I. A M 0 H A L F ES A C ! t Ü W
L hoiuttie bieiiftii\ant ai>rcs sa mort-
Nous allions h Deljjlies, Ljras et moi, porter noire oflVanrle h Apollon ; Acjà nous apercevions la colline sur laquelle le temple, orné fie colonnes chine Mancheur cclatantf, s'élève tlu sein d'un boîs de lauriers vers la voilte azurée des deux. Plus loin, no.s yeux se perdaient sur la plaine innnnise des iihts. Il était midi; le sable bnllait nos jneds, et à clia'jne pas que nous faisions, il s’élevait une poussière eriflanunée qui nous brûlait les yeux et se collait sur nos lèvres di>sséebée?. Nous gravissions ainsi, accablés de langueur; mais bientôt nous liAtAmcs le pas, lorsque nous aperçûmes devant nous, sur le bord niéinc du cliemiu, quelques arbres hauts et lonlliis; hur ombrage était aussi soin] re que la nuit. Saisis d'un frémissement reli'deux, nous entrâmes dans le bocage où l’on respirait la plus douce fraîclieur. Ce lieu de délices olTralt à la fuis tout ce qui pouvait récréer nos sens : ces arbres touffus cntouraienl un parterre do gazon arrosé par une soriicc ifeau la plus IVaiclic; de.s branches chargées de poires et de pcjninifs dorét's, s inclinaient vers le bassin, et les troncs des arbres étaient entrelacés de fertiles buissons, de l'églaulîer, de la groseille et du mûrier sauvage; la fontaine sortait en bouillonnant du pied d’iiii tomi*cau enfoiiré de cbèvrc-feuillc, de saules et de lierre rampan*. O dieux! m écriai-je, quel charme on respire en ce lieu ! Mon cœur béait celui dont la main bienfaisante a planté doux ombrages; c’est ici peut-être que reposent sofi cendres. Voici ) me dit Lycas, quelques caractères que [‘aperçois cuire ces rameaux de cbèvre-fcuille sur le bord du tombeau; peut-être nous apprendront-ils quel est celui
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;ui daigna pourvoir au soulagement du vo^'ageur fatigue. 11 souleva les rameaux avec son bâton, et lut ces mots :
tt Ici reposent les cendres d’Auiynlas, Sa vie entière ic fut rju’uiic cliaîucde bieiilaîls. Voulant encore faire du bien long-temps après sa mort, il conduisit cette source en ce lieu, et y planta ces arbres .m
Que la cendre soit bénie, homme généreux! que tous les tiens, que tous ceux que lu laissas après toi, soient J^eiiis à jamais! lijii (lisant ces mots, je vas de loin, sous les arbres, quelqu’un a avancer vers nous; celait une femme jeune cl Ijclle qui venait à la fontaine, avec un vase de terre sous son bras. Je vous saur, nous dit -elle dune voix gracieuse ; vous êtes étrangers cl vous êtes actai blés surtout du Jongclieniin que vous avez ffiil durant la chaleur du jour. Dilesmoi, auj-iez-vuiis besoin de (pidques ralraichissemcnts que vous 11 ayez pas trouves Ici? Nous te remercions liu dis-je, nous te remercions, femme almalde et bieiv fusante. Que poiUTions-nous désirer encore? Tcan de celte lonlaine est si pure, ces fruits sont .si délicieux ces ombrages si frais! Nous sommes pénétrés de véiié- I alion pour l itomrac de bien dont la cendre repose ici ; sa bieiilaisaiicc a prévu tous les Ijesoins du voyageur* Tu parais être de celte contrée; lu l'as 00111111^1115 doute? Ail! dis-nous, tandis que nous reposons à la fraîcheur de l’ombre, dis-nous quel fut cet homme vertueux.
iVorselle s’assit, fiosa son vase de terre à son cdté et s’appuyant dessus, elle reprît avec un sourire gra-
Puisque vous désirez savoir quel est l’homme qui repose sous ce:te tombe, comment il a conduit îci cette
L4 MORALE EN ACTION, source, el comment il n planté ces aihrcs, je vais vous le raconter.
Am \ nias était le nom ilc cet homme tic bien, llono rer les dieux, cti’c utile aux liommcs, c’était pour lui le bonheur le plus doux. Dans toute cette contrée, il n est pas un berger qui ne révère sa mémoire avec la recoiiiiaissaiicc la plus tendre; il n’en est pas un qui ne raconte, en versant des larmes de joie, fjuehjues traits de sa droiture ou de sa bonté. Dans ses derniers jours, il venait souvent s asseoir ici our le bord du chemin; d un air affable et doux, il saluait les passants, et oflrait des rafraîchissements au voyag*:ur fatigué. Kh quoi! dit-il un jour, si je plantais ici quelques arbres fruitiers; si, sous leur ombrage, je conduisais une source fraîche et limpide; leau et 1 ombre sont loin de ces lieux; je soulagerais encore long-temns après moi, et l'homme fatigué, et celui qui languit aux ardeurs du midi. Ce dessein fut promptement exécuté; de scs mains débiles il conduisit ici la source la plus pure; et alentour il planta ces arbres fertiles, dont les fruits mûrissent en didcreiitcs saisons. 11 n'a pu voir ces arbres dans loiHe leur vigueur, étendre au loin leurs branches touffues, et l’extrémité de leurs rameaux cédant au poids des fruits mûrs, se courber jusque sur le gazon fleuri ; mais il leur a vu prendre leurs premiers accroissements ; il s est promené sous leur ombre naissante. Lorsque les dieux, pour se hâter sans doute de récompenser sa bienfaisance, ont rappelé son àme dans leur sein, nous avons enseveli sa dépouille mortelle dans CCS lieux, afin que tous ceux qui reposent SOU 5 cet ombrage, bénissent sa cendre.
A ce récit, pénétrés de respect, nous bénîmes la cendre de Thomme de bien, et nous dîmes à la bergère ;
i.S. MORALE l:x ACTION'.
Celle soiirre nous a paru bien douce, et la fraîcheur de celle ombre nous a récréés, mais bien plus encore le récit que tu viens de nous faire. Que les dieux bénissent tous les instants de ta rie! et, pleins d‘un sentiment religieux , nous portâmes nos pas au temple d’ApoHoii.
Saint Basüa tî saint Grégoire de Naziance. Modèle pour les Istudiants.
Saint Basile et .saiiil Grégoire de Nazîance étaient tous deux sortis de familles fort nobles,selon le monde, ** et encore plus soloo D.eu, Ils naquirent javsijuc en uicine Iciiips, et leur naissance fut le l'ruil des prières et de la jiiété de leurs mères, qui dès ce moment môme les ofîrirenl à Dieu dont clics les avaient reçus. Celle de saint Grégoire le lui présenta dans l'église, sanctifia ses riuiiijs par les livres sacrés quelle lui fit toucher.
Ils avaient l’un et fauL-c tout ce qui rend les eufanls aimahies ; beauté de corps, a“rémeuls dans l’esprit, douceur el jmlite.sss dans les manières.
Leur érlucatioii fut telle quon peut se l’imaginer dans des familles oi'i la piété était, si l'on peut parier ainsi, bérédilaire et domestique, et où pèi’es, mères, frères, sœurs, aïeuls de côté et d’autre, étaient tous des saints, et des saints fort illustres.
Le iiaLurcl heureux que Dieu leur availi accordé fut cultivé avec tout le soin possible. Après les éludes domestiques , on les envoya séparément dans les villes de la Grece qui avaient le plus de réputation pour les sciences, et ils y prirent les leçons des jilus excellents maîtres.
Liifin ils se rejoignirent à Allièncs. On sait que cette ville était cormne le tbéStre et le ceiilrt des belles-
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53 Là Murale- e.v actioü»
îrihvs p.i df^ toute éjuclitiou. Kilo fut aussi conitiic le 1 Orccaii de 1 auiitié fümeusc île uas saiats; ou ilu iiioii:s elle servit beaucoup à eu serrer 1rs nœuds d'nue tuaiilèrc [dus étroilcv Une aveulure assez cxtraoitliuîiire y donna occasîou* 11 y avait à AtJfèues une coufuiue for! bizarre ])ar rapport aux éeolira’S tiouveaiix venus fpii s'y midaieTiî de dilltTeutes [aovinres. On coniuiençait par les iiitioduire dans une asscinldée ugnitaruse de jeunes gens comme eux, U on leur faisait essuyer mille brocardsj mille railleries, luille iusolejices; après \jiioi on les menait aux bains |.uhlics en cèrémunie, à travers la ville, escortas ctpri-i: das [>ar tous les jeunes gens qui mareliaieiu deux a den t. Lorsrpdon y élait ar* rive, toute la ïroupc sanatait. jetait de grands cris, et faisait mine de vouloir oiilbucer les portes, cnnnne si l’on J'C fusait de les leur onviir. Quand If non veau venu y avait élé admis, poi r lors i! recouvrait sa ü lierté. Grégoire, qui èt-u* arriva' le premier à Athènes, et qui savait combien ct-Üe ridlcnîc cérémonie était contraire et coulerait au canictère grave cl sérieux de Pïasile, eut assez de crédit parmi ses compagnons [»oar 1 en dispenser. Ce fut là, dit saint Grégoire de Naziaiice, dans radinirablc récit quïl but liû-même de cette aventure, ce qui commença à allumer en nous cette flamme qui ne s’éteignit jamais, et qui perça nos cœur^î d un trait qui y demeora toujours.
Cette liaison formée et commencée, comme je viens Je le dire, se fortifia de plus en pins, surtout lorsqim CCS deux amis, qui rfavaieut rien de secrcl fun pour fautre, eurent reconnu quils avaient tous le même but, et cbcrchaient le même trésor, je veux dire la sagesse et la vertu. Ils vivaient sous le même toit, mangeaient à la même Lible, avaient les mêmes exercices
r.A mon A LE EN A CT J O N.
elles nieines plaisirs, et u’utaieiit^ à propremcnl parlf;r, cju’iine inütue ;tn;e.
Ces deux saints, el Ion ne peut trop !e répéter aui jeunes gens, Lrillètcnt toujours parmi Jours compagnons par la beauté et la vi^'acité de leur esprit, par leur assiduité au travail, par les succès exli’aordinaircs qu ils eureiitdays toutes leurs études, parla lacililéetla pi oinpti ludciiv ee !ai[iu:llc ils saisirent toutes les sciences qu ou enseignait a Atliènes; belles-lettres, poésie, éloquence, pliilosopliiu ; mais ils se disliiiguèreut encore plus par LMic iuiioceiicc de mœurs, qui était alarmée à la vue du moindre lUiuger, et rpii craignait ju fpi’à I oiulire (lu mal. L n songe qu eut saint (irégoire dans sa plus tendre jeunesse, et dont il nous a laissé en vers une élégante description, corUiibua beaucoup ;i lui inspirer tbî tels seuliineus. Pendant qu’il dormait, il crut voir deux vierges du même âge et d une égale duLe , \ et lies d une manière modeste, et sans aucune de ces parures que reclierrhenl les personnes du siècle ; elles avriient les yeux baisses eu tiTre cl le visage couvert d’un voile, qui n’empikliail pas qu’on n’eiilrcvîl la rougeui que répandait sur leurs joues une pudeur virginale. Leur vue me remplit de joie, car elles paraissaient avoir quelque chose au ■dessusdcriiumain. Elles, de leur coté, ni embrassèrent et me caressèrent comme un enfant quelles aitiiaieril tendrement; et quand je leur demaiidai qui elles étaient, elles me dirent, lune qu’elle était la piifcté, et l’autre la continence, toutes deux les compagnes de Jésus-Christ, et les amies de ceux c|Uî rejioîiccot au mariage pour mener une vie céleste* Après, elles s euvoleretit au {‘irl, cE mes yeux les salvirent le plus loin qu’ils pureuL
J ont cela U etnit qu un songe, mais qui lit un
t A Aî 0 n 4 f £ e; x AcTloM:
tj ('S-rcLl sur le cœur. 11 i^utiblia jaiiMis cetit; iiiia^c ê 1 n^r«5ablft de !a cliastclé^ et U ia repassait avec plaisir dans son esprit. Ce fut, coiuaie \\ le dit Iui-nv6nej une étincelle de fcii qui s eHllaîiîifKint do plus en pKiSj Tembrasa d ajnour pour une cou tin t ii ce parf iitc*
Ils avaient tiu gnnid besoitj ^ lui et Basrlejd une telle vertu J pour sc soutenir nu nnlieu d( s périls d^Viliènes, la ville du monde la plus uau^cieuse pour tes mœurs, à cause de gc concours exlraoixÜnairede jeunes gens f[ui sy rcndciienl de toutes parts, cl qui y apporlaifTjt ebarun leurs vices; mais, dilsiviul .Grégoire, nous eûmes le honlicLir d éprouver, dans cî’lte \lllc corronjpue, (juetque chose de pareil, k ce f[üe disent les jïoétes, d un fleuve qui conserve la douceur de ses eaux au milieu de lamerlnmc de celles de la mer, et d^un aninial qui suIh sisLe au milieu du feu. t^ous u avions aucun commerce d amitié avec les méchauts. Nous ne connaissions à Athènes que deux clieniitis, run qui ronduisaîl k Tégüse et aux saints docteurs qui y enseignaient; l’antre nous menait aux écoles et chez nos mai très de litlcralure : pour ceux qui conduisahîiit aux fêtes mondaines aux spectacles, aux assemblées, aux festins, nous les ignorions absolument,
il semble que des jeunes gens de ce caractère, qui 9G séparaient de toute société, qui nuiraient aucune part aux plaisirs et aux diveiAisseiiieoïs de ceux de leur ûgc, dont la vie pure et innocente était une censure conliüuelle du dérèglement des aulré^ , dev îiient. être en butte k tous leurs compagnons, et devenir l’oijjel de leur baine, ou du nioiiis de leur nié])ris et de leur raillerie, Ce fut tout le contraire : rien n’osl plus glorieux à la mémoire de tes illustres amis, et, j'ose le dire ne' fait plus d'iionueui- k la iiiét qu'un tel événement II
LA MORALE EN A TION, Gj
fullail en efFet que leur verlu fût Ijieji ^jurc, si K iur coinlultc bien sage et bien nicsni’écj pour avoir su, non^seulement éviter l'envie et la baiiie, mais s’attirer géiiéralenunit restime, l aniour, le respect de tons leurs compagnons.
Cest ce qui parut d'une manière bien éclatante, lorsqu'on apprit qu’ils songeaient à quitter Atbènes pour rcüourner dans leur patrie. La donlenr fut universelle, les cris et le.s plaintes relentissaient de toutes parts, les larmes coulèrent de tous les jeux ; ils .allaient perdre, disaient-ils, tout l lionneur de leur ville et la gloire de leurs écoles.
Je ne sais s il est pos.sible d’imaginer un modèle plus parfait pour les jeunes gens, que celui que je viens d’exposer à leurs yeux; où l’on trouve réunis tous les traits qui rendent la jeunesse aimable et estimable : noblesse du sang, beauté eVesprit, ardeur incroyable pour l'étude, succès merveilleux dans tontes les sciences, manières polies et honnêtes, modestie étonnante au milieu des louanges, une piété et une crainte de Pieu que les mauvais exemples ne firent qu’accroître et fortifier. On peut lire, dans le troisième tome des lettres de M. Dugnet, uu caractère admirable de ces deux grands saints, compo.sé pour des écoliers qui répondaient sur quelques-uns de leurs traités.
L’EcoLer gcnéreiijc.
Un écolier, figé de dix-sept ans, étudiant en réthorique au collège d’Harcourt, rencontra, dans une de ses promenades, un liomnie couvert des haillons de la misère. L’indigence et les malheui'S avaient altéré, dîns cet infortuné, les traits d’un ancien domestique qui l’a- Tait autrefois servi chez ses parents. Il le reconnut avoc
G 2 la morale Eti action.
peine, et s’eu approcha avec la pitié la plus vive cl le plus puissant intérêt. Après l’avoir interrogé sur les causes de son infortune, à laquelle il remarqua que les vices ni la paresse n’avaient aucune pari ,* il lui assigna un rendez-vous secret, pour le matin, au collège d Harcourt. Il lui donne pour premier secours tout l’argent qu il possédait alors, et la portion du pain destiné à son déjeuner, avec ordre de revenir raprès-dîner pour son goûter. Il le charge de se loger dans une maison honnête, et de lui faire connaître 1 hôtesse chez laquelle il aurait choisi son ^ite. 11 s’excuse sur la modicité des secours qu il lui procure alors, et fcxhortc à esipérer, du temps et de sa bonne conduite, des jours pins calmes et plus heureux. L’iiôtessc choisie et présentée au jeune homme, a reçu pendant huit mois, le prix de ses loyers; elle a éclairé les démarches de l indigent, et a rendu témoignage de sa conduite. L infortuné a vécu, pendant ce long espace de temps, de la portion du pain destiné au déjeûner cl au goûter de ce généreux écolier; mais comme elle n’aurait j)as suffi, il y a ajouté , par chaque semaine , la modique somme d’argent que scs parents, en récompense de son travail, lui abandonnaient pour les plaisirs et les besoins de son âge. Cependant, il retranchait méthodi ({uement quelque chose pour mettre eu masse, afin d’habiller cet honnête mallicureux. Quand il a été assez riche, il a employé l'industrie d’un tiers pour adheter à la friperie un habit, et mis son protégé en état de se présenter sans humiliation pour solliciter quelque emploi. Cependant fimpatient jeune homme s'agitait et s intriguait pour lui trouver une place où il pût, en travaillant, se procurer une vie plus douce et plus aisée. Enfin il a eu le lionheur de prévenir le vœu
L A M (} fx A lÆ b .N A C TI O N . 63
de cet indigent 5 f[uij pour deruièic ressource, voulait s’engager. Il la fait entrer pour domestique dans une maison ou sa mère avait r[uelqucs liaisons. Cette mère, dînant un jour avec son amie, a reconnu ce lacpuais autrefois à ses gages. La curiosité fa portée à lui demander 1 histoire de sa vie, depuis qu il avait quitté sou service : elle finissait par le récit détaillé de la généreuse sensibilité de son lils. Jusque-là un profond secret avait été gardé de la part de son jeune bienfaiteur, qui avait meme trompé, sur cet article , la vigilance de son précepteur.
Trait de reconnaissance.
L INGRATITUDE cst un vice odieux et malheureusement trop commun : je n en connais pas qui décèle mieux une arne basse et méprisable, l^es animanx l(*s plus féroces font en horreur; il en est qui, à la honte de 1 humanité, ont donné des exemples frappans de reconnaissance : 1 histoire suivante en fournira une preuve authentique.
Les Espagnols étant assiégés dans Buérios-Ayres par les peuples du canton, le gouverneur avait défendu à tous ceux qui demeuraient dans la ville d'en sortir. Mais craignant que la famine qui commençait à se faire sentir ne fit violer scs ordres, il mit des gardes de toutes parts, avec ordre de tirer sur tous ceux qui chercheraient à passer fenceinte désignée. Cette précaution retint les plus illamés, à l’exception d’une femme nommée Maldonata, qui trompa la vigilance de ses gnides. Cette femme, après avoir erré dans des champs déserts, decouvi iî une caverne qui lui parut une letiaite siu'e contre tous les dangers ; mais elle y trouva une lionne dont la vue la saisit de frayeur. Ce-
LA RIORALE EX A CT 10 5
pendant les caresses de cet animal la rassurèrent uu peu ; elle reconnut même que ses caresses étaient lïi' léressêes : la lionne était pleine et ne pouvait mettre Kis; elle semblait demantler un service qm* Maldouata ne craignît pas de lui rendre. Lors<[utile fut beureusèment délivrée^ sa reconnaissance ne se Ijorna pas à des témoigiiages présents; elle sortit pour chcrclîer sa nourriture J et, depuis ce joiiTj elle ne nîaîK|ua pas d'app«rter aux pieds de sa lilïéialrice une provision quelle partageait avec elle, C^es soins durèrent aussi long-temps que scs petits lionceaux la idinrent dans la caverne* Lorstju’ellc les en eut retirés, Maldon a la cessa de la voir, et fut réduite à chercher sa subsistance ellc-mémc; mais elle ne put sortir souvent sans renconlrer les Indiens qui la firent esclave* Le ciel permit quelle fut reprise par les Espagnols, qui la rameuèrent k Buénos-Ayrcs. Le gouverneur en était sorti; un autre Espagnol qui commandait en son absence, homme dur jusqu à la cruauté, savait que cette femme avait violé une loi caplulc : il ne la crut pas assez punie par scs infortunes* 11 donna ordre <|u elle fût liée en pleine campagne pour y mourir de faim, qui était le mal dont elle avait voulu se garantir par ia fuite, ou pour y être dévorée par quelque bête féroce* Deux jours après, 14 voulut savoir ce qifelîe était devenue; quelques soldats qu il chargea de cet ordre furent surpris de la trouver pleine de vie, quoique environiiée de tigres et de lions qui n osaient s’approcher défie, parce qu’une lionne, qui était à ses pieds avec plusieurs lionceaux, semblait la défendre* A la vue des soldats, la lionne se retira un peu, comme pour leur laisser la liberté de délier sa bienfaitrice*Maldoimta leur raconta raventure de celte lionne, qui lavait reconnue au pro-
LA n'ORALK tS ACTION', G5
mier moment ; et lorsqu’après hii avoir ôté ses liens , ils SC tllsposaieTit t'i la rccoïKÎiiire à Bué«os Ayres, elle la caressa lieniicoitpj en paraissant regretter de la voir partir. Le rapporl (pi’ils en firent au conimandanl, lui lit Comprendre (|u'it ne pouvait, sans paraître plus féroce rpie les lions mêmes, se dispenser de faire grilcG a une femme dont le ciel avait pris si vivement la défense.
Anecdote anglaise.
Il se passa, dit-on, en Angleterre, une scène assez, plaisante entre un honnête cordonnier et un gentilhomme, prétendant à être nommé députe au pailement. Celui-ci, d’un air fort humble, tnlie dans la houtitjiie de l’artisan, qui lui demande d’iin tou for! hru.sqvie de quelle affaire il s'agissait : « De inc reudi e un pelil service, répondit le gcntilliomjne; il ne me manque plus qu’une voi.ï pour être élu, cl je vous prie de iri accorder la vôtre. — Oh bien ! si ccla est, reprit le cordonnier en lui présentant une escahellc, asseyez-vous là, causons enseniblc, et voyons un peu quel hoinino vous êtes.... A^ous hiivez de la bière, nest-ce pas? en voilà un pot déjà entamé; rjûiis le faiirons de corajiagnie- Allons, prenez mon verre :
huvez à ma santé, je boirai ensuite à la vôtre.
Qu à cela ne tienne, reprit le gentilhomme, m En meme temps, il hoit en faisant un peu la griroarc, (cDieii me damne! vous fumerez; car je fume, moi, poursuivit lartisan. — Eh mais!.,,, comme vous voudrez, 3 > "epartil le candidat en dévorant son dépîl,,.. Dnn sii tissez gauche, il allume sa pipe à celle de son nouveau camarade; et les voilà tous deux en train de pahtjquer tout à leur aise. Enfin, 1?* protecteur, fort
Lr. EN ACTION*
•-■■'-fl
T'vi
couteîiL tîavoir fait passer son protégé par toül<?s sortes d liniailiatioîis, le congédie sans façon* a Sortez sur-le-champ de^chez moi ^ vi ne eoniptcz pas sur mou suffrage* je me respecte trop pour le donner à uu Immme tjui se res|iecte si |>eU j et qui cherche à s élever par tant de kisscsses* n
Il y a pins de courage a supporter la vie fjuA rôLer- Cette vérité est confinuée par plusieurs cxciuplcs^ et notamment par celui d un [iotnme dont il est parlé dans un livre italien imprimé depuis peu* Après avoir rendu compte k sou intime auji des revers terrïliles qui! venait d essuyer : « Eh hieii! ajoitla-t-ilj f|u’aiiriez vous fait a ma place, dans de telles extréuiités? —' Qui? nioll répomlit le coJiflderï/ ; je nie serais donné la mort, — J ai plus fait , repi il fautre froidement J j’ai vécu, n
Iltsîoire d'un /îevennn/,
La frayeur est ingénieuse à sc créer des fanttVnics : ' rm s imagine voir, on dit qifon a vu; riiistoire vole dü lx>uclie eu bouche; souvent on la firode; et plus elle est absurde, ]ïlns il semble qu’on pr^^nne plaisir â fadopter. Les hommes faibles ou superslîlieux ne manquent pas de sen faire une égide, Ci^ombieD de fables rignorance et la crédulité nbiil-ellcs pas fait parvenir jusqu à nous?
Félix potuiliKrerffm co^nose^re c ait sas !
VoRDAc, dans ses mémoires, raconte qn’étant h Plaisance, ville d Italie, il alla dans une bôlellcrlc dont le maître avait perdu sa mère la nuit précédente.
Qet homme ayant envoyé un de scs domestiques pour cheicher queL|ues linges dans la cliamljrc de la
LA MOR l Lfc. EN ACTION. (î;;
défunte, celui-ci revint liors d’haleine, en criant qu ü avait vu sa dame 5 quelle était revenue, et couchée Jaus son lit. Un auîJ'e valet fit rintrépidcj y alla, el cotifinua la méiiie cliose.
Le maître du loyb voulut y aller à son tour, et se fit accompagner de sa servante*, un moment après i! descendit, et cria a CeUX ([ui logeaieut chez lui : Oui, Messieurs, ma pauvre mère, Etienne liane, je lai vue J mais je ifai pas eu le courage de lui parler.
Vordac prit un flainbeau, et adressant la parole ü un ecclésiastique qui était de la compagnie : Allons, tnoïisieur, ^ Je le veux bien, répond l’abbé, pourvu ijue vous passiez le premier. Toute la maisem voubU cire de la partie. On les suivit, on entra dans la chambre, on tira les rideaux du lit. \ovàiiC apmçuL la figure eVune vieille femme noire et ridée, assez bien coiirée, et qui faisait des grimaces ridicules.
On dit au maître de la maison d approcher pour voir si cetait sa mère. Oui, c'est elle : ah! ma pauvre mère! Les valets crièreiiL de même, que c^était leur nuüTresse.
Vordac dit alors à lecclési as tique : u Vous êtes prêtre, interrogez l'esprit. » Le prêtre s'avança, interrogea la morte, et lui jeta de l'eau bénite sur je visage. L’esprit se sentant niouifié, sauta sur la tête de labbé^ el le mordit ; alors tout le monde s enfuit.
L’esprit et l’eeclésiasllque se débattant ensemble, la coifiUre tomba, et Vordac vit que ce tait un singe.
Ce sitjge avait souvent vu sa maîtresse se coiffer d’une certaine manière; il avait mis sa coiffure, et £ était couché sur le lit où elle se reposait.
Tel est plus ou moins le fond de toutes les histoires des prétendus revenanU : le dénouement ^st à peu
t A HOflAr-E KS action.
près le même. Si ou avait la W de les réduire loiiles a cur jus e \a eiir, les lém iie.Sj les ciifanLs, cl les cinq . ixierae.s es lommcs seraient exempts des frayeurs puériles qui consuniciit la moitié de leur vie.
Tratlj tic bienfaisance.
Le roi Louis X\ et son auguste épouse, peu ds temps avant e monter sui’ le trône, se promenaient dans le parc de Versailles, libres du faste imiiorlun qui sans cesse assiège les grands; ils aperçurent un jeuTJB en ant ejui portait une écncile avec qtielfjties cudW.yI étain. - Que portes-lu là? dit la princesse, ladame, cesl de la .soupe pour mon père et ma mère, qu, tiayailteiu làd.as aux champs. - Et avec quoi est-elle faite? Avec de i’eau, madame, et des racines. — Quoi! sans viande?— Oh! madame, bien
ncurcuxqiiaud nous avons du pain-Eli bien, porte
ce louis à Ion père, pour vous faire à tous de mcil Icurc soupe.... Elle dit au prince ; « Voyons ce qu elle deviendra. » Ils la suivirent en elTet; et considérant de loin le bon homme courbé sous le poids de son travail, qui, dès que la fille lui a remis le louis, et lui a fait pari de cette heureuse rencontre, tombe à genoux avec sa femme et ses enfants, et lève les mai us vers le ciel Ah! vois-tu, mon ami! s’écrie la princesse, ils prient pour nous. Quel plaisir on goûte de faire du bien! ton cœur ne te dit-il rien à un pareil spectacle? — Mettez votre main là, dit le prince en portant à son cœur celle de son épouse. — Oliî ton coeur bat bien fort! va, tu es sensible, et je suis contente de loi.
Madame de SAiier-J., épouse du juge de C...
reçut, en l’aljscncede son man, une pauvre luiysanue
tA MORALE EN ACTION. Og
^onl le procès (Tevait être jugé le lendemain; et de ce procès dépendait sa niodicjue fortune. Le père de la paj sanne s était approprié quekpies terrains qui ne lui appartenaient pas, ef cette infortunée, qui ignorait cette faute punissable, jouissait, comme héritière, de ce bien mal acquis. Sa famille était nombreuse, et la perte de ces terrains les réduisait tous à la mendicité.
Ses larmes touchèrent madame de St.-J.; elle fait
d autant plus sensible à la douleur de cette pauvre femme, qu elle vit de la délicatesse et de la probité dans sa façon de penser. Elle gémissait plus encore de la coupable cupidité de son père , que de la perle quelle allait faire. « Consolez-vous, lui dit madame
.; quand votre procès sera jugé, venez me
trouver; mais que ce soit en particulier ; j’aurai alors quelque chose à vous dire qui ne doit être su que de vous et de moi. » Après avoir congédié la paysanne,
madame de St.-J. fut chez M. de P.qui était
son parrain, et qui lui avait donné en se mariant un contrat de 200 livres de rente, pour être employées uniquement à ses menus plaisirs. « De grüce, mon cher parrain, lui dit-elle, donnez-moi le fonds de ce contrat; je veux m'acheter un bijou dont je suis enchantée , que je ne puis demander à mon mari, et que je ne veux pas même obtenir de vos bontés pour moi ; vous m’avez donné ce contrat; rachelez-le-moi; cela
me suffit. » M. de P.questionna en vain sa filleule
sur le bijou en question ; clic éluda toujours de le satisfaire avec le ton de la gaieté. M. de P était avare,
et profita du désir de madame de St.-J ; il ne voulut racheter le contrat que pour 3 ,ooo livres. Madame
de St.-J.accepta avec empressement, et se priva ,
comme ou voit, de 200 livres de rente, et de cent pis-
7° i-A ai (1 RALE r.x A.iTiox
tôles d Jrger:t fjuî rcvc-nir sur son coiitraL
ais, satisfaite d avoir une somme dont elle voulait aire un digse usage, elle revient chez elle, et attend <uec imjiatience la décision du procès, l-a pav-sanne le perdit, et revint le lendemain tout eu pleurs trouver
madame de St.-J.Etaiu entrées tontes les deux dans
e cabinet, la bien!.;h,—.Me éjmuse du juge le plus iatè^e, remit à la p'ipanne.désolée les 3,ooo livres qu el eavait eues de son parrain. « Prenez ccltesoniine, ma ebère amie, lui dit-elle; employez-la à racheter le jicn que vou.s venez de perdre, si on veut vou.s le vendre, ou un autre de même valeur. Vous n’aurez nen perdu, et vous me ferez gagner k moi un jour do bonheur. Allez , allez, ne me refusez pas : ce qne jo vous donne m’enrichit pour l autre monde, et ne peut appauvrir dans celui-Li une t'emine prudente qui n’attache aucun prix au.\ ! agatelies dont elle se pare. »
Sainval el fîe'-ein.ï, atiecfloie française.
Les noeuds d une tendre amitiii unissaient les jeunes Samval et Gervais : mêmes goi’its, mêmes aniusemeuts. Occupes de ces douces affections dont i’^mc est susceptible,iis passaient les jours \cs plus heureux, üu matin quils étaient ensemble ilans un bois à cueillir des noisettes, Gervais aperçut un uid d'oiseau. Embrasser l’arlire, grimper sur la branche, fut l'ouvrage dun instant. Il satisfait sou envie, et le voilà possesseur de qimtre oiseaux que rhiexpérieiice rendait encore timi es. Pendant qn il cherchait les moyens de descemi^e sans les faire périr, un loup affamé vient cb-oit i Samval, qui jette un cri; Gerv^ais voit le Jangei, et quoique ]i i .suade qu il ne risque rien sur l'arbre, d se laisse glisser pour secourir sou ami. II saisit un
LA M 0 fl A L L EK A C X I 0 K. j
caillou: le loup furieux sV’hirjoe sur Sain val; Gerraîs le prévient, eiifurice sou liras dans la gueule de l'aiii- »nal, et le lient en respect en serrant fortement sa angue, tandis (pie Saiiival perce de son couteau le ■oup, qui expire.
Saiiival tcniolguc, par ses caresses, sa reconnaissance h son ami. Tous deux trai'uent leur proie â la ville. On s a.sseiiible de tonte part lioiir apprendre leur aventure. Le récit détaillé qu'ils en font, arrache des larmes de sentiinenl de tous les .spectateurs. Gervais SC derohe hicnlél aux appiaudisseriients que l'on donne A sa lirai orne, retourne aux hois cl lercli erses oiseaux les retrouve, et joue autour de la cage qui les ren nue.
Trait Théroisme.
Jean de Cliourscs, comte de Malicome, chevalier des ordres du roi, gouverneur de Poitou, était fort attaché à Henri 111 , roi de France, et ce monarque l'hotiorait de son amitié. Les robe lies de Poitiers se saisirent de sa personne, le traînèrent dans les rues de celte ville, en poi Uinl à chaque pas leurs hallebardes à sa gorge pour Initlmider et Tobliger de manquer de fidélité au roi. « Je n’ai jamais commis de lâcheté; le serment que vous voulez que je fasse en serait une, leur répondil-il; vous pouvez m’éitcr la vie, mais vous Jl ne m’ôterez jamais l’iiorineur.
La force du sentiment.
Ce n’est pas ici un roman; c’est un fait vu'ti, et je vais l’offrir dans toute sa simjilicilé.
Un homme, nommé Jacques, exerçait une profession vile, s’il est quelque profession qui puisse humilier; U avait nue femme et quatre enfants; son travail lui fournissait à peir^e de quoi procurer la subsistance
LA MORAJ. E LN ACTiOX.
â cette mallicurcuse famille; il goûtait cepeiiclaiU îe vrai bonheur; son cœur s’ouvrait à la joie rpianLl il les voyait contents, et (julls cbantaierit avec lui. Il etnjJoyait les jours et les nuits â son travail ingrat. On (lirait que la fortune est un mauvais génie (jui se plaît à |jersécuter les cœurs IinuTÔtes, à les décliircrj à le.s jicrcer des traits les plus sensibles,
Jacques, malgré tous scs soins, scs veilles, son oîistination à combattre son triste sort, se vit accablé de la plus affreuse misère; sa femme, ses enfants loinbèrcnt dans le besoin ; ils gémirent, ils déniandcrciit du pain. Jac(fues pleura avec eux , il sentit l liorrcur de leur situation; il ouldlait en quelque sorte que luimême avait faim, pour se remplir des cris cl de l’état liorrible de sa famille; il implora l’assistance de scs voisins. 11 est inutile de dire que la plupart dédaignèrent même de le regarder. Qu'esl-ce sur la terre qu’un malheureux! 11 demanda l’amnc'ine avmc larmes, or ne l'ccouta pas, et l'on ne vit point ses pleurs ; on si (pielqu un à qui il arriva par liasard tTavoir une légère émotion d’iiuraanité, s’arrclaîl pour lui donner du secours, célait un si faible soulagement, que sa femme et scs enfants ne faisaient que reculer leur fin de très-peu djinstants. Ce malhenrcnx, au désespoir, court égaré «fas les rues ; il renronü'c un de ses camarades de la même profession, ei à peu près aussi indigent que lui. Celui-ci est frappé de b douleur où il voit Jacques, il lui en demande le sujet ; « Je suis perdu, répond le pauvre homme; ma femme, mes enfants u’oiit pas
mangé depuis hier midi, et.je ne sais où je vas.....
ils vont mourir. « Mon ami, lui dit l’autre, pénétré de sa situation, voilà dcu.x sous, c’est tout ce que je possède ; si tn voulais gagriei- quclipia argent, je l'eiisci-
T. \ M O II A L E i: y A C T 1 0 X.
gîierals hlen un moyen. — Je lcrai tout, lépoiul Jacques avec vivacité, liors ce qui est contre 1 honneur et la religion. — Eh bien, poursuivit son camarade^ va à tel endroit, chez telle personne; elle apprend à saigner; et, si tu veux te résoudre à te faire saigner, elle te donnera quelque argent.
Jacques Vole chez la personne indiquée; on le sai gne d un bras; il est payé. 11 apprend la même chose dans un autre endroit; il y court et se fait encore saigner do l’autre liras. Cet homme si respertable et si à [ilaindre, transporte de joie, <ichéte du pain, retourne précipitamment chez lui, le paitage entre sa femme et ses enfants, ils le voient changer de couleur: il s assied; le sang coule de ses bras. iMon mari! mon père! qu’avez-vous? vous vous êtes fait saigner! Ma chère femme, mes chers enfants, leur dit il avec un profond soupir, et en les tenant embrassés étroitement, c était... c était pour vous donner du ptiin. Alors ces infortunés 1 Inondent de leurs larmes : ilr le pressent réciprocpiement contie leur cœur.... O Immincs! quel spectacle!
Paisse ce trait de sensi!)iji»c réveiller rinimanilé assoupie dans le fond des cœurs ! puisse-l.il être une voix qui crie aux oreilles endurcies d? ces riches dénaturés qui, tandis qu'ils se regorgent (je ne balance pas è me servir de cette vieille expression) des mets les [dus alÿondants et les plus superflus, laissent leurs semblables , des hommes , des familles entières mouri/? de faim! On ne présente pas assez cette aflreuse vérité. J’ai vu bien du monde, des cercles différents, des grands, des petits, depuis le premier jusqu'au dernier des états ai tout examiné, j’ai tout parcouru. Croiriez-vous qu’il ne m’est jamais arrivé d’entendre dire:
Si j'avais tant de bien, j’en mettrais tant à secourir des •
LA MORALE EX ACTION
infortunés? J en ai vu hraiicoup de ces êtres qu'oii appelle Seigneurs^ se ruiner pour des filles iléshonoiées ; heaucoup de financiers sans pudeur, s^tvllir par un luxe insultant : Ijeniicoup de gens occupes a établir leur fortune et à 1 an;.'nieiiler; 11 faut espérer f[u\avaut de mourir, je reconDaitral des coeurs bienfaisants, des Jacques; cest sans doute le dernirr drs sjjectacles dont il me reste k jouir* Je doute, ffutdque tfiucbaut tpfil soit, qu'il tu attendrisse autant qu II métotmera*
Trait fthiananité.
Un jeu lue liomnie est Jcrnièrî-nicnl anélc dans une petite rue auprès d'une place mrirchande; on lui demande la bourse ou la vie* On Cüjur courageux et sen^ sible distingue bientôt la voix du malheureux que la misère entraîne au crime, de cellt' tlu scélérat qtie la méchauceté y porte. Le jciue h jnmm sent rpi il a un infortuné à sauver* c: Que Jema:ides-tu, inisérablc? que demandes-tu? dit-Il d uo ton imposant à sou agresseur,— Rien , monsieur, lui répond une voix sanglotante ; je ne vous demande rien. — Qui es*tu ? que faisla?—^Je suis un pauvre garçon cordonnier, horsd^étaï
de nounir ma femme et quatre enfui Ls ; je ne sais**..
Mais dis-tu vrai? (Il sentait bien que ce malheureux u( disait que trop la vérité*) Ou demeures-tLi?üans telle rue, chez un boulanger*—Voyons, aJloos* Le cordonnier, subjugué par un ascendant impérieux, mène le jeune homme à sa demeure, comme il l'aurait conduit jusqu’au fond d'un cachot. On arrive chez le boulanger i il n y avait qu'une femme dans ta Lviutique, Madame, connaissez - vous cet homme? Oui monsieur; c'cBt un garçon cordonnier qui dem&ure au cinquième, et qui a bien de ia peine à soutenir sa noia-