XVI PREFACE
entoure, c'est la substitution de la machine à l'hemme. La pesanteur, la vapeur, l'électricité, doivent travailler pour nous. Pourtant, c'est une fin dont les sociétés antiques se sont peu préoccupées. Elles se contentaient, pour presque tous les travaux, de la main-d'œuvre fournie par les esclaves et par les petits ai-tisans. Qui a suggéré aux sociétés modernes de l'Occident la poursuite de cette fin nouvelle, dont les conséquence» sociales porteront si loin ? Elle provient d'un ensemble de causes complexes, mais avant tout du développement des sciences mathématiques et physiques, qui a permis la construction de machines dont l'antiquité ne pouvait avoir ni l'idée ni le désir. Est-il téméraire d'augurer qu'un processus analogue se produira au sujet de la nature morale? Aujourd'hui, la morale théorique spécule encore en vue d'établir une échelle des fins qui nous apparaissent comme désirables, belles ou rationnelles, indépendamment de toute connaissance positive autre que l'analyse de la nature humaine en général. Mais que la science de la réalité morale se développe comme ont fait les sciences physiques depuis le xvi® siècle : elle fournira sur cette réalité des prises dont nous n'avons pas, dont nous ne pouvons pas avoir actuellement l'idée, et ces prises à leur tour suggéreront des fins à poursuivre qu'aujourd'hui nous ne pouvons pas non plus concevoir. Comparées à celles dont traitent les morales théoriques, ces fins seront sans doute plus spéciales et plus modestes; mais ce qu'elles perdront en généralité elles le gagneront en efficacité. Au lieu de s'imposer à « tout être libre et raisonnable », elles présenteront probablement la même variété que les types sociaux. Disons seulement, sans nous hasarder à des prévisions trop aventureuses, que les fins qui seront alors conçues et poursuivies ne dépendront plus, pour être déterminées, de la spéculation métaphysique.
L'objection principale écartée, les difficultés secondaires du même ordre s'effacent en même tenips. Nous avons fait voir que nous n'essayons point de « constituer une morale sans finalité ». Peu importe, après cela, que nous n'ayons pas réussi à éviter les « jugements de valeur » et les « préférences sentimentales ». Pourquoi d'ailleurs nous interdirions-nous les considérations de finalité, si l'objet de notre science les comporte? Elles peuvent être un auxiliaire très utile de la recherche. Les sciences biologiques ne se font pas faute de l'employer. Les