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CHAPITRE II

Que sont les morales théoriques actuellement existantes ?

I. Les doctrines morales divergent par leur partie théorique et s'accordent par les préceptes pratiques qu'elles enseignent. — Explication

de ce fait : les morales pratiques ne peuvent pas s'écarter de la conscience morale commune de leur temps. — La pratique ne se déduit donc pas ici de la théorie; mais la théorie, au contraire, est assujettie à rationaliser la pratique existante 35

II. De là vient que : 1" la spéculation morale des philosophes a rarement inquiété la conscience; — 2° il n'y a guère eu de conflits entre elle et les dogmes religieux; — 3° elle se donne pour entièrement satisfaisante et possède des solutions pour tous les problèmes, ce qui n'est le cas d'aucune autre science. — En fait, c'est l'évolution de la pratique qui fait apparaître peu à peu des éléments nouveaux dans la théorie 42

III. La pratique aurait ses principes propres indépendamment de la théorie. — Carnéade. — La philosophie morale du christianisme. — Kant et la Critique de la Raison pratique. — Effort pour établir la conformité de la raison et de la foi morale. — Causes de l'insuccès de cet effort 50

IV. Pourquoi les rapports rationnels de la théorie et de la pratique ne se sont pas encore établis dans la morale. — Les autres sciences de la nature ont traversé elles aussi une période analogue. — Comparaison de la « morale théorique » des modernes avec la physique des anciens. — Tant que la méthode dialectique est employée, la « métamorale s subsiste 59

I. Premier postulat : la nature humaine est toujours identique à ellemême, en tout temps et en tout lieu. — Ce postulat permet de spéculer abstraitement sur le concept de « l'homme ». — Examen du contenu de ce concept dans la philosophie grecque, dans la philosophie moderne et chrétienne. — Elargissement de l'idée concrète d'humanité au xix« siècle, dû au progrès des sciences historiques, anthropologiques, géographiques, etc. — Insuffisance de la méthode d'analyse psychologique, nécessité de la méthode sociologique pour l'étude de la réalité morale 67

II. Second postulat : le contenu de la conscience morale forme un ensemble harmonieux et organique. — Critique de ce postulat. — Les conflits de devoirs. — L'évolution historique du contenu de la conscience morale. — Stratifications irrégulières; obligations et interdictions d'origine et de date diverses = 83

III. Utilité des morales théoriques dans le passé, malgré l'inexactitude de leurs postulats. — Fonction qu'elles ont remplie. — La mor.ile antique plus libre et plus affranchie d'arrière-pensées religieuses que les morales philosophiques des modernes jusqu'au xix^ siècle. — Ici la Renaissance n'a pas eu son plein effet. — Réaction à la fin

du XVIII® siècle. — Succès apparent et impuissance finale de cette roaclion ' 90

CFIAPITRE IV De quelles sciences théoriques la pratique morale dépend- elle?

I. L'objet de la science n'est pas de construire ou de déduire une morale, mais d'étudier la réalité morale donnée. — Nous ne sommes pas réduits à constater simplement cet ordre de faits; nous pouvons y intervenir efficacement si noi^s en connaissons les lois ... 97

II. Trois acceptions distinctes du mot « morale ». Gomment s'établiront les applications de la science des mœurs à la pratique morale. — Difficulté d'anticiper sur les progrès et sur les applications possibles de cette science. — Sa différenciation et ramification progressives 100

m. On peut se représenter cette marche d'après l'évolution de la science de la nature physique, plus avancée. — Causes qui ont arrêté le développement de cette science chez les anciens. — La physique d'Aristole se propose de « comprendre » plutôt que de «connaître», et descend des problèmes les plus généraux aux questions particulières. — Les « sciences morales » ont encore plus d'un caractère commun avec cette physique. — Comment elles prennent une forme plus voisine de celle des sciences modernes de la nature. 108

IV. Rôle considérable des mathématiques dans le développement des sciences de la nature. — Jusqu'à quel point les sciences historiques peuvent jouer un rôle analogue dans le développement des sciences de la réalité sociale 123

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