L'ÉDUCATION DES ENFANTS. — ÉDUCATION MORALE
L'éducation morale des enfants est une partie essentielle de la morale pratique. Nous ne saurions trop y insister, surtout si Ton songe combien elle est négligée. Elle est absolument laissée au hasard, et si les enfants s^élèvent à peu près, ils le doivent à cette éducation indirecte qui résulte forcément des milieux et qui en reproduit à peu près le caractère moral (i).
Ce qu'il y a de sûr, c'est que jamais, dans l'éducation des enfants, il n'est question du devoir qui s'imposera plus tard à eux d'élever une famille, comme si la fonction de père et de mère était considérée chez nous comme chose rare et exceptionnelle. ■
Il résulte de cette négligence que les jeunes gens en se mariant n'ont aucune idée de la manière la plus convenable d'élever les enfants qui leur naîtront, et que quand ils sont nés ils leur appliquent simplement les procédés qu'on a em-
.(1) Une des raisons de cette négligence, c^est robservation souvent faite du peu de résultats immédiats obtenus par Téducation morale. Il est certain que l'effet en est très peu apparent, quand Tenfant apporte en naissant des instincts mauvais, à moins qnll ne soit en même temps très intelligent. Quand ces instincts sont bons, on attribue à eux seuls la part même qui revient de droit à VédacatioD, et qu'il est en effet difficile de discerner. Mais il est très vrai en réalité que la prépondérance du sens moral est surtout un fait d'hérédité, le résultat d'une sorte d'accumulation ataviqpie. Mais cela même est une raison suffisante pour qu'il faille s'appb'quer à pe^ fectionner l'éducation morale des enfants, quand même cette éducation ne devrait porter ses fruits complets que dans la suite des générations. Chaque notion morale déposée dans le cerveaa d'un enfant constitue un germe d'habitude qui peut se développer Xôi ou tard.
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ployés à leur propre égard, même quand ils sont intimement persuadés que ces procédés sont mauvais.
Or ces procédés la plupart du temps ne reposent sur aucun principe, sur aucun système réfléchi et raisonné. Parmi les parents, les uns gâtent leurs enfants, d'autres les rudoient, parce que le sentiment paternel est très développé chez les premiers et qu'il Test moins chez les seconds. Mais, pour les uns comme pour les autres, tout est affaire, non de raison, mais de sentiment; ils trouvent tout naturel de s'abandonnner à l'impulsion du moment. Ceux qui ont l'humeur vive et mobile ou les nerfs malades et facilement irritables sont tantôt trop tendres, tantôt trop sévères, et les enfants ne savent que devenir au milieu de ces alternatives contradictoires. Dans une foule de familles, surtout dans les campagnes, l'éducation de Tenfant se compose surtout de bourrades et de calottes, parce que les parents sont et trop peu habitués à se contenir pour modérer leurs colères et trop ignorants pour comprendre les inconvénients de ces brutalités.
Et cependant ces inconvénients sont nombreux.
Le principal est que le châtiment corporel se proportionne toujours moins à la faute commise qu'à la force de celui qui l'administre et à son humeur du moment. Par là même, il a toujours plus ou moins l'air d'une vengeance personnelle, qui voit le mal dans la désobéissance plutôt que dans l'inconvenance ou le danger de l'acte lui-même.
La conséquence est que ce châtiment produit chez l'enfant beaucoup moins de repentir que de colère. C'est une réaction nécessaire dans tous les cas où la punition prend un caractère personnel. On a beau lui répéter que l'on n'a en vue que son bien. Le caractère de l'enfant est naturellement ainsi fait, qu'il s'inquiète peu d'un bien futur et d'ailleurs pour lui fort problématique, tandis qu'il sent très vivement ]a souffrance présente.
Le châtiment, dans de pareilles conditions, fait nécessairement plus de mal que de bien. Il démoraUse celui qui en est
l'objet par cela même qu*il l'irrite contre celui qui le punit^ au lieu de lui inspirer le repentir de son acte. Si le fait se reproduit un certain nombre de fois, cette irritation en se répétant se transforme plus ou moins en haine. Le correcteur finit par n'être plus, pour le corrigé, qu'un être plu» fort qui abuse de cette supériorité physique pour faire souffrir un plus faible que lui. Une fois que ce sentiment a pris possession du cœur d'un enfant, il est clair qu'on ne peut plus rien obtenir de lui que par la terreur, et la haine qu'il éprouve s'accroît naturellement de tous les mauvais traitements dont on use à son égard.
Aussi s'empresse-t-il de se soustraire à cette tyrannie, dès qu'il en trouve l'occasion, et les excès auxquels 11 se livre ne sont le plus souvent qu'une réaction contre le despotisme dont il a si longtemps souffert. Par la même raison il s'inquiète peu de plaire ou de déplaire à ses parents, et l'on ne manque pas de l'accuser d'ingratitude^ parce qu'il ne prend pas la peine de dissimuler les sentiments que lui inspirent les abus d'autorité ou le stupide système d'éducation dont il a été la victime.
Il n'y a qu'une manière raisonnable d'élever les enfants, une seule qui permette de leur donner les plus sévères leçons sans compromettre chez les parents l'autorité morale, et l'affection chez les enfants, c'est de rendre le châtiment aussi impersonnel que possible, en laissant agir les conséquences naturelles et nécessaires de l'acte lui-même. Il est certain que les enfants, non plus que les hommes, ne recherchent pas la souffrance et que jamais ils ne feraient ce qui doit leur faire mal s'ils voyaient bien nettement cette conséquence. L'efficacité des peines provient bien moins de leur sévérité que de la certitude de ne pouvoir y échapper. Nos législateurs n'envisagent pas &ssez cette considération. C'est à l'insuffisance de la police qu'il faut surtout s'en prendre de la multiplicité des crimes. Par la même raison qu^il ne vient à l'esprit de personne de descendre de chez soi par la fenêtre, & moins qu'on ne tienne à se rompre le cou, tout le
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monde éviterait soigneusement de se livrer à la boisson, si les conséquences de l'alcoolisme étaient aussi immédiates et aussi sûres que celles d'un coup de fusil.
C'est ce principe qui doit faire le fond de Téducation morale des enfants. Lorsqu'un marmot dans un chemin raboteux s'entête, malgré les avertissements, à ne pas vouloir regarder à ses pieds, il est sûr de tomber toutes les fois qu'il heurtera une pierre. S'il veut absolument approcher son doigt de la flamme de la bougie, lorsqu'on lui a dit de n'en rien faire, il se brûlera à coup sûr, et la brûlure recommencera chaque fois qu'il refera le même mouvement. Alors il comprendra immédiatement deux choses très importantes : la première, que les avertissements de sa mère avaient pour but de le prései'ver d'une douleur, ce qui augmentera son affection pour elle ; la seconde, que la mère avait raison de prévoir qu'en touchant à la flamme il se brûlerait ; ce qui l'incline à avoir confiance une autre fois dans les avertissements qu'elle pourra lui donner.
De cette manière l'enfant acquiert une expérience personnelle et précieuse qu'aucune punition ne pourrait remplacer ; et ce châtiment direct, qu'on peut considérer comme une véritable leçon de choses, a, outre l'avantage d'instruire Tenfant, celui d'accroître l'influence des conseils maternels.
On conçoit quMl n'est pas absolument défendu aux parents l'aider quelque peu à la production des conséquences ; mais il est essentiel que l'enfant ne puisse soupçonner cette comtlicité, qui, découverte, gâterait tout. Le danger à cet égard !8t même si grand que le plus prudent est encore de s'absenir de toute intervention personnelle. Une fois que Tenant aurait des raisons de croire que le châtiment ne résulftrait pas uniquement du fait lui-même, il perdrait son effet loral pour reprendre quelque chose de ce caractère de ventonce, dont l'effet est essentiellement démoralisateur.
Cette méthode du châtiment par la conséquence directe Idi fait ne peut pas évidemment être appliquée dans tous les IB. Si vous voyez un enfant de trois ans s'obstiner à monter
sur une fenêtre, fât-ce d'un premier étage, il est clair que TOUS ne pourrez pas vous contenter de Tavertir qu'il pourrait bien, en tombant, se rompre les os. Il faudra donc, dans ce cas et dans tous les cas semblables, le forcer à obéir. Mais ce n'est pas là ce qui pourra l'endre impossible Tapplication ordinaire de la méthode que nous préconisons. Les cas de la nature de celui que nous venons de supposer sont rares, et si Ton a soin d'appliquer la méthode dans toutçjs les circonstances où elle trouve sa place, l'effet produit sera trop puissant et trop bien enraciné dans l'esprit de l'enfant pour que quelques exceptions le puissent détruire.
Cette méthode, du reste, n'a pas seulement des avantages . incontestables pour les enfants, qu'elle habitue au respect, à la confiance et à l'affection, elle en a de presque aussi sérieux pour les parents, qu'elle accoutume à se défier de leur premier mouvement et à refouler les emportements trop ordinaires. C'est un exercice raisonné de patience et de douceur réfléchie qui finit bien vite par devenir, une habitude, et dont les avantages pour tout le monde se manifestent par des résultats si indiscutablef« qu'une fois qu'oa a commencé on ne peut plus songer à revenir aux anciens errements. Un de ces résultats et des plus sensibles, c^est une satisfaction de conscience qui fait un des plus agréables contrastes avec l'état mental que produit l'habitude des emportements et des impatiences à l'égard des enfants. En effet, il est impossible qu'on ne sente pas que, dans les procédés ordinaires de l'éducation irréfléchie, il y a en réalité un perpétuel et odieux abus de force et d'autorité qu'on rougirait de se permettre à l'égard des étrangers, et qui constitue par là même une injustice et une immoralité. Ce sentiment pénible ne suffit pas la plupart du temps à faire changer de procédé, parce qu'on ne sait par quoi remplace ceux qui sont en usage. Cette ignorance est éminemment regrettable, et elle a des conséquences vraiment déplorables pour le bonheur et la moralité des familles. Espérons que dans un prochain avenir on comprendra que la fonction
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d'instituteur ou plutôt d'éducateur, qui est la fonction propre et naturelle du père et de la mère, est en même temps la plus noble et la plus élevée de toutes, et qu'il est absurde autant que criminel de laisser au hasard un enseignement dont dépend la moralité des générations et, par conséquent, l'avenir de la patrie.
L'éducation morale, c'est-à-dire celle qui se rapporte surtout au développement des sentiments, appartient d'abord au père et à la mère. Nuls autres ne peuvent plus efficacement inculquer aux enfants ces habitudes d'afifection qui humanisent l'égoïsme primitif, et sans lesquelles Thomme serait comme un sauvage transporté parmi les civilisés. C'est en effet surtout par l'habitude et par l'exemple de l'amour dont il se sent entouré que le sauvage, qui persiste au fond de l'enfant, traverse rapidement toutes les phases de l'évolution que l'humanité a mis tant de siècles à parcourir et qui l'a portée de la prédominance absolue des besoins nutritifs et, par conséquent, de l'égoïsme le plus brutal à cet épanouissement des sentiments moraux qui résultent de la création des besoins affectifs. Un enfant maltraité ou qui assiste à des scènes de violence entre ses parents se trouve par là même arrêté ou, du moins, retardé dans son développeoient moral. Il lui est bien difficile d'aimer ceux qui ne l'aiment pas, non plus que de respecter ceux qui ne se respectent pas eux-mêmes. L'éducation indirecte de l'exemple est toujours la plus puissante sur l'enfant^ tant qu'il est trop jeune pour être accessible à l'influence directe de l'éducation par le raisonnement.
Il ne faudrait pourtant pas croire qu'il soit nécessaire d'attendre bien longtemps avant de s'adresser à son intelligence. L'enfant, quand il a été bien préparé par Thabitude 3t l'exemple, saisit de bonne heure les raisonnements simples ; même quand il ne comprend pas complètement, il trouve, dans le soin qu'on prend de lui expliquer les raisons les recommandations qu'on lui fait, quelque chose qui flatte (on aiiiour«propre et qui désarme ses résistances.
Ce qU'ît^iriipdrle'bu^tbat d'èvîtér, c*ést de le punir sans âf*étre bien àdsuré qu'oïl a mérité d'être f^uni. L'injâstice le l'évoltê et raigrit. Il ti'y a pas de plifis sûi* hibyent de le rendre indocile et de détruire en lui les meiilefiirs germes naturels. L^àbus des châtiments, qui est une auttè forme de rinjusticè, n^a pas des effets moins funéâf es. La teri*euT permanente qdi en résulte à pbut* résultat naturel la haine, la défiance, la dissimulation, le mensonge, rabaiësénilént du caractère, tous les sentiments mauvais. L'excès de lâ' sévérité dépite plus certainement et plus profondëmeùi que l'excèâ même de rindulgence. L'un et Tautré développent i'égoîsme, Tnn par la préoccupation constante dès sonffVance^ redoutées, Tautre par Thabitude d'imposer tbus ses caprices et de ne tenir aucun compte des convenances d'autruii Cependant, à moins d'une grande différence dans les prédispositions originelles, lin enfant gâté vaut presque toujours mieux qu'un enfant maltraité. Au prelnier il reste dans la plupart des cas un certain amour pour ses parents et uii sentiment de fierté personnelle dont l'exagération peut être plus tard combattue parla raison, tandis que chez le secoiid il y à craindre que le germe des sentiments affectifs sôit complètement atrophié et que le grand ressort de la personnalité soit brisé.
Un autre inconvénient grave de là sévérité exagérée, c'est de produire quelquefois chez l'enfant une sorte de tristesse chronique, qui plus tard le rend incapable de joie. Qui n'a connu de ces gens sévères et rechignes ' qui ne savent pas rire et qu'incommode le rire des autres, qUi font par conséquent autour d'eux le silence, 'la tristesse et Tennui? Ces gens désagréables méritent presque toupuï'S plus de pitié que de haine. Ce sont le plus souvetlt des malheureux cbez qui une éducation imbécile de brutalité et dé rigueur a atrophié la faculté du rire et qui, san^ avoir commis aucun crime, se trouvent condamnés pour toute leUrvie! à être aussi insup* portables à eux-mêmes qu'aux autres.
Sans doute les châtiments peuvent être nécessaires. Il y t des natures mauvaises ou inititellig^nted qui abusent iè
toutes Ie3. facilités pour mal faire, et qu*QQ ne peut gu^re retenir que par la crante dea conséquepces immédiate^ et certaines de leurs itctes. Mais, mêoie dans ce cas, il y faut des ménagements. Le châtiment ne peut être efficace pour l*améb'oraiion de Venfan^ qu'à la condition qu'il j puisse voir un effet presque nécessaire et comme une revanche logique de la justice, jamais un désir brutal de vengeance personnelle pour le mal subi.
Mais si Ton doit punir les f,auteis con^niiaes, il est encore plus utile de récompenser tout effort de bien faire, car si le châtiment peut dépraver, la récompense n*a jamais que de bons effets. Le domaine moral de Tenfant est plus borné que celui de Thomme, mais dans la sphère étroite des sentiments où il est enfermé, et quel que soit le degré de révolution auquel il est parvenu, Tenfaut comme Thomme fuit la douleur et recherche le plaisir. Il importe donc de profiter de la double prise qu'il nous donne sur lui pour lui créer un double intérêt à bien faire. L'éducation qui procède uniquement par punitions, comme il est trop ordinaire, n'accomplit qu'une partie, et la moins importante de sa tâche. Elle est presque purement négative. Il est bon de décourager les défauts, il est meilleur d'encourager les vertus. G!est par là, à condition toutefois d'y mettre la régularité nécessaire et d'éviter les intermittences qui font trop souvent de l'éducation d'une affaire de pur caprice, subordonnée à la bonne et à la mauraise humeur des parents, qu'on habituera les enfants à établir une sorte de lien nécessaire entre les idées de devoir et le récompense, de vertu et de bonheur, ce qui est l'essence nême de la morale. Je sais bien que cette conception de levoir el de vertu sera d'abord quelque peu égoïste. Mais 1 faut approprier la morale à la faiblesse intellectuelle des infants, si l'on veut qu'ils y puissent atteindre. Il serait bsurde de leur imposer des notions dont l'élévation et 'étendue dépassent de beaucoup leur intelligence. Il suffît [ue le rapport soit établi entre les idées de vertu et d'utilité, ^lus tard, à mesure que leur âme et leur sphère d'action
^^agrandiront, ces notions un peu étroites, parce qu'elles sont à leur mesure présente, s'élargiront par l*effet même de leur progrès intellectuel et des intérêts nouveaux qu'ils trouveront dans la société. Qui empêche d'ailleurs de leur montrer, par des faits à leur portée, qu'en somme les honnête^ gens sont plus heureux que les autres, et que si l'on peut citer des exemples fameux de l'injustice des hommes, Tindi^ gnation même que soulève le souvenir de ces injustices dé-i montre clairement qu'elles tiennent uniquement à l'imper fection de nos sociétés ? Ce n'est guère qu'entre dix et quim^ ans qu'on peut demander aux enfants de comprendre quel* que chose aux grandes idées de solidarité sociale et d'utilité universelle, en les leur faisant aborder par leurs côtés pratiques, en leur posant même de petits problèmes, empruntés à la vie quotidienne, et dont la solution n'exige pas des connaissances et un efifort de réflexion au-dessus de leur portée. Cet enseignement, qui pourrait leur être donné dans d conversations familières, vaudrait bien sans doute celui d catéchisme et serait plus facilement compris que les mys^ tères de la Création ex nihilo, de la Trinité, de l'Incarnai tion, de la Rédemption^ de l'Immaculée^Conception, de \^ présence réelle de Jésus dans l'hostie et de la conciliation d^ la grâce avec le libre arbitre.
Jusqu'à ce que l'enfant soit en état de comprendre M conseils et les raisonnements de ses parents, ceux--ci sodI bien obligés, dans un certain nombre de cas, d'user d'autorité et d'exiger l'obéissance. Mais il faut prendre garde de abuser. L'obéissance passive, c'est-à-dire forcée et inio ligente, est toujours mauvaise ou, du moins, dangereuse Aussi n*y faut-il recourir que dans les cas extrêmes ; m cela ne peut jamais constituer un système d'éducation, si n'est dans le cas où l'on a le malheur d'avoir affaire à d enfants arrêtés à un degré inférieur de l'évolution et corn plètement inintelligents. L'obéissance tenait lieu de tou dans le régime d'éducation où l'autoritarisme paternel s( donnait libre carri^e. Un pareil système demandait pe*
d'effort intellectuel et moral de la part des parents, ou, pour mieux dire, il était aussi démoralisant pour les parents que pour les enfants. Aujourd'hui il est devenu plus difficile d'élever des enfants, et c'est sans doute pour cela que si peu de gens y réussissent. .
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Droits et devoirs réciproques des citoyens et de l'État. •
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Homo Jiomim lupu&f a '4it fiobbes4< Si^ le mot n^ëet^^us complètement yrai de llifuiibmë dvilisd et vivant en iK)clété, il l'est absolument de Thomme sauvage TÎvant à J'ôtaticolé, -eoiDMae il a dû Tôtre à rorigine pendant «une longue, suite de siècles. U nous est difâeile de nous faite line> idée exacte 'de œ que pouvaient être: dans les premières' périoèes' de» temps préhistoFi(|ues les relations des.aaimauK moitié singee^napitié hommes, qui devaiieni un jour constituer rihiimanitèoonteaij^oraiine. Mais le spectacle des mœurs des tnln^saaviigos de ïa Tasmsmie^ de TAustrailio études races qui looeupent avec celks4à les échelons Jûférieups de révolution hunaaineiioas permet de faire des conjectures très prdiablemeiit fondées.
A défaut même d*ex/emples^ k raisonnement no^s conduit nécessaireoaent aux môme» conclusions. Il est indiscutable que l!koflsnme des âges.primitilis;. n'ayant d^autros armes que . de& bâtons et des pierres pour se défendre des monstres re- . diHitables contre lesquels il avait à soutenir la liatte pour Texistence, a dû pendant longtemps traîner une vie finrt misérable^ exposé à la fois à tous les périls de la^faîm et aux attaques des grands carnassiers. Il est impossiblequ'ane pareille exktence ne stimule pas les • égoîsmes individuels jusqu'à la férocité^ et il faudrait une foi bien étrange dans la puissance de Tinstinct de sociabilité, qui du reste n^existait encore qu'à l'état klent^pour supposer que ThonuDe eût alors le moindre respect pour la proie conquise par son semblable. Ventre affamé n'a pas d'oreilles, dit un ptoveibe qui devait être encore plus vrai alors qu'aujourd'hui.
La guerre contre les animaux et la guerre contre leur9 semblflJiles étaient à peu près Tunique occupation de nos misérables ancêtres jusqu'au jour où, soit par un éclair d'intelligence ou plus prob$J)leaiQ»t p^r h, fait seul de la création de la famille, une sorte de fédération se trouva établie entre un certain no^oAhre de i^es «u^maux à face humaine, qui ne devaient guère se croire encore destinés à l'empire du
Dès lors la situation morale se trouva modifiée et des sentiments, nouveaux eomménèèrent à se montrer. La contrariété des api»étiits< égoktes deiFîndîvidu fut compensée et Umi&.tn bdde parla concordance des intérêts communs du groupe. On ' ebniinBa'bien à combattre les autres groupes pour s^'empareirdekur gibier, mais en même temps chacun dans» le tnèflaegroppe dut respecter dans une certaine mesure la part de. son .voisin^ sous pmne de retomber dans l'isole:jntni primitifs La liberté de la condition primitive — liberté d'ailleurs -singulièreinent restreinte par les dangers qui la menaçaient da toutes parts — dut faire place à certaines ooiiventiofis.taciles, sans lesquelles Tunion était imposable. Chacun, pour pouvoir compter sur le* secours de son groupe, dut -être toujours prêt à combattre pour lui. Mais du moment qil'il y avait gnMipe, il se produisit une hiérarchie nécessaire pour conduire, diriger et concentrer l'^ort coramunvil fallut s'habituer à obéir à une autorité plus ou moÎBS définie, qui appartint naturellement au plus fort, aju plus brave ou au plus intelligent. Cette autorité ne resta pas coo^née aux choses de la guerre. A mesure que les groupes devinrent plus considérables, il fallut des dispositions, des lois*de.]^us en plps précises pour protéger les int^êts et la vie de chacun contre les violences et les égoïsmes des autres» La sooiété une fois formée engendra naturellement îles îastitutioiis et.' les organismes sociaux les plus indispensables pour la protection de tous contre les dangers du dehors et ceux du <ïedaQs.
Mais les hommes sont ainsi faits^ qu'ils se façonnent tou-
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jours auK milieux qui les enserrent pendant un temps plus ou moins long. Une fois qu'ils eurent l'habitude de vivre en société, et qu'ils arrivèrent à mieux comprendre les avantages de cette manière de vivre, Tinstinot de sociabilité se développa en eux par Texpérience des avantages du groupement et par la crainte de retomber dans Tisolement. Ils se prirent d'une affection particulière pour cette association à laquelle ils devaient leur sécurité, pour le territoire qui leur donnait le gibier ou les fruits dont ils vivaient . Le patriotisme, Tamour des citoyens les uns pour les autres, un sentiment parfois tr^s développé de la solidarité produisit la cité, après la horde et la tribu, et par une évolution logique et naturelle de l'esprit humain, la civilisation avec tous ses arts et ses conceptions de plus en plus parfaites de la vie sortit progressivement du développement de la cité»
C'est donc un calcul d'intérêt plus ou moins conscient qui a produit les premiers groupes humains. L'instinct de sociabilité qui en est résulté plus tard a engendré le» vertus sociales, mais ce qui a fondé définlîtivement et maintenu les sociétés, c'est le besoin de protection. Comme l'idée d'association suppose nécessairement l'idée de réciprocité, la formule de la morale politique est que tout membre de la collectivité a droit à être protégé par la puissance collective contre tout danger du dehors et du dedans ; et que par la même raison chacun doit mettre sa force au service des autres dans les mêmes conditions. Là est le germe d'où est sorti tout le reste.
Tant que la violence est restée seule dominante, les hommes ont été uniquement préoccupés des dangers qoi pouvaient venir de ce côté. C'a été la civilisation militaire. Pourvu que la collectivité fût puissante contre les ennemis extérieurs, on ne demanda rien de plus. Le groupe demeura organisé comme une armée, avec un chef tout-puissant, qui naturellement abusa de sa puissance contre ceux qui la lui accordaient. Ailleurs, là où les attaques du dehors étaient moins à craindre, le pouvoir suprême fut exercé par les
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représentants de la divinité. Les abus étaient à peu près égaux des deux côtés,, avec cette différence cependant que la domination des prêtres, moins brutale en apparence, envelopf)ait plus expressément les âmes avec les corps. Mais réyolution- intellectuelle n'était pas arrivée au point de rendre bien sensible la servitude morale; Tous les groupes, égalem^it soumis, subissatent le joug sans. murmure^ ne se doutant pas que Thomme pût avoir une autre ambition que d-obéir à im maître puissant.
• Les choses changèrent' quand Tesprit d'examen commença à s'éveiller, et que l'on en vint à. se demander d'oii ces* maîtres tenaient leur titre. On s'aperçut que les groupe» formés pour assurer aux associés la sécurité et le bonhour manquaient le plus souvent à leur but, par la faute des souverains, dont Tégoïsme exigeait pour lui seul tous les bénéfices de Tassociation. On- se- dit que le besoin de protection n'exigeait pa» qu'un seul homme ou une caste disposât souverainement de la vie, des biens, de la liberté de tous. Une fois entamé par l'esprit d'analyse, le despotisme fut bientôt percé à jour. On comprit que le but du groupement social, qui est essentiellement la protection réciproque, peut être tout aussi bien et mieux rempli sans exiger que chacun fasse le saedfîce complet de sa personnalité ; et de progrès en progrès oti en est arrivé à cette conclusion que l'état social, loin d'être incompatible avec le développement des individualités, est au contraire la condition la plus favorable à leur expansion. C'est l'isolement qui, en livrant l'homme à tous les dangers et à toutes les causes d'infériorité, est une cause permanente de faiblesse et de dépendance. L'homme isolé non seulement est privé de cette réciprocité d'éducation intellectuelle et morale qui résulte de l'association humaine, mais il se trouve, rien que pour -échapper à la faim et à la mort, obligé de tendre toutes les puissances de son être vers un but unique, l'entretien de son corps. Le jour où il entre dans l'association, il met véritablement le pied dans la voie qui le mènera à son développement complet, il prend possession de la vie
morale^ et lea «nçrîfic^s qu^ demandent k 3a liberté Jes oécessité&.de la< sécurité générale ne sont rien auprès de. ceux que lui impiNsait l'isolei^eat.
Ouand cette vérité, commence à être.entreTuei la question qui se pose est de déterminer exactement l'organisme le plus propre. è garianUr la sécurité nationale en même temps qu'à faciliter à tous les citoyens le développement et l'exercice des. facultés qui doivent leur assurer le bonheur«,Or ce bonheur est impossible saps la réunion de deux conditions : les jouissances physiques et les jouissances intellectuelles et.mprales.
Pour garantir la sécurité nationale, il faut que tous les hompes soient en état de combattre. Le service mjilitaire doit donc être obligatoire pour tous. U n*est pas admissible qu'une partie seulement de la nation combatte pour Tautre: car alors ou .cette partie constitue une élite qui, ayiant seule la force, ne tarde pas à en abuser, ou elle se compose de mercenaires pour qui la guerre est simplement un moyen de gagner de Targent et qui finit un jour ou l'autre par être un simple instrument dans la main d'un ambitieux.
Mais le service militaire ne doit retenir les citoyens sous les drapeaux que pendant l'espace de temps strictement nécessaire pour en faire des soldats capables de défendre la patrie (i) . Par cela même que la guerre est antisociale, elle
(1) Il n'est jamais nécessaire et il est toujours dangereux, dans une république, de trop prolonger le service militaire. On trouve toujours des ambitieux prêts à abuser des habitudes prétoriennes qui s'imposent à toute armée qui reste longtemps sous les drapeaux. D'ailleurs, à quoi bon? En 1870, toute Tannée régulière a disparu dans les désastres de Sedan et de Metz. La France n'a plus eu pour la défendre que des citoyens qui n'avaient jamais porté les armes. Ces simples pékins n'en ont pas moins battu les vieux soldats' de l'armée allemande, si fortement organisée et armée» en plusieurs rencontres. Et ces faits se sont reproduits sur la Loire — bataille de Coulmiers — dans l'Est * bataille de Villersexel — dans le Nord — combat de Querrieux, bataille de Bapaume. — Les républicains, en continuant la lutte après Sedan , n'ont pas seulement sauvé l'honneur de la France, ils ont appris aux Allemands que nos mobiles pouvaient battre leurs soldats, et cette constatation
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etîge'dé ceux qui la tùtd Ibngfèmps des baiblttrâes de Tio*^ leoce, d^ discipline, d'obéîssanee passive^ <jpii* sont inconcî^ liables arec Tindépendance d'esprit et le ^èspeïit'du droifrqui dbit atiitner lès cito^ns. Ce sonties soldats de' la premiÀ^ réptubHque qui, pour savoir' 'été trop loiigtën)|(S tentis sous les^drapeanx, sont devenus les prétofiens du premier eiupk^. Pour éviter un pareil danger îlfaut qu^e lé soldat garde l^èsi* pHt dvique. Une fois Son devoir accoiupfi; il dttit rettlïéÉr dails la vie dvile avec tous les éeiitimehts d^ln' citoyen qui aimé et désire la paix, hiais qui est bien décidé à faire tout son dévoir si l'ennemi menace la patrie.
Quand il est sorti des rangs de Tarmée, le citoyen n'a plus qu'à prendre conseil de la morale politique, c'est-à-dire de rintérêt général, dans la mesure où il est capable de le comprendre. C'est surtout là qu'on saisit nettement le rappot^ intime de la moralité avec le développement intellectuel. Ne Voyons-iious pas, autour de nous, sous la répid)lique, une foule de gens qui usent du droit de suffirage qu'elle leur a donné pour voter en faveur des pires eniiemis et de la république et du suf^age universel? Les uns le font de propos dêlibéi^, parce qu'ils ne peuvent se résigner à Une formé dé gouvernement qui met en pratiqué le dogme de l'égalité des citoyens; mais combien y en a-t-il qui ne se doutent même pas de la contradiction dont ils se rendent coupables contre leur propre intérêt (t) ? Pour comprendre le danger qu'il y
n^a sans doute pas été saâs influence sur T attitude dé FÂllemagne à regard de la France depuis; la guerre.
(1) Il est bien étrange que des ouvriers et des paysans puissent être monarchistes. Ils ne comprennent pas que le premier soin d'une monarchie serait de leur enlever — dans la mesure du possible — la seule arme qu'ils aient pour se défendre contre les oppressions et pour imposer à la société les réformes dont ils ont besoin, le droit de suffrage. Cette inii^telligence des conditions politiques et sociales est un legs de la monarchie, qui a intérêt à diminuer et à obscurcir chez les sujets le sentiment de leurs droits. La république, au contraire, en remettant aux mains de tous le pouvoir souverain, force tous les citoyens à se préoceuper des
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a à laisser subsister des institutions monarchiques dans un régime républicain, et surtout pour se rendre compte des oppositions intimes qui existent entre Tesprit d*une démocratie et celui d'une royauté, pour sentir les incompati* bilités secrètes qui les séparent, il faut une connaissance des choses politiques, ou du moins une puissance de réflexion qui malheureusement manque à un trop grand nombre d'électeurs et même d*élus. C'est bien à cette infirmité d'esprit que nous devons la persistance de cette macédoine de préjugés, de superstitions, d'institutions surannées qui annulent ou corrompent les quelques essais de réformes qu'on a tentées depuis 1875.
Et cependant quoi de plus simple, si l'on se rendait compte que le premier droit d'un peuple est de ne pas être gêné dans son évolution vers la liberté, l'égalité, la fraternité, la solidarité, et que rien ne peut (Hre plus profitable à une nation que le concours assuré de tous les efforts, de toutes les intelligences pour réaliser l'intérêt général ?
S'il y a un fait manifeste, évident à crever tous les yeuï, c'est qu^une république établie dans les conditions oii est la nôtre est fatalement condamnée aux excès et aux violences, si l'on ne se hâte dès le commencement d'accomplir résolument toutes les réformes imposées par le principe suprême de la morale, la solidarité. Les sujets d'un gouvernement absolu peuvent patienter pendant des siècles, parce qu'ils savent bien qu'ils n'ont pas grand'chose à attendre de leurs maîtres. Et en effet pas n'est besoin de longue réflexion pour comprendre que l'intérêt du pouvoir absolu est de maintenir les peuples dans l'ignorance de leurs droits et dans la conviction que les rois et les empereurs sont de nature supérieure au reste des mortels ; qu'ils ont été investis par Dieu même de la toute-puissance ; que par conséquent, loin d'avoir le droit d'exiger que les chefs d^Etat se préoccupent du bienquestions d*intérèt général; elle les arrache peu à peu aux mesquineries de l'égoïsme individuel. G*est par là que la république est de beaucoup le plus moral de tous les gouvernements.
DROITS ET DEVOIRS DES CITOYENS ET DE L'ÉTAT. SdO
être des sujets, ceux-^ci ne sauraient jamais témmgner assez de reconnaissance du mal qu'on ne leur fait paSw
Malgré cela, ils n'en finissent pas moins un jour ou l'autre par conccToir des doutes sur cette mission surnaturelle de leurs despotes, et la révolution remet plus ou moins pour un temps les choses à leur place.
Gomment donc peut-on maintenir à la tête d'un gouTernement républicain des hommes assez peu intelligents, assez ennemis d'eux-mêmes pour ne pas comprendre que, si les révolutions sont inévitables dans les monarchies, elles sont nécessairement prochaines dans une république infidèle à sa mission? Le titre même de républicains qu'ils portent, l'exercice régulier et périodique du droit de vote, la lecture quotidienne des journaux dont la fonction est de contrôler journellement les actes et les discours des mandataires du suffrage universel, les réunions publiques où chacun a le droit d'interroger et d'accuser les députés, tout dans une république habitue les citoyens à se considérer comme les véritables maîtres, comme les seuls directeurs de la politique. L'instruction même qu'on leur donne ne peut avoir d'autre résultat que d'aviver en eux le sentiment de leur droits et de les rendre plus exigeants à l'égard de ceux qui n'ont pas craint d'assumer la responsabilité gouvernementale. Plus les hommes sont intelligents et instruits, plus est développé en eux le sens de la justice et de la solidarité sociale, moins ils comprennent qu'on puisse hésiter à remettre enfin les choses dans l'ordre que depuis le commencement du monde ont toujours bouleversé les passions, les ambitions, les convoitise» des forts et des puissants ; moins ils s'expliquent qu'il soit juste de faire encore attendre les malheureux qui depuis tant de siècles attendent l'avènement du droit réparateur, le règne de l'égalité sociale.
Sans doute il y a certains droits acquis qui exigent quelque respect ; il est indéniable qu'il y aurait, sinon injustice, du moins exagération à vouloir du jour au lendemain appliquer le droit strict à certains intérêts qui, pour n'être pas
4M. ^ ^ Là mUMJT»
en coateolté abflotue tiwcri<iiNttf-0«tfttâ«fièendefoi se croire légitimés par lag«raiatie.4eft însëUitiaM etilee Mi.
AiDfti tout ea réelamaat, aunou du dteit absolu de fa consdence, la suppre^sîoa immédiate des privilèges qui résalleot pour l*Église de la protefitâon de TÉtat, nous admettons qu'elle alloae une pension aHoitiitaire et viagère aux prêtres qui oat dépassé uu eertaiu àgeet une pension temporaire à ceux qui sont encore asses jeunes pour trouver un en^loi qui le» fasse vivre»
Mais nous nous demandons en vertu de quelle étrange conception du droit on maintient une foule d'institutions et de lois qui n'ont manifestement d'autre but et d*autre effet que de sa(»î&er les foibles aux forts^ d'aggraver sans cesse la misère des uns au profit de la cupidité des autres (1).
Ces réformes, que commande Tégalité des droits, seul fondement solide de Tharmonie des intérêts, ces réformes
(i) Le système fiscal français est si injustement oppressif pour le pauvre, si métieuleux, si multiple, si tracassier, se mêlant aux plus petits détails des affaires comme aux plus grandes transactions, écrasant surtout les plus petits, qu'il nous explique complètement la turbulence des ouvriers français et leurs fréquentes insuireo tions. Pourquoi Touvrier serait-il content? Pourquoi, en vérité? H est taxé à mort, et la môme cause explique la lente augmentation de la population française. Avec ces taxes monatrueuses, les droits protecteurs, les octrois, Dieu sait comment les gens peuvent essayer de vivre et d'épargner.
Voici un exemple : un fermier, qui mourut en 1839, laissa à quatre enfants mineurs une propriété d'une valeur de 900 francs, mais qui fut vendue 725 francs. Sur cette somme, les officiers ministériels et les droits absorbèrent 643 fr. 78, laissant aux quatre héritiers une somme de 81 fr. 22. N'est-ce pas monstrueux? Si la propriété atteint la somme de 10 000 Crânes, les taxes et les dépenses ne dépassent pas 2 1/4 pour 100. C'est un des vices les plus abominables du système français que plus la propriété est petite, plus est grande la moyenne pour 100 du prix de l'acjljudication. Ainsi, dans la cas de 787 propriétés, valant 500 francs et moins, les dépenses se sont élevées à 117 fr. 13 de la valeur totale, tandis que pour 3 352 ventes de propriétés de 10 000 francs et au-dessus, dont la valeur totale s'élevait à 119 149 880 feancsj.les finals n'ont pas dépassé S Ir. 8t pour 100.
DROITS ET DEVOIRS DS9 emYSHS ET DE L'ÉTAT. 4tl *
qu'on irtfiisirilr faîte pendtnlrqii'mi lepounrait ffteilement, légalera«Bt, éks se feront quand méfiie, quand la patience sera 'à biHH, quand on sera ks d'attendre jastiee, quand tes passions semât aHuinées et surexcitées par Texcèis des souffranees, par la haine des abu» et des prÎTtlèges; mais alors elles se feront Ti<^mment| peut-être cruellement, par les mains de gens emportés, au nom d'une k>gique brutale qui ira droit au bot, sans tenir compte des convenuices qu'il eût été auparavant si facile de ménager. Et alors on ne manquera pas d'accuser les entrmnements sauvages de la multitude, tandis qu'il faudrait surtout accuser Tégolsme imbécile des prétendus conservateurs. Le but suprême, unique d'une politique républicaine, le seul conforme à la morale, devrait être la recherche exclusive des intérêts, non d'une caste, mais de la généralité des citoyens.
Toutes choses, par conséquent, devraient être disposées de manière que le concours de tous fût aussi complet que possible et que la liberté d'action de chacun ne pût être entravée que dans les cas où elle s'exerce contre l'intérêt public. Le gouvernement, dans les sociétés monarchiques, se considère comme ayant charge d'âmes ; en conséquence, il se croit le droit et même le devoir de se substituer en tout à la nation elle-même, jusque dans le domaine des croyances et des idées. Dans une monarchie, la fonction du roi ou de l'empereur est de penser et d'agir pour tout le monde, ainsi que le peut faire un bon père de famille pour ses enfants en bas âge.
Mais dans les sociétés démocratiques la fonction directrice doit appartenir à l'ensemble des citoyens, comme l'exprime le mot même de démocratie. Un gouvernement fort dans une déioiocratie constitue une contradiction dans les termes. Il est vrai qu'une démocratie où tout l'organisme n'est pas disposé de manière à faciliter le jeu de la souveraineté nationale n'est qu'une démocratie pour rire. Or c'est précisément la situation où se trouve encore la France quatorze années après la proclamation de la république. Les hommes qui
depuis la chute de Tempire ont gouverné la France, ministres et députés, n'ont trouvé rien de mieux que de maintenir dans la mesure du possible toutes les institutions gouvernementales qui Font acculée au désastre de 1870. Cette horrible guerre n'a pas suffi pour leur ouvrir les yeux. Après avoir vu où peut mener un pays l'ignorance de ses propres affaires, ils ont continué à défendre et à fortifier cette funeste centralisation qui, en laissant la direction de toutes choses aux mains de quelques hommes^ en désintéresse le reste de la nation. Par une incroyable inintelligence de la situation ou plutôt par une criminelle ambition qui ne veut rien abandonner du pouvoir souverain, ils ont conservé à la tète de la république le même mécanisme administratif qui a perdu l'empire. Sous le nom de présidence ils ont rétabli une royauté honteuse, mais non moins dangereuse que Tautre, du moment qu'on laissait subsister autour d'elle toutes les traditions, toutes les institutions des monarchies. Ils se sont jésuitiquement autorisés de l'exemple des États-Unis d'Amérique, et cet argument a suffi à la masse des badauds qui ne songent pas que la situation de la France et celle de l'Amérique sont absolument différentes. Outre que les États-Unis n'ont aucune tradition, aucun parti monarchiques, ils se composent d'une collectivité d'États souverains, qu'aucune intrigue, qu'aucune puissance ne sauraient entraîner à abdiquer entre les mains d'un homme. Leur constitution met au-dessus même des lois les droits primordiaux de l'homme et du citoyen ; les communes sont indépendantes du gouvernement pour tout ce qui touche à leurs intérêts particuliers. La décentralisation administrative et même politique dans une certaine mesure rend impossible toute surprise.
Tout cela manque à la France, et c'est précisément ce que lui refusent avec obstination ceux qui la gouvernent, comme s'ils voulaient se réserver le moyen de mettre un jour la main sur elle, dans le cas où l'occasion le permettrait. Et en effet tant que l'initiative individuelle ne sera pas libre, tant que la pensée pourra être poursuivie, tant que le droit
d'association et de réunion ne sera pas reconnu par une loi, tant que les communes et les départements n'auront pas leur organisme particulier et indépendant, Tavenir de la république ne sera pas assuré.
Je sais bien que quelques hommes font grand bruit de l'unité politique de la France, et qu'ils ont l'air de croire que la décentralisation administrative pourrait la mettre en péril. Ils affectent de s'imaginer que, du jour où les diverses parties du pays ne seraient plus tenues ensem})le par la force, elles s'empresseraient de se séparer, de se désagréger, et que la France s'en irait en morceaux. N'est-ce pas là une crainte étrange et injurieuse ?
Gomment peuvent-ils croire que l'union nationale soit si peu solide qu'il suffise de ne plus tenir le tout comme dans un étau pour qu'il s*évapore? Mais alors cette union nationale est donc un mensonge ! Alors nous ne sommes plus une nation I et le patrlotisQie tant vanté des Français n'est qu'un leurre I
A dire franchement ma pensée, je considère sincèrement cette crainte comme une injure non méritée et je m'étonne que des hommes qui aiment leur patrie puissent avoir de leurs concitoyens une idée aussi étrange^
ÇflÂPÏTRE VII. " '
Droits et dtsvoirs r6Giprofi[ttefl de« citoyen* ot' df l*Étei. L'fitât. ^ liar commvne. -^ Le i âè^aitlemeBtb. • > . .
Qu'est-ce que TÉfat? C'est retisemiile ites pbuvoî<«'t)o!îtiques et administratifs qui soïit pï'épbsés du çoùve^tlemeDt (Tune nation. Ces pouvoirs peuvent être pltr^ bu itroins dépelndants ou indépendants dé la nation elle-m'ètbe,' 6lit, il faut bien Tavouer, il y a encore aujourd'hui des peuple qui se croient civilisés et qui ne sont pas arrivés à botnpreddre tont ce qu'il y a d'étrange, d'absurde et d'ignominieux pout des hommes — homo sapiens — dans le seul fait d'admettre qu^un homme comme eux — - souvent mo?aâ intelligent, moins instruit et moins moralqu'eiix — ait lé dh>i{t de faire prévaloir sa volonté sur celle dé plusieurs millionis de ses semblables. Ces peuples sont ceux où règne la monarchie absolue. C'est le despotisme, du mot grec despotes, maître.
Chez ces peuples la règle des rapports des hommes et de l'État est parfaitement simple. Les sujets— suhfecti, soumis — n*ont qu'à obéir. Ils n'ont que des devoirs et pas de droits. Ce sont des troupeaux auxquels là loi ne laisse d'autre ressource pour conquérir leur dignité d'hommes et de citoyens que la révolte et la force. Chez d'autres, on &' imaginé une combinaison qui sauvegarde quelque peu la dignité humaine. Pour échapper à l'ignominie de l'obéissance passive, ils ont imposé à leur medtre une sorte de contrat, qu'on appelle constitution, par laquelle le pouvoir est partagé eo des proportions variables entre le roi et la nation. C'est ce qu'on désigne sous le nom de gouvernements eonstitnttormels. C'est un compromis entre la monarchie absolue et la république, entre le despotisme et la' liberté ! Le peuple nomme des représentants qui discutent les projets de fois présentés
par le gouvernement et qui votent les impôts. En cas de dissentiment entre les représentants de la nation et le roi, celui-ci a le droit de dissoudre le parlement et de soumettre la question en litige à la décision, dç \^, nation elle-même, en rappelant à de nouvelles élections. Dans quelques pays, commes en Angl6iein>e.ei)9n Belf^uci Jar nu^arcbje.a^'est plus qu'une 80vte>defioÊio»légale,iet le pouvoir groyal est réduit à sa plus simple expression ; dans d'autres, comme en Allemagne, il reste prédominant et, grâce à certains arti^es de procédure, l/a souveraineté du peuple est plus apparente que réelle. Mais dans les uns comme dans les autres^ on peut prévoir que le peuple ne tardera pas à comprendre que la complication des rouages est toujours ou inutile ou fur neste, et ce compromis constitutionnel disparaîtra pour faire place au seul gouvernement du pays par le pays : la république.
Dans ces sortes de gouvernements, dont le caractère propre est l'instabilité de l'équilibre entre les privilèges de la royauté et le droit naturel du peuple, le devoir des citoyens intelligents est -de travailler, par tous les moyens que leur laisse la constitution, à établir un état de choses plus rationnel et plus conforme à l'intérêt général, en restituant à la nation l'intégrité de ses droits.
La troisième forme de gouvernement, la seule dont nous ayons à nous occuper ici, puisque c'est celle que la France a enfin adoptée, c'est la forme républicaine. Le caractère propre de cette forme de gouvernement, c'est de supprimer tout ce qui peut gêner l'exercice direct du droit de souveraineté qui appartient au peuple, c'est-à-dire à l'ensemble de tous les citoyens.
C^est assez dire que nous sommes encore loin d'avoir réalisé l'idéal du gouvernement républicain. Nous avons trop longtemps été soumis à la monarchie pour qu'il nous ait été possible d'en dépouiller tout d'un coup toutes les habitudes et toutes les traditions. Mais il est facile de prévoir que le progrès naturel de la morale sociale, tel qu'il s'est manifesté
406 LA MQRÂLE.
jusqu'à ce jour dans toute Thistoire du passé, tend logiquement à établir des séparations nécessaires entre les éléments disparates, dont la confusion embarrasse notre marche en avant. Peu à peu, par le fait seul de Texpérience acquise et de la tendance fatale de l'humanité vers la satisfaction de ses besoins progressifs, la république créera nécessairement le milieu le plus favorable à son développement, comme Font fait toutes les autres formes de gouvernement, jusqu'au jour où ce développement même mettra ou aura mis en évidence l'incompatibilité de leurs aspirations avec celles de l'humanité et la contradiction de leurs intérêts avec ceux des sociétés modernes. Le gouvernement républicain n'a pas à craindre ce danger, puisqu'il est par essence gouvernement de progrès et qu'il se confond avec la société même qui lui transmet périodiquement le mot d^ordre et le renouvelle dès qu'il s'en écarte.
Ce caractère progressif du gouvernement républicain impose aux citoyens des devoirs d'une nature toute particulière et, spécialement, celui d'aider à ce progrès dans la mc^^ure de leurs forces. Mais, pour aider au progrès,- il faut savoir en quoi il consiste, et c'est là une étude dont l'obligation stricte s'impose à quiconque veut user honnêtement de son droit d'électeur. Il est trop évident que, dans un État répablicain, c'est le vote des citoyens qui détermine le mouvement général dans un sens plutôt que dans l'autre et que, si la majo-« rite des votants se compose d'ignorants qui ne se donnent pas la peine de chercher où est l'intérêt général, ils s^exposent à entraver le mouvement matériel ou moral de leur patrie et ^ la jeter sur la pente des décadences, comme ont fait les mal^ heureux qui ont voté les plébiscites de l'empire*
Nous allons donc tâcher de marquer la direction du proJ grès auquel, selon nous, doivent s'appliquer à concourir tou^ les citoyens dignes de ce nom.
Le progrès, dans l'ordre public — comme dans tous le^ autres — se manifeste et se mesure par les facilités qu'il donne à la satisfaction des besoins physiques, moraux et io^
tallectu^Is, et par. la création de milieux qui tendent à assurer la prédoininance des seconds sur les premiers.
Par conséquent, la préoccupation la plus vive d'un gouvernement républicain doit être d'employer tout ce qu'il a de moyens d'action directe et indirecte à combattre la misère, qui. surexcite Tégoïsme, pousse au crime et met en péril la paix publique.
Pour cela, il a plusieurs moyens d'efficacité diverse, mais dont la réunion peut produire des effets considérables.
Il doit abolir toutes les lois qui mettent le travail dans une situatioa d'infériorité quelconque, morale et matérielle, à regard du capital et, par conséquent, réformer au plus tôt tout notre système d'impôts, qui fait tomber la charge la plus lourde, sur ceux qui sont le moins capables de la supporter. Chacun doit contribuer aux dépenses publiques dans la mesure de ses facultés; voilà ce qu'exige l'équité. Parconsé quent l^impôt ne doit être pris que sur la fortune acquise Il n'atteindra toujours que trop, par répercussion, les mal heureux qui n'ont que leurs bras pour nourrir leur famille (1) Il est odieux, inique et absurde, que ce soient les pauvres qui fassent Tavànce de la plus grosse part de l'impôt. Tous les impôts de consommation, les octrois, devraient être supprimés et ren^placés par des contributions portant sur le capital fixe. Jje& droits de douane doivent disparaître également dans un temps donné, suivant une progression raisonnée qui force les chefs d'industrie à mettre leur outillage au niveau de celui des pays Concurr^nts, de manière que le libre-échange permette à tous de se procurer toutes choses au juste prix, sans ces surélévations factices qu'y ajoutent la cupidité de nos fabricants et la Complicité fâcheuse de nos législateurs. Il y
(i)'Il faut, du reste, bien comprendre qae, s'il est difficile de trouver une progression équitable, la proportion simple de Timpôt ne saurait jamais l'être tant que Timpôt prend aux uns sur leur nécessaire, tandis qu'il ne demande aux autres qu'une part de leur superflu. Dans ces conditions, la proportion arithmétique est une simple escobarderie. ,
a^nao foulfi dlautreft poiftis qui dernûrat éUe égalenneDt maminé» ^vec une 'Sévièuse attention, par«xeiBple lesidispositioiis.qai serapfiorlent à notreorgamsalionmilitairev &ii ré* gime^elapropriéié, à l'héritage, aux noyeas^e circulation, canaux «t chettiiBs de fer, etc. >
. ' Le gouven^enient peut beamcoup, >aiieo l'aide des- cbatii* hriès, sinon poftir'' trancher la.qucsikin sociale^ cette 'plaie sans. cesse grandissante de iiosisdciétéB moderneSvdu'OKttns pour en faciliter, la eolution. Ea mêeste temps qu'il déhlayeiait hipoiute par les néforoies que nous venons d'indiquer somttiaireBient, il^evraît solliciter, exeikries initiatives pfifées, en leur ouvrant toutes grandes toutes les voies, en soppri-» mai^t d'un coup toutes les entcaves qui retardaïUa sohitîon des problèmes par la gène qii*elles imposent à l'-expresaionde la peitslée : -^ liberté de la presse (1), droit^le - réunion -«- et celles qui anrètentle jeu des activiités,-^dr6itd'assoeialîoB, Un moyen indirect^ mais <les plus puissants,^ c'est la dil* fusion de l'instruction, mais d'une instructien appropriée. Il na suffis pas qu'elle soit gratuite^ obligatoire et donnée par des laïques;, mais il faut qu'elle soit ell&smètme laïque dans le vrai et complet ( sens du mot, c'est-à-dire -dégagée de cette multitude de pr^ugés de toute nature qui pullulent dans tout notre enseignement universitaire et partienUèremeat dans nos éG4>le8 normales primaires* L'instruction ne sera ce qu'elle dcâtjêtredans nos écoles que quand celle des institateurs euxmêmes sera débarrassée des routines et des niaiseries qui l'encombrent, quand elle s'inspirera, des besoins de la vie laoderne et qu'elle y aura approprié sœ- méthodes. *
(1) Il est à peine croyable que la république, en 18S4, continue à prélever sur le papier, et particulièrement sur celui qui est destiné {Lux journaux, les droits que Tempire aVait établis danà llntention expresse d'empêcher les journaux d'arriver aux pauvres. Dégrever le sucre est bien, mais supprimer les obstacle^* à rinstruQtion serait mieux. Il est remarquable que nos gouYemants soi-disant républicains s'appliquent tous à conserver, étant au pouvoir, toutes les lois impériales, qu'ils dénonçaient si hautement quaùd {la étaient dans l'oppoeition.,
BR0IT8 ET DEVOIRSdMBOOITailENS ET DE L*ÉTAT. itf
Pcfnrquë e6l»^tfi0«âMèy'ilif«ÉÉ<afaiiti>loiit qluf'le «iria
versitains, le<p]as«86Ufefit «ntàahés de^toutiiieieiMiié^BiséÉ par- la. pratique >ée>tv«[kii>nsvs«raniiéles. Ues kdmpièa'iKxii^di» sant compétents sont presqueiloujoilrs(i pair>l;'effatîmèiiieide oette pBétën<faiaeoiiipéteao6,<des:^hiiini|ieB du fiosséj donU la timidité s*eSatwiohe*dflâ4niBfndresTéfoiQaDfes;0l*qui^ par TeffiBl de» InbitudesiciofiiiieSj soHt-teiiqoiirs'beai^ pJuft "touehés de» dilfieulÉéat^u lafaatifeineni.^ue "de (ses* atatitag«9j Or «^ qu'iinaiiB fattit, b'est>u«ireiKHivell0raeat €Oiii{âet de mélhodcB et déprogrammes) eomi»iiié»'en Tue des beMios» d'une «oeiété
Uii'y apasdeiquestion plusgraveqiiecélte^'ià, parée 'q«<il n'y en a- pas* qui touciie <ie>pli|8 près aux ânlérétd'iiiitaat de la nation. G'estià l'Organtsation de tinttructien puèliquey primaire, scéondaireet snlpérieiirej qu'eliet devrait eopsaever la plus grande partie de- ses ressoufrces. Les instituteurs, jes professeurs^ les sanranlside tout ordne devraient être tonaîdé* rés. comme les hommesdes^plus utiles et traités comm« telsv Dans Vétat aeèuelf de sdnt de tous) les ïonottonnaires ceor dmit les senriceâ sonl'leittoins payés^ ce^qui est juste le oan-' traire de: Tesp^rit' rérpwUicain. Les dépenses ies plUs prodùc^ tives-aont celles qu^'tkn foit peur l'instruction puiUique*;' le jour où la France consacrera cinq cents mflUohs'à faire des eiioyensv sa pro^éritê màtérvelle ei' morale sera à jamaià assurée. -• - .• ; i
Parmi ceux mêmes qui reeDiinaîssent et proclament le plus hautement la néoeasité déjà réorganisation d<e.rinstrueti<y» publique, il s'en trouve un grand nombre qui redoutent Tingérencé de lIÊtat et qui se défient de renseignement officiel. Il est difficile de ne pas leur donner raison quand on connaît ]es traditions du gouvemement centralisé, tel que nous Tont raofsmis les habitudes iiionarchi(|ues. Mais c'est précisément là la principale réforme qu'exige Tinstruction républicaine. Le système de la cçntralisation. est fatalQpiient T^nnemi du progrès, parce qu'en absorbant toutes les volontés en uœ
seule, en supprimant toutes les diversités, U tue l'esprit d'initiative et rend impossibles les coneuri^nces et, par conséquent , les comparaisons, qu'il faudrait au contraire susciter par tous les moyens.
Ceci nous amène à examiner quelle doit être, dans une république, la fonction de TÉtat. C'est une question qui a été très longtemps discutée, mais qui paraît encore asse^ loin d'être tranchée. Les hommes qui la discutaient sous l'empire arrivaient volontiers à conclure à la suppression de la plupart de ses attributions. Cette tendance était toute naturelle sous un gouvernement despotique, qui ne laissait à rindividu aucune liberté et qui accaparait pour lui tous les droits. On était fatalement disposé, par réaction, à les lui refuser tous. U y avait là une exagération facile à expliquer, mais non moins réelle. Il serait absurde et contradictoire que le régime républicain, qui est un régime d'union et d'association, se privât bénévolement des secours et des avantages de la plus puissante et la plus naturelle des associations qu'on, nomme l'État, et qui est en même temps la plus utile, si Ton prend les précautions nécessaires pour la contenir dans les limites marquées par l'utilité générale.
Pour déterminer le rôle de l'État, on se dit assez yolontiers que sa fonction unique est de pourvoir aux intérêts généraux, tandis que les intérêts individuels ne relèvent que de l'individu. Cette distinction n'a peutrétre pas toute la précision qu'elle paraît avoir au premier regard. Resterait, en tout cas, à déterminer bien exactement ce qu'on entend par les intérêts généraux et les intérêts individuels. Ainsi beaucoup de personnes considèrent l'éducation des enfants comme devant être complètement laissée à l'autorité des pareots. On connaît la théorie «[des droits du père de famille » . Nous ne saurions admettre, nous l'avons dit, cette attribution exclusive, par la double raison que la société, n'ayant pas d'intérêt supérieur à celui d'être constituée de citoyens instruits et capables de remplir leurs devoirs, doit par là même veiller à ce que nul ne puisse porter atteinte à cet intérêt,
et que d'ailleurs Tenfaot, ayant de son côté égal intérêt à -ce que niil ne fasse obstacle à son développement physique et moral, la société, instituée pour protéger les droits de chacun de ses membres, doit protéger celui des enfants au même titre que tous les autres.
Il y a encore une autre considération très importante, c'est que, entre TÉtat et Tindividu, il existe un certain nom* bre de groupes, de collectivités, tels que le département^ le canton, la commune, les associations particulières, toutes choses que nous négligeons beaucoup trop en France et qui peuvent constituer des agents très efficaces d'utilité et de progrès.
La véritable distinction à établir paraît être celle-ci :
La fonction spéciale de l'État est de faire^ pour l'utilité générale, ce que les autres groupes et les particuliers ne pourraient pas faire aussi bien que lui ; elle cesse là où d'autres peuvent agir aussi utilement que l'État.
Par conséquent, il est bien clair que l'entretien et l'administration des armées de terre' et de mer sont du ressort de l'État. Quant à la protection des intérêts privés, on peut concevoir que la fonction soit partagée. C'est ce que fait en partie l'institution du jury. Il n'y aurait môme rien d'absurde à ce que ce principe fût étendu et que les groupes de citoyens, la commune ou le département fussent chargés de faire eux-mêmes leur police et d'appliquer les lois contre ceux qui les violeraient. En admettant que la chose soit difficile aujourd'hui, cette difficulté diminuera à mesure que l'instruction sera plus répandue et plus complète.
En somme, sans entrer dans le détail des questions que nous n'avons pas à traiter ici, on peut dire que la meilleure organisation de l'État serait celle qui réduirait son action politique dans les limites du nécessaire^ en la restreignant aux points où il y a avantage évident à la conserver, et qui, dans tous les autres, le remplacerait par celle des citoyens ou des groupes de citoyens. C'est là certainement un progrès réservé à l'avenir. Cette forte discipline des nations sous la
419 hk IfOBALB»
verge du.goaveroeme«t, qu&.bmicoup.jMrécpuiseut comme uae. nécessité ou.|Qê.me.comme,un,progri^8 deU>civiIi8atioii, n'est en. réalité que. TeSet.d^un état deiguei^re.qui pousse les peuples nieoacés,.à,me8ure qa^ils^aqquièrentplus de moyens d'action^ à les* concentrer de plus en plus pour leur donner plus de, puissance* . C!est par la même raison que Voa utilise à perfectionner 4es moyepsde destruction etde,mas9acre les découvertes de.la.science contemporaine. Est-ce à dire que la science ait pour but le massacre et la, destruction ?
Le grand obstacle, en effet, c'est la guerre, et les véritables ennemis de Thumanité sont les égoïsmes féroces qui se font un jeu des souffrances humaines. Un jour viendra bientôt, espérons-le, où, au lieu de les acclamer, les peuples haïront et mépriseront comme ils le méritent ces tueurs d'hommes,, ces .ennemis de Futilité. universelle. Lorsque le brigandage en grand aura cessé d'être plus, glorieux que Tautre^ on ne trouvera guère plus de héros pour ravager la terre et détruire parfois en quelques jours le fruit du travail de plusieurs générations. C'est encore une question d^instruction publique (i).
Le rôle du citoyen dans TÉtat est donc destiné à grandir.
(1) On comprend que nous ne pouvons pas exposer ici toutes les réformes qui nous paraîtraient désirables. Bien que nous considérions la politique comme une dépendance de la morale, puisqu'elle repose également sur le principe de l'utilité, générale, nous sommes cependant obligé de laisser de côté beaucoup de questions dont le développement grossirait outré mesure ce volume. Telles sont les questions de la répartition de Timpôt, du service militaire, de la séparation de l'Église et de l'État, de la réforme de la magistratore* de la réorganisation de la police, de Théritage, des rapports du capital et du travail, de la pénalité, des personnes morales, etc., etc. D'ailleurs la solution de ces questions ressort naturellepient des principes posés. Nous avons formulé expressément notre opinion sur la pénalité en refusant à la société le droit de punir et en ne lui reconnaissant que celui de mettre l'agresseur hors d'état de nuire, iQuant à la question des personnes morale^ — qui ne doivent pouvoir exister qu'après avoir démontré leur utilité sociale -7 elle se résume en quelques articles du projet de code civil qu'a demandé le gouvernement belge à M. Laurent, professeur de droit civil à
DROITS BT DEVOIR» ^DM'CItinrfiNS BT DE L*ÉTAT. Ui
Ce ti^est pilii'sétfletteiltiiidk)ué'pÉr la logique, e*esl'àn fait àêmovité p^Lt'te que uous toyonn aux Btail8«-Unid: Aussi «m des prèmkra detoik's de TÉtat esit^il de Aiodifie^dans ce MUtf renseîgneiliéUtidb'sre^ éooles. Il «e suffit pas de' lé frire gtii<^ tuit, obligatoire "et laî^Uë; il 'ftiot rési^luinent y intnMium Téttide Ae la CetiiititUtioU' et l*expiîeiAiôn desi^atMAis réei--. pr'ôqueédë fÉtkt'et'dti dt<»yefi. Mais f État ise féêïgkmà:Atil a ënséigtuér qùë sok dëlHoiir'eët de se resti^enifdre progressive^ ment au stHcH âéëessaire poîl^ laisser p!aee à^Pinittative des citbyeiist t^eui'^Ott espéi^er tfiie fes fofictiomiaifes chargés d^énséigner en son nom' pourront librement pré)»arer lea étifànts ara rôle que leur i^serve Pairenir et que- ieâ<r' im*^ pose'îétloglquë rép^ub1ieàine?'Je tit safîs et fosti) àipeineres-pét^. I>*un auti^'eôté, il pourrait êftre périlleux en eeuio^' niehi ide' ddnner aux petites eommunes rurales une< liitot^À dofÉt elles' useràS^snt surtout pour préparer les enfiints à'
Tmii^fl^iitô dp Qaa^. Yoicj ce projet tel que je le trouve exposé par M,, ^uis Amiable dans la Justice dû 30 août 1883 :
d Le projet de M.' Laurent traité en premier Heu de Vincorporû- Hon légale, c'est-à-dire de la collation de fo. personnalité civilef; et'â'pose en pviBoipe-que n^Viacmipontion ne peut être faite que « pour cause de nécessité publique, par la loi ou en vertu de la loi». (Art. S^.^IS.) Cette formule exclut virtuellement du bénéfice de Tincorporation les agrégations religieuses, en faveur desquelles on Ue saurait guër^' iflvoquer la nécessité 'pubUqtie; Les sntres dispositiMia du même titre règlent et limitent le bénéfice de rinoorporatiaD»
a Le titre consacré aux corporations illégales débute par ee prôi* cipe que « les associations ou établissements qui ne sont pas léga«> « lement incorporés n*ezisteiït pas comme corps aux yeux de la loi; » {AH, 537.) De Hl cette triple coUséquence :
tt 1* Nullité de tout ncte dans lequel figure une corporation ou établissement non reconnu (art. 538) ;
« 90 Nullité de toute acquisition, à titre gratuit ou onéreux, de meubles ou immeubles, faite par une corporation ou un établisseseinent non reconnu, directement ou par personnes interposées (art. 589) ;
« 3« Impossibilité^ pour lee corporations ou établissements non reconnus, d'agir en justice (art. 543).
a Le surplus du second titre traite de la revendication des biens détenus par les corporations et établissements illégaux. Le droit de
deyenir les ennemis du gonyernement de leur pays. On pouiv rait prendre un biais, toujours comme aux États-Unis.
Dans cette véritable république, où la Constitution a pris toutes les précautions possibles pour protéger la liberté des générations futures contre les retours agressifs des réactions religieuses et politiques, on a cru avec raison qu*on pouvait concilier avec le respect le plus rigoureux des di*oits individuels certaines restrictions des droits collectifs, proportionnelles à l'importance des groupes. Les agglomérations au-dessous de 12 000 citoyens sont soumises à un contrôle auquel échappent les agglomérations supérieures. Une disposition analogue pourrait être appliquée par la loi française, surtout en ce qui concerne renseignement, quitte à rétablir Tégalité lorsque l'instruction donnée aux jeunes générations aurait fait disparaître tout danger de ce côté. On laisserait aux autres leur pleine liberté d'action. On arrJve-
revendiquer est reconnu, en première ligne, aux anciens propriétaires ou à leurs héritiers > en seconde ligne, aux communes agissant au nom de l'État. Cette seconde revendication est la plus importante, celle que l'auteur du projet a eue principalement en vue. Il propose d'attribuer le droit de revendiquer à toute commune dans les circonscriptions de laquelle seraient situés des meubles ou des immeubles détenus par une corporation illégale, les biens revendiqués devant être affectés au service de Tinstruction publique, la moitié pour être & la disposition de la commune d«iDandere8se, Tautre moitié pour former un fonds commun que le gouvernement répartirait entre les différentes communes. (Art. 544 et 545.) En vue du cas où le conseil communal s'abstiendrait d'exercer la revendication, tout habitant de la commune serait autorisé à revendiquer, à charge de fournir caution pour répondre des frais du procès et des condamnations pouvant être prononcées contre lui ; et, subsidiairement, tout Belge aurait qualité pour intenter Taction, sous la même condition. Dans le cas où l'action aurait été formée par un ou plusieurs particuliers, le quart des biens justement revendiqués appartiendrait aux demandeurs, le surplus devant être partagé entre la commune des demandeurs et le fonds commun. Enfin, si ancmie action n'était intentée dans un certain délai, l'État devrait revendiquer lui-même dans le mois de l'expiration de ce délai. (Art. 546 et 548.) »
rait par ce moyen à eréer entre les collootivités supérieures une émulation qui serait des plus profitables au progrès général. Il est certain que si les grandes villes telles que Paris, Lyon, Marseille, Bordeaux, Toulouse, etc., étaient libres de fonder et d'organiser des établissements d'instruction publique, il se formerait rapidement des centres d'enseignement dont rinfluence et l'exemple rayonneraient bientôt sur les contrées vobines et renouvelleraient en peu d'années nos vieilles méthodes scolaires.
La centralisation telle qu'elle existe chez nous est une institution essentiellement monarchique, et Taboutissement logique de son action est la restauration* de la monarchie. Elle en vient et y ramène nécessairement par la tentation incessante qui résulte de la concentration de tous les pouvoirs entre les mains de quelques hommes et par l'habitude où elle entretient les autres d'abandonner au gouvernement la gestion des grands intérêts de la nation. Par un effet contraire, les premiers tendent fatalement à exagérer leur action, tandis que les autres s'absorbent de plus en plus dans la préoccupation de leurs intérêts industriels et deviennent par-là même incapables de s'élever au-dessus de cet égoïsme. C'est seulement quand ils se trouvent atteints personnellement par le contre-coup des exagérations des gouvernants que les citoyens se décident à réagir. De là des révolutions qui sont toujours à recommencer, par la persistance de la cause qui les produit. Aussi les ambitieux sont-ils naturellement centralisateurs. C'est là un signe auquel il est facile de les reconnaître (1). Toute décentralisation leur est doublement odieuse, et parce qu'elle est une diminution du pouvoir auquel ils aspirent et parce que, en le partageant entre un plus grand nombre de citoyens, elle accroît la diffi-
(1) L*ambitioa n'est pas nécessairement un vice. Un homme qui se croit capable de rendre des services à sa patrie peut légitimement désirer la fonction qui lui permettra de se rendre utile. Mais s'il faut louer cette ambition républicaine, guidée par le s^itiment de Futilité publique, il faut, surtout en république, craindre et détester
416 U MdRALE.
culte de le confisquer pour eux seuls. Ces deux raisons de- Traient suffire pour que tous les républicains s'accordassent à briser cette vieille arme de tous les despotismes. Il y en a d'ailleurs une troisième, non moins considérable, celle de Fintérèt qu'a toute nation à accroître dans la mesure du possible le nombre des agents d'utilité générale, en augmentant pour chacun la facilité de faire l'apprentissage des fonctions publiques. Or il est clair que plus l'élection appellera de citoyens à prendre part au maniement des affaires publiques par suite de l'extension des fonctions administratives, judiciaires, politiques, aux diverses collectivités qui constituent Torganisme national, plus on multipliera pour les citoyens les occasions de développer dans le sens de l'intérêt général leurs aptitudes particulières. Il n'y a pas d'autre moyen d'arracher à l'oisiveté ou aux préoccupations exclusives de l'égoYsme individuel une foule de citoyens, dont l'inutilité trouve un prétexte et une excuse dans les obstacles qu'oppose la centralisation à toute initiative individuelle.
D'ailleurs l'État qui veut tout faire fait tout plus ou moins mal, parce qu'il n'y a pas de génie capable de tout embrasser également, et qu'il ne peut exercer son action que par des fonctionnaires plus ou moins indifférents à ce qu'ils font. Le fonctionnaire est la plaie des gouvernements centralisés. Les fonctions publiques se donnent à la faveur, et cette même faveur multiplie fatalement le nombre des fonctionnaires au point que son action même en est entravée. Tout rouage inutile est un obstacle. Cette mullipHcité rend le contrôle impuissant. Le système de la décentralisation fait, au contraire, de chaque électeur local un contrôleur naturel dont l'action s'exerce sans intermédiaire, et qui est directement intéressé à ce que les affaires de la localité
Tambition despotique de ceux qui aspirent à concentrer entre leurs mains tous les pouvoirs, afin d'imposer sans résistance toutes leurs volontés, et qui abusent de leur influence pour entraver les réformes dont l'effet serait de gêner Tomnipotence qui peut seule satisfaire leur orgueil autocratique.
soient' bien ackninist^éesi S'il n'est pfts satidf&it, il etprime son' mécontentement par uh vote, et te Vote est souveirain. Contre un fonctionnaire de l'État, juge et partie en i^a propre cause, le citoyen n*a aticun recours sérieux; ses plus justes' réclamations échouent contre les résistances d^une bureaucratie infatuée de son omnipotence et de son infaillibilité, et le plus souvent le sentiment dé leur impuissance accoutume les citoyens à une résignation silencieuse dont Tadministration abuse pour célébrer ses propres vertus. Elle se déclare parfaite parce que sa morgue et sa partialité ont découragé la plainte.
Sans doute le système de la décentralisation impose au citoyen des devoirs nouveaux; mais ces devoirs ne sont que Texercice de ses droits. Les intérêts qui sont soumis à son contrôle incessant sont ses propres intérêts, ceux du groupe dont il est solidaire. Il serait mal venu à se plaindre du tracas qu'ils lui donnent, et il ne s'en plaindra pas, s'il est vraiment digne du titre en vertu duquel il est investi du droit de les surveiller.
Il est vrai que dans les petites communes rurales les citoyens sont assez portés à se défier des innovations, par routine et par ignorance. Us ont volontiers peur de l'inconnu. C'est un argument, non contre la décentralisation, mais bien contre notre organisation administrative et aussi contre nos programmes d'enseignement.
Qu'on apprenne aux enfants que, il y a cent ans, on ne connaissait ni les machines et les bateaux à vapeur, ni les chemins de fer, ni le télégraphe, ni la vaccine, ni le gaz d'éclairage, ni les timbres-poste, ni les allumettes chimiques, ni les engrais artificiels, ni les machines agricoles, ni la méthode des assolements, ni les pommes de terre, ni la cause des maladies infectieuses, ni le paratonnerre, ni les mille autres découvertes que nous a données la méthode de l'expérimentation appliquée par la science moderne, et ils s'habitueront bien vite à comprendre que la routine est une mauvaise conseillère ; qu'on leur apprenne surtout que la
418 , LA VORâLB.
solidarité des intérêts est la loi du monde civilisé, et que les effets de cette loi sont d'autant plus sensibles que la multiplicité et la rapidité des moyens de circulation mêlent et confondent ces intérêts par une série de répercussions de plus en plus inévitables, et ils arriveront rapidement à se considérer comme des parties intégrantes d'un tout dont Taction les embrasse et ]es domine sana qu'ils puissent s*y soustraire. Ainsi s'effacera peu à peu^ jusqu'à disparaître, cet esprit d'égoïsme qui résulte de l'apparence d'isolement auquel ils se croient condamnés ; ainsi naîtra l'habitude de la prévoyance qui les amènera à comprendre cette forme de la solidarité qui s'impose des sacrifices temporaires en vue d'améliorations dont le profit s'étendra à l'avenir. Si la pensée du lendemain est bonne pour l'individu qui vit quelques années, combien ne l'est-elle pas davantage pour la famille qui survit à l'individu, et surtout pour la commune, qui ne finit jamais? C'est en travaillant pour les générations futures que le citoyen paye sa dette aux générations passées.
A côté de ces questions primordiales, qui constituent le but à atteindre, il y en a d'autres, d'ordre différent, mais non moins importantes : ce sont celles qui se rapportent aux moyens d'atteindre ce but. Il ne suffit pas de poser un idéal dans les nuages, il faut encore savoir comment il deviendra réalisable. Or, il est manifeste pour nous que cette réalisation restera à l'état de pure utopie tant que subsistera l'organisation actuelle de la souveraineté nationale. C'est donc elle qu'il faudrait réformer avant tout.
L'institution de la présidence est un souvenir des traditions monarchiques, dont l'expérience nous a déjà une fois coûté bien cher, et qui peut nous réserver encore des surprises non moins désastreuses. La plus élémentaire prudence nous commande de mettre à profit l'expérience acquise, et d'appliquer le seul système rationnel, celui que préconisait avec une logique si éloquente, en 1848^ le président actuel de la république française^ et qui est depuis longtemps apphqué en Angleterre. La conduite des affaires appartient
DROITS ET DEVOIRS DES CITOYENS ET DE L*ÉTâT. 419
naturellement au chef de la majorité parlementaire. G^est lui qui choisit ses collaborateurs, et le gouvernement lui appartient tant que le parlement approuve sa politique. Le jour où cesse cet accord^ le ministre est changé par Teffet seul du vote de la majorité.
Quant au parlement lui-même, nous avons suffisamment éprouvé depuis plusieurs années combien est préjudiciable et dangereuse la multiplicité des rouages. On ne réfutera jamais cet argument si simple contre l'institution des deux Chambres ; si le Sénat est d'accord avec les députés, à quoi sert-il? S'il y a désaccord, c'est une cause de perturbation et une source de difficultés plus ou moins dangereuses. Le recrutement même d'un Sénat ne peut se faire chez nous que par une procédure qui suffit pour démontrer son inutilité ou son incompatibilité avec le principe de la souveraineté nationale. Si on le fait élire parle suffrage universel, comme les députés, à quoi bon? S'il sort du suffrage restreint, comment peut-il avoir un pouvoir égal à celui des élus de la nation tout entière?
L'institution même du suffrage universel appelle des réformes considérables. Il est de l'essence de tout mandat d'être rigoureusement définissable par la volonté du mandant. Quand un particulier donne à un autre mission de le remplacer dans telle ou telle circonstance, il a toujours le droit de déterminer exactement dans quelle mesure il entend déléguer son droit, sans quoi il se trouverait exposé aux surprises les plus désagréables. Par la même raison — et à plus forte raison, puisqu'il s'agit d'intérêts plus considérables — les citoyens devraient avoir le droit d'exiger de leur représentant qu'il vote sur chaque question dans le sens qui leur paraît préférable. La question de dignité personnelle qu'on allègue ici est une simple niaiserie, ou, pour mieux dire, un mensonge dont on cherche à masquer des prétentions absolument inconciliables avec le dogme de la souveraineté nationale. Il va de soi que les candidats qui ne seraient pas d'accord avec les électeurs sur la solution à donner
4i« LA MORALB.
à telle ou telle question n'auraient qu'à céder la place à d'autres.
Le mandat impératif est tellement dans la nature des choses qu'il devrait y avoir des pénalités très rigoureuses contre le mandataire qui serait convaincu d'avoir violé ses engagements.
L'idéal serait que les électeurs pussent nommer des man* dataires spéciaux pour chacune des grandes questions à résoudre dans chaque législature, ou mieux encore qu'ils fus* sent appelés à les résoudre eux-mêmes par un vote direct, précédé de discussions approfondies dans les journaux et dans de nombreuses réunions publiques. Mais il y a bien des raisons pour que nous ne puissions pas espérer d'ici à longtemps des réformes aussi radicales. La chose, cependant, ne sera pas aussi difficile qu'il le semble, quand l'instruction publique, à tous les degrés, sera organisée de manière que tous les citoyens soient en état de se faire une opinion raisonnée sur les grands intérêts nationaux et qu'une sérieuse décentralisation permettra de séparer nettement les attributions de TÉtat de celles du département et de la commune.
En tout cas, il serait facile de remédier dès maintenant à quelques-uns des vices de notre organisation représentative, en abrégeant la durée des pouvoirs remis aux mandataires du suffrage universel, en la limitant, par exemple, à deux années et en restreignant le nombre des députés.
Mais tout cela, c'est de la politique, dira-t-on peut-être, et n'a rien à faire avec la morale. Non, tout cela, c'est de la morale, au sens le plus strict du mot, s'il est vrai que la morale ait pour but d'assurer le bonheur de l'humanité, en lui apprenant à régler ses actions dans le sens de la plus grande utilité possible pour tous. Si l'égoïsme fait peser encore si lourdement sur nous ses conséquences funestes, c^est justement parce qu'on a toujours séparé arbitrairement la morale de la politique, c'est parce que nous avons gardé malheureusement les traditions détestables des monarchies,
chez lesquelles la politique, indifférente à Tintérêt général, s'inspire uniquement des caprices égoïstes du maître. Aujourd'hui la politique chez nous est la chose de tous, et tous doivent savoir en quoi elle consiste, puisque tous en font par leurs votes.
Je hais cette parole qu'aiment à répéter ceux qui s'appel lent les sages, c'est-à-dire les égoïstes : « Quant à moi, je ne fais pas de politique. » Ne pas faire de politique quand on est citoyen, c'est manquer au premier, au plus absolu de ses devoirs, par la raison que la politique représente les intérêts les plus élevés et les plus généraux de la société. Au moins faudrait-il être logique : quand on ne s'occupe pas de politique, on ne doit pas voter. Un vote est un acte qui non seulement engage la responsabilité de celui qui l'accomplit, mais qui atteint nécessairement les intérêts d'un certain nombre de citoyens. Pour qui voterez-vous, si vous ne connaissez pas les questions à résoudre? Croyez-vous qu'il suffise de dire : « M. X. est un brave homme, je vote pour lui. Il fera ce qu'il voudra ». Et si ce qu'il fait est mauvais? si la solution dont il assure le triomphe par son vote est funeste, croyez- vous que vous, qui aurez contribué à la faire prévaloir en votant pour M. X., sans vous inquiéter des conséquences, vous en serez quitte pour vous laver les mains ? Sans doute on ne pourra pas vous poursuivre, puisque le scrutin est secret et que l'électeur est légalement irresponsable. Mais les responsabilités morales ne s'éludent pas aussi facilement. Lorsque se produiront les conséquences de ce vote de hasard, vous serez bien obligé de vous dire que vous êtes pour quelque chose dans le résultat. Les peureux, aveugles et égoïstes qui ont voté les plébiscites impériaux et qui ont fait triompher les candidatures officielles des valets de Napoléon HI garderont éternellement dans l'histoire leur part de complicité dans les crimes du 2 décembre 4851, dans les ignominies des années suivantes et dans les hontes du désastre final, les uns parce qu'ils les ont formellement endossés en les absolvant, les autres parce qu'ils les ont
42i . LA MOIULE.
préparées et rendues inévitables par leur lâbheté à subir ie pouvoir absolu d'un scélérat et d'un imbécile qui ne pouvait finir autrement que par Sedan. Us auront beau dire qu'ils ne prévoyaient pas Tabus qu'on ferait de leurs votes. Quand on vote pour un fourbe et un parjure, pour un usurpateur et un assassin, on n'a pas le droit de faire des réserves et de s'étonner du résultai. C'est qu'on est prêt à boire toutes les hontes pour peu qu'on y trouve la satisfaction de ses appétits. Parmi ceux qui regrettent d'avoir voté pour l'empire, plus d'un regrette surtout qu'il n'ait pas duré plus longtemps ; et s'ils lui reprochent amèrement aujourd'hui le criminel coup de tête qui l'a renversé, c'est que ce coup de tête a du même coup emporté tous les avantages, détruit tous les privilèges qu'ils avaient cru s'assurer pour jamais, en s'associant aux turpitudes de ce régime. En tombant, il a trompé leurs espérances, déjoué leur égoïsme, déconcerté leurs calculs. Yoilà ce que ne lui pardonnent pas ceux à qui la rapidité de sa chute n'a pas laissé le temps de recueillir le fruit de leurs platitudes. Quant aux autres, à ceux qui bêtement votaient pour l'empire sans en attendre aucun avantage particulier, uniquement parce qu'ils le considéraient comme un gouvernement assis et régulier, à ceux-là aussi il est bien difficile de demander aucune des vertus qui font le citoyen. Quelle idée pouvaient se faire des devoirs civiques des gens dont l'empire satisfaisait les aspirations, et qui ne voyaient rien à lui reprocher ni dans ses origines ni dans ses pra* tiques gouvernementales ?
Quand on songe que ce régime, après avoir débuté par le mensonge et par le crime, a pu se faire voter par des millions d'électeurs une Constitution faite par lui-même, et dont chaque article consacrait l'asservissement de la nation; quand on pense que ce despotisme ignominieux, sans avoir le prestige du génie ni même d'une habileté vulgaire, a pu, pendant dix-neuf ans, se faire accepter du peuple qui avait fait la grande Révolution au nom des droits de l'homme, on demeure confondu, et l'on se demande avec stupéfaction ce
que deviennent pour la série des générations les expériences de l'histoire et le respect des exemples paternels.
Il n'y a malheureusement pas d'illusion à se faire. La France Ta bien prouvé par ces incroyables défaillances morales qu'elle a payées de trois invasions, Tâme des peuples est et restera à la merci des despotes tant que dans les écoles on ne dressera pas chaque génération à la pratique de ses devoirs par la connaissance raisonnée de ses droits. Jusqu'à présent notre république, en dépit de deux terribles expériences, n*a pas encore pris cette précaution. Lui faudra-t-il un troisième despote et un quatrième désastre pour lui apprendre qu'il n'y a de gouvernement solide et inébranlable que celui qui a planté ses assises profondes dans l'esprit même des enfants ? La grande république des États-Unis, plus heureuse que la nôtre, a eu la cbance d'être dès les premiers jours remise aux mains de véritables républicains, dont la préoccupation était surtout d'assurer la durée de son existence. Aussi ont-ils voulu tout d'abord que l'explication et l'étude de la Constitution fissent partie essentielle des programmes de l'enseignement national. Pendant que la république américaine, née avant la nôtre, a pu, il y a quelques années, célébrer son glorieux centenaire, sans avoir eu à subir, en tout un siècle, une éclipse d'une minute, nous en étions, nous, en moins de cent ans, de 1789 à 18S4, à notre onzième cliangcmcnt de gouvernement : monarchie, république sous trois formes: convention, directoire, consulat; empire, restauration, royauté de juillet, deuxième république, deuxième empire et eniin troisième république. Vraiment n'est-il pas temps de nous arrêter dans cette folle course au clocher ?
Puisque nous n'avons pas été assez intelligents pour donner aux autres l'exemple, ayons au moins le bon esprit de profiter de celui qu'ils nous donnent. Faisons à la fin ce que depuis le commencement font les Américains, apprenons à nos enfants leurs devoirs et leurs droits de citoyens, faisons leur comprendre ce qu'on a toujours ignoré en France,
grâce à la conception monarchique dont la gangrène reste attachée à nos os, qu*il y a une moralité politique qui ne permet pas de livrer le gouvernement des nations au hasard des ambitions individuelles, ou pour mieux dire que la politique même est une partie de la morale, puisque Tune et l'autre consistent dans la recherche de l'utilité générale.
La civilisation, nous Tavons vu, se manifeste par la production d'une foule d'intérêts moraux, de plus en plus compréhensifs, qui s'ajoutent et parfois se substituent aux intérêts égoïstes des premiers temps, et par là fournissent à l'humanité un nombre très considérable de mobiles d'ordre supérieur. Le rôle de l'État est de faire concourir toutes les forces sociales à la production et au libre jeu de ces intérêts supérieurs, en contenant les autres dans la mesure fixée par l'utilité publique, et en même temps en assurant à ceux-ci la sécurité compatible avec le bon ordre social*
C'est ce qu'il fait au moyen de la loi, qu'on a définie Texpression de la volonté générale, et qui en eftet ne devrait jamais être autre chose.
Malheureusement il arrive trop souvent qu'elle n'exprime que la volonté particulière d'un homme ou d'une caste, comme dans les monarchies et les républiques oligarchiques. Dans les républiques, même démocratiques, où la loi est faite par les représentants élus de toute la nation, comme chez nous, il peut fort bien arriver que la loi soit mauvaise. Il faut lui obéir cependant, parce que la désobéissance aux lois serait l'anarchie. Mais comme nul ne doit avoir le pouvoir d'enlever à un citoyen le droit de concourir à l'amélioration des conditions sociales, l'obéissance à une loi mauvaise n'est obligatoire qu'autant que les citoyens qui la considèrent comme funeste aient le droit de la combattre par tous les moyens légaux, d'en démontrer les vices par la discussion, dans les journaux, dans les livres, dans les assemblées, jusqu'à ce qu'ils aient fait prévaloir leur opinion.
A quoi peut-on reconnaître qu'une loi est mauvaise ? A deux signes : quand elle subordonne l'intérêt général à des
intérêts particuliers, ou qu'elle atteint des intérêts particuliers, sans nécessité démontrée pour Tintérêt général. Dans le premier cas son opposition à la loi morale de Tutilité uni- Terselle est trop évidente pour que nous nous arrêtions à la démontrer; dans le second, elle oublie que le respect des intérêts individuels est le fondement de la société, car celleci n'est historiquement que le résultat d'un contrat tacite d'assurance mutuelle pour la garantie de ces mêmes intérêts qui existaient avant elle, et auxquels elle n'a le droit de toucher que si un intérêt manifestement supérieur lui en fait un devoir.
Ainsi, pour prendre un exemple, aucune loi ne peut légitimement enlever à un citoyen le fruit de son travail, même pour en faire bénéficier la communauté, car du jour où la sécurité cesserait d'exister sur ce point, la société même perdrait sa raison d'être.
i)e toutes les lois, celles auxquelles se soustraient le plus volontiers les hommes ignorants des conditions d'existence de la société, ce sont celles qui se rapportent à Timpôt. Ils admettent bien la nécessité de l'État, mais ils ne songent pas que les collectivités, non plus que les individus, ne peuvent rien fonder sans argent. Toute fonction, tout service, toute amélioration exige des frais qui ne peuvent être couverts que par les cotisations des particuliers. Les cotisations régulières perçues par l'État, par le département, par )a cornmune constituent l'impôt auquel chacun doit contribuer dans la mesure de ses facultés. La quote part de l'impôt est fixée par la loi, et quiconque s'y soustrait volontairement vole ses concitoyens, puisqu'il prétend jouir des avantages communs de la société sans participer aux charges sans lesquelles elle n'existerait pas. L'indulgence de l'opinion publique à Tégard de ce genre de fraude prouve simplement l'insuffisance du sentiment civique. On peut dire aussi, il est vrai, que cette indulgence s'excuse par l'imperfection même de notre système budgétaire qui est absolument contraire à l'équité. La conséquence est qu'il faut le changer, remplacer la propor-
426 LK UORAIiE.
tionnalité menteuse du régime ploutocratique par la proportionnalité réelle d'un régime vraiment démocratique (1). Quand les électeurs se donneront la peine d'étudier ces questions, c'est là une de celles qui devront attirer le plus vivement leur attention, car il n'y en a pas qui ait de plus graves conséquences. Une réforme sérieuse de l'assiette de Timpôt faciliterait singulièrement la solution du problème capital des sociétés modernes, qu'on nomme la question sociale, et que la république peut seule résoudre.
Les éléments de cette solution sont du reste contenus dans la grande devise républicaine : Liberté , égalité, fraternité, car ce qui constitue le fond de la question sociale, c'est précisément l'inégalité des conditions légales du travail et du capital, inégalité qui s'explique par le fait que toutes les lois relatives aux rapports des ouvriers et des chefs d'industrie ont été élaborées et votées par des hommes qui ne pouvaient pas avoir sur ce point l'impartialité nécessaire. Mais comme toute iniquité est fatalement une erreur et un mauvais calcul, que l'effet même de la solidarité finit par retourner contre ceux qui s'en sont rendus coupables, nous touchons au moment oîi le souci de leur intérêt bien entendu doit amener les capitalistes à accepter les réformes qu'ils ont jusqu'ici repoussées le plus violemment.
On commencera par restituer aux citoyens la liberté de la presse, la liberté de réunion, la liberté d'association. Malgré les efforts désespérés que font nos hommes d'État pour se soustraire à cette nécessité, ces libertés ont été troj) souvent réclamées par eux-mêmes quand ils étaient dans l'opposition pour que l'opinion ne finissent pas par leur demander un compte sévère de cette palinodie. D'ailleurs elles sont trop de l'essence de la république pour que les repu-
(1) Je ne coanais qa'uD système qui soit véritablement conforme au principe de Tutilité et de la solidarité générales, c'est celui de rimpôt sur le capital, tel qu'il a été proposé par MM. E. Menier et Yves Guyot. C'est le seul qui soit d'une application simple et facile, et qui aboutisse à une répartition vraiment équitable. Je ne puis que l'indiquer ici.
blicains puisseut jamais se résigner définitivement à s'en voir spoliés. Ou la république périra ou elle arrivera prochainement à compléter son organisme. Il est logiquement impossible qu'un régime puisse subsister longtemps en dehors de ses conditions morales d'existence. Si la république n'est pas la liberté, l'égalité, la fraternité, elle n'est qu'une étiquette menteuse et perd aa raison d'être ; si la nation s'attache à ce régime et le préfère à la monarchie, c'est uniquement parce qu'il est la représentation la plus logique de ces grands intérêts de la vie civilisée, parce qu'elle est l'expression la plus exacte et la plus complète du droit civique tel que le conçoit la raison moderne. Cette formule comprend et résume, en même temps que les droits des citoyens, les devoirs de l'État. Elle est admirablement appropriée au but d'utilité générale qui doit être la règle suprême du législateur comme du simple citoy(în. C'est en la méditant que l'un et l'autre trouveront toujours la lumière qui ne trompe pas.
Il serait infini de prendre et d'examiner une à une les relations de l'individu et de la collectivité et de déterminer dans le détail les droits et les devoirs qui en résultent pour l'un et pour l'autre. 11 suffit d'appliquer à chacun des cas le critérium suprême de la plus grande utilité, tel que nous l'avons plusieurs fois expliqué, et qui substitue une question de fait précise au vague de l'appréciation personnelle. Là où l'intérêt de tous exige la prédominance de la collectivité, Tin-» lérêt de l'individu doit s'incliner devant celui de la société. Dans tous les autres cas, il persiste, et aucune autre considération ne doit prédominer contre lui.
Il ne serait peut-être pas inutile, avant d'en finir avec la fonction de l'État, de dire quelques mots d'une application de la morale qui semble obscurcie par bien des préjugés, je veux parler de la morale internationale.
Il est bien convenu en principe que les prescriptions moraies s'appliquent indistinctement à tous les hommes, mais en fait on en excepte volontiers le voisin, qui malheureusement est trop souvent l'ennemi. En temps de paix, on admet
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assez facilement rassimilation de l'étranger au concitoyen. Mais en temps de guerre, la question change. Le patriotisme exalté par la lutte a peine à reconnaître à Tennemi la qualité d'homme. On Yoit des généraux traiter en pirates des citoyens dont le seul crime est de défendre leur pays. L'exemple donné par Bazaine au Mexique a été suivi en France par les Allemands pendant la guerre en 1870. La prise de Paris par Tarmée française en i87l a été signalée par une série de massacres épouvantables. A mesure que les notions de droit, de justice, de bienveillance, deviennent de plus en plus marquées dans les rapports pacifiques des hommes, il semble qu'elles se retirent de plus en plus des relations hostiles. La guerre n'a plus de lois, et le droit du plus fort s'exerce avec une sauvagerie que rien ne modère.
Au fond, rien n'est plus logique, et il n'est peut-être pas mauvais que les choses se présentent sous cet aspect. La guerre étant exactement le contraire de la civilisation , il est naturel qu'elle en repousse toutes les habitudes et toutes les formes qui ne sont pour elle que des hypocrisies. La guerre ne peut avoir qu'un but, la destruction la plus rapide et la plus complète possible des forces de l'ennemi .
La science depuis quelques années lui fournit à cet effet les engins les plus efficaces. Il faut bien que Thomme obéisse à la science. Espérons que bientôt un moment viendra où les progrès en ce genre seront tels, que toutes les forces seront équilibrées et que la guerre par là même deviendra impossible. De l'excès du mal naîtra le remède.
Quand la guerre sera devenue assez épouvantable pour faire réfléchir même les chauvins, alors peut-être coinmencera-t-on à comprendre ce qu'il y a d'absurde à haïr des gens uniquement parce qu'ils parlent une autre langue et habitent de l'autre côté d'un fleuve ou d'une montagne. On cessera de croire qu'il suffise du caprice, de l'ambition ou de la stupidité d'un roi ou d'un empereur, pour rendre légitimes le meurtre, l'incendie, le pillage, pour autoriser "contre des hommes avec qui la veille nous étions en rela-
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lions d'affaires ou même d^amitié toutes les barbaries, toutes les cruautés, tous les crimes.
Cet exemple, il appartient doublement à la France de le donner au monde, d'abord parce que c'est elle qui, par la révolution de 1789, a proclamé le plus haut l'avènement du droit et delà fraternité comme la règle suprême des rapports entre les hommes sans distinction de langage, de couleur et de patrie ; ensuite, parce qu'ayant elle-même été victime de la violation de cette loi à son égard, elle doit avoir acquis par là même une conscience d'autant plus vive et plus nette de la nécessité de réagir contre cet atavisme sauvage qui remet sans cesse en question toutes les conquêtes de la civilisation et tous les progrès de la moralité publique ; enfin parce que la forme même de gouvernement qu'elle a choisie, et à laquelle, espérons-le, elle demeurera fidèle, lui fait un devoir de porter dans ses relations avec tous le respect des principes dont elle a eu la gloire de comprendre et de proclamer la première la supériorité. Dans la situation que lui a faite en Europe l'initiative qu'elle a prise à la fin du siècle dernier, elle ne peut sans déshonneur s'abaisser jusqu'à se mettre à la remorque des exemples de la politique monarchique.
Je n'ignore pas combien nous sommes loin aujourd'hui de l'esprit qui inspirait les hommes de la Révolution. Depuis le commencement de ce siècle, tous nos gouvernements se sont appliqués avec une unanimité déplorable à nous rejeter dans la voie que nous avions pu un moment croire abandonnée pour jamais. La gloire brutale de la force a repris, avec le césarisme, un prestige funeste, et la notion du droit a subi une éclipse qui dure depuis plus de quatre-vingts ans.
Mais, à.défaut de principes plus élevés, est-ce que le sentiment même de notre intérêt le plus manifeste ne devrait pas nous faire comprendre que, pour la France vaincue et mutilée, le plus sûr moyen de reconquérir l'influence perdue est de reprendre ce rôle de représentant du droit, qui lui a valu les sympathies ardentes de toutes les nations faibles ou
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opprimées ? Au milieu de toutes les convoitises déchaînées qui menacent là sécurité de l'Europe, n'y aurait-il pas pour nous à la fois honneur et profit à donner Texemple d'une politique uniquement inspirée par le reapect du droit? Ëstrce que riniluence morale qui en résulterait ne vaudrait pas bien celle que cherchent les hommes de proie dans l'étalage et Tabus de la force? Est-ce qu*il ne serait pas bon et utile pour la France que toutes les populations menacées vissent en elle la directrice de la civilisation, l'apôtre du désintéressement ? Les nations mêmes que les ambitions de leur gouvernement condamnent à vivre dans la crainte perpétuelle des guerres prochaines, et qu'écrase le fardeau de la paix armée, ne tarderaient pas à comprendre et à respecter la grandeur de ce rôle, et qui sait si ce respect même des peuples ne forcerait pas les rois et les empereurs à abandonner leurs rêves de guerres et de massacres ? N'y a-t-il pas là de quoi tenter l'ambition de nos hommes d'État et la conquête du respect et de la sympathie des populations européennes serait-elle moins précieuse que celle de quelques territoires africains ou asiatiques ?