‹ La morale humaine [microform]Chapitre 13 sur 32 · L HOMME MOR.\L · texte numérisé non relu

L HOMME MOR.\L

aspects d'une même vie qui se soutiennent et se ronotent Fun Tautre, les deux s'enrichissant ou s'appauvrissant réciproquement en vertu do cette solidarité. De ce point de vue, Thumanilé est toute en chaque individu, et chaque individu est comme immergé dans Thumanité. La raison, la conscience, la volonté de chacun sont des formes agissantes de la raison, de la conscience, de la volonté communes, formes relativement autonomes et dont l'objet même de Téducation est de réaliser laulonomie.

Normalement cette autonomie relative ne peut pas être une antunuiiie à legard de la spiritualité commune ; car de Tantinomie ne résulterait que le néant, l'absence de raison, de conscience et de volonté dans l'individu radicalement dissident. La réalisation personnelle de la vie de l'esprit ne comporte pas plus ces dissidences essentielles que la vie physique de Tespèce, vie qui se réalise plus ou moins parfaitement, en se diversifiant à l'infini, dans les innombrables individus. L'individualisme absolu est une chimère dans l'ordre moral comme dans Tordre de la nature. Vn type spécifique est à reproduire dans tous les individus, avec toutes les variantes qui résultent de l'individuation. Dans l'ordre social et moral, ce type est un idéal qui n'a jamais achevé de se

définir ni de se réaliser, type universel, qui est comme la fin à laquelle sont coordonnées toutes les vies individuelles. Nulle possibilité de le contredire à fond ou de s'en écarter tout à fait, sans ?o briser soi-même. L'individu, bien loin d'être une fin en soi, y a sa fin en dehors de lui-même. Orlaine philosophie, à la vérité, nie l'existence des fins dans la vie sociale et humaine, comme elle la nie dans la nature : il n'y fuirait qu'une poussée de l'être, dans des conditions réglées par l'immuable fatalité. Qu'il en soit ainsi dans Tordre de la nature, c'est ce qui paraît certain, bien que peut-être cette poussée ne soit aussi qu'un aspect de Tordre naturel. Mais Tordre spirituel, Tordre humain, serait plutôt Tordre de la Jinalité. Il consiste précisément dans Témancil»ation, relative et progressive, à Tégard de cette nécessité, qui, si elle était réelle dans Tordre même de l'esprit, ferait de notre existence spirituelle une pure illusion, sans compter que la prétendue science du nécessaire où s'achèverait on cette philosophie la perfection de l'homme, serait d'une complète inutilité.

Nous ne sommes pas enfermés dans cette prison éternelle. Fragiles et insignifianls nous sommes, mais nous ne sommes pourtant pas inconscients automates. La société même n'est

LA MORALE JÎUMAINE

pas un produit de la fatalité ; c'est un fruit, lentement mûri, de la raison, de la conscience, de la volonté humaine, d'une raison limitée et tâtonnante, mais aspirant ù la vérité, d'une conscience trouble mais aspirant à la clarté, d'une volonté incertaine mais aspirant à la droiture dans la liberté. Cette raison, cette conscience, cette volonté sont à réaliser de plus en plus dans chaque individu par roftort discipliné de l'activité personnelle. Mais l'être humain ne se réalise ainsi que dans la société, par la société, pour la société. C'est par une abstraction de l'esprit quo nous le considérons isolé. Car, tout en essayant de le regarder en lui-même, nous le voyons dans la société, en dehors de laquelle il n'a aucunr signification humaine. Il n'existe pas d'homn]. en soi, mais seulement des hommes en telles conditions et relations humaines. Ayant donc constaté que l'homme n'existe et ne s'élève que par et pour la vie sociale, voyons-le dans ce cadre en dehors duquel on ne saurait seulement le concevoir.

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