‹ La morale et la loi de l'histoire (volume 2)Chapitre 14 sur 25 · L HOMICIDE · texte numérisé non relu

L HOMICIDE

venue du règne de Dieu et le triomphe des volontés de notre Père céleste, en la terre comme au ciel.

cTout est à vous, s'écrie saint Paul, tout est à vous, le monde, la vie, la mort, le monde présent, le monde à venu, tout est à vous! » (I Cor., m, 22.) Voilà l'audace évangélique.

Mais que surtout et avant tout la cruauté, le goût du sang, l'esprit de la torture, ce satanique et incompréhensible caractère de la haine absolue, et du mal pur, soient vaincus et chassés de la terre. Il y va de l'honneur du monde. Tout acte de cruauté exercé par un homme sur un homme est une sanglante insulte de Satan à l'humanité tout entière. C'est sur ce point qu'il faut un soulèvement décisif de toutes les intelligences.

Et n'est-ce pas, en effet, sur ce point, grâce à Dieu, que les peuples européens ont fait, depuis un siècle, un éclatant progrès? Chez quel peuple chrétien serait possible, de nos jours, le supplice de 1758 (j'écris en 1868) décrété parle Parlement de Paris, et consommé au milieu de Paris? Qui supporterait aujourd'hui les tenailles, le plomb fondu, les chevaux pour écarteler, et ces douze heures de tortures rugissantes, de par la loi, à la face du soleil,, et en présence du peuple rassemblé?

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L'homme, sur ce point privilégié du globe, l'Europe, l'homme est incomparablement moins sanatique qu'il n'était il y a cent ans. Le doux esprit du Sauveur des hommes commence à conquérir le cœur du genre humain... « Heureux, dit Jésus-Christ, heureux ceux qui sont doux, parce qu'ils posséderont la terre. » Ce caractère, précisément divin, la douceur, le tendre et religieux respect de l'homme, image de Dieu, la douceur, dis-je, est un signe des temps. Ce signe annonce que le temps vient où l'homme doit posséder la terre, chasser l'antique usurpateur, prince du monde et du mal, régner enfin par Dieu. Ce signe sacré de la douceur des âmes apparaît en même temps que le signe de l'intelligence domptant la terre et la matière par la connaissance de ses lois, domptant l'espace, ce grand obstacle à la domination du globe.

J'aperçois, de ce point de vue, trois époques : le vieux monde, ayant pour joie suprême, pour fête et pour plaisir public, la mort violente de l'innocent, le spectacle de regorgement de l'homme par homme ou par la bête. Dix mille hommes dans l'empire, tout glorieux de cette magnificence, meurent en public pour la fête de Néron. Règne sanatique pur.

Puis viennent les peuples du moyen âge, à

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moitié vaincus par l'Evangile, qui, pourtant, maintiennent la torture pour l'accusé, et l'atrocité des supplices pour le coupable. Règne barbare mêlé de l'idée de justice.

Enfin, depuis un siècle seulement, et depuis le martyre politique d'un roi chrétien, depuis aussi qu'un certain nombre d'àmes puissantes, au fond du siècle précédent, ont vu, compris et médité plus immédiatement le cœur de Jésus-Christ, et surtout, enfin, de nos jours, depuis que l'Eglise universelle a donné un nouvel éclat au dogme le plus glorieux pour la grandeur possible et idéale de l'homme : depuis ce temps, surtout en France, un éclatant caractère de douceur vient embellirla face du genre humain; c'est le commencement d'un progrès du règne visible de Dieu sur notre terre.

0 amis, qui que vous soyez, je vous prie, aidons notre divin maître Jésus à introduire dans le genre humain la bonté. Lui, il était la bonté absolue, Lui, comme l'agneau immolé, a été doux et bon sous l'insulte, sous les soufflets, sous la flagellation. Il était doux et bon à l'égard des épines, des bourreaux, des clous, de la croix. « Pardonnez-leur, mon Père : ils ne savent ce qu'ils font. » Telle est sa vie et voici sa doctrine. Efforcez-vous de la comprendre, malgré sa trop céleste simplicité. Heureux ceux

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dont l'esprit est assez étendu et le cœur assez vigoureux pour atteindre si haut! Mais tous ne le peuvent pas encore. Quoi qu'il en soit, lisez avec adoration :

« Il a été dit aux anciens : Tu ne tueras pas. Moi je vous dis : Ne vous irritez pas, et ne dites pas à votre frère un mot qui blesse.

«On vous a dit: Œil pour œil, dent pour dent. Moi je vous dis : Ne résistez pas même au mal, et, si l'on vous frappe sur une joue, présentez l'autre. Si l'on veut vous faire un procès pour prendre votre tunique, abandonnez de plus votre manteau. Si l'on veut vous faire faire mille pas, faites-en deux mille. Quiconque vous demande, donnez-lui. Quiconque veut emprunter de vous, prêtez.

« Tout ce que vous voulez que les hommes fassent pour vous faites-le pour eux : voilà la loi et les prophètes (1).

« Ne jugez pas, et vous ne serez pas jugé ; ne condamnez pas, et vous ne serez pas condamné; remettez, et il vous rera remis (2).

« Donnez, et il vous sera donné ; on vous versera dans le sein une bonne mesure, pressée, surabondante; car on se servira envers vous de

(i)Matth., vu, 12.

(2) Matth., vif, 1, 2; Luc, vi, 37.

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\!\ mesure dont vous vous servirez envers les autres (1).

« On vous a dit : Aimez votre prochain, et haïssez vos ennemis. Moi je vous dis : Aimez vos ennemis, faites du bien à ceux qui vous haïssent, et priez pour ceux qui vous insultent et qui vous calomnient, afin que vous soyez les fils de votre Père céleste qui fait lever son soleil sur les bons et sur les méchants, et tomber sa rosée sur les justes et sur les injustes (2). »

Voilà la parole de Dieu manifeste! Quiconque ne voit pas Dieu lui-môme présent dans ces paroles est bien à plaindre. Quiconque n'aperçoit pas que Jésus-Christ est Dieu, puisqu'il a dit et fait ainsi, celui-là est bien malheureux.

Non, certes, ces paroles du ciel ne détruisent pas la société humaine, et ne la livrent point aux méchants. Non, certes, l'Evangile de Dieu n'interdit pas la défense légitime, par la force ou la loi, défense certainement nécessaire pour que les enfants de Caïn et les fils de Satan ne détruisent pas le genre humain. Seulement, Dieu fait homme pour apporter aux hommes la bonne nouvelle et le royaume de Dieu, Dieu, dis-je, par ses conseils de douceur absolue et de divine bonté, apporte aux fils de Dieu la

(1) Luc, vi, 38.

(2) Matin., v, 38 à 45.

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force unique, indispensable, irrésistible,, surnaturelle, qui peut opérerdans le monde la transformation radicale qu'attendent les sociétés.

Relisez, ô mon frère, relisez ces paroles avec, adoration. N'apercevez-vous point, encore une fois, que ce sont là des paroles de Dieu, absolument et nécessairement infaillibles? C'est l'évidence morale en pleine lumière; c'est la religion universelle, nécessaire, et nécessairement infaillible, et révélée de Dieu. Nele croyez-vous pas?

Or, lorsque toute l'Europe, surtout laFrance, s'emparera de ce doux et divin esprit, quand les peuples auront fait à Dieu un nouveau sacrifice, l'abolition d'une dernière coutume manifestement sanatique, savoir : le meurtre par le duel; quand les vrais braves auront marché sur ce fantôme, à la fois stupide et sanglant, et l'auront écrasé sous leurs pieds, et l'auront aboli, par cette simple raison qu'il ne doit plus y avoir de Caïn parmi nous; quand ce mouvement d'opinion et de sagesse publique aura, de proche en proche, flétri le meurtre absolument; quand, par exemple, la plus stupide la plus lâche, et la plus impudente des traditions païennes, savoir: l'usage du poignard politique, sera, par l'absolue réprobation de tous, devenue impossible ; quand ce grand

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mouvement du cœur du genre humain se sera étendu avec force à tout meurtre de toute nature ; lorsque la guerre sera devenue à peu près impossible entre les nations européennes d'abord, puis enfin dans le monde entier; quand le courage, le génie, l'héroïsme, le dévouement jusqu'à la mort, entreront dans leur voie sacrée, et seront devenus serviteurs, humbles et obéissants, de l'amour fraternel et divin : alors, et alors seulement, les anges verront ce dont l'homme est capable pour posséder la terre, la remplir, la dompter et l'ordonner, dans la justice.

Mon Dieu, faites que ces pages gagnent à cette cause quelque cœur indomptable et quelque grand esprit puissant en œuvres et en paroles, ou bien quelque cœurhumble, profond et doux, et presque tout-puissant par la prière et parla foi!

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