‹ La morale en action par l'historieChapitre 24 sur 67 · RIEN · texte numérisé non relu

RIEN

illusions que l'imagination se forge et qui lui servent à constituer l'univers faetice qu'elle se crée. L'ignorance consiste à regarder comme durable ce qui est passager, à donner à ce monde une réalité qu'il n'a pas.

Le Bouddha tend au Nirvana. C'est son but suprême. Ce mot se compose de nir, qui exprime la négation et de va qui signifie souffler.Le Nirvana, c'est l'extinction. Onyatteintparlacontemplation.LeNirvâna est l'absorption des individus dans le tout : mais comme le tout n'est que la production des œuvres deshommes, ce n'est rien. L'idéal est donc la destruction de l'humanité dans le vide.

Ce fut du moins ce que comprit le voyageur anglais : car la conception de cet idéalisme n'est pas très facile pour des esprits positifs , élevés à l'école de Bacon. Seulement le Yogui répéta avec modestie : — Ômmani padmé hum ! joyau dans le lotus, ainsi soit-il ! Je suis heureux de savoir que nous avons des frères en Occident. Le Yogui que tu nommes Schopenhauer est un fils de Gâkya-Mouni.

— Tu pourrais avoir raison.

— Çâkya-Mouni, sous le figuier de Bodhimanda, a atteint la triple science. La science s'acquiert par la contemplation et non par l'agitation. Ceux qui s'intitulent savants en Occident ne savent que s'agiter. Schopenhauer est le premier sage dont j'aie entendu parler dans vos pays barbares. Tout le reste de votre science est vain. Tous vos milliers de volumes aboutissent à trouver la vérité qui nous a été léguée depuis plus de vingt-cinq siècles. Ont mani padmé hum /O joyau dans le lotus !

Et, ayant dit, le Yogui, se plongea dans l'extase, en tournant machinalement sa roue à prières. Le voyageur anglais s'en alla rêveur, ruminant le long de sa route cette question :

— A quoi bon toute notre philosophie, si elle n'a pour résultat que d'aboutir au Nirvana ?

h0 premier mot du bouddhisme est donc le dernier mot de la plus profonde et de la plus savante métaphysique. — Rien !

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