LA MOR VLI: EX AC T 10 X
ne crut point devoir écrire au prince; mais il lui fil dire : a Dieu veuille nous pardonner nos ])écliés à tous! Tour rar<;ent dont vous me laissez la disposition, je ru' suis pas cajiable de le distribuer j puisque je suis mort. )>
Un jeune homme, mali^ré les avantages dune honiie éducation , fait-il des fautes? on n’a pas pour cela perdu son temps auprès de lui. Les semences de \crlii quon a jetées dans son âme, se développeront et fructifieront dans un Age plus avancé. Alors l’image de son instituteur se présentera avec des traits que rirapétuosité de la jeunesse l’avait empêché d'y apercevoir. Il n’y verra plus, comme autrefois, un triste pédagogue aussi importun que dilficile, mais un sage qui travaillait à son bonlicur, et qui lui en avait frayé !a route.
Je dis plus, les remords se feront sentir même avant ce temps-là; ils naîtront infailliblement du contraste de sa conduite avec les maximes dont il aura été imbu: or, tant que la conscience parle, rien n’est désespéré. Quiconque a le courage de se dire à soi-même, j’ai mal fait, n’en manque guère pour ajouter, je vais mieux faire. Quand l’éducatioTi a été vicieuse,4 édifice manque par le fondement. On a reçu de mauvais principes; mais parce qu’on les croit bons, plus ou s y conforme, plus on se trouve irréprochable.
Armée puissante dissipée par des moucherons-
Les instruments les plus faibles sont redoutables entre les mains de Dieu ; il s’en sert pour abattre la puissance des liommcs, humilier leur orgueil et renverser leurs plus vastes projets.
Sapor, roi de Perse, vint, fan 35o, assiéger Nisibe i
LA MORALE £N ACTION. O î I
en Mésojiotanilc, le plus puissant rempart de lempirc roiiiaiii sur cette fionlière. 11 avait une arini5c formi- (I.iIjIc, et une cavalerie soutenue d"un grand nombre d’elf'phants. Le siège dura quatre mois. Ou fit la circonvallation^ on éleva des tours, on employa toutes les machines de guerre dont on se servait alors, mais inutilement. Enfin, après soixante-dix jours de travaux, Sapor fit arrêter le fleuve Magdonc, qui traversait la ville. Quand reau fut à une certaine hauteur, on rompit la digue qui bavait arretée; la rivière venant avec impétuosité rra])per les murailles de la ville, en renversa un pan considérable, et y lit une large ouverture.
Les Perses témoignèrent leur joie par de grands cris : mais ils diiTérèrent l’assaut au lendemain, parce querinondalion rendait la brèche inaccessible. Quand us approchèrent, ils furent bien serpris de trouver une autre muraille, que la gariiison et les habitiints asalenl élevée pendant la nuit, lorsque leur évêque priait Dieu dans son église, qu il daignât conduire lulméme et bénir leurs travaux.
Sapor s étant avancé pourvoir un ouvrage si peu attendu, parut étonné; mais il le fut bien davantage quand il crut voir sur cette muraille un homme revêtu des habits ro 3 ^aux, dont la pourpre et le diadème jetaient un grand éclat. Ne doutant pas que ce ne (ut (jonstaiice qui gouvernait l’empme romain, il mena(^:a Je mort ceux qui lui avaient annoncé que cet empereur ifétait point alors à Nisibe. Quand il sut que véritablement Constance était à Aiitiocîie, il comprit ce que signifiait sa vision, et jugea que le Dieu qu on adorait dans fempirc romain défendait la ville de N'UiLe.
011 L .1 M O R A LU* i: N A C T I 0 ‘ .
Au lieu (le reconnaître la puissance de Dieu qui coiiihaltait pour les Romains, Sapor, tout hors de lui* jela un javelot en l'air, coiume })f/ur altaqucr le ciel môme, et ne pensa qu à Taire de nouveaux efforts pour emporter la plact.*. Il y em[)loya encore plus de six semaines, sans autre succès que de latigucr les assiégés. Le saint diacre Eplircm, ennuyé de ces longueurs, coiiimo tous les autres, pria léveque Jacques de maudire celte armée. Le saint homme ne crut pas qu il fut pcM iiiis de demander ou souhaiter la perle (le tant d hommes j il s’adressa seulement à Dieu pour iC prier de faire finir les incommodités et les maux niscparahles d un ci long siège.
Après sa jirièrc, il monta sur une tour, cl enconsideraiU la multiLudc incroyable d'ennenns qui cnvirounaient la ville, il dit à Dieu : « Seigneur,qui pouvez abattre forgueil des superbes en envoyant contre eux les pins vils insectes, opposez à cette forinidahle armée une armée de moucherons. » On en vil aussitôt venir fondre sur les ennemis, comme des nuées si épaisses, que lair en était obscurci. Les inouchcrous eiitrèrent dans les trompes des éléphants, dans les na^ seaux et les oreilles des chevaux, qui, se mettant en fureur, rompaient leurs brides et leurs harnois, secouaientleurs hommes,rompaient les rangs et fuyaient partout ou ils pouvaient. Les soldats se tiouvaieiit attaqués en môme temps par ces animaux incommodes; tout le camp fut bientôt en désordre. Sapor, forcé de reconnaître la puissance du Dieu des Romains, leva le siège et se retira honteusement.
Noiu tenons un fait si mémorable de saint Tliéocbr-et, évêque dc-Cir, 1 un des plus graves et des plus judicieux écrivains de 1 antiquité ecclésiastique. C*et
L A AI OK A r F E N A C T I O N. 3 î 3
C'Vérîemenl a été aussi attesté par l liistorien Philosk-rge^anea outré, enneiiii passionné de tous les prélats catholiques, et par conséquent peu favorable à saint Jacques de Nisibe.
Funestes effets des faux rapports,
OiV ne saurait être trop en garde contre les rapports : ils sont solvent injustes et calomnieux. Dieu punit quelquefois, dès ce monde même, d une manière terrible, les injustices et les calomnies.
Sous le règne de Tliéodoric, roi des Goths^ les deux plus illustres sénateurs, Syminaque et Boëce son gendre, furent accusés de crime d état. Le roi eut l’imprudence d^ajouter ti Dp légèrement foi à ces rapports faux et calomnieuc, et les ût mettre en priso?î. Bocce était chrétien, et très-zélé pour la religion catholique, qu'il défendit par plusieurs écrits, en particulier contre Eutiches et Nestorius. Le plus beau et le plus excellent de ses ouvrages, cest la Consolation de la Philosophie, qu’il composa dans sa prison. Il fut mis à mort Pan 624 , et son beau-père Symmaque eut le même sort Tannée suivante.
Le roi Tliéodoric ne survécut pas long-temps. Un jour, ses officiers ayant servi sur sa table un gros poisr son, il crut voir dans le plat la tête de Symmaque fraîchement coupée, qui le regardait d’un œil furieux; P en fut si épouvanté, qu’il lui prit un grand frisson : il SC mit au lit, détestant et pleurant son crime, d’avoir fait mourir ces deux illustres sénateurs sur des calonr nies. Se voyant mourir, il appela les principaux de la nation des Goths, et fît reconnaître pour roi Athalaric, son petit-fils, âgé de huit ans.
Les auteurs ecclésiastiques ont remarqué que si on
LA MQRiLZ EN* ^CTÎON.
condamnait ceux qui accusent fausseinrut les nuiras^ aux mêmes supplices qa'ils leur ont voulu (aircsoüffnr, COU]me 1 ordonDcnt même les lois civiles et (‘ano irques, on purgerait bient^H le monde du Tcnin do riniposturcj et 1 ou ne verrait plus si souvent 1 iitiiocence punie et la calomnie récompeusée* Mrfis^ couuue saint Grégoire dit excelleuimeut, Dieu permet cei maux pour en tirer tle grands hicus i Abel a besoin de CaiOy Jacob d'Esaüj cL David de Saül, afin que lei persécutions qu’ils souiTreul devicnnmiL 1 exercice et le courouüemcîU de leur vertu.
Le supporî du prochain.
Il y a des personnes qui ne peu vent vivre en parx avec qui que ce soit. G esî assiirérnonl un grand déCuil d exercer la vertu des autres par sa rnauvaise huracur Supporter les défauts du prochain picliemment etdanfi un esprit de charité, C^est un grand donv
Lr célèbre Cassien, dont nous avons plusieurs ou vrages, entre autres les Conférerfoes dos Pèrer du 7 >esert, l’apporte d une dame d’Alexandrie, quel!? avait tant d amour pour les souffrances, que, noÆ
contente de supporter de bon coeur celles qu il plairait à Dieu de lui envojor, elle recherchait encore avec ardeur tout ce qui pouvait lui donner occasion de r.oüfTnt et d’exercer sa patiertce.
L’église d’iVlexaiïdrie nourrissait dans ce tempidà plusieurs veuves : elleajiia prier saint Atliatiâse de lui en donner une pour la nourrir'chez elle, et pour scu lager l’église. Le saint, ayant loué extrêmement son dessein, commanda qu'au lui en choisit Une duû esprit doux et d’une grande piété : elle la mena cher ebe, et l’y garda quelque|tefnps% b servant et D traï'
LA MOÏIAL^: ACTIO?^. 3i>
(nnt avec toute sorte d'aÜetUions et de soins; mais jjarcc cjiic cette pauvre fcininc ne cessait de la louer et de la iTmercier à tous moineiits de ses bontés, clic dlli trouver le saint évéque, et $e plaignit a lui^ de ce ïue lui ayant demandé utïe femme ejui lui donnât lieu ae s exercer et de mériter en la servant ^ il n en avait rien fait-
Saint Atbanase ne comprit pas dabord ce quelle voulait dire, et s^itnagina qu on avait manque à sc* ordres; loaiSj s^^lflnt bien informé et sachant quon avait cîioisî nue lémme ploîiie de piété, il comprit co que la dame voulait dire par ses plaintes, et lui répondit y mettrait ordre, il commanda donc qu on en choisît une d’un esprit aigre, d^une luimeur difficile et incompatible (et celle-là, dît Oissieiï, fut plus aisée à trouver que l'autre J» En effet, on choisit une femme sèche J chagnne, colère, acariâtre, querelleuse; il la lit mettre entre les mains de cctle pieuse dame, qui la coLidulslt aussitôt chez elle, et s attacha à la servir avec encore jïliis d humilité et de soins que 1 autre.
Elle nen reçut que die ringratitude, des plaintes et dti mauvais tniitements; cette méchante veuve la contrariait ccntinnellcment en tout, et portait nfênic quelquefois sa colère jusqu'à mettre les mains sm^ elle. Là sainte femme trouva donc comme au-delà de ce qu'elle avait demandé; elle alla remercier samt Atîuiiiase, de lui avoir donné une femme qui lui avait si bien appris la patience, et qui liii^ fournissait tous les jours tant d'occasions de mériter-
Dans bien des moment^, elle sentait tout le poids du fardeau; cependant elle conliniia toujours sesuons offices : après avoir vécu ciuclqne temps «lins cet exer-
3l6 LA MORALE ACTION.
cice (le charité et de mortification, clic mourut sainte-
ment dans le Seigneur.
Nous nous procurons beaucoup plus Je Lien a nous-mêmes, par le support du prochain, par la pratique de la charité, que nous n'en procurons aux autres par les assistances que nous leur rendons; nous ne pouvons (juc conserver ou guérir leurs corp; mais nous ressuscitons ou nous conservons notre propre ^me, en les aimant et en les assLt^nl. La chante est donc un commerce ou Lon reçoit b^ucoup plus qu on ue donne.
La Providence jiisLifiée.
Rien de si inefiable que les ressources de la Providence divine envers ceux qui mettent en elle toute leur confiance. Tant de traits qui sont arrivés en ce genre doivent bien animer en nous cette confiance intime : en voici un bien capable de la renouveler, si les sentiments en étaient altérés dans nous. Il est arrivé presque de nos jours.
Un homme avait passé près de vingt ans dans une pauvreté extrême, et dans la patience la plus résignée à la volonté de Dieu, espérant toujours quil viendrait à son secours et à celui de sa famille; car il ifavait pour tout bien que six enfants, manquant souvent de pain pour fournir à leur subsistance.
Dans ce teiups-là, un prédicateur célèbre prêchait le carême ; sa grande réputation d’éloquence et de sainteté amenait toute la ville à ses discours,, et lui attuait la confiance de tous ses habitants. Un jour, une personne inconnue s'adressa à lui, et lui dit : Mon père^ 'ai une* bonne œuvre à faire, et je vous la confie; voilà
T, A. morale en 'ACTION. /
mille éciis; dislrlLuez-les rux pauvres que vous counaîtrez dans on besoin réel. Pcrmeltez-nioi, ui r pond ce prédicateur, de ne pas me charger de celte
commission i vous connaissez les parures mieux que
moi, distribuez vous-inâmc cette somme : d ai leurs, si on savait que je fais ainsi des aumônes, tous h;3 jours je serais assailli de pauvres, et je ne pourrais vaquer
aux fonctions de mon ministère. ^
La personne persista cl le supplia inslammeiil de lui accorder cette grôce. Le prédicateur, cicjanl ne pouvoir s’y refuser, pria la personne moins ses intentions en détail, et de que c manioi ^ elle voulait que cette somme fût employée. L i nen . dit la personne, pour couper court, donnez-la,si vou le jugez A propos , au premier pauvre qui s adressera k ions; ce sera la Providence elle-même qui en dis-
Le'prédicateur prêcl.a le lendemain sur ia Provi-' denec, et insista licauconp sur ce passage du roi prophète ; e Jamais je n’ai vu le juste abandonne c e leu,
n i scs doscenda n ts ma n qu er de pa m. «
Cet homme pauvre dont nous avons parle, ava
a,.sisli .U scrmot., qu™d il fui Bui. « ' n'
prenait <iuclc,ac ■''P»- ^j ™jans entrant, vous avez annonce de ^lanat tous vos sermons, et j’y ai assisté avec mais pour aujourd lnd, permcttez-moi de vous le dire jo suis une preuve vivante du contraire de ce que vous avez dit. 11 y a vingt ans que je Uche de servir le b .neur et de vivi'e en chrétien ; je suis pauvre et h dmt t la nécessité; toutes mes ricliesses sont rme je ne nounns presque que du pam de mes iai.iRs fai touiours mis ma cm^ihncc en la Provulcm.c,c c
2 i y L\ >1 O n A L ü A G TI O -
père quelle \ieiiurait à mon aide, mais inutilcincnl;
je ne sais plusquedcvehfr,et celle Providence disparait
i. mes yeux.
Kh Lien, mon enfant^ lui dit alors le prédicateur, Lien loin (juc vous soyez une preuve dn contraire de ce rpic jai pi('('Iic, vous deviendrez vous-même un monument sensible de cette Providence divine; tenez, voilà mille cens, ils sont à vous, c'est elle qui vous les envoie. Ce pauvre Ijomme, tout Iranspoilê, reçoit cett-3 somme comme venant du ciel, admire la bonté de Ditm, va annoncer A sa famiHc désolée le bonlicui inespéré qu il vient d’éprouver. Tous scs enfants, fondant en larmes de joie, se prosternèrent pour rendre grâces au Seigneur de scs inellables bontés, et pour prier pour la personne de piété qui leur avait procuré ce secours abondant, dans le moment même où ils étaient sur le point de tomber dans le désespoir.
• Le]>esoin du nécessaire est ce qui jelte les hommes dans 1 inquiétude pour l avenir; et c est cela même qui de\TaiL les mclLie en repos, puisque cesi là proprement 1 adaire de la Providence et le soin d’un père.
^ L’avenir est du ressort de Dieu seul; c'est entreprendre sur ses devoirs,que de vouloir prévoir tout, et ce qui peut nous arriver, et nous mctlre à couvert de tout par nos soins, comme pour ne pas dé’peiidrc de sa Providence... Faisons dans le temps ce que Dieu dcniràiidc de nous, et abandonnons nous à lui pour les suites.
La vengeance faisant eVun martyr un apostat.
des traits les plus marqués de l’animosité et fhs ia haine, cest celui qui est rapporté au si jel de Saprice et de Nicephore. Le premier était ja 'Uc, le se-
LA MORALR ES ACTIOS. 3iy
tond laïque. Ils vivaient ensemble dans une si parfaite
union, qu'on les eût pris pour deux ‘ores. ’
par je ne sais quel malbeur, que leur ain.tie se cl an- L en une liaL si envenimée, qu tls évitaient mente
le se voir. Enfin, Niccpliore rentra en nie
faisant réOexion que la haine est un ' 'ee d,aboli ne , il pria des amis communs d’aller trouver le conjurer do lui pardonner et d avoii égari .1 pentir' mais Saprice ne voulut point ^
L réconciliation. Nlcépliorc va lu. parler lui -niune. ,e jette à ses genoux, le conjure de In, '
a éu le malheur de lui déplaire; mais cet lioin placablc et sourd i ses prières persiste dans son rosse.
, ifétes r'élive la pciséention de Valé rie""wlcr:st ar“ ."/co^inie^trétieii; il est pré senté au’^tribunal du juge; on le met a une licite,il la soulfie avec
flaron«;iiavoirlaU-tctiaiic itc, rourt avec em-
, 1,1 sunplice.Nicépliore en elanl averti, court avec ei
court par une autre rue, et e esc,ne ^
Saprice, fondant eu larmes ,
, ?e bourreau lui dit de se mettre 4 genoux
''tmrt'nioircurdo ’a mort sais,, ce inallieureuxt
^înaALe ES aCTIO>\
îl dcmandt* ^r.lccj pi nmet de sacrifierj et de sc coafornier aux ordres de IV^jiipcrciir,
KT* adnürahle de [a grâce de Dieu^
icépliore, teîooin et alllîge dune telle apostasie, se éc arc liaiitenieot t lïn^iieii ; on le rapporte au juge, <jiii stu-ie-ciiaftip le couda mue à avoir la tète traoclu^e, La scnlcucc est exécutée à lltLstaut, et NicTphore reçoit la coüiontic du uwirivrc dont Saprice s'était rendu si indigne.
Quel tciTililc exemple de la haine du prochain! Point de mjséntorde pour celui rjui ne traite pas soa fiere avec inrséricorde. ( lomiueni an rve-t ü doucqu on soit ttauquille, tandis qu’on sent que 1 amour iPest pas dans le cœur? et de quelle paix peuvent jouir ceux qui se laissent posseder par la passion cruéJlc de la haine?
Danger des mainmises compagnies'^
Les jeunes gens ne sauraient sc convaincre de trop bonne heure de quelle importance d est de bien choisir eurs compagnons, L histoire suivante est bien capable de leur apprendre ce quils doivent craindi^e et ce qu ds doivent éviter, s'ils ont leur salut à cœur,
D.tiis une de nos vtlics se tronvait un jeune lienime qui éi,lit 1 exemple et le modèle de tous les autres; piete, sagesse, crainte de Dieu, fréfmentation des sacrements, amour de la prière ; en un mot toutes les vertus tic son âge étaient réunies eu lui. Un jour qu'il y avait une espèce de fête et de réjouissance puLlique dam endroit voi,i„, il y ™,|nt nüer. l'onr l'otdinaire r y a ait toujuurs avec un compagnon de son ilgc, pieux cl craignant Dieu comme lui ; il alla seul cette fois, contre .sa coutume Durant son chemin, il
LA MORALE EX ACTION. 321
fat joint par un autre jeune homme qui était entièrement décrié pour sa conduite et scs mœurs. ^
Il aurait fallu s’en défier, et sur quelque prétexté honnête se retirer de sa compaj^nie^Notre jeune homme ne le fit pas, pour son malheur. D abord 1 entretien ne roula que sur des choses indifiërentes -, peu à peu se >sèrent\uclques discours peu me=^’es- bientôt apres de la part du jeune lUiertin, suivirent des paroles peu décentes, deslailleries sur la piété-, .1 se mit ensuite A raconter des parties d’amusement et.de plaisir q avait faites avec d’autres: insensiblement les discour^
el les maniérés devinrent plus libres J en in , I \nn ju
tlu'S engager ce jeune homme si sage à comraellre un
'’l‘’rit«pici.Mue.lleomn.is,,luel.|euneh„m,^
sa-e jusqu’alors, tombe dans un accident et ineur à l’iustmitjsans avoir le moyen de se reconnaître. L autre est si frappé de cette mort, si alarme de cet evenernent, qu’il va dLs le moment à un monastère voisin de re- Tmieux d'un ordre extrêmement sévère : ü fait appeler le^iipérieur, se jette à ses genoux, fondant en laimes. Mon pire, lui dil-il, ajer pUio vlenl do proclpilcr une dme dans les enfers, et dm . ce n é recer oir pour faire prinitence loule ma vre Le snnîrieur, Iron rno sage prudent, loua ses sen .ment, £ or a à J persév-drer, mais lui fl comprendre qn rl ne nourrait le recevoir qu’après avoir éprouve sa vo- Ldon Eh bien! lui dit lé jeune homme, ,e resterai mnt que vous voudrez à la porte du monastère-, m us ^ re.hrp Dointciue je naïc eu le boniieur d etio "®“ur pleurer toute ma rie mon malheur. Ou le fil ''?pr oii le garda un temps convenable, apres quoi 0^10 Jeçut, et on neut pas sujet do s’eu repentir. Il
à'2'1 LA Mon A LE EN ACTION».
(loviiil un reliai ux [kii lail, cl conserva toujours le sou> venir de scs anrirnn(*s inii|uitcs.
conduiîe d\in jeune Iioinnie qui connaît tous les dangers auxquels il est continueilcinenl ex[X)séj ctqui sait combien il lui est difficile d éviter les cliulcs, doit être marquée au coin de la vigilance cl de la iraiatc. Le démon nous épie si allentivcmciil, ([u 11 est presque impossible de n en être pas surpris.
Il emprunte le langage des créatures, et celui de notre chair et de nos passions, < t nous fait entendre par-là tout ce qu il désire* il nous dit par les discours d un vindicatif, qu il est l>on de se venger; par ceux d un ambitieux, qu d est bon de s élever; par ceux d un avare, quil est bon de s’enrii liir; j>ar ceux d un voluptueux, qu’il est bon de jouir du monde.
Plus on entend souvent la voix du diable, plus on est oblige d écouter an fond de son cœur la voix de Dieu, qui parle a ceux qui sy rendent attentifs. Plus le monde fait defFurts pour ébranler Pâme et la renverser , plus on est obligé de recourir à Dieu, afin qu’il 1 affermisse et la soutlcnue par scs grâces et par son secours.
Manière de combattre et de vaincre les passions.
Il est rapporté dans les vies des pères du désert, qu un ancien solitaire étant interrogé par scs disciples sur la manière de combattre scs passions, leur répondit par cette figure. Il était alors dans un lieu piaule de cyprès. Il commanda à Pun des disciples d arracher un petit cyprès quil luJ montra. Le disciple farracha aussitôt, sans aucune pciye, d’une seule main. Il Ini en assigna ensuite un autre un peu plus grand, quil arracha aussi, mais avec un peu plus deflbrls, cl en y
Js
f.K îlORALE KV ACTIO^.
mntlnnt les tieiix mains. Pour en arraciicr un Jioîsièine qui .Hait plus Inrt, il fallut qu'un de scs compagnons lui aitlii; et encore le firent-ils avec assez de difficultés. Enfin, l’ancien solitaire leur en montra un qui était beaucoup plus gros. Tous les jeunes solitaires se mirent de concert, et ne purcnl jamais venir à bout de l'arracher.
Alors le mai ire prenant de là occasion de les in.stvuirc : VoilA, mes cticrs enfans, leur dil-il, comme il en est de nos passions. Au commencement, quand elles ne sont pas encore enracinées, ü est facile de les arracher, pour peuqn’on soit attentif à les combatlre. Mais lors |ne, par une longue habitude, on leur a lals.^ prendre de profondes racines dans le cœur ü est très-difficile de s’en rendre le maître. Travaillez donc de bonne lieurc i combattre et à vaincre des enneiirs nui dans la suite vous causeraient de violens coin bals, et peut-être entraîneraient voire perte. .
On se Halte souvent par des espérances de conversion ; mais le temps quon destine au repentir ne fait (ru’arcuinuler de nouveaux crimes. Un vain espoir de dianger est plntit un écueil qu'une ressource de
salul.
Tmlu nicinarMes de la charité d'un père de famdle
et de ses enfants.
siTmcur, affligé de la misère qui règne dans sa
,,,-,n.issn/cunçoil le dc.seein cl’y arporler quelque re-
mi’de. Pour oc pas déplaire 4 ses enfaols qu d avait
uiude. I our nu i * *
déià établis fort honorablement, ü les invite tous a d ncr chez lui. A la’ fin du repas, les entirtenant des :;;:L qu’il avau reçues de Dieu, et de ^abondance où il trouvait encore, il leur dit qud se croyait
Si.j LA MOL A LE EN ACTION.
oblijj'L* de rclraiiclicr de sou siipcrllii pour assister les pauvres. Il ajouta que, sans suicommodcr, il pouvait donner dix mille livres, mais qu’il ne voulait rien faire sans leur participation, dans la crainte do leur donner quelque chagrin; qu il les priait dagréer qu il fit cette charité aux pauvres, pour lui et pour eux, espérant que Dieu leur eu tiendrait compte.
Les quatre enfants furent attendris de ce discours. Laîné, prenant la parole, dit : Je suis persuadé, mon père, que mes frères ne me désavouci ont point, si je prends la liberté de vous dire que nous serions les plus malheureux de toAis les hommes, si, après l’honneur que vous nous faites, nous avions jamais la moindre pensée de nous op[)oser /i vos volontés. Elles sont toutes si justes, (jue nous devons fiiie consister notre bonlîcur a nous y conformer. Nous ii avons jamais remarqué en vous que des exemples de sainteté; et Dieu nous fasse la grâce, et à nos enfants, de vous imiter! Il n’eut pas plus tôt fini de parler, qu un autre ajouta; Nous trahirions, mon père, les sentiments chrétiens que vous nous avez inspires, si nous avions, dans cette occasion , d autre volonté que la vôtre. Notre plus grande gloire n’est pas de porter votre nom, mais davoir vos inclinations et de suivre vos exemples.
Le troisième rinteiTompit pour dire qu ils tenaient de lui non-seulement la vie, mais encore tous les biens qu’ils avaient ; qu’il en était le maître aussi absolument quil en caU jamais été; que pour lui il était dans la disposition de les lui remettre, s’il le souhaitait; que l’exemple qu’il leur donnait valait beaucoup mieux que toute la succession (ju il pouvait espérer.
Le quatrième parla à son tour, et dit : Mes frères, 1*1 nous sommes les y t. tables enfants de notre père,
r.A. MOKALt e:* action. 333
nous devons imilcr ses aclions.
f,iit de nous projwser son dessein, es o”*- l , .
exliorUilion pour faire la niêuie
di; notre consciiteineiUi nous te
iji oliter de ses exemples.
^ Si vous le jugez à propos, ]e suis daAis chacu,! 1,« no., p-cnlro nour unir h lu sienne. Celle iniio e p u e t-.
4 ce 1 . 01 . l.6re, et fut epproiivee île loue = * ’ S
clés 1. mo...e..l allèren. Jaus leur ina.soü ^
l-irernl les uu.s plus, 1“ autres moins, selon lelat .‘lisein’où ils se llouvèrenl. Us le lui appapa'™'. '
L riienl une somme beaucoup plus considérable qu
ne s’éUiil proposé.
Puralléie S Vé,a, d'm pnimre e, Je cel«i <iVn ricU. L'inuiuEncE esl un monstre dont on no peulsonlo.
nlrl'.’sneel- et plus on alTecle d'en détourner Myeui,
'■'™V“r:iït;:::retTa:ut:i;i';éd?s
iinjtu€j sue . vnît les fiches tlsus
^uages de flu il rampe dans la
^°Te tefl sï! li’ennsu" en foule ‘au-devant r"’ ïne voU devant lui <iue les peines et les donf ' Des amis empressés sc disputent iavantage de l^r'ê^e utiles, et il est abandonné de tons, sans secours , sans ®/du Ssir^du riche; îl parle et
Ml
t\ ^lOElAlE H y ACTION.
lui <|i:e jKuir étudier dans scs rrgnrds le sncrîfiee tju il exige J et le paLiîs qu il hubitf; (îst iiii icmjilc uù il reçoit I liommagc des humains. Au milieu de rel appareil^ il s enfle, il s applaudit, s admire. S il ne sc croîï pas artisan de sa propre grandeur, du moins croit-il en être plus digne çjue tant d esclaves qui I r^rivironneiU. Il sc regarde comme plus parfait, à mesure qidon s’humilie davantage â sa vue; et jilus tout semble dépendre de lui, plus il semble oublier qidll dépend lui-même de i ctre souverain. De là quel mépris des autres hommes! U idest ni citoyen ni ami; ou le voit égalcraeat haut lors^^ltdîl commande, dur lorsqu'il répond, et toujours aussi dédaigneux dans ses regards que sujierbedansse^ d.scüurs et présoniplucnx dans sa conduite.
FanUé des parures et des ornetnenls,
Tijéodoret est un des anciens historiens qui inti^ resse davantage par la fidélité de ses écrit s. 11 rapporte que sa mère, qui avait mal à un qeil, ayant entendu parler d'une guérison miracubiise, opérée par saint Pierre ranaeborète, qui demeurait près d'AntîocliSj résolut de 1 aller trouver pour être guérie de son mal Comme elle était fort jeune, elle prit plaisir à se parer, elle se prf*seiita devant le saint riclit meut véttie, ay^in.1 des pendants doreilles, des bracelets, des couleurs cm^)ruiitées; en un mot, avec tout Té ta 1 âge de ses orïiemeîils. Le saint, ayant remarqué cette parure mondaine, voulut la guérir de cette vanité, plus dangfr reuse pour elle que Ta maladie de ses yeux. Il se servit pour cela de cette comparaison familière :
Ma fille, dites-moi, je vous prie, si quelque peintre fort habile avait fiilt un portrait suivant toutes 1^ règles de lart, ef que quelqtrun i(Ma.à-fail ignoranl
LA MORALE E^ ACTI05
en i)cinlure voulût le réformer à sa fantaisie., y cha ”cr, Vajouter, croyez-vous que ce peintre n lU sera pas ofténsé? Oui sans doute , répondit-elle, d aurait droit de s’en plaindre. Or, ma fille, conlïnua le saint ne doutez point que le Créateur de toutes choses, cet admirable omnier qui nous a formés, nésolTenseavec raison de ce que vous scinblez accuser d ignorance son adiiiirable sagesse, en voulant ou lé ormer, ou p lionner dans vous son ouvrage; î'ifjsc croyez moi,
changez rien à ce portrait, qni est image e ,
cherchez pas à vous donner à vons-meme ce quil n pas pin à sa sagesse de vous accorder, et ne vous e ccz point, contre son dessein , d acquérir une fausse et artificielle, qui peut rendre coupa es^ es p
chastes même, parce qu elle tend des pieges ceu q
la considèrent. , . ,
Ma mère, ajoute Théodoret, dont e on s ^
ecllent, n’eut pas plus tôt entendu ce iscours, qu SC jota Lx pieds du saint, en lui rendant grâces <le son instruction salutaire, ensuite le supp la um e de prier pour elle, et de lui obtenir a gu rison *• œil. Lc^aint anachorète s’en défendit assez long- p par humilité-, enfin, vaincu par ses instances, i main sur l’œil malade de ma mère, ®
de la croix, et, à l’instant, elle fut ", J '
Ma mère étarit retournée chez elle, qud ^ ses ornements, et s’habilla avec la ^
excellent médecin lui avait prescrite. Elle nava pendant que vingt-trois ans accomplis, F ^ premier elfant qu’elle mit au monde sept ans après
" ..i. »» vWe f„« co^un ce n.
f»i j.,icais celui d'Ail'l”—> V. roui Arragon,
Là MORAf. K r,y ACTiOX*
nommé le sage et le nia^fnaninie. Jarnaîs 1! ne se picjua de moritn-r de la nifigïiificence exi ses habits :soriexlé' rieur assez simple le distifiguait peu d uo hoditneor* dlnalre. Comme on lui représentait fallait soüttnir la majesté royale ; Ce o*cst pas la pourpre, répondit-il, ni Téclat des diamants, quî doivent distinguer un roi, mais la sagesse et la vertu,
Réflexions sur le iuxe^
Le luxe est nri excès de délicalesse et de somptuesi lé, soit dans les aises et les commodités de la vie, soit dans le train relatif au rang que I on occupe dans la société.
L^Evarigile condamne le luxe, l'expérience et la raison prouvent que ce qu^il coudanine est toujours ntusible â la société* Non-seuiemciU il attaque les mœurs, il fait dégénérer 1 esprit et la faculté de penser, par le prix qu’il attache aux objets les plus frivoles et les moins dignes d occuper un être pensant* Est-ce étrfi homme que de se faire une occupation sérieuse de ce détail minutieux qu exige rordoiinance et la pomi>« du luxe? ‘
Cet ébloüîssement que cause rapparcil du luxe yeux du vulgaire, ce saisissement de respect dont ou se laisse pénétrer â la vue d’un liomme qui ri^a d*aülrÊ irérite que le char qui le porte et les chevaux qiti traînent, ne sont que trop capables de dénaturer les scniimenls de rcsLime et de fadmirafion ; sentiments précieux , que la nature a placés dans 1 homjn'ï comme des ressorts puissants, pour s^éleyer â la vertu et à la vérîtahle grandeur.
Quel spectacle singulier que cette multifude d'^‘ Çréables qui forsî les délices des sociétés, et qui se fout
T, A. MOR ALE EN ACTION. 32y
une ^tude d'y plaire et d’y briller! Consid.'rcz-les dans une expédition militaire, dans le sanctuaire de la jushce, dans le gouvernement politique; vous les trouverez vifs, impatients, légers, incapables dun long travail, de suivre un pi ojet ou une affaire qui einan c de la constance, de la réflexion et du temps.
La perfection des arts ne dépend nullement du luxe. Elle exige et suppose clans les esprits un effort vers e grand et le sublime ; cl il n’y a rien de plus oppose à a grandeur, cpe la frivolité qui accompagne toujours le
C’est aussi à tort que l’on prétend que le luxe est l’;lmc du commerce, la source de la lic lesse et e a prospérité d’un Etat. 11 ne faut que consulter I expé ricnce; ou voit dans les annales de 1 univers, es s’élever à la grandeur par la vertu, ^t sy main tenir p la frugalité. Ce qui fait la richesse dun Etat, c est un peuple laborieux, courageux, arai es aits uti es? prisant l’or, et surtout les voies basses qui d ordinaire le procurent; un peuple toujours piet ^ ,
pour l'honneur, pour la vertu, pour a pa ne, u pcifple assurera la gloire de son souverain, et era s
bonheur. , , i..
Ce qui forma les plus grands hommes ^
temps,\’est la simplicité des l’amour du travail, toujours compagne ^
Quand le petit esprit devient, selon M. de Moritc^ quieu, le caractère dominant d’une nation il ny a plus de sa-essc dans les entreprises ; on ne voit que sans cause, et des révolutions sans motif, etc.
LA >I 0 K .V I. ^ ES A i; T I O S.
Grands ^enliments de deux princes mourants.
IJeaipereur Otjion il, albnt rn Bavit-re, fut siml dp la Cèvre, et sc fit transporter dans ini oratoire de Saint-Omar; là il se confessa, puis reçut le saint vîali'jtic et demeunii étendu par leiTc* Lrs ofilciers de sa cour voulaient faire sortir tout le monde, excepté sa taiiiille; mais il leur dit : Ouvrez les portes, et laisses; entrer ceux qui voudront. Nous ne devons rougir à la mort que des niaiivaiscs œuvres. Jésus-C^irîst, qui ne devait rien à la mort, n*a pas eu lion te de mourir sur ta croix. Que cliacuu voie dans nia mort ce qu il doit tTrdndre et éviltT dans la sienne. Dieu veuille avoir ^tié dmiüi, misérable pécheur! Ayanl aliisi parlé, ü renna les yeux et mourut en paix. Ll^glise liouorc sü luémoire le dernier octobre, jour de sa morL
Tout le monde saîl que Charles V, roi dcFrancrj snruonimé le sage ci i élcujiieul, fit ouvrir les portes de son appariement quelrpies h'‘*Lires ayant sa mort: K Je veux, dit-il, avoir la conso’ütion de voir encorfi me f iis mon peuple et d eu être ^ui, de le héiiir et de m-'' recommander à ses prières. » *
Le jour même de sa mort, i* supprima, par une ïrdürinaiîco expresse, la plupa''t des impôts. Jamais prince ne se plut tant à demander conseil, et ne sc laissa moins gouverner cpie * li par ses courtisans. Ayant appris qu'un scign^mr vari tf'tiii un discours ^rop libre en présence du jeune prince Charles, sou liis aÎDe, il le chassa de sa our, et dit à ceux qui étaient présciii^ : £( Il fuit inspirer aux enfants des princes l’amour de la vertu, afin qnils surpassent ea bonnes œuvre*? ecux qu’ils ^iven' surpasser en db
LA MO II au; en action. OOl
Insciisllile à la flatterie, 11 connaissait le véritable prix des éloges. Le sire de la Rivière, son ciiainbcilaii et son favori, s’entretenait avec ce prince sur le bonheur de son règne ; « Oui, dit le roi, je suis heureux, parce que j ai la puissance de faire du Lieu à autrui. )>
• ^ , Réflexions sur les (jualités d un bon ministre.
Il Ti apparlient qu’à lamoui de la vérité et de la justice de former un bon prince, et de le soutenir contre les surprises de h flatterie, les illusions de l'orgueil et les attraits de la volu]Jté. La première de ces vertus le rend attentif à discerne: le bien et le' mal ;’i travers les voiles dont la malice des hommes se cou- ^e; et la seconde le dispose à juger les hommes selon Tes lois, et à donner à chaque chose son prix. Conduit par ces deux fidèles guides, il marche constamment dans les sentiers de la vertu. Les passions viennent comme autant de flots impuissants se briser aux pieds de sa sagesse. U n’enlreprend la guerre que lorsque la nécessité l’y force, et ce la fait que dans la vue
•l’établir la piaix.
Persuadé que la solide gloire est incompatible avec le crime, et qu’il n'y a de véritable courage que dans ceux qui savent se modérer, il combat sans colere, et triomphe sans vanité; toujours brave pa»- raison; touiours^uidé par la justice, sou unique règle; toujours aooliqué à mettre de son côté celui cj[ui présidé à tous .^/événements de la vie, qui instruit les guemers dans les combats, qui leur inspire cette fermete d âme que la vue des plus grands périls et de la mort meme
ne saurait ebi ailler.
UTable à tout le monde, accessdie aux malheu-
Zol. TA MOR\L E EX ACTfOX.
reux, il écoule toutes les plaintes, et prend connaissance de tout, pour remédier à touL 11 ne faut avoir eVautre recommandation, pour être introduit auprès dun si sa^c ministre, que celle davoir besoin de sk justice.
Persuadé que dans le ciel il y a un souverain maître, qui juge les maîtres de la terre, il donne une attention continuelle aux commandements du Seigneur et h l’observation de sa loi. Prêt à prononcer contre luimême, pour peu qu'il trouve son droit honteux, il décidera au pnqudice de scs intérêts en faveur du peuple ou du moindre des citoyens.
Egalement éffuitablc ^ans la distribution des peines et des récompenses, il ne punit pourtant quà regre^ et ne lait agir les ressorts de la crainte qu après av(^ patiemment éprouvé tous les autre.® remèdes; mais ferme, inflexible, inexorable contre le blasphème,
1 impiété et le libertinage, il emploie toute 1 autorité et la sévérité de ses ordres pour en purger ses états.
Sous son règne renaît Cet heureux temps de 1 ancienne Eglise, où la science et la modestie, rappelées de leur retraite, étaient forcées d accepter, maigre leur résistance, les dignités quelles avaient toujours redoutées.
Attentif à partager ses actions entre les devoirs de la religion et ceux de son rang, il fait régner la bonne foi dans le commerce, l equité dans le barreau, 1 union dans les familles, le bon ordre dans les villes, la discipline dans les troupes et la sûreté dans le public. En un mot, ce sage ministre n’oublie rien poa rendre ses concitoyens heureux; et ceux-ci, transportas d’admi* ration, pénétrés d’une juste reconnaissante, nonl d’action et de mouvement que pou/ lui de 'iner des
tA MORALE ES ACTIOS. 333
marjuos enbclivcs fie leur zèle, de leur soumission cl de lear inviolable Hdélilé.
Divers traits concernant Alpfionse V, roi d'Arraaon.
I, Alphonse fut le héros de son siècle, et ne songea fiu’ci faire des heureux. îl allait volontiers sans suite et à pied dans les rues de sa capitale. Lorsqu'on lui faisait des représentations sur le danger auquel il exposait sa personne ; « Un père, répondit-il, qui se promène au milieu de ses enfants, n’a rien à craindre. » Il y a ce trait connu de sa libéralité. Un de ses trésoriers était venu lui apporter une semme de dix mille ducats : un officier qui sc trouvait là dans le moment, dit tout bas à quelqu’un : « Je ne demanderais que cette somme pour être heureux. — Tu U seras, » dit Alphonse, qui l'avait entendu; et il lui Ht emporter les dix mille ducats. Ce prince ne pouvait souffrir la danse et il disait assez plaisamment, qu’un fou ne dillére d'un homme qui danse que parce que celui-ci restait moins long-temps dans sa folie.
II, Ce bon roi, ainsi que Sal unon, signala le commencement de son règne par un jugement remarquable.
Une jeune esclave affirmait devant lui que son maître était le père d’un enfant quelle avait mis au monde, et demandait en conséquence sa liberté, suivant une ancienne loi d'Espagne. Le maître niait le fait, et soutelait n’avoir jamais eu aucun commerce avec son esclave. Alphonse ordonna que l’enfant fût vendu aü
lus offrant. Les entrailles paternelles s’émurent au.v ^lôt en faven de cet infortuné, et lorsque les enchères Allaient comn encer, le père reconnut son fils, et mit
1' mère eTi 'rie# * j,.
^ III Alphoi >»e était si passionné pour l’étude, qu il
assurait lul-môme qu’il eût mieux aimé vi\Te en simple particulier, que de manquer de science et d érudition. Dans une grande maladie qu il eut,il se fit lireQuinle- Curcc *5 et le plaisir qu'il prit à cette lecture lui ayant rendu la sauté, il s'écria dans une espèce d enthousiasme : Adieu Avicenne, Adieu Hippocrate, adieu les médecins : vive Quintc-Curce, mon sauveur et mon médecin! Valeant Jivicenna , Hippocrates, medici cœtcri! Vii^at Curtius^ sospitator meus !
IV. Ce prince revenait de Sicile par nier, sur une galère; les seigneurs choisis pour raccompagner danb ce voyage, étaient exacts à venir tous les matins lui faire la cour. Un jour, y étant ailes à leur ordinaire, ils le trouvèrent occupé à regarder des oiseaux qui venaient prendre du biscuit qu’il leur jetait dans la mer, et s’envolaient ensuite. Le roi, s’étant retourné, dit à GU de ces seigneurs qui le regardait : Ces oiseaux sont Limage dun grand nombre de mes courtisans; ds n’ont pas plus tôt rv..^u de moi les bienfaits qu ils en attendent, qu’ils s’éloignent et disparaissent promptement.
^ V. Alphonse assiégeait Gcriette. Cette place commençant à manquer de vivres, les habitants furent obligés d’en faire sortir les femmes, les enfiints et les vieillards, qui étaient autant de bouches inutiles. Ces pauvres gens se trouvèrent réduits à la plus afiVeuse extrémité; s’ils s’approchaient de la ville, les assiégés tiraienlsur eux; s’ils s’avançaient vers le camp des ennemis, ils y rencontraient le même danger. Dans cette tiisle situation, ces malheureux implorèrent tantôt la clémence du roi, tantôt la compassion de leurs compafvÎQtcs, pour quon ne les laissât pas mourir de faim. .\lp!x)nse, à ce spectacle, fut ému de pitié, et déferidil
LA MORALE EN ACTIO!». 33j
»os soldais de les maltraiter. Il assembla ensuite sou TOiiscil, et demanda à ses principaux officiers leur avis sur la manière dont il fidlait agir envers ces infortunés, l’ous opinèrent qu'il ne fallait point les recevoir, et dirent que s'ils périssaient par la làim , ou par le feu, on ne p(!urrait accu.'-er que les habitants qui les avaient mis hors de la ville. Alphonse fut indigné de leur dureté ; il protesta qu’il renoncerait plutôt à prendre Gaïette, ([ue de se résoudre à laisser mourir Je faim tant de malbeuieux. Il ajouta qu'une victoire achetée à ce prix-là serait moins digne d’un roi ma- •'iiauimc rpie d'un barbare et d un tyran : « Je ne suis pas venu, dil-il,pour faire la guerre à des enfants ni à de- femmes, mais à des ennemis capables de se défendre. » Là-dessus il ordo.i.na qu’on reçût dans son camp tous ces misérables, et eut .«oin de leur faire distribuer des vivres et toutes les choses nécessaires à leur entretien
VI. Côme de Médicis, grand duc de lo.scant, ne mit xias trop des amis d’Alphonse : le duc cependant lui fai.sait quelquefois certains présents. Comme il s’avait que ce prince aimait beaucoup l’iiistoire, il fit tirer de sa bibliothèque un très beau Tite-Live, et le lui envoya. Aussitôt que les médecins de la cour d’Alolion.se virent venir ce livre, ils commencèrent tous à dire (fu’on se gardât bien de l'ouvrir, de peur qu’il ne fût empoisonné, ajoutant qu’il devait tpujours tenir Mour suspect ce qui vient de la part d’un ennemi. Alphonse, bien loin de suivre leur avis, fit porter le Vite-Live sur sa table et le feuilleta fort à son ai«e; s’adressant ensuite à ses médecins, qui avaient teuq)urs leur poison dans l’idée :« Rarsurez-vous, leur dit-il; Dic’i veille sur les jours des rois. >•
336 IiA MOHALE ES ACTIOS.
VU. Alphonse ii’ignorait pas qu’il se trouvait parmi ses sujets de certaines personnes qui parlaient mal de lui, et s’cfforçaienl en secret de le noircir par leurs lâciies calomnies, quoi([u’clles eussent reçu de lui plusieurs bienfaits. Au lieu de les punir, il se contentait de dire ; « C’est le propre des rois de faire des ingrats; mais ils auront beau faire, ils ne m’cinpêcheront jamais dôlrc libéral et Inenlaisant. »
VIII. Ayant formé le dessein de faire réftarcr la forteresse de la ville de Naples, il voulut, avant que de commencer cet ouvrage, consulter son Vîtnive pour se faire un plan. Comme on était à le chercher dans sa bibliothèque , un oflicicr, craignant que le roi ne s impatientât d attendre, alla vile prendre le sien et le lui présenta. Alphonse, voyant que la reliure de ce livre était tout usée, dit à celui à-qui il appartenait: Convient-il qu un auteur qui nous apprend à coll^ Iruire des maisons pour nous garantir de.s injures de lüirjSoit lui-môrae si mal couvert? Aussitôt il donna ordre de le faire relier à neuf, recommandant quon n’y épargnât pas la dorure, dont il se chargeait de taire la dépense.
IX. La ville de Naples avait résolu de lui ériger uo arc de triomphe, afin de conserver à la postéri'é lu mémoire d’un si grand rot, et te souvenir de sis actions héroïques. Déjà la place était marquée, et Ion se disposait à abattre, pour l’agrandir, ta maison don vieux officier, qui avait servi avec distinction po^^' dant toute la guerre d'Italie. Alphonse, en ayant été infoi me, défendit absolument qu’on touchât à cetts maison. J’aime mieux, dit-il, me passer d’une masse de pierres et d’un vain monument, que de EOulfi‘'f qu’on détruise l'hôtel d’un officier qni m’a toiijoiu'i bien servi.
LA. JIORALE ES ACTION. 33
X. Aptvs avoir pris Marseille, on vint laverlir que les femmes s'étalent presfjue toutes sauvées dans uuc égll.se , et y avaient emporté leurs plus riches elfets. Alphonse ht entourer l’église par ses gardes,afin d’em.pêcher qu’aucun soldat y entr;U. Ces femmes voyant autour délies tous ces gens armés, se crurent perdues, et s'imaginèrent aussitôt quoii allait les livrer à l’ennemi, pour les exposer à toute sa fureur. Dans celle Grainlc, elle députèrent au roi, pour lui dire que si on leur pcrmcllail de sortir de la villc^saiis quA>n leur fit aucune insulte, elles allaient rcmcllre eutre ses maîiis tout ccqui leur appartenait,et n emporteraient ricuen s’en allant. Alphonse ne leur demandait rien ^ ainsi, il leur permit non-sculmieut de se retirer partout où elles voudraient, mais il leur laissa encore emporter tout leur bagage, et ne se permit pas même de les voir.
XI. Un particulier fort connu à la cour, étant venu à se brouiller avec uu seigneur, en disait pourtant du bien toutes les fois qu'il en pailait; ce qui étonnait d’autant plus les gens qui l’écoutaient, qu’on savait l’extrême inimitié qu’il portait à cette personne. Aiplionse, douL la vue était plus perçante que celle des autres regarda toutes cos louanges comme très - suspectes.* Bien loin de s’y fier, il fit venir secrètement tous ceux de sa cour qui les avaient entendues, pourleur dire que cethorome-Ià tramait, à coup sûr, quelque trahison contre son ennemi; que toute sa douceur aptrente n’était qu une ruse pour le perdre plus siiremeiit. Il ne se trompait pas, et ce qu’il avait prédit ne tarda guère à arriver.
Six mois après, ce fonrbe, croyant qu il était temps l'exécuter son dessein, accusa 1« seigneur, sou en-
338 LA MCRALL E xV ACTIO.X.
nemi j d un crime dont il ne se trouvait point coiij aLlc, et commença à le poursuivre en justice. Alphonse, (jui s était attendu h ce procédé injuste, dit alors qu il voulait qu’on mît laccnsé hors de cour, et qu'il fut dérlîàrgé du crime qu’on lui avait faussement imputé. Il fit ensuite venir laccusateur, et lui ayant fait les reproches qu’il niéritait, il lui ordonna d’aller trouver promptement le criminel prétendu, et de lui faire humblement des excuses devant tout le monde.
XII. Alphonse recherchait avec ardeur les anciennes médailles des empereiurs, surtout celles de Jules-César. Chacun s’empressait de lui en apporter, et il en recevait de toute 1 Italie. En ayant ainsi amassé une collection très-considérable, il les fit ranger par ordre dans un médaillcr, où il les gardait précieusement. Quelquefois, après s’être amusé des heures entières à considérer cette suite d'iiommes illustres, dont il possédait même seul certaines tôtes, il disait : Mon émulation se ranime à la vue de tant Je héros; il me semble quils m’invitent tous à les suivre au chemin de la gloire, et à faire comme eox des actions dignes de 1 immortalité.
Xlil. Ce prince alLiit souvent dans les rues à pied^ sans être accompagné. Ses courtisans lui représentaient que sa sûreté exigeait qu’il fût suivi de gardes et de gens armés, ainsi qu'en usent tous les princes quand ils sortent : « C’est aux tyrans, répondit Ah phonse, à marcher environnés de satellites : mes gardes sont ma propre conscience et l’amour de mes sujets. »
XIV. Les morts, disait ce prince, sont mes plus fidèles conseillers et mes plus sages ministres. Je nai qu’à consulter leurs écrits, ils me disent toujours la vérité : aussi, quand ie veax, je les interroge, et tou-