‹ La morale et la loi de l'histoire (volume 2)Chapitre 12 sur 25 · CHAPITRE Vil · texte numérisé non relu

CHAPITRE Vil

l'esclavage (1)

Faut-il qu'il y ait lieu, aujourd'hui encore, après vingt siècles de christianisme, de parler d'esclavage, de discuter la possession de l'homme par l'homme !

Les États-Unis d'Amérique, que, dans notre jeunesse, nous appelions les initiateurs du progrès et de la liberté, nous forcent à parler de cette grande abomination que l'Évangile semblait avoir détruite, mais qui se relève aujourd'hui avec une impudence d'apostasie à l'égard de la loi du Christ, dont l'histoire des peuples modernes n'offre pas d'autre exemple !

Relisez le dernier message du président des États-Unis (1860), cette pièce, la plus honteuse

(1) Ce chapitre était écrit un an avant le commencement de la guerre des Etats-Unis. Je trouve la date sur mes manuscrits. Je le maintiens tel qu'il était, sauf les additions que j'indique.

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qu'aucun gouvernement ait osé présenter au monde depuis des siècles. Vous y verrez : « Le respect dû au droit sacré de la propriété » de l'homme par l'homme.

Je dis que ces paroles coupables et sacrilèges, prononcées par le chef d'un peuple, devaient attirer sur ce peuple ce qui est sur le point d'éclater. L'iniquité qui est en eux, la haine et la fureur dont les remplit leur conscience bourrelée, va les briser et les partager en deux peuples, qui seront, parmi tous les peuples de la terre, les deux plus irréconciliables ennemis. Ces frères vont s'égorger entre eux; ils s'y préparent en ce moment.

Voilà ce qui va survenir, et puisqu'ils osent parler de l'Ancien Testament pour soutenir leur iniquité, je veux leur faire lire les prophètes, et leur montrer dans Jérémie leur histoire et leur condamnation. Ce qui suit est le texte de Jérémie (1) :

« Voici ce qui fut révélé à Jérémie, après les

(1) 9. Ut dimitteret unusquisque servum suum, et unusquisque ancillam suam Hebraeum et Hebrœam liberos : et nequaquam dominarentur eis, id est in Judœo et fralre suo.

10. Audierunt ergo omnes principes et universus populus, qui inierant pactum ut dimitteret unusquisque servum suum, et unusquisque ancillam suam liberos, et ultra non dominarentur eis : audierunt igitur, et dimiserunt.

11. Et conversi sunt deinceps : et retraxerunt servos et ancillas suas, quos dimiserant liberos, et subjugaverunt in famulos et famulas.

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prédications de liberté faites à Jérusalem. Le Seigneur avait dit :

« Que chacun d'entre vous congédie son « esclave et sa servante, et les rende à la « liberté; n'ayez plus en votre pouvoir vos « frères, Hébreux comme vous. »

« Les chefs du peuple et tout le peuple entendirent ces paroles. Ils obéirent : chacun rendit la liberté à ses esclaves.

« Mais voici que, peu de temps après, ils reviennent à leur crime. Ils rappellent les esclaves qu'ils avaient rendus libres, et ils les remettent sous le joug.

« Voici donc la parole du Seigneur à Jérémie pour Israël :

12. Et factum est verbum Domini ad Jeremiam a Domino dicens :

16... Et reversi estis, et commaculatis nomen meum : et reduxistis unusquisque servum suum, et uniisquisque ancillam suam, quos dimiseratis ut essent liberi et sute potestatis : et subjugastis eos ut sint vobis servi et ancillee.

17. Propterea haec dicit Dominus : Vos nonaudistis me, ut prœdicaretis libertatem unusquisque fratri suo, et unusquisque amico suo. Ecceego praedico vobis libertatem, ait Dominus, ad gladium, ad pestem et ad famem : et dabo vos in commotionem cunctis regnis terne.

18. Et dabo viros, qui prœvaricantur fœdus meum, vitulumquem conciderunl in duas partes et transierunt inter divisiones ejus.

19. Principes Juda et principes Jérusalem, Eunucbi et Sacerdotes et omnis populus terrée, qui transierunt inter divisiones vituli

20. Et dabo eos in manus inimicorum suornm, et in manus quserentium animam eorum : et erit morticinium eorum in escam volatilibus cœli, etbestiis terrée. (Jerem., cap. xxxiv.)

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« Moi aussi, j'ai fait une alliance avec vos pères, le jour où je les.ai tirés de la dure servitude d'Egypte!

« Je leur ai dit : Vos frères, qui vous auront été rendus ne vous serviront que sept ans, après quoi vous les rendrez libres; vos pères ne m'ont pas écouté, et ils ont fermé leurs oreilles.

« Mais vous, vous vous êtes convertis, vous avez pratiqué ma loi, et vous avez annoncé la liberté, chacun à votre esclave : vous avez fait un pacte en ma présence et dans mon temple.

*< Mais même après ce pacte que vous avez fait avec moi, vous êtes retournés en arrière, et vous avez déshonoré mon nom. Vous avez repris vos esclaves, ceux que vous-mêmes aviez faits libres, et vous les avez remis sous le joug.

« Eh bien! voici ce que dit le Seigneur : Vous ne m'écoutez pas, et vous ne voulez pas annoncer à vos frères et à vos amis la loi de liberté. C'est donc moi, le Seigneur, c'est moi qui vais prêcher pour vous la liberté, la liberté du glaive, celle de la peste et celle de la famine, et entre tous les peuples de la terre^ je vais vous secouer.

« Et je vais vous traiter, peuple de prévaricateurs qui brisez mon alliance, oui, je vais vous traiter comme fait le sacrificateur du jeune taureau qu'il coupe en deux parties.

« Oncoupera et l'on séparera les deux parties,

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et tous les peuples de la terre pourront passer entre les deux moitiés sanglantes du taureau divisé. »

Voilà ce que dit le Seigneur, et voilà ce qui est sous nos yeux.

Peut-être, pharisiens, ne comprenez-vous pas, et vous voulez discuter le texte

Je vais vous le traduire :

Dieu a révélé au prophète Jérémie ce qui vous arrive aujourd'hui.

L'Évangile vous avait prêché la liberté, et il avait dit en vos cœurs : Que chacun renvoie ses esclaves, que nul n'ait en servitude ses frères, chrétiens comme lui.

C'est ce qu'ont fait tous les peuples chrétiens.

Mais vous, peuples des Etats-Unis, vous êtes retournés en arrière, vous avez repris vos esclaves, et vous avez remis sous le joug, comme on y met les bêtes, des hommes et des chrétiens.

Voici donc ce que dit le Seigneur : Je vous avais tirés de la servitude des démons, et je vous ai tirés aussi, et par deux fois, de la servitude de l'Angleterre, votre Egypte.

Et j'espérais que vous seriez un peuple de justice et de liberté.

Mais vous avez déshonoré mon nom : seuls parmi les peuples chrétiens, dans la lumière

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de l'Evangile, vous avez rétabli l'esclavage que j'avais aboli dans le monde.

Vous l'avez rétabli en fait, puis affirmé et développé, et maintenant vous le proclamez en principe et vous l' érigez en doctrine. Eh bien! moi, le Seigneur, puisque vous ne voulez pas annoncer aux captifs la liberté, moi, je vous livre à la liberté de la guerre, de la faim et de l'extermination, et, comme le sacrificateur qui coupe en deux le jeune taureau, je vais vous partager en deux parties, et tous les peuples de la terre le verront : et ils pourront passer entre les deux moitiés sanglantes du taureau divisé.

Chrétiens et frères des Etats-Unis d'Amérique, voilà quelle est pour vous la justice rigoureuse, le châtiment probable! Mais je prie Dieu de toute mon âme, s'il en est temps encore, de vous sauver.

Ce qui précède était écrit en 1860. La prière n'a pas eu le temps de monter. Le châtiment, qui n'était alors que probable, sévit aujourd'hui sous nos yeux (1864). Le glaive de Dieu a partagé en deux moitiés sanglantes le jeune taureau, par un coup à la fois plus subit et plus épouvantable que je ne prévoyais. Les torrents de sang coulent avec une abondance et une violence que je n'aurais pas crues possi-

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blés, et voici que les autres nations de la terre commencent en effet à vouloir passer entre les deux moitiés sanglantes du taureau divisé. Que va-t-il arriver? — Voici ce qui est arrivé :

Des deux moitiés de ce grand peuple divisé parle glaive, l'une combattait pour l'esclavage, et l'autre pour la liberté. L'une était la fausse mère du jugement de Salomon, et l'autre la mère véritable.

Or, après quatre années de la plus effroyable guerre, voici qu'aujourd'hui même l'Europe apprend que ceux qui combattaient pour couper en deux la nation, et pour développer librement l'esclavage, viennent d'être condamnés au jugement de Dieu. Ils sont anéantis. Il n'y a plus qu'une seule nation. Et cette nation, par la voix de son chef, a prononcé les paroles les plus évangéliques que le chef d'aucun peuple ait jamais fait entendre au monde depuis que l'Evangile est sur la terre.

Le président des Etats- Luis dit ceci :

« Malheur au monde à cause de ses scandales ! S'il faut que le scandale arrive, malheur à l'homme par lequel le scandale arrive! S'il est vrai que cet esclavage d'Amérique est l'un de ces scandales inévitables pour un temps, il faut dire que ce temps est passé et que Dieu a conduit le Sud et le Nord à cette terrible

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guerre, comme châtiment de ceux par lesquels le scandale est venu. Qui osera murmurer contre la justice de Dieu?

« Nous désirons de toutes nos forces, et nous prions avec ferveur pour que cette cruelle guerre touche à sa fin. Cependant, si Dieu veut que ce grand fléau continue jusqu'à ce que toutes les richesses accumulées par deux cent cinquante ans du cruel travail de l'esclave aient été englouties, jusqu'à ce que chaque goutte de sang arrachée par le fouet soit payée par une goutte de sang découlant sous le glaive, nous ne pourrons nous plaindre, et nous devrons encore le confesser : oui, les jugements du Seigneur sont justes, les jugements du Seigneur sont vrais! »

Si ces paroles, comme je n'en puis douter, expriment l'esprit de ce grand peuple: s'il est vrai qu'il se frappe la poitrine et implore Dieu, et bénit Dieu après l'épouvantable châtiment, je dis qu'il est réconcilié, et que Dieu lui a pardonné. Ce peuple va se relever pour la justice et le progrès.

Peuple des Etats-Unis, vous vous êtes agrandi, et vous avez rempli la terre que le Seigneur vous a donnée. Mais vous avez d'abord presque grandi comme le vieil homme sous la vieille loi, et vous avez trop souvent

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préféré l'accroissement et la multiplication delà vie, à la croissance et à l'élévation dans la justice. Par l'esclavage, et j'allais dire par la polygamie, vous avez pendant trop longtemps paru vouloir retourner au vieux monde. Mais voici votre baptême de sang qui anéantit l'esclavage : puisse-t-il vous régénérer tout entier!

Vous voyez aujourd'hui de vos yeux quels sont les fruits de l'iniquité, et comment ce petit germe d'esclavage que vous aviez négligé d'extirper au début a failli tout remplir, tout détruire, et n'a pu être enfin arraché de vos chairs que par la mutilation de vos membres, et avec des torrents de sang.

Puisse tout ce sang, surtout le sang du juste que le martyre a consacré, devenir le ciment de l'union entre les deux moitiés de la patrie !

Puisse-t-il devenir parmi vous la semence de la justice, de la liberté, de la paix!

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