LA FAMILLE. 8S
d'être un aoîmal d*une nature YÎcieuse, éprouvera pour le père une affection et un respect proportionnés au bonheur qu'il lui devra. Mais tout se borne là ; Tautorité du père ne doit s'exercer que dans le sens de l'intérêt de Tenfant, mais nullement dans le sien propre. L'enfant ne saurait être la chose du père; le contraire serait plus près de la vérité.
On voit combien cette manière de comprendre les rapports de famille diffère de l'antique conception familiale, telle que nous la retrouvons dans les protestations que font entendre les autoritaires monarchistes, au nom de la « liberté des pères de famille » . Ce qu'ils appellent leur liberté, c'est le pouvoir de disposer à leur gré de l'âme de leurs enfants ; le droit qu'ils réclament pour eux, c'est le privilège de fouler aux pieds le droit des enfants au nom de la vieille superstition familiale.
Ils allèguent contre la recherche de la paternité une foule de difficultés d'application qui sont surtout des prétextes ; la vérité est qu'ils ne conçoivent pas que l'enfant puisse avoir des droits à faire valoir à l'égard du père ; ils combattent également l'intervention de l'État à l'égard des enfants, parce qu'ils n'admettent pas que personne puisse se placer
reverentia, c'est la juste intuition de la place qui appartient à l'enfant dans la famille. Mais ce n'est pas le respect seulement qu'on lui doit, <*'cst la reconnaissance et la garantie de son droit. A son égard , il n'existe que des devoirs; ceux qui lui incombent ne sont que médiats et réciproques. Le droit des parents est engendré par Tac- «omplissement de leur devoir; l'autorité du père a pour source, pour règle et pour limite uniques l'intérêt présent et futur, le droit de Tenfant; elle y est subordonnée. Cette vérité n'ébranle en aucune façon l'obéissance utile de l'enfant à ses guides naturels; elle ne contredit pas aux convenances des parents, aux nécessités qu'entraîne l'inégalité de leurs moyens intellectuels ou pécuniaires, mais elle les domine et les pèse à leur valeur. Elle est la base d'un droit nouveau, qui n'effraye que les adversaires de l'instruction obligatoire. La liberté, dans une mesure chaque jour accrue, existe pour le citoyen; elle n'existe pas pour le père. Il l'a perdue à l'heure où il a donné, imposé la vie à l'être qui ne l'avait pas demandée. » (Bibliothèque des sciences contemporaines^ la Philosophie, par André Lefèvre, p. 561, 562.)
entre le père et le fils, fût-ce pour empêcher celui-ci de faire de celui-là un misérable ou un criminel. C'est par la même raison qu'ils ne comprennent pas que la loi puisse contraindre le père de famille à partager son héritage en autant de parts qu^il a d^enfants. Pour eux le seul droit — et c'est en effet le seul qui s'accorde logiquement avec leur conception delà famille — c'est le droit féodal, qui sacrifiait les individus à la famille et qui, pour conserver le prestige du nom, donnait tout à Taîné, ne laissant aux autres que la ressource du couvent ou du hasard.
Dans le mariage monogame les parents sont naturellement désignés pour élever les enfants qui résultent de leur union ; et il est constaté que, en général, cet élevage des jeunes se fait avec plus de soin et plus de suite dans le mariage monogame que dans les autres modes de mariage. Mais est-ce à dire que ce soit là nécessairement la forme dernière de cet élevage, et que personne n'ait le droit d'intervenir entre les parents et les enfants ?
3i la théorie que nous avons émise précédemment relativement à la famille est exacte, ce serait une exagération évidente. Cette question est tellement importante que nous demandons la permission d'y insister encore, au risque même de fatiguer le lecteur.
Il y a ici un droit supérieur à celui des parents, c'est celui des enfants. L'enfant une fois né a le droit d'exiger qu'on lui épargne toutes les souffrances inutiles ; il a droit de réclamer qu'on le mette physiquement, moralement et intellectuellement en état de tenir, dans la société où on Ta jeté, la place la plus avantageuse et pour lui-même et pour la société générale.
Ce droit, il ne peut l'exercer lui-même à cause de sa faiblesse. Il faut donc que le rôle de surveillance soit confié à quelqu'un: à qui? aux parents eux-mêmes? ce serait un cercle vicieux. La communauté seule — et par communauté j'entends la partie du groupe la plus rapprochée et la plus intéressée à ce que ce contrôle soit efficace — peut exercer