LES PROBLÈMES '. LA RESPONSABILITÉ MORALE
sonne ne Ta déterminé jusqu'à ce jour, et il n*y a guère de spectacle plus étrange et plus triste que celui des divagations des médecins aliénistes devant les tribunaux. Les docteurs seuls de TEglise catholique ont eu assez de confiance dans leur infaillibilité pour fixer à sept ans Tâge de la responsabilité. A sept ans, un enfant est capable de crimes tels qu'une éternité de supplices ne suffise pas à les expier. Bossuet et les docteurs orthodoxes vont même encore plus loin, puisqu'ils nMiésitent pas à affirmer que Tenfant venant au monde ne peut échapper aux flammes éternelles que grâce à quelques gouttes d'eau versées sur son front.
Mais, sans nous arrêter à ces absurdités féroces du dogme religieux, admettons, pour un instant, la responsabilité telle que la comprend et l'enseigne le spiritualisme officiel, c'està-dire la responsabilité résultant d'un certain développement moyen de l'intelligence, et voyons si la thèse posée en ces termes peut se soutenir.
D'abord que vient faire l'intelligence dans une théorie qui a précisément pour caractère essentiel d'éliminer l'intervention de toute autre faculté que la volonté ? Reconnaître à l'action de l'intelligence une part quelconque dans le choix des motifs, c'est ruiner du coup le fondement même du libre arbitre. L'intelligence n'est pas libre ; nous ne comprenons pas les choses comme il nous plaît de les comprendre. Si donc c'est elle qui détermine le choix des motifs d'action, la volonté lui est subordonnée, et la morale n'a plus rien à faire avec la prétendue liberté de vouloir^ qui est la base de la morale vulgaire et officielle.
Le spiritualisme de la médecine aliéniste supprime donc la responsabilité, par Tefifort même qu'elle fait pour l'établir sur le fondement de l'intelligence. Et il se trouve dux^oup en complète contradiction avec le spiritualisme universitaire qui, pour être conséquent avec son principe, est obligé de se réfugier dans les nuages.
Continuons. Responsabilité suppose liberté I L'homme ne peut être responsable qu'à la condition de choisir librement
i2t> LA MORALE.
sa voie. Voyons' où réside et en quoi consiste cette liberté.
La trouvons-nous dans la transmission héréditaire, dans les habitudes et les instincts de la race^ dans les prédispositions que détermine Tatavisiiie? Évidemment non. L'hérédité est le domaine propre de la fatalité. Les tendances que détermine l'évolution organique appartiennent à la race, non àTindividu.
La chercherons- nous dans l'éducation reçue? Ici encore l'intervention des forces extérieures, telles que l'exemple, l'enseignement, l'habitude, les milieux et les circonstances, est absolument indépendante de la volonté. Elle peut être ou inefficace si elle se heurte à des prédispositions héréditaires opposées, ou toute puissante si son influence s'ajoute à celle de l'hérédité et pousse dans le même sens. Mais, dans l'un comme dans Tautre cas, je ne vois ici que le jeu de deux forces contraires ou concordantes, qui peuvent ou s'annuler plus ou moins ou se communiquer, en s'ajoutant l'une à l'autre une puissance irrésistible. Il faut bien reconnaître que ce n'est pas encore ici le domaine de la liberté.
A côté de toutes les forces qui dominent et contraignent l'homme, il y en a unequi paraît lui être personnelle dans une certaine mesure et qui semble en effet donner place à la responsabilité, c'est celle qu'il met en jeu pour ajouter à l'hérédité etàl' éducation reçue cette autre éducation que chaque homme se fait à lui-même par ses expériences et ses réflexions personnelles, qui est en quelque sorte l'œuvre, la propriété de l'individu, qui, par lui, s'ajoute au lot de chaque géné^ ration et par laquelle s'explique le progrès. C'est là seulement qu'on pourrait placer le domaine de la responsabilité individuelle, en même temps que celui de la perfectibilité. C'est là, dans ces limites restreintes, que l'homme est chez lui, qu'il est lui-même; c'est sa part dans l'ensemble du développement des choses. Son effort, quand il est de nature assez élevée pour comprendre en quoi consiste le progrès, et que le but de chacun doit être de concourir au progrès général par son progrès individuel, son effort et son ambition