‹ La moraleChapitre 13 sur 71 · INTRODUCTION. XIV · texte numérisé non relu

INTRODUCTION. XIV

les secours nécessaires à cette compréhension, ce qui n'existe nulle pari^ les aumôniers seuls étant chargés d'enseigner la morale, qu'ils laissent régulièrement de côté pour enseigner le catéchisme. Nous ne nous en plaignons pas du reste, la morale telle qu'ils pourraient renseigner nous étant des plus suspectes. Nous constatons seulement le fait, pour marquer cette étrange lacune de renseignement public. Il n'en est pas moins vrai que les enfants qui sortent des lycées n'y ont reçu le plus souvent aucun enseignement mo« rai, aucune indication qui leur permette de choisir dans ce pot-pourri de maximes et de doctrines contraires que la lecture h&tive des livres grecs, latins et français a entassées pèle-méle dans leur cervelle. Aussi se trouvent-ils pour la plupart, en entrant dans la vie, comme jetés sans fil conducteur dans un labyrinthe, et leur moralité flotte-t-elle au hasard des rencontres. Dans les familles mêmes on s'occupe beaucoup moins de l'éducation proprement dite, c'est-à-dire des habitudes morales à prendre en vue de la vie, que des formes tout extérieures de la politesse et du savoirvivre. Dans le monde cultivé, qui se dit lui-même comme il faut, l'éducation d'un jeune homme est complète quand il sait s'habiller, saluer, se présenter dans un salon et dire agréablement des niaiseries. Les femmes, auxquelles le plus souvent on n'a pas appris autre chose, trouvent cela très suffisant pour leurs fils, puisque c'est uniquement ce qu'elles demandent à tous les hommes. Comment après cela s'étonner de la régression morale d'une partie notable de la classe qui naguère faisait des révolutions au nom des droits de Thomme ? Et comme toute décadence intellectuelle se manifeste par une recrudescence correspondante de

Page 1