L HOMME MORAL
nir pour les consignes doctrinales que donnent les Eglises dont les dogmes périclitent. Il en résulte dans la littérature et dans renseignement Jeligieux, aussi dans lïime des croyants timides, un effort constant pour faire illusion aux autres et à soi-même touchant la solidité des croyances dont on fait profession. Rien n*est plus propre ù engendrer un scepticisme radical et une indifférence complète à l'égard de toute vérité, même et surtout morale, que ces préjugés volontaires, qui peuvent être aussi entretenus, avec autant do passion sinon toujours avec autant de persévérance, dans les corps enseignants et dans ies sociétés savantes.
Ni les dogmatiques, ni les sceptiques, ni les simulateurs ne sont qualifiés pour instruire convenablement les autres hommes. Ils ne pouiraient que fausser les esprits, par contagion d.leur propre misère. Si imparfaites que soient toujours nos connaissances, il est nécessaire dis'instruire et d'instruire les autres. L'instruction est tradition, mais une tradition qui n'est p-i.faite pour s'immobilliser dans la routine ou dan.le doute. De cette tradition il convient d*alH)i.l que les éducateurs eux-mêmes, quels qu'ils soient,. parents ou instituteurs et professeurs, n'aient ni la superstition ni le mépris. On n'ins-
pire le respect que de ce que soi-même on respecte, mais le respect ne doit pas être l'aveuglement. La tradition vraie, nous l'avons déjà dit, ost celle qui s'adapte à toutes les nécessités du j>résent, afni de préparer un meilleur avenir. Ce doit être une chaîne vivante et souple, non un système d'entraves, fklèlement transmis des pères aux fils. Tl nVst pas de tradition qui ait une valeur absolue et qui soit à considérer comme intangible.
L'on mène en nos jours assez grand tapage .uilour d'une certaine tradition finuçai.^»^- qni i*ftrnit notre forme quasi sacrée df? culture lialio* nalc ; une formation dite classique s^ttmi la mellliHire pour l'esprit et pour l'àm»^ : <\o9. humanit^fS l'xisteraient, de très vieilles huniaiuU'i> lllléraires, qui seraient pour nous le code de l'humain'té. C'est peut-être vouloir canoniser quelque (liose d'assez superficiel en matière d*enseigne- 1 lient et d'éducation. Que les éludes dites claî?si- ([ues soient le meilleur moyen de formation m- If'llectuolle et même morale, l'opinion» pour êlrc nssez couranle, n'en est pas mifijx fuiid»*^' <rt\i. Me-t-il, sui'tout en et ^ui regarde la foriïuiiiviii morale. Eu égard à cette dernière, k*.< /'linlrs ' 'nssiques ne valent pas le raoîndn> cal^Jchisme. i'K'u que le caléchisnn^ ne .soit plus luul û fait ce
LA MOR.\LE HUMAINE
l'homme moral
qu'il nous faut. Les gens qui n'ont pas d'autre moralité que celle d'une certaine culture littéraire sont médiocrement équipés pour ce qui est de lu vie morale, et ceux dont le savoir consiste en cette culture ne sont peut-être pas non plus pourvus très richement pour la conduite générale de Texistence.
N'était la puissance d'un préjugé qui a ses raisons profondes ailleurs que dans le respect de la tradition, l'on reconnaîtrait sans difficulté que la connaissance du grec et du lalin n'est vraiment indispensable, pour, la culture intellectuell»', scientifique et littéraire, qu'aux individus capables de la plus haute instruction, aux savants de métier et à certaines catégories de professeurs ; que pour le commun des mortels qui ne sont pas très solidement doués pour les travaux intellectuels, ni voués h la philologie ancienne, à l'aichéologie, à l'histoire, à la pratique de certains genres littéraires, les études dites classiques ne sont pas loin de représenter un luxe inutile, ;i moins qu'elles ne soient un danger d'abélisseiiuMit ou de frivolité. Car on gave de langues anciennes quantité de nourrissons qui n'ont guère plus d'esprit et de courage qu'il ne faut ponr apprendre convenablement le français et les él,'ments de science qui sont d'universelle et immé-
diate utilité. Et en général, ne semblerait-il pas, à entendre certains apologistes de la culture dite liançaise que le dernier mot de cette culture soit dans fart de disserter élégamment des choses qu'on ignore ou que Ton connaît seulement de faeon très superficielle ? Là est, non le mérite, mais le grand inconvénient de cette culture trop vantée, qui contribue à entretenir les défauts de lesprit français. Un bon enseignement de notre langue et de notre littérature pour la formation L-'énérale de l'esprit, des langues étrangères selon liitilité, une mesure convenable et proportionnée d'enseignement dit scientifique sont tout ce (|ni conviendrait au plus grand nombre.
Ce qu'on nous dit parfois de la culture morale ]iar le moyen des littératures antiques pourrait bien être une illusion de lettrés que les Grecs ont instruits à confondre la moralité avec la 1 lauté, ou bien un parti pris qu'impose une cerlaine attitude à l'égard de la tradition chrétienne. nn s'est accoutumé à rechercher et à trouver dans l'antiquité profane un idéal moderne qui (st, en grande partie, issu du christianisme ou né sous son influence, et que les formes stéréo- I pées des confessions chrétiennes actuellement existantes ne servent plus comme il faudrait ;
n n'a retrouvé cet idéal chez les anciens qu'en
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y mettant quelque bonne volonté. Dans la mesura où réducation littéraire concourt à l'éducation morale, et étant admis que tout se tient dans l'éducation humaine, il serait préférable, parce que beaucoup plus facile et plus sûr, de prendre nos leçons chez les meilleurs maîtres de la litléiMture moderne et contemporaine. Mais, si tout se tient dans l'éducation, il est à considérer que tout n'y est pas dans tout, que la littérature et la science ne sont pas la morale, et que, si une bonne discipline de la conscience et de la vie ne se conçoit pas sans une bonne discipline de l'esprit, celle-ci néanmoins ne suffit pas à constituer celle-là.
Ce dont il importe d'ailleurs que soit pénétré chacun est le devoir de s'instruire. Même dans la condition la plus humble et le plus simple métier, l'on ne devrait pas se considérer comme instruit une fois pour toutes et suffisamment par rapport aux choses que l'on fait. Car il est tonjours possible de mieux faire et de s'instruire davantage à cette fin. On ne devrait jamais perdre le désir d'apprendre. Jamais non plus l'on ne devrait oublier que la connaissance n'est pas une fin en soi, que la science n'est pas l'objet suprême de l'existence humaine, que connaissance et science sont immédiatement ou médiatement
coordonnées à l'action, c'est-à-dire à la vie socinle, à fintérét de la société et à sa moralité. Tel est Fesprit qui devrait présider à toute l'œuvre lie l'éducation et à toute recherche intellectuelle, pour que l'éducation et la vie soient équilibrées dans runité.
Certains philosophes estiment que l'unité de Ihoiimie se fait dans sa raison. Question quelque peu scolastique, oiseuse peut-être, et qui ne nous luté-resse guère. L'unité de l'homme, pour autant (lu'il y a unité, se fait dans la conscience du moi, ciinscience psychologique, conscience personnelle, mais aussi bien conscience sociale et conscience morale. Car la conscience personnelle s'éveille en regard de la famille et de la société, non dans le for intérieur de l'individu isolé ; elle se forme, s'exerce, se développe dans cette amiMMnce sociale, qui est l'atmosphère véritable de lexistence humaine. C'est dans cette conscience 'riiulividuelle humanité, issue, en quelque façon, du contact avec la collectivité humaine et entre- Iciuie par le conmierce humain, (jue se fait l'unité de l'homme, et par l'assurance que l'homme
ir,o
LA MORALE HTTMAIXE
L'riOMMË MORAL
pren'd en cette conscience, conscience de soi dans la conscience de ce qui vient à connaître et qui est connu, dans la conscience de ce qui o^f à vouloir, qu'il faut vouloir, et qui est voulu.
Nous avons à considérer surtout la conscience morale. C'est un oracle dont beaucoup d'hommes ne se servent guère, au moins pas de façon très appréciable, et que d'autres, qui ne l'écoutent pas toujours, n'interrogent que dans cerfaines occasions plus importantes de la vie. On peut dire néanmoins qu'il existe chez la plupart une sorte de subconscience, qui, dans le courant ordinaire de l'existence, règle imperceptiblement la conduite pour qu'elle soit conforme à l'esprit général de la société. Mais il arrive aussi, en maintes circonstances, que d'autres, chez qui existe la conscience réfléchie, jouent avec elle an plus fin, en se déterminant, dans le cas où leurs intérêts et leurs passions sont en cause, avant que leur conscience ait eu le temps de parler; ils la laisseront parler ensuite sans utilité aucune, surtout si leurs actes ont eu pour eux dos conséquences fâcheuses. Et certains sembleraient ne peser. en aucune manière leurs actes au peint de vue de la responsabilité morale, n'ayani en fait de conscience que la crainte des cendarmes et du code pénal.
La conscience morale est le moi socialement ionné, l'espèce de moi spirituel et surnaturel (Iiii a fonction de surveiller et de contenir le moi naturel et animal. Les deux sont associés, et non dissociables ; le spirituel, que nous avons iliialiflé de surnaturel en tant que tardivement émergé de l'autre, ne laisse pas d'en être comme répanouissement ; il n'est pas moins réel, pour être en apparence moins solidement affermi ; il pourrait même, à sa façon, être plus réel que l'autre, en tant que conscience de vie et volonté (le bien, la vie consciente et bonne étant sans doute en nous quelque ébauche de la suprême réalité, achèvement spirituel qui dépasse la simple connaissance, et que l'on sent moins mêlé de vève et d'illusion.
l'as n'est besoin de prouver que l'éducation de ce moi comporte un développement indéfini, lequel n'est pas autre chose que la vie morale, prog'ressivement morale et sainte, si nous le voulons, de chacun de nous. Les décisions de la conscience supposent une information préalable et une liberté d'exercice aussi nécessaires l'une 'ju ' l'autre. Elles réclament plus que la simple honnêteté intellectuelle dans l'observation et l'appréciation des faits et des rapports sociaux. ''» sont jugements de valeur et fruits d'expé-
]:MMÊMâtSmsà:Mi>>.-
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rience intime. C/est moins aHaire d'étude et de documentation extérieure que d'intuition et d'attention affective aux réalités morales. Mais celte intuition des vérités morales, autant que toute autre connaissance, et plus peut-être que toute autre, est conditionnée, soutenue et favorisée par le milieu.
Il y aurait miracle à ce que la conscience d'un être vraiment moral se formât dans une atmosphère entièrement dépourvue de moralité. C'est l'atmosphère intime de la famille, celle de k première éducation, — et par première éducation nous entendons ce qu'on appelle couramment éducation, la seconde éducation étant celle que la vie procure à l'homme entré dans la pleine activité sociale, — c'est disons-nous, cette atmosphère qui crée, qui façonne, qui détermine la mentalité morale des individus. Son action s'exerce, pour ainsi dire, automatiquement, par liu- Huence naturelle d'un entourage bien réglé; mais elle s'exerce aussi par l'intervention ixtsonnelle de l'éducateur éveillant directement la conscience morale et en provoquant les actes. Ces leçons expresses valent en grande partie par l'influence naturelle du milieu, par la contagion de l'exemple ; elles sont d'ailleurs nécessaires pour aider la conscience à se définir elle-mêiiie,
à devenir réfléchie et capable de détermination volontaire, à profiter des exemples donnés, à vouloir son propre éclaircissement et son pro-
i^^'ès.
Car il s'agit de progrès, d'un progrès difficile et parfois, sinon toujours, très chèrement acheté. Comme toutes nos autres facultés, la conscience morale s'acquiert en quelque sorte et s'affermit par l'exercice, par un exercice perpétuel, gradué, qui devient plus facile à mesure qu'il se réalise davantage. Mais aucune partie de notre édifice spirituel n'est exempte de fragilité. L'intelliijeiice la plus éveillée et la mieux dressée a ses défaillances inévitables, et souvent, dans les dernières années* elle subit un affaiblissement évident, parfois attristant. A la débilité de l'intelligence la conscience morale ne résiste guère. Humiliation de l'homme, et qui peut instruire ceux qui en sont témoins. Il y a vraiment un ('Mfuilibre général de la spiritualité qui tient à un certain équilibre général de la santé dans l'individu. Si l'un de ces équilibres est la condition do r.iutre, et si l'un ne crée pas l'autre, si l'un ne P'ut qu'influencer l'autre, l'équilibre humain en SI totalité ne se réalise que par la plénitude et la loi'ce de la conscience morale, plénitude et force qui maintiennent cet équilibre jusqu'à l'extrême
LA MOUALE HUMAINE
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limite où se» dissolvent les puissances de Toriranisme. Dans Tinlérêt de l'équilibre humain, de la personnalité, de la dignité humaine, c'est la conscience morale qu'il importe surtout de loitifier.
Ni l'âge ni la vie ne lui donneront cette foreindispensable, si elle ne s'adapte sincèrement aux conditions nécessaires de Tûge et de la vie ; elle succombe, au contraire, elle s'affaiblit et s*atrophie, faute de s'adapter à ces nécessités et de les surmonter. Les difficultés ordinaires de l'existence humaine commencent pour Tindividu avec le plein exercice de la vie sociale, qui est aussi bien, qui doit être pour chacun le plein exercice de toute vertu. C'est alors que l'individu peut être comme submergé par l'égoïsme, entraîné par les passions de la chair, l'avidité de l'inlérôt, le prestige de l'ambition. Ainsi Theure du grand effort moral est celle de la maturité ; ^\ c'est par cet effort qu'est assurée la dignih! des dernières années, s'il est donné à l'homme <lt! les vivre. A défaut de cet effort, la stérilité d« années qui auraient dû être les plus fécon<lt!S prépare infailliblement la pauvreté insignilinr: • de la lin. Or, il est certain que jamais relTorl i.c sera réalisé si la conscience morale ne s'exerci^ -avec une entière lucidité, si elle ne montre ' •
plus en plus nettement et impérieusement la voie à suivre, si elle ne règne ainsi sur toute l'activité humaine de chacun. Autant dire que, si elle ne peut subsister sans le concours d'une int.'lligence attentive et droite, elle ne le peut davantage sans le concours d'une volonté ferme et toujours mobilisable pour le bien. Tant il est vrai que nous étudions des formes distinctes de l'aclivité humaine, non des puissances indépendantes et séparées. Encore est-il que pour nous faire une juste idée de leur ensemble, nous avons be- .M>in de les considérer l'une après rauirc.
ni
I /intelligence et la conscience ne réalisent
roction morale que si elles se complètent de vo-
ionté. Le vouloir énergique leur lieul de près.
l/on peut rencontrer pourtant des intelligences
ufasammenl claires et des consciences suffl-
imment droites, qui s'accompagnent de volon-
U'S faibles ou intermittentes. Tant s*cn faut que
lous soyons tous également doués pour Tacti-
•ité volontaire. La même diversité exislo à cei
•îrard que pour les dons de rintelHgencc !l est
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des luil Lires fortes et connue spontanément agissantes, qui sembleraient n'avoir besoin qiH> d'être sollicitées par l'occasion pour se porter vers l'action ; et il est des natures relativement timides ou paresseuses, qui ont besoin de fair. effort sur elles-mêmes pour s'affirmer dans un,action soutenue. Mais nous ne parlons pas ici de l'activité en général, nous parlons de l'activit.morale, dont les conditions ne sont pas uniquement celles d'une action vigoureuse.
En effet, l'acte moral est premièrement intérieur, et il ne requiert pas seulement un etfort et une dépense d'activité extérieure ; il consiste d'abord et essentiellement dans un effort sur soimême. L'action est le devoir, et le devoir est désintéressement, il est dévouement. D'où il suil que la première condition de l'action morale est un véritable effort de détachement pour dominer les penchants égoïstes, les mouvements désordonnés des appétits naturels. Car il ne s'agit, encore et toujours, que de réaliser le développement dune personnalité maîtresse d'elle-même dans laccomplissement de sa fonction sociale Cette maîtrise de soi-même est donc la forme propre de la moralité, la condition essentielle, on pourrait dire unique, de l'activité morale, pourvu cependant quelle même se réalise moralement,
((u'elle soit une entière consécration de l'individu aux devoirs qui lui incombent.
Ce n'est pas chose inouïe que l'effort sur soimême pour la compression de certains appétits, r.haque jour on rencontre des gens qui savent lefréner foit énergiquement une partie de leurs désirs inférieurs en vue de satisfaire une passion dominante. Ainsi un ambitieux, par exemple, ou un avare exerceront souvent sur leurs autres l)assions ou inclinations des contraintes plus sévères que celles qui leur seraient imposées par une disciplne normale de désintéressement. L'avare sera plus sobre, à sa manière, qu'il ne le faudrait pour l'être moralement ; l'ambitieux, à l'occasion et provisoirement, se fera plus humble que ne le voudrait une modestie sincère, et plus généreux même que ne le demanderait une pratique convenable de la bienfaisance. Discipline de désordre, qui peut servir du moins à démontrer la possibilité d'une discipline dans Tordre, d'un effort de volonté qui captive toutes les passions dans l'obéissance au devoir. Le tout est d'instituer, pour ainsi dire, l'amour du bien, la volonté du devoir, en passion dominante, en pouvoir souverain de toutes nos inclinations.
Il s'agit donc de réaliser une volonté ferme et constante de discipUne complète dans l'ordre du
LA MORALE HUMAfXE
devoir. Ce n'est point par un effet du hasard que, dans les sociétés primitives, l'introduction des jeunes hommes à la vie tribale comporte une véritable initiation mystique, en forme rituelle, avec des instructions, et que cette initiation est conçue souvent en communication de vie nouvelle, comme un changement d'âme et de personnalité. La même idée subsiste dans les religions les plus évoluées, qui se présentent comme des économies de salut éternel. Là aussi, l'initiation rituelle est ordinairement comprise en inauguration de vie nouvelle par communication d'esprit nouveau. C'est que l'entrée dans lu vie sociale a été dès l'abord sentie en forme de vie supérieure à la vie naturelle et animale, parce qu'elle était sentie en forme de vie religieuse et morale, si rudimentaire qu'ait été cette morale, si grossière qu'ait été cette religion. Lorsque cette forme de vie religieuse et morale veut se réaliser dans l'individu avec une pleine conscience de perfection humaine à obtenir par ce moyen, le même sentiment demeure, intensifié, de plus en plus idéalisé, et l'on parle de vé^énération spirituelle. Tout cela est mysticisme ^svmbolique, mais qui correspond à une vérité profonde. La vie sociale, la vie religieuse et morale, est bien, par rapport à la vie naturelle et animale
l/îTO\nTE MORAL
de l'homme, une façon d'être nouveau, spirituel et transcendant, une vraie personnalité, la personnalité même, distincte et dégagée de ranimante, une individuation de la société humaine et de l'idéal humain, une incarnation de leur esprit, qui est par essence une discipline de dévouement.
Le fait est de première importance et il mérite considération, car il permettrait peut-être de résoudre psychologiquement, scientifiquement, ])hilo^ophiquement, l'espèce d'antinomie qu'on s'est plu à créer entre la tradition et la raison, entre la loi et la conscience, entre l'autorité sociale et la liberté individuelle. S'il est avéré que rhomme raisonnable, conscient et libre, est un produit de la société ; si, dans cette création spirituelle, la raison, la conscience morale et la volonté communes s'individualisent en chacun de façon h réaliser une vie personnelle et relativement originale ; si, dans cette vie personnelle, la vie commune essaie non seulement de se perpétuer mais de progresser en se perpétuant ; si. en tout cas, la vie commune se perpétue, modifiée soit en. bien soit en mal, par les existences individuelles, la vie sociale de la communauté et la vie morale de chacun de ses membres ne sont pas des réalités absolument distinctes, mais deux
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