‹ La morale en action par l'historieChapitre 22 sur 67 · LE DERNIER MOT DE LA METAPHYSIQUE · texte numérisé non relu

LE DERNIER MOT DE LA METAPHYSIQUE

Je sais que, par une contradiction qui prouve combien un pareil système est inconciliable avec l'existence même de l'humanité, Schopenhauer conseille à l'homme d'acquérir la plus haute valeur intellectuelle; car son bonheur sera en raison de son développement personnel (1). C'est une inconséquence. Schopenhauer redevient logique, lorsqu'il dit :

< Voyez-vous ces amants qui se cherchent si ardemment du regard ? Pourquoi sont-ils si mystérieux, si craintifs, si semblables à des voleurs ? — C'est que ces amants sont des traîtres qui, là, dans l'ombre, cherchent à perpétuer la douleur et les angoisses ; sans eux, elles prendraient fin. Mais cette fin, ils veulent l'empêcher, comme leurs semblables l'ont déjà fait. » L'amoiœ est un grand coupable, puisqu'en perpétuant la vie, il perpétue la douleur. L'amour, mais non pas les amants,car ils ne sont que des instruments : l'amour est une passion spécifique; l'individu n'a qu'une éphémère réalité : l'expression permanente de la tendance aveugle de la volonté à vivre, à produire, à perpétuer la vie, c'est l'espèce.

Nous en revenons toujours à la même négation de l'individu.

L'individu ne prouvera son afl'ranchissement que par une chasteté absolue qui amènera ainsi la fin du monde. « De même que dans la satisfaction de l'appétit sexuel, s'affirme la volonté de vivre de l'individu ; de même, l'ascétisme en empêchant la satisfaction de cet appétit, nie cette volonté de vivre, et montre par là, qu'avec la vie de ce corps, la volonté dont il est l'apparence cesse aussi. »

En un mot, les êtres inférieurs, grossiers, égoïstes

{i) La sagesse dans la vie.,

sont les jouets du vouloir-vivre. Pour les êtres supérieurs, la volonté, éclairée par la connaissance du monde, cesse son vouloir, et dans tous les piiénomènes qui la sollicitent à agir, elle trouve non des motifs d'action, mais des empêchements et des apaisements, pour arriver ainsi à la liberté parfaite par le parfait repos : c'est la négation du vouloir-vivre (1). Tel est le point culminant de la morale.

(1) J'ai emprunté presque textuellement cet exposé de la morale de Schopenhauer au livre de M. Th. Ribot : La philosophie de Schopenhauer.

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