CHAPITRE VII
Le dernier mot de la métapliysique
Schopenhauer. — Toute vie est douleur. — Douleur positive : plaisir négatif. — ^Pessimisme. — La pitié. — Effacement de la personnalité humaine. — Inconséquence. — Le crime de l'amour. — Négation de vouloir vivre.
— Des professeurs de philosophie ! ils ne méritent que le mépris, dit dédaigneusement Schopenhauer, métaphysicien, fils de Kant, mais versé dans les littératures française et anglaise, ayant vécu en Italie, et plein de profond mépris pour les doctrines reçues dans son pays et ailleurs. (1) Il laisse de côté Dieu, < mot vide de sens pour contenter les niais et faire taire les cochers de fiacre ; » mais il croit en une métaphysique : c'est une nécessité pour la morale.
Les anciens systèmes expliquaient l'univers par Tintelligence; il y substitue la volonté (2) ; « elle est une et identique ; la pluralité des phénomènes n'est qu'une
(1) Son premier ouvrage date de 1818. Schopenhauer est mort en 1860.
(2) En réalité , ce que Schopenhauer appelle la volonté , c'est la force. Cependant il donne à ce mot un sens que ne contient pas tout à fait celui-ci.
apparence, résultant de la constitution de l'intelligence, faculté secondaire et désirée ; par elle toutefois la volonté inconsciente devient consciente et passe de l'existence en elle-même, à l'existence pour elle-même. Reconnaissant alors qu'elle n'est dans son fond que désir, par conséquent besoin, par conséquent douleur, elle ne trouve d'autre idéal de la vie que de se nier ellemême et d'opérer par là même sa libération (1) ! »
< La nature, qui est la volonté objective, ne connaît que ce qui est physique,non ce qui est moral. Bien loin de l'identifier avec Dieu, comme lefaitle Panthéisme, il faudrait plutôt l'identifier avec le diable .. ce qui règne dans le monde est la force et non le droit, dans le monde de l'homme comme dans le règne animal. Sur ces prémisses,Schopenhauer construit un pessimisme systématique. Tout ce qui entrave la volonté est douleur ; tout ce qui lui permet, d'atteindre son but> nous l'appelons satisfaction, bien-être, plaisir. Gomme tout eôort nait d'un besoin,tant qu'il n'est pas satisfait, il en résulte de la douleur ; et s'il est satisfait, cette satisfaction ne pouvant durer , il en résulte un nouveau besoin et une nouvelle douleur. Vouloir,c'est donc essentiellement souffrir,et comme vivre, c'est vouloir, toute vie est par essence douleur. Plus l'être est élevé, plus til souffre. Dans la plante, nulle sensibilité, par suite nulle douleur. La souffrance est ressentie à certains degrés par les animaux inférieurs, infusoires et rayonnes ; plus encore par les insectes. A mesure que le système nerveux se développe, que l'intelligence s'accroit, l'être est plus sensible à la douleur. Enfin, elle a atteint son plus haut degré dans l'homme, et comme l'homme de génie vit le plus , il
(1) Th. Hibot, LaphiL de Schopenbauer, p. 149.