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sidération dominante de l'utilité générale et de la solidarité sociale.
La méthode scientifique, la seule efficace, est direc* tement opposée à celle de la métaphysique ; elle prend pour point de départ la réalité. Elle consiste à classer les faits de même nature et à en tirer les conséquences, quand ils sont assez nombreux et assez concordants pour permettre de généraliser.
Les faits sociologiques rassemblés par les voyageurs sont loin d'être concordants dans le détail, mais ils
établissements universitaires. Il est bon qu^ils étudient historiquement les doctrines morales de l'antiquité. U est absurde et périlleux de les leur donner comme des modèles. La littérature même des Grecs et des Romains n'est pas sans danger à cet égard. Les œuvres littéraires des derniers temps sont imprégnées de l'esprit stoïcien et épicurien. Or, s'il est certain que le stoïcisme a proclamé le premier l'égalité naturelle des hommes, l'unité du genre humain , la fraternité qui nous unit tous dans une famille, comme conséquences de la raison suprême qui est la loi de la cité universelle, il n'est pas moins vrai que le caractère général de son enseignement est l'individualisme et l'inertie. Quant aux œuvres antérieures, elles sont toutes remplies d'erreurs morales, qui sont d'autant plus dangereuses que la beauté du développement littéraire en masque la fausseté. Une de ces erreurs les plus communes consiste dans une sorte de magisme qui fait résider le bien et le mal dans les choses mêmes, d'où ils se communiquent à l'agent par une sorte de contagion. De 1& les doctrines de la souillure, de la purification, de l'expiation, etc. Au moins faudrait-il mettre les enfants en garde contre l'effet de ces impressions, ce qu'on ne fait presque jamais dans les classes. Le merveilleux et le surnaturel , qui sont permanents dans les littératures antiques, constituent un autre danger non moins grave. Ils façonnent les esprits à accueillir toutes les absurdités du même genre, et il devient bien difficile, ensuite de réagir contre des habitudes inconscientes, qui suppriment toute distinction entre le vrai et le faux. L'ennemi s'est glissé dans la place, et quand on s'en aperçoit il est trop tard pour lui faire lâcher prise.
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s'accordent suffisamment sur quelques points, pour qu'il soit dès maintenant possible d'en tirer certaines conclusions utiles. C'est ce que nous allons essayer d'indiquer.
I. — La préoccupation constante de toutes les fractions de l'humanité qui ont été observées jusqu'à ce jour est la recherche plus ou moins consciente du bonheur, par la satisfaction des besoins. Ces besoins sont de diverses natures: besoins nutritifs, besoins sensitifs, besoins cérébraux proprement dits.
Ceux qui se font sentir les premiers et qui sont les plus impérieux, sont ceux qui se rapportent à la conservation de l'individu. Pour vivre il faut manger et cette nécessité est celle qui absorbe tout d'abord l'activité de Thomme. Ce n'est pas une petite affaire dans l'état de faiblesse physique et intellectuelle, auquel est réduite l'humanité naissante. La persistance de ce besoin et la difficulté qu'il trouve à se satisfaire condamnent l'homme primitif à des souffrances ^ à des efforts et à des^dangers continuels qui ne lui permettent de songer à aucune autre chose, et le livrent à un égoisme brutal et féroce qui domine et détermine tous ses actes, pendant une suite indéfinie de siècles. Toute son industrie consiste à inventer des instruments qui lui permettent de combattre et de tuer les animaux dont il décore la chair, et quand la faim le presse, il n^hésite pas à manger son semblable. Pour n'avoir pas à partager sa proie il vit seul, n'étant pas encore assez intelligent pour comprendre qu'en combinant ses efforts avec ceux d'autres hommes il lui serait plus facile de pourvoir à sa subsistance.
Les besoins sensitifs ont engendré la famille et les arts. Les rapports de l'homme et de la femme se sont
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manifestés d'abord sous la forme d*une promiscuité absolue. Puis, grâce à i'amour instinctif de la mère pour ses petits et à la domestication de la femelle par le mftle, ils ont abouti à une cohabitation, dont Teffet naturel a été de faire naître^ par l'accoutumance unie au sentiment de la propriété, des sentiments d'une nature particulière qui à la longue se sont transformés en affection. Le développement de la famille, unie sous la conduite du chef, a produit à son tour la horde, qui est devenue la tribu, quand l'homme eut appris à domestiquer certains animaux, et enfin la cité, chez les races que l'agriculture et l'industrie ont fixées au sol. La cité une fois fondée, toutes les vertus civiques ont pu se développer, le sentiment de la solidarité est devenu la règle de la conduite des honnêtes gens, la sécurité, la paix, ont permis à un certain nombre d'hommes de s'enrichir et par conséquent d'échapper au souci et à l'égoîsme des besoins nutritifis. De cette situation est né un troisième ordre de besoins, les besoins intellectuels, dont la satisfaction a été une nouvelle et double source de jouissances, et pai' la joie qu'éprouvent le poète, l'artiste, le philosophe, l'homme de science à exercer leurs organes cérébraux, et par celle que procurèrent à tous les autres la poésie, l'art, la littéra* ture, les découvertes morales et physiques des penseurs et des savants.
Nous l'avons déjà fait remarquer et nous ne saurions trop le répéter — car c'est ce qui fait l'immense supériorité sociale des besoins sensitifs et surtout des besoins cérébraux sur les besoins nutritifs •— pendant que ceux-ci irritent les égoïsmes, en mettant aux prises les besoins concurrents, les autres ont le double avantage de faciliter la satisfaction des besoins égoïstes par