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tout porte â croire qu'une comparaison faite sans parti pris ne permettrait même pas d'égaler TAustralien et le Pécherai aux hommes de la période magdalénienne. Faut-il en chercher les raisons dans les circonstances différentes, ou ces inégalités ne s'expliquent-elles pas plutôt par la diversité originelle des races ? Nous ne nous arrêterons pas à cette recherche. Mais quand on Toit que ces malheureux n'ont pu par eux-mêmes, en une si longue suite de siècles, s'élever au-dessus du dernier degré de la sauvagerie, il est bien dif* ficile de ne pas reconnaître que, en deçà d'un certain déve* loppement intellectuel, les leçons de l'expérience spontanée sont à peu près sans efficacité. Doit-on espérer que le contact forcé avec la civilisation des races plus avancées leur ouvrira la voie qu'ils n'ont pas su se frayer par eux-mêmes ? La chose ne serait peut-être pas absolument impossible, si les nouveaux venusjvoulaient se donner sérieusement la peine d'y appliquer leurs soins et de ménager pendant un long temps la faiblesse intellectuelle de ces tristes représentants de l'âge de pierre. Peut-être ainsi parviendrait-on à les mettre en état de supporter la concurrence vitale des races plus favorisées. Mais on aime mieux ne pas s'occuper de ces détails, et il est malheureusement trop vrai que les colons européens qui s'établissent sur le sol occupé par les ^sauvages n'ont pas intérêt le plus souvent à les préserver des conséquences de ce rapprochement. Loin de là^ ils voient avec joie la disparition des populations indigènes, qui leur permet de s'emparer de leur territoire, et trop souvent ils y travaillent de tous leurs efforts. C'est ainsi qu'ont disparu les Tasmaniens. On ne peut donc savoir au juste s'il serait vraiment possible de civiliser ces malheureux. Cette grande expérience ne sera sérieusement tentée que dans les contrées où le climat ne permet pas aux Européens de se substituer aux autochtones, dans celles des régions intertropicales, par exemple, oii les populations blanches ne sauraient s'établir et se perpétuer. Il faut dire, du reste, que dans ces conditions et particulièrement pour les nègres de l'Afrique, le succès est dès main-
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tenant assuré. On en a la preuve aux États-Unis d'Amérique. Il y là une population d'anciens esclaves noirs qui s'élève à plusieurs millions de tètes, et qui est en train de se civiliser. On a vu la même chose à Haïti. Le croisement avec la race blanche produit une race intermédiaire, qui est parfaite* ment capable de progrès, et qui entraîne le reste.
En tout cas, s'il est possible de douter de la capacité des races noires relativement à la civilisation^ il ne saurait y avoir de doute à cet égard pour les races jaune et blanche. Cette dernière particulièrement est parvenue, au moins par quelques-unes de ses branches, à un développement qui la plaoe à la tête de l'humanité.
Donc la possibilité du progrès est démontrée par le fait. Ce serait perdre notre temps que de nous arrêter plus Ion* gueoient sur ce point.
Reste à savoir si ce progrès peut être accéléré par des méthodes appropriées, ou s'il faut pour l'avenir s'en remettre, comme pour le passé, au hasard des circonstances et aux enseignements de l'expérience spontanée. Ici, précisément parce qu'il s'agit surtout de l'avenir, nous ne pouvons invoquer les faits. Il faut donc chercher d'un autre côté.
Nous avons déjà vu en quoi consiste le progrès. Ce qui le constitue essentiellement, c'est un développement de plus en plus complet de toutes les facultés humaines dans le sens de l'évolution et, par conséquent, d'une vie déplus en plus heureuse. Mais nous n'avons pas encore eu l'occasion d'examiner comment s'opère ce progrès. Peut-être cet examen nous donnera-t-il la solution que nous cherchons.
Tous les animaux ont le pouvoir de garder plus ou moins longtemps le souvenir des faits cérébraux accomplis, actifs ou passifs, et de l'évoquer au besoin. La partie du cerveau qui enregistre ces faits peut être comparée à un phonographe plus ou moins perfectionné et qui parfois atteint à une extraordinaire susceptibilité.
Là est le point de départ nécessaire de tout progrès, car le progrès consiste essentiellement à accumuler les observa-
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lions de faits pour les généraliser en idées et en lois, et à tenir compte des résultats de l'expérience, pour éviter ceux qui se traduisent par la souffrance et rechercher et mulUplier ceux qui se manifestent par le plaisir.
Les animaux qui ont le plus de mémoire ont donc, par là même, une capacité de progrès supérieure à celle des autres. Gett^ capacité est d'autant plus effective que dans la plupart des cas la supériorité de la mémoire tient à une puissance supérieure d'attention. Or l'attention n'est pas autre chose que l'effort de l'observation intellectuelle. G'est-à-dire que les causes qui contribuent le plus efficacement à graver dans le cerveau d'une façon profonde et durable la trace des faits passés sont en partie les mêmes que celles qui prédisposent à tirer profit des enseignements qu'ils renferment. Il est très vraisemblable que si le phonographe intérieur de l'homme parait mieux organisé que celui des autres animaux, cette supériorité apparente s'explique surtout par la supériorité réelle de sa puissance d'observation et d'attention.
On peut expliquer par la même raison les différences qu'on remarque à ce point de vue entre les diverses races d'hommes. Les animaux et les sauvages les plus arriérés peuvent conserver très longtemps le souvenir des faits qui les ont particulièrement frappés, mais ces faits sont en petit nombre ; et comme, d'an auti'e côté, ces intelligences débiles ne savent pas faire le choix entre les faits importants ai ceux qui ne le sont pas, il en résulte ipour eux deux causes permanentes d'infériorité, qui les empêchent de tirer de leur propre expérience tout le fruit qu'elle comporte.
La race blanche, sans être douée d'une mémoire nécessairement plus tenace que les autres, se distingue surtout par la faculté d'appliquer avec plus de suite, de discernement et de méthode la puissance de son intelligence; et par conséquent d'emmagasiner d'une manière plus durable et de classer plus méthodiquement des faits plus nombreux et mieux choisis, au point de vue de l'enseignement à en recueillir.
La mémoire ainsi meublée de faits utiles et instructifs a fourni à Tobservation et au raisonnement de la race blanche la matière d'une inépuisable série d'inductions et de déductions, d'abstractions et de généralisations, qui ont permis d'étendre à tous le bénéfice de l'expérience de chacun, et qui, en se partageant et en se groupant selon leurs affinités essentielles, sont devenues la source des sciences.
Voilà pourquoi le progrès de la race blanche a été plus ra< pide que celui des autres. Mais cette même explication va nous permettre de démontrer qu'il est possible d'appliquer à l'éducation de l'homme, c'est-à-dire à l'art de hâter son développement dans le sens de l'évolution et du bonheur, une méthode du même genre que celle qui, par la substitution de l'expérimentation à l'expérience, a transformé en si peu d'années presque toutes les sciences modernes.
S'il est un fait démontré par la science anthropologique, c'est rinfluence extraordinaire de l'hérédité. Tout le monde connaît les prédispositions innées que l'on appelle des instincts, et où l'on croyait voir autrefois une sorte de fatalité qui échappait à toute explication et à toute prévoyance. On sait parfaitement aujourd'hui qu'ils ne sont autre chose que des habitudes acquises par une longue suite d'expériences accumulées de génération en génération, et qui se sont enracinées de plus en plus profondément par une hérédité de plus en plus prolongée. En même temps ils se sont compliqués et coordonnés par l'apport plus ou moins imperceptible, mais constant, de chacun des individus qui composent la chaîne des générations» Après avoir été d'abord simples, volontaires et intelligents, certains actes. finissent par se transformer graduellement en des actes purement automatiques. Ce sont enfin des actions réflexes composées, comme l'explique Herbert Spencer: « Tandis que dans, la réflexe simple une seule impression est suivie d'une seule contraction ; tandis que dans les formes les plus développées de l'action réflexe une simple impression est suivie d'une combinaison de contractions, dans celle que nous distinguons sous
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le nom d'instinct, une combinaison d'impressions est suivie d'une combinaison de contractions. »
Cette puissance de Thérédité permet de comprendre l'écart qui sépare aujourd'hui la civilisation européenne de la sau* vagerie persistante des races inférieures. Mais par la même raison, nous sommes amenés à conclure, si nous nous reportons aux origines, que la différence primitive a dû être fort peu de chose.
£t en effet, quelle que soit notre supériorité et bien que, à première vue, il ne semble pas possible de la contester, il n'en est pas moins vrai que, si nous examinons l'histoire des nations qui paraissent les plus privilégiées, nous trouvons qu'il suffit souvent des moindres causes pour réveiller en elles les instincts sauvages et brutaux et pour les ravaler' aux pratiques de la plus honteuse barbarie. Quaùd nous songeons que nos races les plus fières d'elles-mêmes sont depuis des centaines de milliers d'années soumises à ce travail d'épuration et d'affinement héréditaires, sans être encore parvenues à se soustraire d'une manière certaine et permanente aux entraînements d'un atavisme monstrueux, nous sommes bien obligés de confesser que nous avons dû, à Torigine, commencer par être des animaux bien peu dignes d'admiration.
Nos progrès, quelque considérables qu'ils nous paraissent par comparaison, se réduisent donc en réalité à peu de chose. Mais, par bonheur, il est facile de hâter cette marche,puisque, grâce au fait reconnu de la possibilité d'un perfectionnement héréditaire, il dépend de nous de préparer à nos descendants une eapacité de progrès de plus en plus assurée, soit en nous appliquant sérieusement à améliorer nos propres habitudes, soit en travaillant à réformer celles de nos fils et de nos filles par une éducation appropriée. .
L'éducation, quand elle n'a pas à lutter contre des instincts contraires, a une puissance incontestable sur les enfants qui ont assez d'intelligence pour qu'on puisse les habituer à ne jamais agir au hasard, mais à établir constamment
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leurs actes dans une relation voulue et réfléchie de cause à effet. Il faut pour cela qu'au lieu de disperser leur attention sur une foule de points sans importance appréciable pour eux, l'éducateur prenne le plus grand soin de la concentrer progressivement sur ceux qui importent le plus directement au but de la vie, c'est-à-dire au progrès, par le développement individuel et général dans le sens de l'évolution de la race.
Nous voyons jusqu'où peut aller cette influence de l'éducation par l'exemple des religions qui s'emparent des enfants dès le berceau. Non seulement elles arrivent k faire accepter à ces enfants, comme des dogmes et des vérités évidentes, les absurdités les plus insoutenables, telles que la Trinité, rimmaculée-Gonception, la virginité de la mère du Christ, la création ex nihilo en six jours, la transmission du péché originel de génération en génération, et la condamnation indéfinie de toute la race humaine aux plus cruels supplices, parce que Adam et Eve ont mangé une pomme, la Rédemption des hommes par le crucifiement d'un Dieu, c'està-dire par un crime infiniment plus grave que celui qui les avait fait condamner, etc., mais à force d'enseigner les mêmes sottises à de longues séries de générations, elles ont réussi à leur façonner héréditairement le cerveau, de telle sorte que ces monstruosités ne les étonnent même plus.
C'est ainsi que, grâce à cette longue persévérance d'une éducation perpétuellement imbécile et en dépit de ce merveilleux développement de toutes les sciences, dont chacune est la condamnation formelle du subjectivisme religieux et de ses prétentions à la possession de la vérité absolue, nous voyons qu'un grand nombre de nos contemporains sont devenus entièrement incapables de distinguer entre l'absurde et le possible. En effet, à quel autre résultat peut aboutir un enseignement séculaire dont la règle première et fondamentale est qu'il faut croire, sous peine de damnation, à ce que l'on ne peut comprendre? Une fois l'habitude prise de ne pas tenir compte des protestations de la raison, où trouver