AMÉLIORATION DE L'HOMME. 25S
une règle de croyance, une ligne de démarcation entre ce qu'il faut admettre et ce qu'il faut rejeter?
Encore faut- il considérer que les religions pourraient avoir sur les esprits une influence infiniment plus solide, plus durable et plus profonde, si elles n'abusaient pas souvent de leur puissance jusqu'à dégoûter d'elles les enfants, soit en les astreignant à des cérémonies répugnantes ou monotones, soit en attaquant trop directement ou trop violemment les pratiques et les opinions qu'ils sont habitués à voir respecter dans leurs familles. De ces exagérations et de ces contradictions il résulte que la répétition des mêmes actes, qui devrait avoir pour effet d'y incliner invinciblement les esprits, aboutit parfois au résultat contraire, en associant à ces actes l'impression également répétée de dégoût, d'ennui ou de révolte que provoque le retour trop fréquent des mêmes observances ou des mêmes anathèmes.
Ces résistances ne prouvent donc rien contre le fait de l'habitude créée par la répétition du même acte. Loin de là ; elles s'expliquent elles-mêmes par la même loi.
C'est ainsi que, par l'application répétée de la loi de l'hérédité et de la sélection, les hommes qui s'occupent de l'éduducation et de l'élevage des animaux ou de la culture des végétaux arrivent aux merveilleux résultats que Ton enregistre tous les jours à la suite des concours et des expositions. Les chiens de chasse, les chevaux de course, les animaux de boucherie, les plantes d'agrément ou d'utilité, sont depuis de nombreuses années l'objet de soins et d'expériences qui sont allés jusqu'à transformer complètement certaines races et même certaines espèces.
En conséquence, il est incontestable que, par une éducation systématique et prolongée pendant un nombre suffisant de générations, on arriverait également à modifier considérablement la descendance d'un même couple humain, à la condition de veiller à ce que l'action de l'éducateur ne se trouve pas atténuée ou contrariée par une action divergente ou opposée. C'est là une conséquence logique qu'il est bien
difficile de mettre en doute, à moins que Ton ne veuille contester les conclusions de la science relativement à la constitution cérébrale de l'homme, et qui est d'ailleurs largement démontrée par de longues et nombreuses expériences.
La possibilité de l'amélioration progressive et accélérée des races est donc prouvée et par le fait de la progression spontanée des races blanches et par l'observation des effets naturels de l'éducation, de la sélection et de Thérédité.
Toute la question se réduit, dans l'application, à la recherche des meilleurs moyens de hâter cette amélioration, ce qui suppose à la fois et une action directe vers le but qu'on se propose et l'élimination de toute action qui pourrait ralentir ou entraver l'effet de la première. Nous nous occuperons plus particulièrement de ce point de vue dans la quatrième partie de ce livre, où nous traiterons de la morale pratique.
Ici nous devons surtout nous appliquer à dégager les idées des obscurités dont on les a enveloppées, à établir les principes et à marquer le but. C'est ce que nous allons faire dans les chapitres suivants.