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CHAPITRE XI

Oui, toujours oui, j'ai l'espoir du progrès. Et voici, dans l'ordre politique, les raisons de mon espérance.

La science sociale, je dis la science certaine, claire, utile, applicable, se développe aujourd'hui parmi nous. La science du travail et de la richesse, la science du pain, est de plus en plus étudiée, appliquée, vérifiée. La vérité politique est connue, et, si les âmes ne se détournent pas de la justice, la vérité, mise en lumière, doit conduire à la liberté.

Qu'est-ce que la vérité politique? quelle est l'organisation politique véritable? Quelle est la forme de gouvernement qui rend un peuple

vraiment libre, vraiment vivant, grandissant, perfectible, et maître de ses destinées?

Gomme toutes les vérités fondamentales, celle-ci a été entrevue de tout temps : Aristote en approche; Tacite en a parlé; Polybe et Gicéron en développent l'idée. Mais ce qu'on n'a pas remarqué, c'est qu'au commencement du treizième siècle, en même temps que la grande Charte était donnée à l'Angleterre (1215), qu'en Hongrie la Charte de saint Etienne était renouvelé (1222), « afin d'y restaurer la liberté violée », dit le texte du préambule, en ce même temps, les docteurs catholiques, saint Thomas d'Aquin, par exemple, donnaient la théorie de ce que les nations chrétiennes s'efforçaient de réaliser.

J'ouvre, dans saint Thomas d'Aquin, non pas un opuscule douteux, mais son grand et suprême travail, la Somme théologique, et j'y trouve, décrite en ses traits essentiels, dans ses bases nécessaires, comme étant la meilleure de toutes, et conforme à la loi de Dieu, la forme politique qui, aujourd'hui, tend manifestement à se répandre dans le monde entier.

Voici le texte contenu du grand théologien :

« La bonne organisation politique, en toute ville ou nation, exige deux choses :

« La première, c'est que tous aient quelque

part dans le gouvernement : Ut omnes aliquam partem haheant in prineipatu.

« C'est là le vrai moyen de conserver la paix dans une nation, et de faire que le peuple entier aime et défende sa constitution : Omnes talem ordinationtm amant et cnstodiunt.

« La seconde condition réside dans la forme même du gouvernement [speciem regiminis) et dans l'organisation des pouvoirs [ordinationis principatuum).

« Il y a plusieurs formes de gouvernement, dit Aristote, dont les principales sont : la monarchie, gouvernement d'un seul selon la justice (l) ; Y aristocratie, ou gouvernement d'un petit nombre selon la justice; et la démocratie, ou gouvernement de tous selon la justice.

(1) Ces mots, secundum virtutem, selon la justice ou selon la loi, sont répétés chaque fois, parce que les anciens, notamment Polybe et Cicéron, comme nous le verrons cidessous, n'appelaient point monarchie, aristocratie et démocratie les gouvernements où ne régnait pas la justice, qualifiant de tyrannie, d'oligarchie et dochlocratie les mêmes formes, quand la justice s'en était retirée.

Selon saint Thomas, la vertu, c'est-à-dire la justice, est essentielle à la vraie monarchie. Otez la justice, il n'y a plus de royauté, mais la tyrannie proprement dite.

C'est exactement la pensée de Polybe : « Toute domination d'un seul n'est pas par cela même une vraie royauté, mais celle-là seulement qui, consentie librement par les sujets, s'inspire de la sagesse et non de la violence. »

Oure yàp TOXTav oï^ttou aovotpyt'av, eùOj'wçl paîtXeiav p-/\xioj. àXXa aôvrjv TYjv i% IxÔvtcov rruyxojpouaév/iv, xa\ ty) yvoj;;//] . to ttAeïov, r] çpôëw xat St'a xuêepviouévY|v. (lleliquiœ, liv. VI, en. m. n° 4.)

« Mais le meilleur gouvernement est celui qui réunit tout, et dans lequel, d'abord un seul est mis à la tête de l'Etat (pr&ficitur) pour gouverner selon la justice, et pour tout présider [qui omnibus prœsii); puis, sous lui, plusieurs sont appelés à gouverner selon la justice; et où enfin le gouvernement (principatum) appartient en même temps à tous, tant parce que les chefs peuvent être élus dans le peuple entier, que parce qu'en effet tout le peuple est appelé à les élire.

« Et c'est là ce qui se réalise dans cette forme politique mixte (politia bene commixta) qui participe de la monarchie, puisqu'un seul préside [prœsit)', de Y aristocratie, puisque plusieurs, choisis pour leur mérite, gouvernent sous le prince; et enfin de la démocratie, c'està-dire du pouvoir de toute la nation, puisque les princes et chefs sont élus dans le peuple entier, et qu'au peuple entier appartient le droit de les élire. Or c'est ce qui fut institué ainsi d'après la loi divine (1). »

(i) « Dicendum quod, circa bonam ordinationem principum in aliqua civitate vel gente, duo simt attendenda : quorum unum est ut omnes aliquam partem habeant in principalu ; per hoc enim conservalur pax populi, et omnes talem ordinationem amant, et custodiunt, ut dicitur in 2 Polit , cap. 1.

« Aliud est quod attenditur secundum speciem regiminis vel ordinationis principatuum; cujus cum sint diverse species, ut philosophus tradit in 3 Polit., cnp. v, pnecipuœ

A la lecture de ce texte suivi, continu et complet, qui est du treizième siècle, qui demande que tout citoyen soit non pas seulement électeur, mais éligible à tout : — idéal politique qui s'applique tout aussi bien à la forme républicaine des Etats-Unis qu'à la forme monarchique anglaise, où le suffrage, encore limité, finira par s'étendre à tous, — on peut commencer à comprendre que la liberté moderne, non pas seulement celle qu'on a, mais

tamen sunt regnum, in quo unus principatur secundum virtutem: et arislocratia, id est, potestas optimatum, in quaaliqui pauci principantur secundum virtutem. Unde optima ordinatio principum est in aliqua civitate, vel regno, in quo unus praeflcitur secundum virtutem, qui omnibus prœsil; et sub ipso sunt aliqui principantes secundum virtutem; et tamen talis principalus ad omnes pertinet, tum quia ex omnibus eligi possunt principes, tum quia eliam ab omnibus eliguntur.

« Talis vero est omnis politia bene commixta ex regno, in quantum unus praeest, — ex arislocratia, in quantum multi principantur secundum virtutem, — et ex democralia, id est potestate populi, in quantum ex popularibus possunt eligi principes, et ad populum pertinet electio principum. Et hoc fuit institutum secundum legem divinam : nam Moyses et ejus successores gubernabant populum, quasi singulariter omnibus principantes, quod est quaedam species regni. Eligebantur autem septuaginta duo seniores secundum virtutem; dicitur enim (Deut., i, 15) : Tuli de veslris tribubus viros sapientes et nobiles, et constitui eos principes ; et hoc erat aristocralicum. Sed democraticum erat quod isti de omni populo eligebantur : dicitur enim [Exod., xvm, 21) : Provide omni ex plèbe viros sapientes, etc., et etiam quod. populus eos eligebat; unde dicitur (Deuler., i, 13) : Date ex vobis viros sapientes, etc. Unde patet quod optima luit ordinatio principum quam lex instituit. » (la 2ae, qmest. cv, art. i.)

ceJle que l'on attend, a ses racines dans le moyen âge, qu'elle est bien d'origine et de sève chrétiennes, et que Jes siècles de pouvoir absolu, qui ont suivi dans presque toute l'Europe, n'étaient qu'un retour déplorable au vieux droit païen de l'Empire.

Mais il faut avouer que ce beau texte de saint Thomas n'est qu'une magnifique et hardie déclaration du principe de justice et de liberté. Ce n'est pas le détail de la science. Il faut reconnaître aussi que les chartes du moyen âge sont bien loin d'énoncer, et surtout d'établir pleinement et scientifiquement, la justice, la liberté, l'organisation politique véritable.

Où donc se trouve cette science? où se trouvent ses applications, et quels sont les yeux qui ont vu ou qui verront quelque part la vie politique véritable?

La vie politique est distincte de cette organisation naturelle et providentielle des sociétés, et de cette vie sociale que la nature des choses rend continue et inévitable, « soit que

l'homme veille, soit qu'il dorme. » Il y a, au fond de la société universelle, un invisible travail de justice, un effort de progrès, que tous nos crimes ne détruisent pas radicalement, que toutes nos ignorances et tous les vices des formes politiques corrompues, — qui étouffent partout et toujours les meilleures forces du genre humain, — ne parviennent pas à neutraliser tout à fait.

Mais quand donc se développera, dans la lumière et dans la science, le libre effort des hommes travaillant avec la nature, conspirant avec la Providence, pour établir enfin les formes libres, calculées et voulues, des grandes fonctions sociales? Et quand viendront ces formes politiques vraies, capables de ne plus étouffer la vie, ou plutôt d'en favoriser le progrès?

Toute la suite des empires et toute l'histoire de la grandeur et de la décadence des peuples n'est autre chose que le spectacle de la lutte impuissante entreprise pour y parvenir. Dans ces essais insuffisants, l'iniquité, la tyrannie, appuyées sur le vice, finissent toujours par l'emporter.

Tout effort de justice, tout essai de bonne et libre organisation politique, découle tout aussitôt en sens contraire de ce que l'on voulait,

et la forme établie, changeant d'esprit, devient bientôt l'instrument même de l'oppression et de l'iniquité.

« Malgré l'amour des hommes pourlaliberté, dit Montesquieu, malgré leur haine contre la violence, la plupart des peuples sont soumis au gouvernement despotique. Cela est aisé à comprendre : pour former un gouvernement modéré, il faut combiner les puissances, les régler, les tempérer, les faire agir, donner, pour ainsi dire, un lest à l'une pour la mettre en état de résister à une autre. C'est un chefd'œuvre de législation que le hasard fait rarement, et que rarement on laisse faire à la prudence. Un gouvernement despotique, au contraire, saute pour ainsi dire aux yeux : il est uniforme partout : comme il ne faut que des passions pour l'établir, tout le monde est bon pour cela(l). »

J'interroge, sur la politique des anciens, les deux hommes qui, vivant sur la fin du vieux monde, ont peut-être le mieux connu l'ensemble de son histoire et ont analysé, avec le plus de compétence et de sagacité, toute la vie politique ancienne. Je veux parler de Polybe et de Cicéron.

i) Montesquieu, l'Esprit des lois, liv. V, chap. xiv.

Si je leur demande ce qu'ils voient dans la vie politique du passé, quelle est l'organisation politique véritable qui puisse donner tout à la fois l'ordre, la liberté et la stabilité, l'un et l'autre me font, d'une commune voix, les mêmes réponses, et je dois dire que ces réponses me paraissent admirables, et me montrent, une fois de plus, que les hommes, dans la lumière de la raison, ont, dès l'antiquité, aperçu les grandes vérités naturelles, en politique, comme en géométrie et en philosophie.

Ce que voient ces deux nobles témoins de l'ancien monde, c'est d'abord un mouvement de perpétuelle instabilité, de révolution continue, qui transforme les cités et les gouvernements et qui les fait pour ainsi dire rouler dans un cercle prévu.

Il y a, nous disent-ils, trois formes naturelles et primitives de gouvernement que l'œil même aperçoit : Royauté, Aristocratie, Démocratie. Mais ce que l'œil n'aperçoit pas, c'est que chacune des trois peut, en changeant d'esprit, engendrer une sorte de monstre, qui en dérive nuturellement, et lui ressemble par le dehors. Il est trop clair que « toute monarchie n'est pas royauté, mais celle-là seulement qui est consentie par tous, et qui s'appuie sur

la raison, non sur la crainte et la violence.

« Toute oligarchie n'est pas non plus une aristocratie, mais celle où le gouvernement est placé librement aux mains des plus justes et des plus prudents.

« De même la démocratie n'existe pas parce qu'il est permis à la multitude de faire tout ce qui lui plaît; mais un état où vit la religion, la tradition des pères, l'autorité de la famille, le respect des vieillards, l'obéissance aux lois, et la soumission vraie de tous à l'autorité générale de la majorité : voilà la véritable démocratie (1). »

Or, ajoutent-ils, la royauté dégénère rapidement en tyrannie. Alors quelques audacieux la renversent et forment une aristocratie. L'aristocratie à son tour dégénère en oligarchie. Le peuple la renverse et s'organise en démocratie. Mais la démocratie bientôt gouverne comme une tempête, où les plus turbulents mènent tout selon les vents qui soufflent (2). Ce n'est

(1) Polybe, liv. VI des Histoires, ch.iu, n° 4. Dès ce temps Polybe avait observé le déplorable phénomène des majorités opprimées par des minorités violentes. « Si la France nous envoie de mauvais députés, disait en 1848 l'émeute retranchée dans Paris, nous les jetterons dans la Seine. »

(2) Polybe, Cicéron, Platon , Aristote, sont terribles à entendre quand ils parlent de la fausse démocratie. Écoutez Cicéron traduisant Platon : « Quand le peuple a porté sesmainscriminelles sur un roi juste, et quand il a goûtéle sang des meilleurs citoyens; lorsque la République n'est plus qu'une litière sous

plus que Y ochlocratie , c'est-à-dire le gouvernenement de l'émeute. V ochlocratie alors appelle un maître. Elle est elle-même la racine du tyran; mais le tyran est bientôt renversé, et le cercle des révolutions recommence. Et tout cela se précipite, et dégénère, et tout se succède selon les lois prévues, et roule en des cercles connus, où les choses reviennent sur elles-mêmes après un tour entier.

les pieds de la foule qui trépigne, alors, sachez-le bien, il n'y a ni tempête ni incendie qu'il ne soit plus facile de calmer.» Alors survient, dit Cicéron, ce que Platon décrit ainsi : «Quand une foi l'insatiable soif de licence prend un peuple à la gorge, et que, mal servi par ses échansons, on lui verse sans tempérament la rude liqueur de liberté, alors tout magistrat qui ne sait s'assouplir, et ne relâche pas tout, est poursuivi, insulté, accusé, traité de roi, de maître et de tyran. Quiconque obéit à quelqu'un est poursuivi par la populace qui l'appelle esclave volontaire. Le magistrat ciui se fait simple citoyen, le simple citoyen qui traite le magistrat comme son égal, voilà ceux qu'elle accable d'éloges, et qu'elle immole sous les honneurs, Tout dans ce peuple ne peut plus être plein que de liberté pure : le foyer domestique lui-mèmedoit être vide d'autorité: il faut que le père tremble devant son fils, et que le fils n'ait aucun souci de son père. Il faut abolirla pudeur pour qu'enfin l'on soit libre en tout. Plus aucune distinction d'homme à homme. Le maître doit craindre ses élèves et les flatter, les élèves doivent mépriser leur maître. Les jeunes gens prennent le poids et l'autorité des vieillards, et les vieillards doivent se mettre à l'école des jeunes gens, pour être tolérés par eux. L'absence de frein doit s'étendre aux bêtes, et la liberté tombe aux chiens, aux chevaux et aux ânes, qui s'avancent en effet de telle manière sur les chemins que l'homme doit leur céder le pas. Que produit cette dilatation de licence? Des âmes molles, dégoûtées et lâches, qui, à tout appel du devoir, répondent par la colère, et le refus de rien porter. Plus de loi, plus de maître. Mais cela même est la racine d'où va naître un tyran. » (Cic, De Rep.)

Ainsi parlent Polybe et Cicéron. Ce sont déjà les cercles de Vico entrevus dans l'antiquité (1).

Continuons à écouter nos clairvoyants témoins.

Que conclure de cette instabilité déplorable? C'est que ces formes simples sont instables par leur simplicité même (2), et que la raison, dit Polybe, et aussi l'expérience nous enseignent qu'une organisation plus stable de l'Etat serait celle qui renfermerait les trois formes : « Il est évident, dit-il, qu'on doit tenir pour la torme la plus parfaite celle qui se composerait des trois autres. Toute forme simple de gouvernement, qui s'appuie sur un seul des trois

(1) Aurf"! KoXtTElôft (XVOUUBtlwSlÇ, <AtJ\ <f*&glO$ obtOVO(JCI« ,

ko6 r;i ixrcaêaXitt xat [lEÛurraxai, /.■/.: K&Xtv sic ol'jtol xara/TÏ tc« -A-x-h. rà; sàÀtTCtsç. 'Polybe, liv. VI, m, n° 9.) Mirique sunt orbes el quasi circuilus, in rébus publiais, commutationum et Yicissitudinum : quos cum cognosse sapientis est, tum vero prospicere impendentes... (Cic, de Rep., lib. I, n° xxix.)

(2) « Chaque forme renferme constamment en elle un germe naturel de destruction : la royauté, la tyrannie ; l'aristocratie, l'oligarchie; la démocratie, l'ochlocratie et ses sauvages fureurs. <•

principes, ne saurait durer, parce qu'elle tombe bientôt dans le défaut inhérent à son principe même.

« Mais la forme mixte, composée de toutes les qualités, de tous les avantages des trois autres, de façon qu'aucune des trois ne s'étende hors de proportion, et ne développe les vices qui lui sont naturels : cette forme est manifestement beaucoup plus stable, et il se peut que, grâce à une exacte pondération de toutes les iorces, nulle ne pesant plus que les autres, l'État reste longtemps dans un équilibre parfait, comme un navire que le mouvement pondéré des rames tient d'aplomb sur les eaux (1). » Ainsi parle Polybe.

La pondération des pouvoirs n'est donc pas une invention moderne, Cicéron nous parle de même : « S'il faut choisir, dit-il, entre trois formes simples, je préfère beaucoup la royauté. Mais à la royauté je préfère la forme complète,

(1) IIîv sîoo; TroîuTgi'aç ënzloïiv xoà xaxà [xtav ffuVEffTrjxàç, Suvapv, sTuacpaÀèç Yl'Tv£Tati 8tJc to tw/Éwç stç rrçv oïxei'av xa\ cpurret 7:«p£7roij.eV/iv ixxp£7t£'jQai xa/a'av. (Polybe, VI, m, n°10.)

°A 7tpo'tSôu.evoç Auxoupyoç, oôy aTrX^v, oûoe uovoeiSyj GUVEdTvfcaTO r/jv 7roXiTe(av, àXÀà iràîaç ôp.oti dOV^ôpaiÇe xi; àprràç xat xàç î8'.ôxT,xaç xwv àpi'dxcov 7roXixEuuàx(rtV 'iva pi)$èv aû^avôfJievov «irèp to Sî'ov eîç xà; ffUjKpusîç ÈxxpÉ7T7)x:xi xaxi'aç* avxt(T7ca>[A.év7H oè xriçsxacxou ouvatAEtoç u-' àXXïjXtov, |x,v)oaiAOu veut,, aYjô' £7il t:oXÙ xaxac^éV/i pTjâfV outSv, à/À' î-7op£o7roiïv xai ÇùyotfTaxouutvov Irt TtoXù ûtauéV/) xaxà xôv tïjç àvxt- -/oi'aç Xo'ycv àsi to 7toXiTEU|j(.a. (Polybe, liv. VI, ch. ni, n°10.)

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équilibrée, composée des trois... Et d'abord cette constitution est favorable à l'égalité, dont les hommes libres ne peuvent pas se passer longtemps. Et puis elle est d'une grande solidarité, les trois formes simples se retournant facilement en leurs contraires. Le roi devient un maître, les grands une faction, et le peuple une tempête ; l'on tombe à chaque instant d'une forme dans une autre. Mais dans la république tempérée, pondérée, composée des trois éléments, la ruine ne survient guère que par de très grandes fautes des chefs (1). »

Mais où donc Polybe et Cicéron ont-ils rencontré dans l'histoire l'existence de cette forme

(1) « Quod ita quum si t. tribus primis generibus longe praestat, mea sententia, regium ; regio autem ipsi pnestabil id, quod erit sequalum et temperatum ex tribus oplimis rerum publicarum modis. Hœc constitutif) priraum habet œquabilitatem quamdam magnam, qua carere diutius y'ix possuntlibeiï; deinde firmitudinem ; quod et Ma prima facile in contraria vitia convertuniur, ut existât ex rege dominus, ex oplimalibus faclio, ex populo turba et confusio; quodque ipsa gênera generibus saepe commutantur novis : hoc, in hac juncta moderaleque permixla conformatione reipublicœ, non ferme sine magnis principum Titus evenit. » (Cic.,rfe Rep., liv. I, n° xlv.)

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meilleure, composée de tous les éléments, et stable, et juste, et libre par la pondération des trois pouvoirs?

C'est dans la république romaine que l'un et l'autre voient ce chef-d'œuvre de politique que Gicéron déclare incomparable. « Je l'affirme, je le proclame et le soutiens, dit Gicéron : aucune des républiques qui ont existé ne peut se comparer, pour sa constitution fondamentale et le détail et la pratique des lois, à celle que nos pères nous ont transmise après l'avoir reçue de leurs ancêtres (1).

« Notre république n'est pas l'œuvre du génie d'un seul, mais l'œuvre du génie de plusieurs; non le fruit de la vie d'un homme, mais le fruit du génie des siècles et des âges...

« Ce n'est pas une fiction comme la république de Platon (2), c'est un être réel qui est né, qui a grandi, qui est venu à l'âge viril, sain et robuste.

(1) « Sic enim decerno* sic sentio, sic affirmo, nul la m omnium rerum publicarum, aut constitution^ aut disciplina conferendam esse cum ea, quam patres nostri nohis acceptant jam inde a majoribus, reliquerunt. » (Cic, de Hep., liv. I,

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