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que, s'il est vrai que les mêmes effets dérivent fatale* ment des mêmes causes, elle prononce elle-même sa condamnation en se plaçant en face du reste de la nation dans la même situation où s'étaient placées antérieurement les classes dont l'égoïsme a rendu nécessaire la révolution.
Comprendra-t-eUe la nécessité de réagir par une vigoureuse éducation des jeunes générations contre le danger de suicide qui la menace ? Je ne sais et je n'ose l'espérer. En tout cas, il est du devoir de tout bon citoyen de faire effort pour que ceux qui doivent la remplacer dans le rôle civilisateur qu'elle déserte manifestement, y arrivent pénétrés du sentiment de la solidarité et avec la volonté de travailler surtout en vue de l'intérêt général, et d'achever la révolution en faisant passer dans les institutions, dans les lois, dans les méthodes et dans les mœurs les réformes contenues dans les principes qu'elle a proclamés et dont l'application peut seule se concilier avec l'évolution normale des sociétés modernes.
C'est le but que se proposent les écrivains qui collaborent à cette Bibliothèque des sciences contemporaines. Cette unanimité dans l'effort vers un but commun suppose naturellement un égal accord de croyances sur toutes les grandes questions qui intéressent le développement intellectuel de l'humanité. En somme, chacun de ces volumes, signé d'un nom différent, s'inspire d'une pensée commune. A travers la diversité des sujets, des tempéraments, des styles, se retrouve l'identité du point de vue général et du but
XXVm INTRODUCTION.
poursuivi. Chacun des ouvrages publiés peut et doit être considéré comme une partie d'une encyclopédie dont l'ambition est de condenser sous une forme résumée toutes les modifications qu'apporte aux solutions des problèmes scientifiques la doctrine nouvelle du transformisme matérialiste.
Je n'ai donc pas cru qu'il y eût nécessité de refaire sous une forme nécessairement moins nette et moins précise les expositions de doctrine qui m'étaient nécessaires pour le développement de ma pensée. Parmi les volumes déjà publiés dans cette collection, il y en a trois que j'ai largement mis à contribution : la Biologie et la Sociologie^ du docteur Letourneau; la Philosophie^ d'André Lefèvre. Le lecteur verra par de nombreuses citations que je n'ai pas moins mis à profit un autre ouvrage que je recommande à toute personne qui a le souci des questions de philosophie morale : la Physiologie des passions^ du docteur Gh. Letourneau (1). Je me suis demandé un moment si, pour les principes, il ne vaudrait pas mieux me borner à renvoyer le lecteur à ces différents ouvrages. Mais j'y ai renoncé par cette considération qu'un livre doit autant que possible se suffire à lui-même et que, même dans une encyclopédie, ce serait trop demander au lecteur que de lui imposer l'obligation d'avoir tout lu pour en comprendre chaque partie.
Il ne sera peut-être pas superflu d'indiquer dès maintenant, en quelques lignes, comment et dans quel ordre nous croyons devoir procéder.
(1) Chez Reinwald ; 1 vol. in-12.
INTRODUCTION. XIIX
Nous étudierons dans une première partie la formation et le développement du sens et des conceptions morales dans l'humanité. C'est la part de Thistoire.
Ensuite nous déblayerons le terrain d'un certain nombre de problèmes moraux sur lesquels on discute depuis des milliers d'années et qui ne nous paraissent devoir leur existence qu'à des malentendus, tels que le libre arbitre, la responsabilité, etc.
Nous pourrons alors aborder la théorie.
Notre point de départ sera l'observation et la détermination des besoins tels qu'ils résultent d'abord de la constitution de l'individu, puis de celle des sociétés. Le but à atteindre est le bonheur, par la satisfaction de ces besoins.
Le problème consiste dans la conciliation des besoins qui résultent de la constitution de l'individu avec ceux qui dérivent de l'organisation sociale.
Nous aurons donc à considérer l'homme isolé tel qu'il a dû exister dans le? temps préhistoriques et à le suivre dans la série des étapes qu'il a eu à traverser avant d'arriver aux groupements divers que nous présente l'observation contemporaine. Cette étude nous permettra de constater un mouvement d'évolution qui se manifeste par la production successive de besoins nouveaux et différents.
Mais la même observation nous donnera l'occasion de remarquer que cette évolution coïncide avec une décroissance des misères individuelles et sociales. Or, puisque le but à atteindre est d'organiser la vie de telle sorte qu'elle parvienne au maximum de bonheur, nous serons amené à cette conclusion que l'évolution naturelle de la vie humaine dans le passé constitue un progrès, sinon constant, au moins réel.