VI INTRODUCTION
giers, tels que les chacals, les chiens sauvages, les fourmis, s'unissent pour compenser la force par le nombre et combinant leurs expéditions de manière à ne laisser aucun doute sur là pensée qui préside à ces groupements.
Nous ne nous arrêterons pas à chercher quelles peuvent être les autres raisons qui rendent compte de ces différences de mœurs, ni à expliquer les exceptions. Il nous suffit de marquer qu'elles résultent en général de la différence des besoins^ et par conséquent de y utilité particulière à chaque espèce.
Si maintenant nous comparons ces groupes avec les animaux qui vivent plus ou moins complètement isolés, nous remarquons que chez ces derniers la vie moralp fait presque complètement défaut, tandis qu'elle prend parfois chez les autres un développement singulier. Les naturalistes qui ont porté leurs études de ce côté en rapportent des traits peu compréhensibles pour les personnes qui placent l'homme dans une catégorie absolument distincte, et qui lui font l'honneur de créer pour lui un règne spécial, le règne humain ; d'autant plus que ces personnes sont généralement les mêmes qui attribuent à la morale humaine une ori- ^ne surnaturelle et nlétaphysique, à laquelle celle des éléphants, des chiens, des singes, des buffles, des abeilles et des fourmis ne saurait avoir nulle prétention.
Il faut pourtant bien se résigner & subir la réalité, qui est irrécusable, quitte à inventer toute espèce de mauvaises raisons et à expliquer par un instinct inconscient chez les animaux les mêmes actes où l'on reconnaît chez l'homme les plus claires manifestations de la conscience morale.
INTRODUCTION. Vil
Pour nous qui n'admettons pas que la science puisse avoir une autre base que l'observation directe et impartiale des foits, nous tirons simplement des mêmes faits les mêmes conclusions. Si nous n'attribuons pas aux animaux une intelligence et une moralité égales à celles que nous reconnaissons dans certaines races humaines, c'est uniquement parce que l'observation, qui nous donne des deux côtés des faits analogues, nous démontre en même temps que lés faits moraux sont plus fréquents ou plus caractérisés dans ces races humaines que chez les autres animaux.
De part et d'autre nous trouvons tout d'abord une tendance également puissante qui n'est autre pour chacun que la recherche du plaisir ou du bien-être et rhorreur de la souffrance. Cet égoïsme instinctif est le ressort même et la condition de l'activité première. Sans lui, l'animal naissant serait voué à une destruc* tion immédiate. Il persiste durant toute la vie et s'appelle Vùistinct de conservation.
Hais s'il se montre chez tous les animaux à un degré à peu près égal, si la préoccupation même du bonheur d' autrui se manifeste chez la plupart, surtout chez les femelles, sous la forme de l'amour des petits, si enfin le sentiment raisonné de l'utilité commune se déclare chez quelques-uns par le concours de chacun à la défense du groupe ou même par le partage des fonctions de la vie quotidienne, il résulte cependant de l'observation que c'est dans l'espèce humaine que le sentiment moral atteint son développement le plus complet.
A quelle cause devons-nous attribuer ce fait? S'explique-t-il par un instinct plus vif de la sociabilité ? Fautil croire, avec Adam Smith, que l'homme apporte en
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