‹ La moraleChapitre 5 sur 71 · INTRODUCTION. XV · texte numérisé non relu

INTRODUCTION. XV

action dans le sens qu'on attache d'ordinaire à cette expression. L'acte utile ne devient un acte moral qu'à la condition que l'utilité produite ait été voulue, c'est^ à-dire délibérée et reconnue d'avance par. l'agent. C'est cette intervention de l'intelligence qui détermine la moralité des actes, et qui distingue l'utilité morale de celle qui est produite, par exemple, par une machine. Pour constituer un acte m(M*al, il faut donc la réunion de deux conditions : utilité, intelligence, et l'acte est d'autant plus moral qu'il satisfait à un intérêt plus élevé et plus général, et qu'il porte la marque d'une intelligence plus résolue à l'accomplir.

Cette observation est essentielle, sans quoi on retombe dans les théories de morale vulgaire, qui cherchent la moralité dans la seule volonté. Ce sont ces théories qui ont rendu possibles les aberrations et les ignominies de la morale jésuitique, qui absout tous les crimes, en apprenant aux scélérats l'art de diriger convenablement les intentions. Les misérables que la justice envoie chaque jour à l'échafaud ou au bagne n'ont presque jamais d'intention mauvaise. S'ils volent et s'ils tuent, ce n'est pas dans l'intention de faire du mal aux autres, mais dans l'espoir de se faire du bien à eux-mêmes. Si la volonté seule constitue le crime, pourquoi ne leur en tient-on pas compte ? D'où vient cette contradiction chez les juges, qui presque tous sont partisans de la morale de l'intention ? Pourquoi méprise-t-on les Jésuites, qui ne font en somme que tirer les conséquences logiques des doctrines officielles? D'où vient que les auditeurs des cours publics de philosophie applaudissent aux belles phrases qu'inspirent aux professeurs patentés les mêmes théories qu'ils honnissent dans les livres desRR. Pères? C'est

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