L'ÉGOÏSME BRUTAL
eût été aussi heureuse qu'elle a été misérable. Il est vrai que celte seule différence contient la civilisation tout entière, et même une civilisation plus complète que celle dont nous jouissons aujourd'hui. Mais ce simple rapprochement démontre amplementque Tégoïsme, en mèmetemps qu'un vice, est une sottise, que le vrai moyen d'atteindre le bonheur est de ne pas le chercher pour soi seul, et qu'il suffit de n'être pas un imbécile pour comprendre que la pratique consciencieuse des devoirs sociaux est encore la meilleure recette pour être heureux.
C'est du reste ce que démontre, mieux que tous les raisonnements, l'histoire même de l'humanité. Elle a payé assez cher cette expérience pour que nous ne la laissions pas perdre. Cette morale, que les philosophes se travaillent à chercher dans les nuages de la métaphysique, elle existe, elle éclate dans tous les faits de notre propre histoire. Voici plusieurs milliers de siècles qu'elle se façonne et se complète par une série d'observations indéfiniment multipliées et répétées . Nous n'avons qu'à la recueillir telle qu'elle ressort de toute la vie de l'humanité, depuis les profondeurs obscures de l'âge tertiaire, où l'homme vaut à peine un singe, jusqu'au moment actuel où la progression de son développement intellectuel nous permet d'entrevoir dans le lointain le règne définitif de la paix, du travail, de l'intelligence et de la justice par la solidarité universelle.
de bisons, pour en prendre simplement les langues. Les Caraïbes vendent le matin leurs hamacs ; leur prévoyance ne va pas jusqu'à songer qu'ils en auront besoin le soir. Cette imprévoyance est un caractère commun à toutes les peuplades sauvages. L'heure présente existe seule pour eux, comme pour les enfanta. Les récits des voyageurs sont remplis de faits du même genre, qui attestent leur irréflexion. Le moindre effort intellectuel leur est iine fatigue extrême. Ils sont incapables de raconter ce qu'ils ont vu sans l'altérer. Les Hindous eux-mêmes n'y parviennent que difficilement. Les sauvages d'Amérique et d'Afrique ne peuvent répondre qu'à un petit nombre de questions. Au bout de quelques minutes, leur regard devient vague, hébété ; leurs réponses sont incohérentes, et ils ne tardent pas à s'endormir.