LA FABRICATION IJE L ACTION REFLEXE
« Les commandements que je vous donne seront gravés dans votre cœur : vous en instruirez tous vos enfants ; vous les méditerez aussi dans votre maison, et marchant dans le chemin, la nuit dans les intervalles du sommeil, le matin à votre réveil; vous les lierez comme une marque dans votre main ; vous les porterez sur le front entre vos yeux,
« Et lorsque vos enfants vous interrogeront à l'avenir et vous diront: que signifient ces commandements, ces cérémonies et ces ordonnances que le Seigneur, notre Dieu, nous a prescrits? vous leur direz : —Nous étions esclaves de Pharaon dans l'Egypte, et le Seigneur nous a tirés de l'Egypte avec une main forte ; il a fait sous nos yeux dans l'Egypte de grands miracles et des prodiges terribles contre Pharaon et toute sa maison : et il nous a tirés de ce pays-là, pour nous faireentrerdans cette terre, qu'il avait promis avec serment à nos pères de nous donner; et le Seigneur nous a commandé ensuite d'observer toutes ces lois, et de craindre le Seigneur, notre Dieu, afin que nous soyons heureux tous les jours de notre vie, comme nous le sommes aujourd'hui. »
Et le Deutéronome se termine par des énumérations de malédictions et de châtiments pour ceux qui n'accompliront pas toutes les ordonnances de la Loi.
Puis Moïse meurt en vue de la terre promise : « Et il ne s'élèvera plus de prophète comme Moïse. »
La Loi est fixée, et nul n'a qualité pour la changer. Tout novateur doit être reçu à coups de pierres, lapidé partout le monde sans jugement (1). La croix de Jésus n'est que l'aflarmation de l'immutabilité de la Loi. Qu'a fait Moïse ? c'était un grand psychologue em-
(1) Deul. XIII, 1 et suiv.
38 LA MORALE TUEOLOGIQUE.
pirique qui, expression des besoins de la morale d'Israël, Ta assurée en organisant des actions réflexes.
Là est le secret de la puissance et de la persistance de la Loi juive, du Coran de Mahomet, de TEvangile et des Eglises chrétiennes, etc.
Ces lois, ces formules, étaient en rapport avec l'état de civilisation où elles se sont produites : ai-je besoin de dire qu'autrement, elles n'auraient jamais existé? Elles répondaient à certaines nécessités sociales, à un certain état psychologique : elles ont été la continuation, le développement, la condensation d'états antérieurs.
Tous les fondateurs et propagateurs de religion n'ont pas tenté une autre œuvre.
Par le dogme, la religion emmagasine dans les cellules cérébrales certaines formules.
Par le rite, la religion met en ébranlement constant certains groupes de cellules.
Par la prédication, le chant, les grandes solennités à longs intervalles, les menaces et les promesses, la religion met en état d'éréthisme telle ou telle partie du cerveau.
Toute religion est une fabrication d'actions réflexes.
Un croyant n'a pas plus conscience de ses actes que la grenouille sans tête. Il agit par instinct, et non par expérience et décision personnelles.
CHAPltRE IV
La morale, c'est l'hygiène,
La conservation de Thomme. — Règles pour sa conservation. — La conservation de l'espèce. — Règles. — Question.
Le premier devoir de Thomme est de se conserver. C'est là ce que j'appellerai un fait nécessaire : car il est bien évident que si l'homme ne savait pas, ne pouvait pas se conserver, il n'y aurait plus d'humanité, et par conséquent, je n'écrirais point un traité de morale, il n'y aurait personne pour le lire, et il n'aurait aucune raison d'être puisque la morale humaine n'existerait pas. Ce besoin pour tout organisme, de se conserver, de se développer, s'appelle pour l'homme, l'égoïsme. Naturellement, ce besoin est très fort. Aux yeux de l'observateur superficiel, il prime tous les autres.
Mais l'homme, tout en croyant satisfaire à ce besoin de conservation, souvent se détruit lui-même. Paresseux, il atrophie ses forces, il se diminue ; gourmand, ivrogne, il s'abrutit et il ruine son organisme ; volup-
tueux, il devient esclave de ses besoins génésiques, et s'il en abuse, il perd sa vigueur. Il croit satisfaire son égoïsme, en obéissaîit à certains penchants, et il devient son propre ennemi. Toutes les morales ont eu pour but de donner à l'individu certaines règles de conservation, de museler les vices rongeurs de son intelligence et de sa force, de contenir ses besoins multiples en les contrebalançant les uns par les autres. Elles ont considéré riiomflie comme un ivrogne, trébuchant à chaque pas, prêt à tomber dans tous les précipices, s'il ne trouve pas de garde-fous pour le retenir, Après avoir jeté un coup d'œil sur le Deutéronome, vous n'avez pas de doute sur la définition à donner de la morale personnelle ! — C'est l'hygiène.
Mais si l'individu, tout en croyant satisfaire aux nécessités de son être, peut aller directementcontre ce but, il n'en est pas moins vrai que le besoin de conservation et de développement qui l'anime le porterait à sacrifier tous ceux qui se trouvent autour de lui, à faire, des plus faibles, les jouets de ses caprices et de ses fantaisies. Alors, les quelques hommes supérieurs qui ont la notion du besoin de continuité de la famille, de la tribu, de la collection des tribus, qui s'appellent les enfants d'Israël, essayent dé développer les sentiments altruistes de l'homme pour ses petits, sa femelle, pour ses parents, les faibles, ce besoin de sympathie qui est l'extension de l'homme.
Le moraliste juif, après avoir réglé l'égoïsme de l'homme concentré sur sa propre conservation, essaye d'en régler l'action extérieure. Il l'étend aux membres d'une même collectivité, mais en même temps il l'y limite; etcetégoïsme, débordant sur les parents, les alliés/ les gens de même race, s'arrête en face de gens appartenant à uAe autre race, se hérisse, . se ferme, car tout