur une barque construite des débris du vaisseau. Le pilote, s apercevant que le bàtimeiit^^tail trop charge, avertit le chef, Edouard de Mello, que l’on va couler à fond, si on ne jette dans l’eau une douzaine de victimes. Le sort tomba, entre autres, sur un soldat dont 1 histoire n a point conservé le nom. Son jeune frère tombe aux genoux de Mello, et demande avec instance de prendre la place de son aîné. « Mon frère, dit-il, est plus capable que moi; il nourrit mon père, ma mère et mes

' ^'^p- Vr.K KN ACTION.

sœurs; s ils le perdent, ils mourront tous de misère ; conservez leur vie en conservant la sienne, et faitesmoi penr, moi qui ne puis leurôlre d’aucun secours. « Mello y consent, et le fait jeter à la mer. Le jeune uOnime suit la barque pendant six lieures; enfin il la rejoint : on le menace de le tuer s’il tente de s’y intxo- Juire : l’amour de la conservation triomphe de la menace; il s’approche; on veut le frapper avec une épèe qu il saisit et qu il retient jusi|u’à ce qu’il soit entré. Sa constance touche tout le monde ; on lui permet enfin de rester avec les autres, et il parvient ainsi à sauver sa Vie et celle de son frère.

Lettre historique oi/r la fête de la Rose, établie à Salency, par Saint Médard, évêque de Noyon, dans le cinfjuiême siècle, ^

Je n avais jamais entendu parler de celte fétc singulière et iouchanle , qui de temps immémorial se célèbre flans un village de Picardie, cl probablênient vCüSmeme. Monsieur, n’en avez aucune connaissance guoi qu il en soit, c est une fête qui mérite d? sortir do 1 obscurité ou elle a été ensevelie jusqu’à présent. Eh! plût à Dieu qu elle s introduisît, non-seulement dani

tous les bourgs, mais dans toutes les villes de la terre! Lne relation imprimée à noyon, et que j’ai reçue avec fies éclaircissements manuscfits, va me fournir la ma- Lière d un article curieux.

L’institution de la fête de la Rose est très-ancienneon 1 attribue à saint Médard, évêque de Noyon oui’ vivait dans le cinquième siècle de notre ère, du temps de Clovis. Ce bon évêque, qui était en même temps î>eigiieur de .Salency, village aune demi-lieue de Noyon avait imaginé de donner tous les ans à celles des filles

LAMORALEBNACTIOÎJ. 35

de sa terre qui jouiraieut de la plus grande réputation de vertu, une somme de aS livres et une couronne ou chapeau de roses. On dit qu’il donna lui-même cc prix glorieux à une de ses soeurs, que la voix publique avait nommée pour être Rosière. On voit encore au-dessus de l’autel de la chapelle de saint Médard, située a l une des extrémités du village de Salency, un tableau où ce saint prélat est représenté en habits pontificaux, et mettant une couronne de roses sur la tête de sa sœur, qui est coiffée en cheveux, et à genoux.

Cette récompense devint pour les filles de Salency un puissant motif de sagesse; indépendamment de l’honneur qu’en relirait la Rosière, elle trouvait infailliblement à se marier dans 1 année. Saint Médard, frappé de ces avantages, perpétua cet établissement. Il détacha des domaines de sa terre douze arpents, dont il affecta les revenus au paiement de a 5 livres et des frais accessoires de la ccrirnon’.e de la rose.

Par le titre de la fondation, il faut non-seulement que la Rosière ait une conduite irréprocb.able, mais que son père, sa mère, ses frères, ses sœurs et autres parents, en remontant jusqu à la quatrième génération, soient eux-mêmes irrépréhensibles, La tache la plus légère, le moindre soupçon, le plus petit nuage dans sa famille, seraient un titre d’exclusion. Il faut des quatre, des huit, des seize quartiers de noblesse pour entrer dans certains ordres, dans certains chapitres; des quartiers de probité, mérite réel, ne vaudraient-ils pas mieux que ces quartiers de noblesse, luérile des préjugés?

Le seigneur de Salency a toujours été en possession , et seul jouit encore du droit de choisir la Rosière entre trois filles du village de Salency, qu’on lui pré-

^ M J r. i I. E EN A C T 1 0 y*

sente un mois clavante. Lorst|uil la nommée, il est oh!l"é de la faire aiiiîüiiC€r au prune de la paroisse^ alla t^uc les autres lilles^ sus rivalesj aient le temps d'extuiuner ce clioixj et de le coolredire^ s’il n’était pas conforme k la justice U plus rigoureuse* Cet examen se fait avec 1 iiupartialilé la plus sévére* Ce n est r[u après cette épreuve que le choix du seigEieur est cooilfiiié*

Le S juin, jour de la letc de saint l\Iédard, vers les deux heures après inidu la Hosière^ vêtue de bianc, frisée, poudrée, las cheveux floltaiits en grosses IjoLicles sur les épaules, accompagnée de sn funille, et de douze tilles aussi vêtues en bleue, avec un large ruban bleu en baudrier, auxquelles dninie garçons dti village donnent la main, se rendent au château de Saleocy au son des tambours* des violtuis, des muscties, etc* Le seigneur ou son èponse va la recevoir Ini-nicmc; elle lui fait un p'^til comjdinierit pour le remercier de ki préférence quil lui a donnée; cu*suitc le seigaeur, ou celui qui le représente, et son iiailli, lui donnent cbacuîi la main; et, précédés tles instruments, suivis dua uombrcnx cortège, ils lu mènent à la paroisse, où die entend les vêpres sur un prie-dieu placé au milieu du chœur*

Les vêpres finies, le riorgè sort proressiormdiement avec le peuple pour aller a la chapelle de saint Médard. G est là que lé curé, ou IddicirMU, bénit la couronne ou chapeau de roses, qui est sur l anteh Ce chapeau est eutouréd un ruban bleu f * ), et garni sur

(ï) Loui?! xni se irouvant, il y a i 5o ans, au chileflu de Voreniics (il Hpir^rmnt aiijnurdJmi à M. le iiiarqtiis de Î3arlimiç<)ii ).

.le âalcijc^, M de seigticur de ce dernier ulbje,

|r rlrvaiit d'ini aruïpnu d argeriL Après Li bcncdiction rt nn discours rHialngTic au sujet, le célcilirrint pose la coiiroiine sur la tète de la Rosière, qui est à genoux, et Itiî remet ert même temps les afi livres, en présence (iii seigneur et des officiers de sa justice*

La Rosière, ainsi cmironnée, est conduite de nonveau par le seigneur ou son fiscal, et toute sa suite, jiisqu^i la paroisse, uu I on chante le Te Deutn et une anlirtinc à s^iint MéJartl, au bniit de la rnoLisqueterie des jeunes gens du village. Au sortir de 1 église, le seigneur ou son rep^résentant mène la Rosière juscp’aii milieu de la grande rue de Salencj, ou des censitaires de la se'grieiirle ont fad drcssx:r une table garnie d'une nappe, de six serviettes, de six assiettes, de deux couteaux, d'uue salière pleine de sel, d'un !ot de rln fdaîrct eu deux pots (environ deux pintes et demie de Paris), de deux verres, d un demi-lot d eau fraîche, de deux pains blancs d*un sou, d'un demi-cent de noix, el d un fromage de trois spus. On donne encore à la Rosière, par forme d’hommage, nue flèche, deux huiles de paume, et uu si (Tl et de corne, avec lequel un des censitaires sllïle trois ffns avant que de rolTrir* Ils sont oljlîgés de satisfaire exactement à toutes ces servitudes, sous peine de soixante sous d'amende.

De là tonte rasscmldée se rend dans la cour du château, sous un gros arhre, ou le seigneur danse le

t ■ rr.onflr^ue de faire donner m inn rrom cette récompense de b ti rtu. I onift XUl J consentit. H enrny?» M, le mnnjub da Gordes, son premier oapiuine i^ardes, nni fit la cérémonie de la Rose pour ta. ûralesté, fit tjui, par ses ordres^ aiuiita aux fleurs une bague d’sr^eïil et ntl cordon bleu. C'est depuîi eette êpo^^ac que la Rosière reçoit celle brj'tt? . et (|ïi'elle et se» cotnpa^ue» sont décorée* de ce ruÎMin Tous «f f.-ita iatn noiiTitrtld* pür Ir* Ittrti! !ei plui irtllienüauei.

38 I. t n A L E EM A CYlOy.

premier avec ia Rosière. Ce bal champêtre fink au coucher du soleil. Le Icmleniain, dans 1 après-midi, la Rosière invite chez elle toutes les filles du village, et leur donne une grande collation, suivie de tous les divertissements ordinaires en pareil cas.

Voilà, Monsieur, l’origine et les détails de la fete de la Rose; le nVit seul vous aura sans doute intéressé. Il est donc encore un endroit sur la terre on un chapeau de roves est regardé comme le prix le plus honorable et le plus flatteur qu’on puisse donner à la vertu! Vous ne ^auriez croire, Monsieur, combien cet établisseinent excite à Saleucy 1 émulation des mœurs et de la sagesse. Tous les habitants du village, composé de cent quarante-huit feux, sont doux, honnêtes, sobres, biboricux. Us sont environ cinq cents; ils rfont point de charruej chacun bêche sa portion de terre, et tout le monde y vit satisfait de son sort. On assure tjuil n’y a pas un seul exemple, pas un seul, dans toute la rigueur du terme, je ne dis pas d'un crime commis à Saleucy par un naturel du lieu, mais même d’un vice grossier, encore moins d’une faiblesse de la part du sexe; tandis que tous les paysans des environs sont aussi brutaux, aussi vicieux qu’ailleurs. Quel bien produit un seul établissement sage! Eh! que ue ferait-on ps des hommes, en attachant de l'honneur et de la gloire au mérite et 4 la vertu! Il na marvquerait plus à notre corruption que de jeter du ridicule sur la fête de la Rose, et sur le plaisir pur quelle doit faire aux âmes honnêtes et sensibles.

Par M, Fniaoit.

Exemple célèbre d’amour filial.

Les annalf-.s japonaises font mention de cet eiempl*

LA MORALE EN ACTION. 3(j

extraordinaire d’amour filial. Une femme était restée veuve avec trois garçons, et ne subsistait que de leur travail. Quoique le prix de cette subsistance fût p:u considérable, les travaux néanmoins de ces jeunes gens n’étalent pas toujours suffisants pour y subvenir. Le spectacle dune mère qu’ils chérissaient, en proie ail '^esoin, leur firent un jour concevoir la plus étrange résolution. 0:i avait publié depuis peu, que quiconque livrerait à la justice le voleur de certains efl'ets, loucherait une somme assez considérable. Les trois frères s'accordent entre eux, quun des trois passera qiour ce voleur, et que les deux autres le mèneront au juge. Ils tirent au sort pour savoir qui sera la victime de 1 amour filial, et le sort tombe sur le plus jeune, qui se laisse lier et conduire comme un criminel. Le magistrat linteiToge, il répond qu’il a volé; on l’envoie en prison, et ceux qui l’ont conduit touchent la somme promise. Leur cceur s’attendrit alors sur I2 danger de leur frère : ils trouvent le moyen d’entrer dans la prison; et croyant n’étre vus de personne, ils lembrassent tendrement, et l’arrosent de leurs larmes. Le magistrat, qui les aperçoit par hasard, surpris d’un spectacle si nouveau, donne commission à un de ses gens de suivre ces deux délateurs; il lui enjoint expressément de ne les point perdre de vue, qu’il n’ait découvert de quoi éclaircir un fait si singulier. Le domestique s’ac<piilte parfaitement de la commission, et rapporte qu ayant vu entrer ces deux jeunes gens dans une maison, il s en était approché, et les avait entendu raconter à leur mère ce que l’on vient de lire; qûe la pauvre femme, à ce récit, avait jeté des cris lamentables, et quelle avait ordonné à ses enfents de reporter l’argent qu’on leur avait donné, disant qu elle

4 o T.A MORALE EX ACTION,

aimait mieux inourrir de faim que de sc conserver la vie au prix de celle de son cher fils. Le magi.^lrat, pouvant à peine concevoir ce prodige de piété filiale, fait venir aussitôt son prisonnier, finterroge sur ses prétendus vols, le menace du plus cruel supplice : mais le jeune homme, tout occupé de sa tendresse pour sa mère, reste immobile. Ah! c'en est trop, lui dit le magistrat en se jetant à son cou : enfant vertueux, votre conduite m’étonne. 11 va aussitôt faife son rapport à 1 empereur, qui, charmé d’une affection si héronpie, voulut voir les trois frères, les combla de caresses, assigna au plus jeune une pension considérable, une moindre à chacun des deux autres.

Apologue,

CosROÈs , roi de Perse, dit le philosophe Sadi, avait un ministre dont il était conten*, et dont il se croyait aimé. Un jour ce ministre vint lui demander à se retirer. Cosroès lui dit ; pourquoi veux tu me quitter? j'ai fait tomber sur toi la rosée de ma bienfaisance ; mes esclaves ne distinguent point tes ordres des miens : je fai approché de mon cœur, ne t en éloigne jamais. — Mitrane (c’était le nom du ministre) répondit : O roi! je fai servi avec zèle, et tu m’en as trop récompensé.; mais la nature m’impose aujourd’hui des devoirs sacrés , laisse-moi les remplir : j’ai un fils, il n’y a que moi pour lui apprendre à te servir tin jour comme je fai servi. — Je te permets de te retirer, dit Cosroès, mais à une condition; parmi les hommes de bien que tu m'as fait connaître, il n’en est aucun qui soit aus.si digne que toi declarrer et d’élever l’âme de mon fils; finis ta carrière par le plus grand service qifclle puisse rendre aux autres hommes, qu’ils te doivent un bon

LA MORALE EE ACTtOK.

maître J je connais la corruption de la cour, il ne faut pas qu un jeune prince la resjurc : prends mon fils, et va l'instruire avec le lien dans la retraite, au sein de 1 innocence et de la vertu, rditrane partit avec les deux enfants; et, a[)i'ès cinq ou six années, il revint avec eux auprès de Cosroès, qui fut cliarmé de recevoir son fils, mais qui ne le trouva pas égal en mérite au fils de sou ancien ministre. Cosroèssentitccttediflcrence avec une douleur amère, et il s’cii plaignit à Milrane. O roi ! lui dit Mltrane, mon fils a fait un meilleur usage que le tien, des leçons que j’ai données à l'uii et à l'autre ; mes soins ont été égalenienl partagés entre eux; mais mon fils savait qu'il aurait hesoin des hommes, et je n ai pu caclier au lien que les hommes auraient besoin de lui.

Fait remarquable , tiré de l'histoire de Provence.

La ville de Manosque, dans le XVI' siècle, a été te nioin tl un trait de vertu qui mérite d’êlre rapporté. l'rançols I , étant allé dans celle ville, logea chez un particulier dont la fdle lui avait présenté les clefs de la ville : c’était une jeune personne d’une rare beauté, et dVinc vertu plus rare encore. S'élaul aperçue qu’elle avait lait sur 1 esprit du roi une impression que ce rno narqiie n'avait pu cacher, elle alla meltre du soufre dans un réchaud, et en reçut la fumée au visage, pour

défigurer; ce qui lui réussit au point qu’elle devint luéconnaissable. François I''' fut dautant plus frappé Je ce trait de vertu, qu’ici la vanité de subjuguer un roi, était iin piege dangereux dans un ége où l’envie de plaire est déjà si forte et si naturelle. Le monarque voulant lui donner une m.arqne de son estime, lui assura une somme considérable pour sa lot.

^ la MOU ALE EN A r.TîO V.

Anecdotes sur le Duel et /c.s Duellistes.

Le vrai hrave consacre sou courjge à la défense de sa patrie.

Je ne sais où j'ai lu le Irait suivant, que je crois ôtre de M. de Turenne !ui-niôiiic, avant qu’il fût avancé dans le service. Etant appelé en duel par un autre officier, il lui répondit : «Je ne sais pas me battre en dépit des lois; mais je saurai ausbl bien que vous alfronler le danger, quand le devoir me le permettra. U y a un coup de main à faire, très-utile et très-bonc rable pour nous, mais très-pcrilleux : allons demandci à notre général la permission de le tenter, et nous verrons qui des deux s'en tirera avec plus d honneur. » Celui qui avait proposé le duel trouva le projet si périlleux en edét, qifil refusa de soumettre sa valeiu à une pareille épreuve. Tel est le genre de courage de la plupart des duellistes. On en a vu chercher à se faire une réputation de bravoure dans des rencontres particulières, et se mettre au lit un jour de bataille.

On peut voir dans la vie de M. de Turenne, par Ra guenet, quelle a été sa conduite à l’égard du maréchal de la Ferté cl du prince Palatin. Elle ne s’accorde guère avec le point d honneur de nos faux bra\cs.

Il y aurait, après tout, bien peu d affaires, si tom ceux qui sont témoins de quelque dispute, se comportaient comme il serait à souhaiter qu ils le fissent. d’a' près l’excraple que nous allons citer.

Un jour douze personnes avaient dîné enscinlde dans une maison; après le repas, on proposa de jouer, et l’on fit deux parties différentes, dans Pune desquelles il s’éleva entre deux officiers une dispute , suivie de quelques propos asse^ durs. Les autres personnes qui

étaient présentes s’empressèrent de les apaiser, en leur disant qu ils avaient tort tous deux. Ceux-ci cependant commençaient à s’échauffer, lorsqu’un autre officier de la compagnie, homme de tête, très-sage et Irès-sensé, fut à la jiortc de la salle, ferma la serrure à double toui', et en mit la clef dans sa poche. Ensuite se tournant vers la compagnie, il dit : personne ne sortira d’ici, qu après que ces messieurs se seront accommodés. II faut que celui qui est auteur do la querelle commence (car cest lui qui a le premier toit) à faire excuse à l’autre de ce qu'il lui a dit : que celui qui sc croit attaqué reçoive l’excuse, et témoigne qu’il est fâché d’avoir relevé avec trop de hauteur l'insulte qu’il croit qu’on lui a faite, et qu’cnsuite ces deux messieurs s’embras sent et promettent de ne rien demander davantage,

S ils refusent de le faire, j’en porterai mes plaintes aux maréchaux de France et je les prierai de donner les ordres pour empêcher un duel entre ces messieurs. La conduite de cet officier fut fort approuvée. La compagnie engagea les deux militaires à se faire des excuses respectives, et ils s’embrassèrent.

Anecdote. On ne doit pas juger un jeune officier d’après une première faute.

Le maréchal de Câlinât sc plaignit amèrement de la précipitation avec laquelle on jugeait un officier d’ajirès une première faute, et croyait au contraire qu’il était du devoir d'un général de lui fournir les moyens de la réprer. 11 raconta souvent à ce propos une histoire qui lui était arrivée, sans qu’on ait jamais pu deviner qui y avait donné lieu.

Un jeune homme très-recommandé par toute la cour, vint à son armée prendre le commandement d’un

il action.

r'>;5liiieiil. l.o marêdial lui tlil à .'ion arrivée, que pour pieuilèrc preuve tie corisuléralioii, il lui douner.'ilt le teiukniaiu un (lélacliciuent, et qu’il lui pronieltait He rencotitrçr le.'î ennemis. La promasse fin inaréclial fut iiocouiplie i le clcLiU'iKuiirut U'ouva les fuiuciujs. Lfl jeune lioinuie, êlotiuê par le Iiruil el le silllctiicnt (les bailles, liiil une eoiJilu te seauclaieuse pour Urinée. Tout le momie en parla j le luaréclial lit tout cc qu il put pcmlaut la juiiruée pour paiailie ne pas entendre les diiVéreus tlisco-Jis. ruaiid la nuit fui venue, il eii- \ oya elii ic.lier ce jeune liomme, lui parla de sa faute, et lui dit qu i) fallait 0|.lcr entre le parti de la réparer ou de se faire capucin le même jour. Le jeune lioinnie iici lüüliniGc jïMS^ 11 Ig Icfiitlf lunin nu nouiiCtïU

délacliciiient, rencontra tes eiiiK.u.is, montra la plus grande valeur, et fut dcimis, de l’aveu riii inaréclial de Catinat, un des iiicillcurs ollkiers (pi ail eus le roi : d est ou il sera luaj'éclial de l'rance, ajoutait-il, pour elolgiier plus sùreiueiil les soupçons.

ï’rnif de généfosilê. Le jeune Morseillah et le. baron

deM....

Un jeune homme, nommé Robert, attendait sur le rivage, à Marseille, que quelqu’un eu Ira t dans son canot. Un incounu s’y plaça; mais nu instant après, il sc préparait à en sortir, malgré la prései.ice de Robert, qu il lie souji-^oiiiiait pas d'eii être le patron. Il lui dit (piepuisque le coud jeteur de cette barque ne se mon Ire point, il va passer dans une autre. Monsieur, lui dit le’ jeune homme, celle-ci est la mienne; voulez-vous sortir du port? — Non, monsieur, il n’y a plus qu’une heure de jour. Je voulais ssuleincnt fa'u'e quelques Umi * dams le bassin, pour profiter de la fraîcheur el de

LA morale en action* 4d

la Lcaulé de la soirée. *. iMals vous u'avez pas Talr d'un niarirùer, ni le ton d un liomme de cet état* — Je ne le suis pas en effet j ce n est que pour gagner de Targenf que je fais ce métier les fêtes et tes dimauches. — Quoi! avare à votre âge! cela dépare votre jeunesse j et dimînue I julérêt qu inspire d abord votre heureuse pliysioiiomie* — Aîil nionsiaur, si vous saviez pourquoi je désire si furl tle gagner de fargeui , vous n ajouteriez pas :i ma peine celle de me croire un caractère si bas, — J ai pu vous faire du tort , mais vous ne vous êtes point expliqué* Faisons notre promenade j et x-ons me coîUcrez votre histoire* Laiicoium s'assied* Eh hieU j poursnit-il, dites-moi rpiels sont vas chagrins; vous m avez disposé a y prendre part* Je uVn ai (pj un, dit le jeune homme, celui d avoir un père dans les /ers sans pouvoir fen tirer* Il était courtier dans ce'te ville; il s était procuré de ses épargnes vA de celies do ma mère dans le commerce des modes, un inLcrét sur un vaisseau en charge pour Smyrne : il a voulu veiller lui-iiiêine a lécliûnge de sa pacotille, et en faire h choix* Le vaisseau a été pris par un corsaire et conduit à Tétuan, où mou inallieureux père est esclave avec le reste de Féquipage* Il faut deux mille écus pour sa rançon; mais comme il s'était épuisé afin de rendre son entreprise plus iniporlanLc,nous sommes bien éloignés d^avüir cette soraine* Cepeiidanl ma mère et mes sœurs travaillent jour et nuit, j'en fais de même chez mon îuaître, dans létat de joaillier que j'ai embrassé, et je cherche à niettre à piofit, comme vous voyez, les fliîuanches et les fûtes. Nous nous sommes retranchés jusque sur les besoins de première nécessité; nue seule petite chambre forme louL noire logement* Je croyais d'.'djord aller prendre la dlacc de iiion pèrcj et le délU

4I- A M 0 R A r, E E N A C T IO X.

vrer en me cliargeani de ses fers; j étais prêt à exécuter ce projet, lorsque ma mère, qui en fut informée, je ne sais comment, rnassura qu’il était aussi impraticable que chimérique, et fit défense A tous les capit lincs du Levant de me prendre sur leur bord. Et recevez-vous quelquefois des nouvellrt de votre père? Savez-vous quel est son patron à Téluaii? quels traitements il y éprouve? Son patron vst intendant des jardins du roi ; on le traite avec humanité, et les travaux auxquels on l’emploie ne sont pas au-dessus de ses forces; mais nous ne sommes pas avec lui pour le consoler pour le soulager; il est éloigné de nous, d'une épouse cberie, et de trois enfants qu il aime toujours avec tendresse. — Quel nom porte-t'-il à Téfuan? il n’en a point changé; il s’appelle Robert, comme à Marseille. —Robert... chez l’intendant des jardins?Oui mon¬

sieur. —'Votre malheur me touche; mais d’après vos sentiments qui le méritent, j’ose vous présager un meilleur sort, et je vous le souhaite bien sincèrement En jouissant du frais, je voulais me livrer à la solitudene trouvez donc pas mauvais, mon ami, que je sois tranquille un moment

Lorsqu’il fut nuit ,Robert eut ordre d’aborder. Alors l’inconnu sort du bateau, lui remet une bourse entre les mains, et sans lui laisser le temps de le remercier s éloigne avec précipitation. Il yavait dans cette bourse’ huit doubles louis en or et dix cous en argent. Une telle générosité donna au jeune homme la plus haute opi nion de celui qui en était capable; ce fut en vain qu’il fit des vœux pour le rejoindre et lui en rendre grâce.

Six semaines après cette époque, cette famille hon néte, qui continuait sans relâche à travailler pour compléter la somme dont elle avait besoin, prenait un

LA morale E> ACTION.

dîner frugal, conipysé de pain et d'amendes sèclies; elle A oit arriver Robert le père, très-propre me ut vêtu, ^juija surprend dans sa douleur et dans sa misère, Qu on juge de l'ètonncmeiit de sa femme et de ses enfants, de leurs transports , de leur jolel l^e bon Uolwrl le jette dans leurs bras, et s’épuise en ronicrcîmcnts sur les ciinpiante louis qu’on lui a comptés en s’embarquant dons le vais,scnu, où son jxissage et sa nourriture étaient actjuiltés davarice, sur les habillements qu’on lui a fournis, etc. Il ne sait comment reconnaitre tant de zèle et tant d'.nraour.

Une nouvelle surprise tenait cette fa mil le immobile: ils se regardaient les uns les autres. La mère rompt Is silence; elle imagine cpie c’est son fiis qui a tout fait; elle raconte à son père coniminl, dès l’origine de son esclavage, il a voulu aller prendi'c sa place, et comment elle leu avait empœhé. 11 l'allait G.ooo francs pour sa rançon ; nous en avions, ponrsnil-elle, un peu plus de la nrollié, dont la meilleure partie était U fruit de sou travail ; il aura trouvé des aiiiis qui 1 auront aidé. Toutà-coup, rêveur et taciturne, le père reste consterné; [luis s adressant à son fils : Malheureux! qu'as-tu fait? comment jniis-jc te de^^oir ma délivrance sans la regi'ctler? comment pouvait-eüe rester un secret pour ta mère, sans être aciielée aux prix de la vertu? A loo âge, fils d un infortuné, d un esclave, on ne se procuie jioiut natoreliemcnt les ressources qu’il te fail.'iit. .!« Irémis de penser que 1 amour paternel t’a rendu eoupaljle. Rassure-moi, sois vi'ai. et mourons tou si tu as pu cesser dêlre honnête. Tranquillisez-vous, mon pure, répondit-il en l’eiiibrassant; votre fils n’est pas indigne de ce titre, ni assez heureux pour avmir pu vous prouver combien il lui est cher. Ce n’est point A

Ulol que vous devez voire liberté; je coniuis noire bienfaiteur. Souvenez-vous, ma mère, de cet inconnu qui me donna sa Imurse; il m’a fait bien des questions. Je passerai ma vie à le clierclier; je le trouverai, et il viendra jouir du spectacle de ses bienfaits. Ensuite il raconte à son père fanecdote de 1 inconnu, et le rassure ainsi sur ses craintes.

Rendu à sa fimille, Robert trouva des amis et des secours. Les succès surpassèrent son attente. Au bout Je deux ans, il acquit de faisance; ses enfants, qu il avait établis, partageaient son bonheur entre lui et sa femme; et il eût été sans mélange, si les reclierclies continuelles du fils avaient pu faire découvrir ce bienfaiteur qui se dérobait avec tant de soins à leur reconnaissance et à ieurs vœux. Il le rencontre enfin un dimanche matin, se promenant seul sur le port. Ab! mon dieu tutélaire 1 c’est tout ce qu’il peut prononcer en se jetant à ses pieds, où il tomba sans connaissance. L inconnu s’empresse de le secourir, et de lui demander la cause de son état. Quoi! monsieur, pouveavous 1 ignorer? lui répond le jeune homme. Avez-vous oublié Robert et sa famille infortunée que vous rendîtes à la vie, en lui rendant son père? — Vous vous méprenez, mon ami, je ne vous connais point, et vous ne sauriez me connaître : étranger à Marseille, je ii’v

suis que depuis peu de jours-Tout cela peut être,

mais souvenez-vous qu’il y a vingt-six moistjuc voua y étiez aussi : rappelez-vous cette promenade dans ce prt, l intérêt que vous prîtes à mou mallicur, les ques- ^ns que vous me fîtes sur les connaissances qui pouvaient vous éclairer et vous donner les lumières nécessaires pour être notre bienfaiteur. Libérateur de mon ^ pouvez -VOU.S oublier que vous êtes le sauveur

T.A MORALE EK ACTION. /Jg

J une famille entière, et (jui ne désire plus rien cjue votre présence? Ne vous refusez pas à ses vœux, et venez voir les heureux que vous avez faits.Venez. —^

Je vous lai déjà dit, mon ami, vous vous méprenez. Non, monsieur, je ne me trompe point; vos traits sont trop profondément gravés dans mon cœur piour que je pui.ssc vous méconnaître. Venez de grâce, En même temps il le prenait par le bras, et lui faisait une sorte de violence pour rentraîner. Une multitude de peuple s asscmblailimtourd’eux. Alors 1 inconnu, d’urï tou plus grave et plus terme : Monsieur, dit-il, cette scène commence à être fatigante. Quelque ressemblance occasionne votre erreur - rappelez votre raison , et allez dans votre famille profiler de la tranquillité dont vous me parai.ssez a-i-oir besoin. Quelle cruauté! s’écrie le jeune homme : bienfaiteur de cette famille ■ pourquoi altérer, par votre résistance , le bonheur qu’elle ne doit qu’à vous? resterai-je en vain à vos piods? serez-vous assez inflexib'' pour refuser le tribut que nous réservons depuis .si long-temps 5 votre ■sensibilité? Et vous, qui êtes ici présents, vous que le trouble et le désordre où vous me voyez doivent atfendrir, joignez-vous tous à moi, pour que l’auteur de mon salut vienne contempler lui-même son propre ouvrage. A ces mots, 1 inconnu paraît se faire quelque violence; mais comme on s’y attenilail le moins, réunissant toutes ses forcée, et rappelant son coui-age pour résister à la séduction de la jouissance délicieuse qui lui est offerte, il s’échappe comme un trait au milieu de la foule, et disparaît en un instant.

Cet inconnu le serait encore aujourd’hui, si ses gens d’affaires , ayant trouvé dan* ses papiers à la mort de leur maîtr%, une note de 6,5oo liv., envoyée

00 I.A MORALE ES ACTIOS.

à M. Main de Cadix, n’en eussent pas (ieniandé comp'e

à ce dernier, mais seulemeiU par cnriosilé^ puisque lâ note éiaii bfUonuée et le papier thiilbnnü, comme ceux que lou destine au feu. Ce fameux banquier ré pondit qu'il en avait fait usage pourdelivTtr nu Marseillais, uonimé Robert, esclave à Tétuan, cuttlbrmé meut aux ordres de Charles de Secondai, baron d Montesquieu, présitlent k mortier an parlement de- Bordeaux* On sait rjue l'illustre Moritesfjuieu aimîiit à voyager, el f[u’il visluU souveiU sa soeur, uKidani d lléricoLirt, mariée A Marseille ^ i}.

Homtnage rendu à ta venu, ,dnBcdûîâ sur M* de

cbî^ chanoine de Vèglise collégiale de SainhAndré

de Grenoble y mari en 17^4,

JL DE Garcts, né d\inc fa nulle noble, entra for' jeune au service, fnl lieutenant et ensuite capilainé de cavalerie* Un iieureux alliage des qualités de Tes prit et du cœur qu'nxige i état militaire, avec celles qui caraclériseut le chrétien, lui acqu'.l l^rslimc des oAiciers et celle meme de M* le duc üe Vendôme, généra! de 1 armée dans laquelle il servait* ('.e prince avait beaucoup d'égards poiirsa piété. Lorsqu'il donnait des repas aux ofïicicrs : Mesurez vo^ .'erorev, wmienrî, leur disait 4 l; surtout point de (jalant^ rh'; nous aoons Chaielard à dîner (nom qu'il portait aJorsJ* Il sligissait un jour de tenir un conseil de guerre auquel M, de Vendôme voulait que le pieux capilairkc assistât, quoiqu U léeiil pas encore Tége requis, vingt-cinq ansj tuais

(t) Ce.tmr curieuit* qui mérite de Yivit ü jamais t^ans la méinoirt" hommes ï sc îroMve dam k calendrier dei Anecrlntcij armée i -—dans ks fïiiiVTCS de M, l'aljbé Mofinierj et a été mh en drame M* ViltmilH,

r^A MORALE Ey ACTION, 5l

0,1 ne le trouv iiit jïojjjL : Qu on le cherche bien^ dit le prince ,/ est ù prier Dieu au pied de quelque arbre. i . ne Garcin reçut les onlifs sacrés, an sommaire e Grenoble, de M. Allemand de Montinartin, successeur de M. le Gamus.

On ne peut liouorer la vertu, sans so faire hoti' lïcur a soi-ijL niü.

Le bon (dt. — Anecdote attendrhsanic.

Un enfant de trés-boniic naissance, placé à l’école Italie, se content'iit depuis plusieurs jours de la soupe et ou pain sec avec »Ie l’e:iù. Le gouverneur, averti de cette sin<^ilanlé, l’en ivp.-it, attribuant cela ijU( rjues exccs de dévotion mat eaiendtte Le jeune M ^ toujours, s-ms découvrir son secret.

• • 0-, instruit [lar le gouverneur de cette jier-

seveiance, fit venir le jeune élève; et, après lui avoir riouecment représenté combien il était nécessaire d’é- Vlier toute siiigtilanié, et de se conformer à l’usage de ecole, voyant qu'il ne s’expliquait pas sur les motifs fie sa conduite, fut contraint de le menacer, s’il ne se re ormait de le rendre à sa famille. Hélas! Monsieur,

' Il alors 1 enfant, vous voulez savoir la raison que j’ai comme je fais; la voici : Dans la maison de mon père, je mangeais du pain noir en petite quantiténous n avions souvent que l’eau A y ajouter ; ici je uiange de bonne soupe, le pain y est bon, blanc et à ûiscruLiüii ; je trouve que je fais grand'ebère, et je ucpuis me résoudre à manger davantage, me souvenant ue I eiat de mon père et de ma mère.

bl. P. D. et le gouverneur ne pouvaient retenir eurs l.-n-mes, en voyant la sen.sib;ilté et la fermeté de en aiit. î\ionsieiir, reprit M. P. D., si monsiviji

DS LA MORALIi EN ACTION,

voire père a servij o’a-l-il pas de pension? Non, répondit l'cnDint. Pendant un an, il en a sollicite une; le défaut d’argent l'a contraint d’y renoncer. U a micuA aimé languir que de faire des dettes à \ ersailles. El’ Lien, dit M. P. D., si le fait est ans.si [trouvé qu il paraît vrai dans votre ItoucLc, je vous promets de lu obtenir cinq cents livres de pension. Puisque vos pa rents sont si peu à leur aise, vralsenililaMcnienl ils ne vous ont pas bien fourni le gousset; recevez pour vos menus plaisirs ces trois louis rjue je vous présente de là part du roi; et quant h moiisieiir votre père, je lu' enverrai d’avanrc les six mois de la pension f[ue je rm suis obligé dé lui obtenir. Monsieur, reprit Icniant, comiiieiit pourrez-vous lui envoyer cet argent; Ne vous en inquiétez pas, répondit M, P. D.; nous en trouverons le moyen. — Ali! Monsieur, puisc[Lic vous avez cette facilité, dit reufant, remîltsz-lul aussi les trois louis que vous venez de me donner. Ici jal de tout en abondance, cet argent me deviendrait inutile; il fera grand bien à mon père pour ses autres enfants.

Artifice malhonnête de PîfhiW.

C AN tus, chevalier romain, qui avait de l'enjouement et l’esprit orné, alla passer quelque temps à Syracuse, où son unique affaire, disait-il, était de ne rien faire. LA, il parlait souvent d’acbelcr un petit jardin, où il pût, loin des importuns, avoir scs amis, et se réjouir avec eux. Sur le bruit qui s en répandit, an certain Pilhius lui dit qu'il avait un jardin qui n’était pas à vendre, mais dont il le priait d’user librement. 11 invita en même temps son homme à y soupei îç lendemain. Çanius accepta.

tA MOR ILE EN- ACTION. 53

Pilhins, A qui sa caisse attirait beaucoup déconsidération, fit assembler les pêcheurs pour leur dcmanüor que le lendemain ils eussent à pêcher devant son ’ardin, et il leur détailla Fes ordres. Canius ne manqua pas au rendez-vous. Repas magnifique, quantité de barques qui faisaient un spectacle, et qui venaient lotîtes à 1 envi présenter leur pêche. Les poi.ssons tombaient en tas aux pieds de Rilhius. Eli! dit Canius, qu’est-ce que ceci? tout ce poisson? tant de barques? Faut-il, reprend Pithius, que cela vous étonne? tout le poisson de Syracuse est ici. C’est le seul endroit où il y ait de leau. Sans ce lieu-c.i les pêcheurs ne sauraient où aller. Voilà que Canins ne tint plus contre

I envie d’acheter. D’abord le banquier se défend, à la fin il cède. Canius, plein de son idée, el ne regardant pas 1 argent,prend la maison et les meubles, donne tout ce qu’on veut en avoir, fait son billet. J.’afiàire est conclue. Il prie ses amis pour le joui' suivant. Il arriA-e de bonne heure; il ne a oit pas le moindre bateau.

II s’informe, du voisin, .s’il n’y a ce jcur-là quelque fête pour bis pêcheurs. Aucune que je sache, dit le voisin; mais ordinairement on ne pèche pas ici, et je ne .sa\'ais hier à quoi attribuer ce que je voyais, (iauius de s’emporter! mais quel remède? Aquilius, mon collègue et mon ami, n’avait pas encore publié ses formules contre le dol, où il rx])lique très-bien ce que c’est que le dol en homme qui sait définir. C’est, dit-il, donne^ entendre qu’on veut une chose, et en faire une aut**Pithius, par conséquent, et tous autres qui ont de semblables détours, sont des gens artificieux, sans foi et sans probité.

I, A MO R A L K E >■ A t ï I O N.

L}io))u!ie Ltieiijtii.’ianl après sa mon-

Nous allions Delplies, Lyras et moi, porter notre ofïVnnHe A Apollon : déjà nous apercevions la coliliu- S'iir laipielle le leinplcj orné de colonnes diinc blaiiclicnr éclatante, s'élève fUi sein (rnii bois de lauriers vers la vodte azurée des cienx. IMiis loin, nos yeux SC jtcidaient sur la plaine innnense des mers. Il était midi; le sable brillait nos jneds, et a cl un [ne pas (pic nous faisions, il s’élevait une poussière endanimée tpii nous brûlait les yeux et se collait sur nos lèvres de-ssochées. Nous gravissions ainsi, accablés de langueur; mais bientôt nous hâtâmes le pas, lorsque nous aperçûmes devant nous, sur le bord même du (diemiii, qucbpics arbres hauts et tonlTiis; leur ombrage était aussi soinJ re fjiie la nuit. .Saisis d'un frémissement re- Ibdeux, nous entrâmes dans le imcage où l’on respirait la plus douce fraîcheur. Ce beu de délices ofl'rait à la fois tout ce qui pouvait récréer rtos sens : ces arbres touffus entouraient un parterre de gazon arrosé par une source d'eau la plus fraîche; des branches chargées de poires et de [lorames dorées, s inclinaient vers ie bassin, et les troncs des arbres étaient entrelacés de fertiles liuissons, de l'èglaiiticr, de la groseille et du mûrier sauvage; la fontiine sortait en bouillonnant du pied d'un toiivJ'cau entouré de cbèvre-lèiiillc, de saules et de lierre rarnpriii‘. O dieux! m’écriai-je, quel charme on respire en ce lieu! Mon cœur bénit celui dont la main bienfaisante a planté |||^ doux ombrages; c’est ici peut-être que reposentTe# cendres. Voici, me dit Lycas, quelques caractères que j'aperçois entre ces rameaux de chèvre-foui lie sur h Imrd du tombeau; peut-être nous apprendront-ils quel est celui

LA Afor, ALE EX ACT.OX. 55

;ui daigna poniToir au soulagement du voyageur fatigué. Il souleva les rameaux avec son bâton, et lut ces mots ;

« Ici reposent les cendres tj'AmynIas. Sa vie entière ic fut qu’une chaîne de bieufails. V’oulant encore faire du hieij long-temps après sa mort, il conduisit cette source en ce lieu, et y planta ces arbres.»

Que la cendre soit bénie, homme généreux! que tous les liens, que tous ceux que tu laissas après loi, soient bénis i jamais! En disant ces mots, je vis de loin, sous les arbres, quelqu’un s avancer vers nous; c était une femme jeune cl Ijclle qui venait à la foul.iine, avec un vase de terre sous sou bras. Je vous saue, nous dit-elle dune voix gracieuse ; \oljs êtes étrangers et vous êtes accablés surtout rUi Joug chemin que vous avez fait durant la chaleur du jour. Dilesmoi, aui iez-vüus besoin de quelques ralraichissements [jiic voua iiajtîz pas Iroiivés ici? Nous te rciiicrcioiisj hn dis-je, nous te remercions, femme aimable et bienfaisante. Que pourrions-nous désirer encore? l'eau de cette fontaine est si pure, ces fruits sont si délicieux, CCS ombrages si frais! Nous sommes pénétrés de véné- I atioii pour 1 liomrae de bien dont la cendre repose ici ; sa bienfaisance a prévu tous les besoins du voyageur’ lu parais être de celte contrée; tu !’as connu sans doute? Ah! dis-nous, tandis que nous reposons à la fraîcheur de l’ombre, dis-nous quel fut cet homme verlueux.

Alors elle s’assit, posa son vase de terre à .sou coté, et s appuyant dessus, elle reprit avec un sourire gra-

Puisque vous désirez savoir quel est niomrno qui npose sous ce, te tombe, comment il a conduit ici cette

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