CHAPITRE IV
LES BESOINS RESULTANT DE L'OHGâNISME.
Nous connaissons maintenant la constitution de Thomme. Nous savons que la vie est un écoulement perpétuel d'atomes, qui doivent être sans cesse remplacés sous peine de dépérissement et de mort.
C'est la nécessité constante de ce remplacement qui explique les besoins, et en fait des mobiles permanents dont Tinfluence domine toute la vie morale de Thomme.
Les premiers en date et les plus impérieux des besoins sont ceux qui intéresssent le jeu des grandes fonctions, dont l'ensemble constitue la nutrition, c'est-à-dire l'entretien, l'alimentation de la vie. Les grandes fonctions vitales sont la circulation, la respiration, la digestion ,
Toutes sont également essentielles, car aucune ne peut être supprimée, ni même suspendue sans entraîner les conséquences les plus funestes.
Il n'en est pas moins vrai que, par des raisons faciles à comprendre, de ces trois catégories de besoins ceux qui sont le plus vivement ressentis, et qui dans la vie moî^ale de r humanité occupent la plus grande place, sont ceux qui se rapportent à la digestion.
La respiration ne coûte à l'homme aucun effort, ^puisque l'on n'a pas trouvé le moyen de monopoliser l'air; la circulation est une résultante qui s'accomplit au dedans de nous, sans même que nous nous en apercevions; mais la 8oif et surtout la faim ne peuvent se satisfaire que par l'absorption de substances nutritives dont la production spontanée ne suffit pas à la consommation générale. Les conditions auxquelles est soumise cette production sont même» grâce à la concurrence furieuse des appétits, embarrassées
d'une foule d'habitudes et de préjugés antisociaux et font la matière d'une science extrêmement compliquée qui parait avoir bien de la peine à se dégager des survivances égoïstes des temps anciens (1).
Par cela même qu'il est très difficile à l'homme, surtout dans les premiers temps, de trouver les, aliments nécessaires à sa subsistance, il est facile de comprendre que tous ses efforts tendent presque uniquement vers ce seul objet. Le besoin de nutrition, qui est commun au végétal et à l'animal, se manifeste chez l'un et l'autre de manière très différente. Le végétal à qui manque l'aliment languit et meurt. Chez l'animal, et surtout chez l'homme, par le fait seul qu'il est plus intelligent^ le même besoin est toujours conscient et se formule cérébralement en d'inéluctables impulsions, en désirs, dont la conséquence est l'effort plus ou moins violent pour satisfaire le besoin ressenti, le tout aboutissant à une impression vive de plaisir ou de douleur, suivant que l'effort est ou non couronné de succès.
Le nombre des besoins est forcément égal à celui des fonctions, puisque chaque fonction, à moins d'être inutile, correspond à une des nécessités de notre organisme. Mais parmi les actes vitaux qui s'accomplissent dans notre organisme, il y en a un grand nombre qui n'ont pas d'écho sous forme de désir dans les centres nerveux, c'est-à-dire dont nous n'avons pas conscience. Les éléments anatomiques absorbent, se-
(1) Ce qui fait rénorme difficulté de constituer réconomie sociale en une science applicable, c'est la multiplicité et la contradiction des faits sociaux entre lesquels elle a à choisir. Toute science positive doit s'appuyer sur robservation des faits. C'est par cette méthode que les sciences naturelles^ la chimie,|la physique ont fait de si grands progrès dans ces derniers temps. Mais, quand il s'agit de faits humains, qui résultent du mouvement même des civilisations, il y a à distinguer, dans la masse des faits tous également réels, entre ceux qui peuvent concourir au progrès de l'évolution sociale et ceux qui lui font obstacle. C'est la nécessité de ce choix qui fait que l'économie sociale, comme toutes les sciences morales, est infiniment plus complexe que les sciences naturelles.