‹ La morale et la science des mursChapitre 24 sur 61 · PREFACE XXVII · texte numérisé non relu

PREFACE XXVII

le devoir, même connu comme relatif, peut continuer â être respecté et obéi : mais, entre les termes extrêmes, un très grand nombre de termes moyens peuvent s'insérer. Entre les prescriptions de la mode, qui durent une année ou changent avec les saisons, et les devoirs relatifs à la famille, qui mettent des siècles à varier, il y a place pour des obligations qui présentent tous les degrés possibles de stabilité. La qualification de « provisoire » ne convient pas à toutes exactement dans le même sens. Sans doute, la morale d'une société est relative à sa structure, au type auquel elle appartient, au stade actuel de son développement, etc. Elle est donc destinée à varier, et, en ce sens, elle est provisoire : mais provisoire comme son droit, comme sa religion, comme la langue qu'elle parle. Un provisoire qui s'étend ainsi sur une longue suite de générations équivaut, pour la courte vie d'un individu, à dû définitif. II s'impose à lui, comme l'expérience le prouve, sous la forme d'obligations nettement impératives. Et si l'on ne voit pas bien comment il dépendrait de l'individu de changer tout d'un coup la langue qu'il a apprise sur les lèvres de sa mère, on ne conçoit pas davantage qu'il puisse vivre moralement d'après dès règles tout autres que celles qui sont obligatoires dans la société où il est devenu homme. Les consciences les plus promptes à s'alarmer peuvent donc se tranquilliser. Le caractère relatif et provisoire de toute morale, ainsi entendu — et c'est en ce sens seulement que la science des mœurs l'implique, — ne compromet pas la stabilité de la moralité existante.

Après s'être défendue d'être subversive au point de vue social, et de porter sur la morale « la pioche du démolisseur », il est assez étrange que la conception d'une science des mœurs et d'un art moral rationnel doive répondre à une objection contraire. On lui reproche cependant de conduire à « l'impossibilité de procurer ou même de concevoir un progrès social », à « une attitude purement passive et expectante qui laisserait tout au plus subsister lavis medicatrix natursR », bref, à « uù conservatisme absolu^ ». L'une de ces objections, semble-t-il,

1. Belot, Revue de Métaphysique et de Morale, juillet 1905, p. 586.

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