CHAPITRE VIII
LA FAMILLE
I,»' sujrj (iii [irrsciil i-iiii[)iln; es! d«''lic.il cuire
tnii-. IVill-riit^ ^e^l-ll dR>(llilHi:t; encnie ikhii nll
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M lil |i;ir;nl;i juaiKiurr giaihlrnit'iii d'expérience
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i\oiis luus à nuire «lisiKisilion rcxpérirnce des
-Hchîs t't rr\p(;'ri(.'iicc des auln's, nous somuies
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'ii'ii qnil nr nous soit pjis donné fi tous iVnn fon-
I' r. Le lliriiie n'en n'Mr [cis moins difficile,
>i'rs(iue se;il)i*en\ en soi ; ci\r c'est ]>eut-ètre ce-
iii on îqipîiraît le mieux la singulière position de
animal humain, (jui s'ingénie à contraindre son
mimalilé native jusque dans la fonction par
uquelie en est assurée la perpétuité. Ici la con-
rjiinle devait être de particulière importance au
'oint de vue social, et la grande peine qu'on se
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donne pour la maintenir fait paraître d'aiiIant plus merveilleux non seulement qu'on ait soni>é à l'imposer, mais qu'on ait pu y réussir. Mal-ié tous les accrocs qu^elIe n'a jamais cessé de recevoir, la discipline existe, et assez enracinée, à ce qu'il semble, pour résister indéfuiiment soit ;iiix pratiquants soit aux théoriciens de la licence sexuelle. Eu égard à ces derniers, qui quelquefois se recrutent parmi les fig-urants de la science, il n'est pas sans intérêt de voir sur quelles bases s'est institué le régime familial, spécialement celui qui est en vigueur chez les peuples chrétiens, puis d'en apprécier la qualité morale, c'es!-;V dire la signification du mariage, la fonction dos époux et celle des parents.
On ne saurait écrire l'histoire primitive de la famille, les origines de celle-ci échappant ù nos investigations. Les notables variétés que présente rinstitution familiale chez les différents peuples nous invitent à user de prudence dons nos cmijectures touchant les conditions primordiale^ d'où sont issues les formes diverses de cette in.-
iilution . Cependant certains traits généraux neuvent nous être des indices précieux par leur ^l^niflcation. Ainsi la nécessité, partout sentie, dune réglementation quelconque des rapports sexuels, qui ne sont plus uniquement, ni môme principalement gouvernés par l'instinct de la reproduction, comme ils le sont chez les autres animaux, oii nous les voyons d'ailleurs strictement limités à cet objet. Ensuite la subordination, à peu près universelle, de la femme à riiomme, et en telle manière que le mot a asservissement » serait plus juste comme expression de cet état de la femme dans un très grand nom- 1)10 de sociétés humaines. Finalement, en connexion étroite avec le trait précédent, l'espèce d'appropriation qui se fait de la femme et de ce (liio, pour la détlnition exacte de la situation, il faut bien appeler ses produits, les enfants, au Jénéfice de l'homme, qui est, comme époux et comme père, constitué non seulement chef mais maître de la famille. D'où il suit que la famille est une institution sociale en rapport avec le dé- Neloppement de la primauté masculine et aussi l'i-^n avec celui de la propriété individuelle. Elle itesi i)as à condamner pour autant dans ses ori-
nies, mais il importe de noter ce caractère.
iJu reste, l'affectation d'une ou plusieurs fem-
LA FAMILLE
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mes à un seul homme, par laquelle est coiislifur proprement le mariage, doit provenir encuii d'autres causes, particulières et complexes. (^,ai\ dans les conditions de la vie primitive, il seniMe que les femmes d'un groupe ou d'une horde iiieiit connnencé par être aux hommes de cette haiule indistinctement : ce (lui tendrait à prouver (jiill en a été ainsi aux débuts de l'humanité, c^est qu'il subsiste encore, dans certaines sociétés, des mariages qu'on pouri'ait appeler collectifs ou de groupe, ou l)ien telle coutume singulière, en <les occasions déterniiné(\s, cpii serait fadlc à interpréter comme une survivance de promiscuité. On ne conçoit guère qu'il en ait été autrement lorsque l'homme était à peine sorti de l'animalité. Sans doute, l'institution de la famille provient-elle d'interdits sexuels qui auront été multipliés successivement, en restreignant le cercle des relations permises, jusqu'à constituer letroite société que forme un mari avec sa femme ou ses femmes et les enfants qui viennent à naître de celles-ci.
Les interdits sexuels et l'organisation plus ou moins rudimentaire ou même déjà perfectionnée de la famille sont vraisemblablement antérieurs à toute connaissance un peu précise et réfléchie des conditions normales de la génération. Ils
n'ont pas été institués, comme on pourrait le supposer, pour fixer la descendance et donner des garanties à la paternité. Dans nombre de sociétés relativement primitives, la descendance est comptée dans la ligne maternelle, probablement parce que, à l'origine, on n'aurait pas su ni pu la compter autrement. Le sentiment et la réprobation de l'inceste paraissent bien plus anciens dans l'humanité que l'idée et la condamnation de l'adultère. On dirait que l'instinct sexuel a été en quelque façon surexcité et déréglé chez l'homme par la vie sociale, et que la nécessité s'est imposée, par un certain sentiment naissant de la dignité humaine, pour la paix de la horde et du clan, d'établir les interdits par lescpiels a flni par être organisée la famille, institution sociale au premier chef, qui n'a pas été conçue pour régler dans l'intérêt du groupe les conditions les plus propres à garantir la perpétuité de celui-ci, mais pour assainir moralement le l'égime intérieur de la société tribale par l'attribution individuelle des femmes aux hommes, dans certaines conditions déterminées.
Cette attribution n'est pas stricte dans certaines sociétés inférieures. Mais les dérogations ne sont pas subordonnées à la volonté de la femme, et c'est le mari qui, pour des motifs de conve-
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nance sociale, dans telles ou telles occasions vfi. glées i)ar la coutume, impose à la femme ik, relations qui autrement seraient considérées comme adultères et punies en celte qualité. Vm fois institué, le régime de la famille n'a i»as cessé d'ôlre coordonné à l'évolution des sociél('<' et la réglementation, toujours assez rigoureu>e en principe, a souvent été moins strictemonl observée. Convention sociale derrière laquelle n'ont pas cessé de s'abriter d'assez nombreux désordros. Il n'est peut-être pas, dans l'histoire do^ sociétés humaines, beaucoup de chapitres où le. mœurs contredisent plus facilement la loi. Cependant la loi subsiste, gardant partout son caractère social, par conséquent sacré, religieux et moral. Mais on remarquera que, dans les sociétés apparemment les plus avancées en civilisntion, rinceste demeure un crime plus abominable que l'adultère. Même dans ces sociétés, quand les mœurs tendent à s'y rclAcher, l'inceste nst un crime, bien que l'opinion soit indifférenle à IVidultère de l'homme et considère simplejnrnl ladultère de la femme comme un accident cheux pour le mari.
Toujours est-il que le mariage et l'institution de la famille ne résultent pas précisément de la physiologie humaine. Ce sont des faits socianx,
ucs choses morales ; c'est, si on veut le prendre linsi, une certaine réglementation sociale et morale de la physiologie sexuelle ; mais c'est surtout la façon morale dont il a plu à la société de traiter celle-ci, pour le plus grand avantage moral de la société môme, et sans égard spécial aux conditions qui pourraient être les plus favorables à la reproduction et au perfectionnement de l'espèce. La famille n'a jamais été, elle n'a jamais prétendu être un système savamment élaboré d'élevage humain. C'est au point de vue social et moral qu'il convient d'en apprécier les mérites, qui sont incontestables, et aussi les défauts, s'il y a lieu. C'est au point de vue social et moral qu'il faut envisager la condition de la femme et le problème do l'éducation. Car la réglementation de la famille détermine socialement la condition de l'homme, de la femme, de l'enfant. Si rautorilé du mari et du père a été socialement et moralement érigée en tyrannie, c'est moralement et socialement qu'il la faut redresser. Si la condition de la femme est, à certains égards, une façon de servitude, c'est moralement et socialement qu^il la faut relever. Si l'éducation et l'avenir de l'enfant sont trop abandonnés à la volonté arbitraire ou à l'insouciance .es parents, c'est par une meilleure discipline
LA FAMILLE
morale et sociale qu'il y faut pourvoir. Mais co qu'il ne faut à aucun prix, sous aucun prétexta, avilir, profaner ou briser, c'est la base vrainieni traditionnelle, morale et sociale de la famille, ù
savoir l'union conjugale et le foyer familial.
cellule vivante du corps social vivant. A la sociélr
il appartient de la protéger, de l'ennoblir, de la
moraliser de plus en plus.
A la nécessité physiologique et à l'intérêt spécifique de la reproduction l'union passagère de l'homme et de la femme répondrait suffisamment, comme l'union occasionnelle d'un mâle quelconque à une femelle quelconque v répond suffisamment chez les autres animaux. C'esl dans la société humaine qu'est née la poésie pleinement consciente de lamour. C'est la sociéh' qui a consacré les exigences morales du mariage : la fidélité, la stabilité. Cependant la fidélité, nous le savons déjà, n'a pas été réclamée d'abord par des considérations de haute morahté, mais par une application particulière du droit de propriété, du droit que prétendait
Ihomme sur la femme qu'il avait achetée ou ravi«N et en conséquence de la jalousie particulière avec laquelle ce droit a été ordinairement gardé et défendu. L'on s'explique aisément que la frnime ait été ainsi considérée comme un bien (le rhomme, auquel il était encore moins permis de toucher qu'à ses armes et autres objets personnels.
Ije là procède originairement l'importance plus irrande qui s'attache, aussi bien chez les civilisés, à l'adultère de la femme qu'à celui de l'homme. L'adultère de la femme est sévèrement puni dans certaines sociétés inférieures où l'usage permet ou plutôt prescrit le prêt ou l'échange des femmes en des occasions particulières. C'est donc là si.iisiraction d'une propriété naturelle qui fait l'adultère, et la considération de postérité légiliiiK^ n'entre pour rien dans l'estimation de l'ofl(Miso. La signification morale de l'adultère a aussi varié avec le temps, se faisant plus vraiment morale à mesure que se modifiaient aussi et se moralisaient davantage l'idée même de l'union et celle de la fidélité conjugales. Tant que domina le sentiment de propriété maritale, la lidélité de la femme n'était guère plus que la soumission d'un esclave, soumission plutôt involontaire, et la fidélité du mari, pour autant qu'il y
si
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avait fidélité, iVétait pas précisément un devoir envers la femme, mais envers la société, qm interdisait au mari les femmes des autres. Lo sentiment d'obligation personnelle et réciproque des deux époux a été lent à se dégager, et sans doute n'a-t-il pas réussi encore à s'affermir pratiquement autant qu'il le faudrait dans nos sociétés contemporaines.
L'extrême facilité avec laquelle, dans certaine*^ sociétés, par exemple en Israël, s'opérait le divorce, montre assez clairement que le lien conjugal n'y était pas conçu comme très fort ni dans une parfaite mutualité de droits et de devoirs. Car la faculté du divorce était d'ordinaire pour le mari la faculté de renvoyer sa femme, non pour la femme la faculté de quitter son mari. Cette faculté du mari s'entendait de façon assez arbitraire. Ainsi, en Israël, comme l'adultère de la femme était puni de mort, la question du divorce pour cas d'infidélité démontrée ne se posait pas. En fait, le divorce était autorisé pour un moiif quelconque : suspicion d'infidélité, mécontentement, dégoût. Et la procédure était extrêmement simple, h peu près dépourvue de tout contrôle légal, et plutôt en rapport avec Tidée d'un contrat vulgaire qu'avec celle d'une obligation morale permanente. Traitée à peu près comme
m objet d'achat, la femme était rendue quand le mari ne trouvait pas dans l'objet toute la salisfaction cherchée. Il n'y avait guère que les conditions matérielles du renvoi qui fussent réglées par le législateur. On peut dire que la famille était fondée sur le mari seul et sur les droits de celui-ci soit à l'égard de sa femme soit sur ses enfants. Certaines législations modernes ont égalisé entre l'homme et la femme la faculté du divorce, en l'entourant de certaines précautions légales : peut-être n'ont-elles fait qu'en égaliser et légaliser l'abus. Consciemment ou inconsciemment, elles ont admis comme principe du divorce la volonté, chez l'un ou l'autre des époux ou chez tous les' deux, de rompre l'engagement conclu, reconnaissant en môme temps que l'un et l'autre conservaient la faculté de se reprendre après s'être mutuellement donnés. Autant vaudrait proclamer que le lien est de soi provisoire et sans autre loi que la volonté arbitraire de chacun. Mais la société qui, dans un intérêt social de l'ordre le plus essentiel, a institué le lien, n'a pas que le droit, elle a le devoir d'y attacher les conditions qu'exige le môme intérêt social, et l'on peut trouver qu'elle se renie elle-même en appréciant le cas d'après un droit absolu qu'auraient les conjoints sur le maintien ou la rup-
ture de leur union, droK que, pour son propre compte, elle ne leur reconnaît pas et ne peut pas leur reconnaître.
C'est sur un tout autre i)iincipe que se fonde la condamnation absolue du divorce dans Tévang-iie : « Ce que Dieu a uni, que Ihomme ne \v sépare pas. „ La justification biblique de cet énoncé n'est pas soutenable en exégèse ni en histoire : que le Créateur ait, à l'origine institué la monogamie, avec le mariage indissoluble ce n'est rien de plus qu'un beau mythe et mie grande idée. Mais la conception évangélique pose un Idéal très profond, si profond même qu'on se , demande comment il a pu naître dans le milieu ou ,1 s'est produit, et (,ue l'on peut aussi bien se demander s'il a jamais été tout à fait compris par les peuples chrétiens. La simple assertion du principe est quehjue chose d'inouï en égard aux inepties superstitieuses ou grossières dont la pensée des hommes a généralement entouré l'acte sexuel. Cet acte est ici considéré comme une volonté divine, une chose essentiellement morale et en même temps comme le symbole de l'union P^'i'pétuelle, de l'union morale qui doit exister entre les époux. L'auteur de l'épitre dite aux Ephésiens, qui a été conservée comme éi)itre de samt Paul, avait motif de reconnaître dans cette
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conception un « grand mystère », analogue à l'union mystique du Christ avec l'Eglise. Car il s'agit d'une union mystique, religieuse et morale, lol-dle et permanente, union des corps dans l'unité de l'esprit. Oublierait-on la satisfaction sensuelle et la frénésie de la chair ? On ne les oublie pas, mais on croit pouvoir les modérer, les contenir, les sublimer. On croit que l'appétit charnel peut être dominé par un sentiment spirituel ; on croit que l'acte par lequel se perpétue la vie nnturelle peut s'accomplir dans la conscience et pour la perpétuité de la vie surnaturelle ; on croit que l'amour peut devenir une passion de Tame ; on croit que deux vies, qui n'en font qu'une occasionnellement pour la propagation de l'espèce, doivent n'en faire qu'une moralement, tant qu'elles durent, dans la conscience et la pratique du devoir envers l'humanité ; on croit que la société conjugale est la cellule vivante et durable dont est constitué le corps vivant et permanent des sociétés humaines.
Voilà ce que l'on croit, ce que, dans le christianisme, on a essayé de croire sans le comprendre jusqu'au bout. C'est un idéal qui a, dans une mesure très appréciable, inlluencé les sociétés chrétiennes et qui a conduit à une émancipation relative de la femme, à la reconnaissance théorie
tA MonALE HUMAINE
que d'une égalité réciproque de droits et de de voirs entre les époux pour ce qui regarde le lion conjugal, à la création de foyers irréprochable. Ajoutons que la valeur et la beauté morales de cet Idéal sont actuellement senties par beaucoup de gens qui noni pu garder leur foi aux dogmes chrétiens. Quel programme de vie est plus admi' rable, quel sort plus enviable que ceux do homme et de la fenmie sincèrement voués h 1 œuvre de la famille qu'ils ont fondée ensemble dans le premier enthousiasme de leur amour et au. ont nuMité de vieillir ensemble, entourés de leurs descendants aimants et respectueux ? Là «si la Nxinlé du mariage, la vérité de l'amour hu- "'an,, en regard duquel sont à plaindre, mais auss. et d'abord à blâmer, les êtres de ch «se lav.es d'une sensualité exaspérée, qui ne sa! vent qu assouvir des caprices successifs, sans .«ire souc. que celui de jouir de cette passion même L homme social a voulu introduire la
• amour est une sorte de religion phvsiaue d ■ ;»V^«'<^- nature, ; i. est appelé l devem ri- -
nont été m.eux inspirés que lorsqu'ils ont éle;.'. le manage à la dign.té de sept.èn.e sacrem „t
LA FAMILLE
ce à quoi la foi des premiers siècles n'avait pas -ongé.
L'Eglise romaine aussi fut sage en condamnant le divorce ; elle est en cela demeurée fidèle à la tradition évangélique. Ce n'est pas que la considération de l'homme animal et des réalités sociales n'ait conduit sur ce point la tradition chrétienne à des hésitations et à des lléchisseintmts dans sa discipUne. Paul, qui condamne le divorce entre chrétiens, le permet entre chrétien et païen, si le conjoint païen se montre inlérant à l'égard de celui qui a embrassé la foi du Christ. Le rédacteur du premier évangile admet le divorce en cas d'adultère de la femme, et l'Eglise grecque a gardé cette règle disciplinaire. L'Eglise romaine autorise en ce cas la séparalion, mais non le divorce. Toutefois cette Eglise, qui paraît avoir maintenu fermement l'indissolubilité du mariage, a créé de nombreux cas de nullité dont on s'est toujours servi pour aboutir pratiquement au même résultat que par le divorce avoué. Aussi bien a-t-on remarqué, dans notre pays, depuis que la loi civile autorise et facilite le divorce, que le nombre des procès en nullité de mariage devant les cours ecclésiastiques a singulièrement augmenté. L'Eglise et l'Etat sont-ils à blâmer pour cette infraction à
1 i.J«.l éxangéUque ? Ils ne le seraient pas s-jl,, professaient ouvertement ce que dit l'évangiio touchant l'autorisation du divorce dans la Un mosaïque : le divorce ne doit être qu'une exc-Jption fâclieuse, honteuse, tolérée pour évilor m plus grand mal, l'enfer des unions mal assortie. Certes, la perpétuité de l'union conjugale, avec toutes les conséquences que moralement elle comporte, exige des époux beaucoup de vertu plus de vertu que certains ne sont capables d'en f-urnir. Mais c'est mm i,lé,-,| s..ci,,U.M,.Ml „,V,... s^Hue et ,,,M| |,„,.,.H,. ,|o nu.iMl,.|iir. Il i.,Ml,„i( donc iv.dis.T ,|,-n,< I. ..„c,.-.|,-. I,.s con.lil.nns ,nornlos s;n,s l,.s,|„..||,., ,„, j,,.,, „„ ^^„,,.^,.| ^^^^^^^
''■'■• '' ''""''■'"' ''"'^ I" iii'i'i.i.v ,1,. mi i.w co„«i. dere par les cuutiu.ianls conmi,- une ..n-.jre dinterèt, ou de sim|,le convcnanc.s ou ,1.. r,-,,,,.;,.,, mais que, tout en tenant compte et de rinférèt cl (les convenances et des inclinations, l'on on ' fil avant fout une action morale, une fonction .„c-ule, la forme normale de la vie humaine dan. ordre de la société, qui est aussi bien l'oidre <le 1 esprit. L'on préviendrait ainsi la multiplication des mariages qui ne peuvent durer. En altendant qu on les puisse éviter tout à fait, il conviendrait de présenter la faculté du divorce conmie une simple tolérance, non comme un véritable droit,
LA FAMILLE
cl la sentence de divorce comme une sorte de ((échéance sociale en ceux contre lesquels le divorce est prononcé. La simple faculté de divorce rst de soi antisociale, tout comme ce qu'on appelle la liberté de Tamour. Socialement parlant, vMe faculté et cette liberté ne peuvent pas plus rire un droit pour l'individu que la liberté de rapine ou de vengeance privée ne sont un droit commun pour les individus dans les sociétés bien ordonnées.
On ne peut pas se dissimuler que le christianisme,— et l'on devrait en dire autant du bouddhisme, — a porté une assez grave atteinte à la dignité du mariage en présentant le célibat et la virginité comme un idéal absolu de perfection humaine à l'égard duquel la vie conjugale la plus ](''gulière devrait être regardée comme un état imparfait. Ce n'est pas pour la hauteur morale dont on a jugé bon, après coup, de le gratifier, que l'état des continents a été d'abord canonisé. Les vieux interdits sexuels, dont l'utihté morale iiest pas à contester, n'ont pas laissé de créer ;iutour de l'acte sexuel même, qu'il aurait fallu l»lutùt entourer de religion, une atmosphère de superstition. Cet acte a fini par être considéré comme impur, et d'une impureté contagieuse, qui rendait provisoirement l'homme et la femme
LA FAMILLE
inaptes aux actes religieux et à la vie sociale. Avec la. logique raisonneuse qui trop souvent leur tient lieu d'intelligence, les hommes ne pouvaient manquer d'en conclure que la profession de continence est agréable à la divinité, et qu'elle a par elle-même une valeur morale. On remarquera qu'ils ont fait de même pour le jeûne, hum que la nécessité permanente de Falimentation no leur ait pas permis d'aboutir sur ce point à une abstinence totale. Un autre motif, plus apparent mais pas plus solide, a exercé une influence snr l'instauration de la discipline chrétienne : Panl dit ingénument que, le monde étant près de linir, les soins du muriage sont superflus et n'ont que des inconvénients. Et le même Paul a bien l'air de tolérer le mariage comme un simple remède, un remède honnête, à la concupiscence de gens qui ne sont pas maîtres d'eux-mêmes.
L'homme étant ce qu'il est, la continuation de l'espèce est, physiquement, la raison d'être de rindividu. Cette propagation de l'espèce est aussi bien un devoir social, puisque la société ne pourrait autrement subsister. Ainsi le mariage est une fonction sociale de premier ordre, parce qu'elle est de première nécessité. Le célibat, en principe, ne saurait lui être comparé pour ce qui est de la valeur morale. En justification de la dis-
cij)Imo qu'elle a développé et qu'elle maintient, en grande partie, pour des raisons politiques, IKglise aujourd'hui invoque les services sociaux nue des célibataires sont plus aptes à rendre en [(•nie perfection que des personnes engagées dans les liens du mariage et les soucis de la famille. On insiste moins sur une raison plus confunne à la tradition religieuse : la convenance qu'il y aurait, même au point de vue social, à ce ({ne bon. nombre d'individus soient comme donnés et adonnés à Dieu. Ce dernier motif est en l'apport avec une conc(;ption générale de la icligiuu qui send}le maintenant en grand péi'il. onant au premiei", s'il est fondé en lui-même et peut comporter d'utiles applications sur lesquelles nous n'avons pas lieu de nous étendre, il ne justifie pas pour autant le pullulement indélini (les ordres religieux, ni la discipline des va^ux jierpétucls, ni celle du célibat ecclésiasti(jue..
Il a])partient à l'humanité nouvelle de jvparer pour elle-même l'erreur de l'Eglise, en proelainaut et en réalisant la souveraine dignité du maliage, en élevant socialement la femme au ni- \eau de l'honmie, en fortifiant rinstitution de la funiille. Comme on ne supprimera pas la dilférence des sexes ni celle des rôles qui incombent respectivement à l'homme et à la femme, l'éga-
LA F.\MILLE
lité des droits n'en implique pas l'identité, les droits comme les devoirs étant en rapport avec les rôles dont il s'agit. L'essentiel est de moraliser le mariage, pour raffermir et le grandir. Peutêtre le plus urgent ne serait-il pas d'attribuer aux femmes les droits électoraux dont les lionimes ont été jusqu'à présent si mal préparés à se servir, — nos législateurs font aux femmes de France une injure tout à fait gratuite en supposant qu'elles seraient moins capables d'en use: (lue les hommes, — mais de former hommes et femmes en vue de l'œuvre que doit accomplir leur intime collaboration : la procréation et l'éducation d'hommes et de femmes qui aurout comme eux à servir la société.
La société, nous le savons, en instituant la famille, l'a douée d'une autonomie relative au iiiilieu du groupe social. Cette autonomie s'est fortifiée en même temps que le lien familial 1 1 elle a eu pour conséquence, dans les sociétés (iites civilisées, une extension parfois exorbitar.le
de l'autorité paternelle sur les enfants. Avec beaucoup de raison et pour le plus grand avantage de la société, le christianisme a. interprété ces droits en devoirs. Car, à mesure que l'on examine avec plus d'attention la structure des sociétés humaines et la loi de leur perfectionnement, l'on s'aperçoit que nul droit n'est fondé socialement, qui ne se double d'un devoir proportionné à l'importance même et à la qualité du droit dont il s'agit. Aucun droit social n'implique \u\ pouvoir arbitraire : ce n'est, à le bien prendre, (|u'une faculté, avec obligation, de se dévouer, dans telles conditions, à l'œuvre sociale ; c'est une application spéciale du droit au travail, qui est le devoir du travail, toute œuvre vraiment humaine étant l'accomplissement d'une obligation plus ou moins stricte envers la société.
Si donc l'autonomie de la famille investit les p;irents d'un certain pouvoir sur leurs enfants, («^ pouvoir n'est pas celui d'en disposer à leur i-^ré. Il est, en réalité, le devoir d'assurer l'éducai''»n de leurs enfants, et de cette éducation leg pirents doivent assumer la part essentielle, on ]• 'urvoyant au reste selon leur condition et les ''inconstances. Le droit des parents n'a donc rien d absolu, non plus que celui de la société. En 'onte vérité, si les individus n'existant que pour
Ll-V
la société, la société aussi bien n'existe que pour les individus ; et si les enfants se trouvent cornme naturellement et socialement livrés à la discrétion de leurs parents, les parents aussi bi(Mi n'existent que pour les enfants. La société a sanctionné, dans son propre intérêt, l'autonomie de la famille, et cette autonomie relative g-araiitit le droit des parents. Mais la société n'abniidonne pas tout droit de contrôle •sur la façdu dont cette autonomie se réalise, sur Tusage quo font les parents de leur droit à diriger l'éducation i\o leurs enfants. Cette éducation, d'ailleurs ne se peut achever que par les moyens mis à la* disposition de tous par la société. C'est pour i^]v que Ton forme les citoyens ; et si elle se drcharge presque nécessairement, mais non tout à fait, de l'éducation sur les parents, elle ne peiif néanmoins s'en désintéresser, l'œuvre de l'éducation, qui se fait pour le service de la socié(<\ pour rassurance de son avenir, ne pouvant éln conduite à bonne fin en. dehors d'elle ni sans elle.
Grande est Tinsfitution de la famille, et pour une grande œuvre, qui réclame de grandes vertus. Le mal dont souffrent beaucoup de sociél<'> conleniporaines. et la nôtre en particulier, est l'affaiblissement du courage familial, le défaut
LA FAMILLE
croissant de moralité dans l'amour, l'obscurcissement du sens et du devoir de la paternité, de la maternité, l'égoïsme des époux et des parents, de moins en moins capables de comprendre la haute signification, le caractère sacré du lien conjugal, le haut objet moral et social de la famille, à savoir la procréation et l'éducation d'hommes vraiment hommes, pour une société vraiment humaine. Au lieu d'un lien sacré, le mariage lend à devenir un contrat quelconque, aléatoire et provisoire, une affaire comme une autre, une association comme une autre, à peu près indispensable, mais passablement incommode, et qui le serait vraiment trop si l'on n'en savait res- Ireindre la naturelle fécondité.
Sur aucun terrain peut-être la diminution de la moralité, en rapport avec la diminution du sens religieux, ne se fait plus désastreusement sentir. C'est là qu'un rationalisme étroit, superficiel et égoïste, donne ses pires résultats. C'est là (lu'un matérialisme abject, secondant un indivi: dualisme outré, éteint la vie spirituelle en éteignant la moralité. La frivolité prête son concours à la démoralisation. L'on porte aux nues les talents qui se sont dépensés à décrire, à louer, à poétiser l'animalité humaine. Sous prétexte de combattre les abus du catholicisme, la fausse
LA MORALE HUMAL\E
LA FAMILLE
morale du célibal forcé, les tartufferies qui so renconlrenl souvent dans les religions, on afficho ImdLfférence morale, le scepticisme pratique l'indulgence au vice, et l'on emploie ce qu'on u d'esprit à ridiculiser la vertu. Cependant l'id(i;il chrétien de la famille pourrait bien être encore ce que la tradition des siècles passés nous a légi,,-. de plus précieux, de plus nécessaire à conserwi et à développer.
Quoi que découvre maintenant la science et quoi qu'imagine la littérature des romanciers, lu nature a fait des hommes et des femmes qui s'oni institués les reproducteurs de leur espèce ; l;i tradition séculaire des sociétés a lié ces homnxet ces femmes dans une conception religieuse el morale de leur fonction ; du maintien et du progrès de cette conception religieuse et morale, pour la consécration toujours plus efficace de cette institution naturelle, dépendent non seulement l'avenir de la race mais aussi l'avenir de lu véritable humanité, de la culture humaine, de l'esprit humain. I.e christianisme n'a pas porté encore assez haut l'idéal du mariage et de la famille. Il faut parfaire ce que le christianisme a commencé. Les revendications d'un prétendu féminisme, si justinées qu'elles puissent être dans une certaine mesure et h certains égards, ne sont
nos l'achèvement qui convient ; elles n'en sauraient être, en ce qu'elles ont de légitime, que la moindre partie. Ce qu'il faut, à proprement parler, est la consécration nette et définitive du mariage, de la famille et de l'éducation. La science médicale a quelque chose à nous dire sur l'hy- ■riène des fonctions sexuelles, la puériculture, réducation physique : nous sommes prêts j^ Fouïr en ce qui est de sa compétence. La pédagogie a fait d'utiles expériences sur la formation de l'esprit : il ne faut pas les laisser perdre. Les économistes et les sociologues ont examiné les conditions surtout extérieures et matérielles qui favorisent ou entravent le développement de la famille : leurs observations sont à recueillir et à contrôler, non à rejeter. Mais ce qui importo avant tout et par dessus tout est de maintenir, 'l'accentuer, de proclamer le caractère religieux et moral de l'union conjugale, en elleiiK^'me'et dans son objet essentiel, le caractère 'oligioux et moral du mariage, de la paternité et '10 la maternité, de l'éducation des enfants. C'est en rebgion et en moralité que ces choses augus- '"S ont été fondées ; c'est en religion et en mo-
dité qu'elles peuvent durer, qu'elles sont sus- ^'optibles de se perfectionner. Elles ne péricli-
iil que pour avoir cessé d'ôtre ^considérées par
ïs»..
LA MORALE HUMALNE
plusieurs comme essentiellement religieuses et morales.
On n'écrit point ici pour tracer des programmes de réforme sociale. Mais il est évident que pratiquement, nous avons beaucoup moins à re^ chercher des concepts, des préceptes et des systèmes nouveaux, qu'à nous pénétrer intimement de l'expérience et de la tradition humaines sur les points dont il s'agit, afin de les tirer au élair et de nous avouer à nous-mêmes l'idéal qui nous les recommande. Le thème est un de ceux sur lesquels la bêtise humaine s'est le plus abondamment exercée ; elle n'a pas fini de le ridiculiser par ses plus fades plaisanteries ni de le profaner par ses obscénités. Qu'on lui laisse pour compte les unes et les autres. Inutile d'insister sur les devoirs particuliers des époux, des parents, des enfants. Ils sont depuis longtemps connus ; dès que l'idéal qui les impose sera nettement défini pour tous et sincèrement accepté, les devoirs aussi se définiront d'euxmêmes en conformité de cet idéal, dans la conscience du respect qui est dû à l'humanité de chacun, mari, femme, enfant, dans la solidarité du foyer, eu égard à la place que chacun y tient, et dans la considération du rôle qui lui revient ou qui doit lui échoit^ pour le service de la société.