I.\ PATRli
Les groupes familiaux se sont dessinés dans le groupe social sans que celui-ci en ait été rompu, parce que le groupe social av;iit créé pour luimême, coordonné à lui les groupes familiaux ; il ne les a pas projetés hors de lui-même ni rendus indépendants de lui, bien ({ue l'évolution des sociétés ait procuré aux familles une sorte d'autonomie relative et de plus en plus consistante. On sait que la formation même et l'histoire des sociétés humaines ont été, qu'elles sont encore sujettes à beaucoup de vicissitudes. Les petites sociétés qui s'étaient constituées d'abord et menaient leur vie propre se sont parfois réunies volontairement de façon à devenir cette société plus vaste que nous appelons une nation. Plus souvent, à ce qu'il semble, c'est par une contrainte de plus forts groupements sur de plus faibles que
des cités, des royaumes, des empires se sont fou dés, et qu'une discipline particulière les a rendu, plus ou moins cohérents. Des patries sont née^ enracinées dans la propriété d'un sol qui est devenu héréditaire, vivant d'une tradition commun, qui s'est enrichie avec le temps, et s'entretenaiK dans la volonté de garder cette vie en commun, qui est, pour ainsi dire, leur personnalité collectivc, puisqu'elle fait qu'un peuple est ce qu'il est au milieu des autres peuples. Les nations ont été un produit nécessaire de l'évolution humaine ; elles sont maintenant un grand fait donné, que l'on peut ulihser, que Ton doit améliorer, qu'il serait insensé de vouloir supprimer. Actuellement, nous n'iivoiis guère encore d'autre moyen de servir l'himianilé que de servir notre pays. La considération des biens que nous lui devons dans l'ordre spirituel et dans l'ordre temporel nous éclaire sur les obligations de service que nous avons contractées envers lui ; mais il y a, au point de vue moral, une distinction à faire entre pafriotisme et nationalisme.
Nous appelons patries des sociétés assez largos, P^^ograpliiquemenl sihiées, qqi, à travers mille
LA PATRIE
Méripéties^ se sont donné une organisation rela- Uvemeni originale, ont acquis un certain tempé- . rament commun, développé une certaine culture, réalisé une certaine autonomie qu'elles ont souci de maintenir et de perpétuer. Ce n'est pas lU'écisénient affairô de race ; car une nation n'est pas une race humaine, ni une race une nation ; la nationalité dun individu ne dépend pas, en rigueur, de sa généalogie ; la patrie est une grande famille, mais au sens moral, non au sens physique d'une commune descendance. Ce n'est pas non plus affaire de langue ; car une langue n'est pas chose invariable sur toute l'étendue et dans toute l'histoire d'un groupement national ; on rencontre des nations, telle la Suisse, où se parlent plusieurs langues, et par des populations diverses quant à leur lointaine origine, sans que la solidarité nationale soit sérieusement compromise par cette variété. Ce n'est pas davantage simple affaire de géographie ; car toutes les nations ne sont pas délimitées par des frontières naturelles. Et pourtant la race, la langue, la géographie ne peuvent pas manquer d'exercer une inQuence considérable sur la formation d'une nationalité : ce sont des conditions nécessaires de l'existence humaine, individuelle et collective ; elles déterminent aussi bien, de ma-
des cilés, des royaumes, des empires se sont fon dés, et qu'une discipline particulière les a rendus plus ou moins cohérents. Des patries sont née= enracinées dans la propriété d'un sol qui est dovenu héréditaire, vivant d'une tradition commune qui s'est enrichie avec le temps, et s'entrelenani dans la volonté de garder cette vie en commun, qui esl, pour ainsi dire, leur personnalité collcclivo, puisqu'elle fait qu'un peuple est ce qu'il est au milieu des autres peuples. Les nations ont été lin produit nécessaire de l'évolution humaine ; elles soni maintenant un grand fait donné, que l'on peut uliliser, que Ion doit améliorer, qu'il serai! insensé de vouloir supprimer. Actuellement, nous uavoiis guère encore d'autre moyen de servir rhumanilé que de servir notre pays. La considération des biens que nous lui devons dans l'ordm spirituel et dans l'ordre temporel nous éclaire sur les obligations de service que nous avons contractées envers lui ; mais il y a, au point de vue moral, une distinction ù faire ende patriotisme et nationalisme.
LA PATRIE
Nous appelons patries des sociétés assez larges, Rf^ograpliiquemenl situées, qui, h travers uiill,'
périp(^ties^ se sont donné une organisation relativement originale, ont acquis un certain tempérament commun, développé une certaine culture, réalisé une certaine autonomie qu'elles ont souci de maintenir et de perpétuer. Ce n'est pas précisément affaire de race ; car une nation n'est pas une race humaine, ni une race une nation ; la nationalité dun individu ne dépend pas, en rigueur, de sa généalogie ; la patrie est une grande famille, mais au sens moral, non au ?ens physique d'une commune descendance. Ce n'est pas non plus affaire de langue ; car une langue n'est pas chose invariable sur toute l'étendue et dans toute l'histoire d'un groupement national ; on rencontre des nations, telle la Suisse, où se parlent plusieurs langues, et par des populations diverses quant à leur lointaine origine, sans que la solidarité nationale soit sérieusement compromise par cette variété. Ce n'est pas davantage simple affaire de géographie ; car toutes les nations ne sont pas délimitées par des frontières naturelles. Et pourtant la race, la langue, la géographie ne peuvent pas manquer d'exercer une inOuence considérable sur la formation d'une nationalité : ce sont des conditions nécessaires de l'existence humaine, individuelle et collective ; elles déterminent aussi bien, de ma-
LA PATRIE
mère ou d'autre, lex.slence d'une nation. Lm,. manifé étant une espèce animale répandue sur oute la surface de la terre, il est inévitable que la descendance naturelle et l'habitat localisé contribuent grandement à la réalisation dos grroupemenfs nationaux. L'on conçoit.aussi quuu aiigage spécial caiaclérise chaque groupemeul, lumte du langage correspondant normalement al umté de la nation, et la langue étant, en toute vente, l'expression propre de la mentalité nafionule. Il est exceplionnel que plusieurs langues ^so..'"t remues à titre égal dans l'usage d'un peuple bien uni. Si lu langue ne fait pas la nation, elle n en est pas moins une chose nationale au mv- 2- e'f ' ^«'- e-est dans le langage que se transmet la tradition nationale, et c'est dans sa tradi- ■on nationale, perpétuelle et vivanle, qu'est l'es- Pn d un peuple. Ce qui fait une nation est cet espnt, ce te tradition héréditairement gardée, dans s coutumes et dans la conscience nationales, sui 1 héritage territorial des ancêtres
U patrie est donc une chose surtout morale, une ame commune, perpétuellement vivante dans une société donnée. C'est la trempe de cette ame qui fait la valeur d'une nation ; c'est par les qualités de cette «me qu'une nation vit ; c est par les défauts de cette ,lme qu'une nation
est menacée de ruine. Car la patrie, en son Ame, est la tradition vivante d'une œuvre nationale à continuer, à réaliser perpétuellement. Ce n'est pas qu'un trésor de souvenirs à conserver, c'est une action, une vie à entretenir, à fortifier, à embellir, à moralement améliorer. A cette tradition nous devons, bien que nous n'ayons pas, la plupart du temps, une conscience réfléchie de ce don royal, tout notre être spirituel, tout ce ({ue nous valons. Cette tradition, assurément, n'est pas toute lumière et tout bien ; elle ne le fut pas dans le passé, oii son histoire n'est pas (le ^ioire sans mélange ; elle ne l'est pas dans le présent, où les manifestations diverses de son activité ne sont pas de toute perfection morale. Chaque tempérament national, nous venons de le dire, a ses qualités et ses défauts, et il communique libéralement les unes et les autres, en des degrés divers, à tous les membres de la nation. Mais tel qu'il est, si imparfait qu'il soit en luimême et en chacun de nous, c'est par lui- que nous valons quelque chose, c'est par la communion à la vie nationale que chacun de nous est quel- (ju'un ; à la société d'où nous venons, où nous vivons, nous devons d'être le peu que nous sommes, et sans elle nous ne serions rien ; c'est elle qui nous a faits et qui nous porte ; sans elle nous
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LA PATRIE
MÊÛi
n'aurions pas été, sans elle nous ne serions p.is Dans le courant ordinaire de la vie, mainlenant surtout qu'un esprit de critique facilement inconsidérée, partiale 'et passionnée, est universellement répandu, nous avons plus souvent occasion de penser aux abus réels ou imaginaires que Ton remarque dans notre organisaiion sociale et politique. Il y a certainement quantité do ces abus qui ne sont que trop réels ; mais ceuxlii mOme, Timagination, aussi le plaisir du dénigrement les peuvent exagérer. De plus, la préoccupation de ces maux dont on fait trop volontiers étalage, sans avoir l'intention sérieuse ni le coni-nge d'y remédier dans la mesure où .„ ie peut, c'est-à-dire pour soi-même, nous ompeehe trop souvent de voir ce que non. devons à la société qui nous a élevés, qui nous Pi-otège, et grâce à laquelle nous subsistons. L. mot u subsister ), n'est point excessif pour quaiiiier ce rapport de l'individu à la société, puisque en stricte vérité, pour ce qui est de la subs-t^uice matérielle, c'est dans l'équilibre, quel qnil soit, de l'organisation sociale, quG cette sub^i tance nous est garantie ; ot pour ce qui est de h subsistance spirituelle, c'est dans le commeir, social que cette subsistance trouve son alimeni. En toute rigueur d'expérience et de déliniliua.
c'est dans la société et par la société que nous sommes et que nous vivons. La comparaison du corps et des membres, depuis longtemps trouvée pour marquer la situation réciproque de la société et des individus qui la composent, est de la plus entière exactitude. Sans les individus, la siK-iété n'existerait pas ; mais ceci est de considération théorique Ct hypothétique. Les individus n'existent que par la société qui les a pro- (hiits, qui les encadre, qui les défend, qui les instruit, qui les nourrit physiquement et spii'i- Inellement en vue et en récompenses d'un conc*)urs quelconque de leur part à l'œuvre coin-' nume de cette société même : voilà le fait.
Quand nous disons un concours quelconque, nous l'entendons de l'insigniliance qui caractérise l'œuvre individuelle par rapport à l'œuvre commune, la coopération de chacun par rapport iiu bénéfice qu'il en retire, la contribution personnelle qu'il fournit, par rapport au capital s<jcial dont il se trouve constitué usufruitier. Car, si humble ou si haute que soit notre place dans la société, si petite ou si grande que soit notre action, si réduite ou si importante en utilité que soit l'influence totale de notre vie sur (Mdle de la communauté, il demeure évident, en M>ute hypothèse, que nous avons reçu et recevons
LA PATRIE
n'aurions pas été, sans elle nous ne serions pas Dans le courant ordinaire de la vie, mainienant surtout qu'un esprit de critique facilement inconsidérée, partiale et passionnée, est universellement répandu, nous avons plus souvent occasion de penser aux abus réels ou imaginaires que l'on remarque dans notre organisaiion sociale et politique. Il y a certainement quantité ih ces abus qui ne sont que trop réels ; mais ceu.xlii mi^me. rimagination, aussi le plaisir du dénigrement les peuvent exagérer. De plus, la préorcupation de ces maux dont on lait trop volontiers étalage, sans avoir l'intention sérieuse ni le coulage d'y remédier dans la mesure où (.,i le peut, c'est-à-dire pour soi-même, uoih empêche trop souvent de voir ce que nous devons à la société qui nous a élevés, qui nous protège, et grâce à laquelle nous subsistons. L. mot (( subsister » n'est point excessif pour qualilier ce rapport de l'individu à la société, puisque en stricte vérité, pour ce qui est de la subsi tance matérielle, c'est dans l'équilibre, quel qu il soit, de l'organisation sociale, que cette subsistance nous est garantie ; ot pour ce qui est de 'a subsistance spirituelle, c'est dans le commeir. social que cette subsistance trouve son alimenl. En toute rigueur d'expérience et de déliiiiliuii.
c'est dans la société et par la société que nous S(.mmes et que nous vivons. La comparaison du curps et des membres, depuis longtemps trouvée pour marquer la si( nation réciproque de la société et des individus qui la composent, est de la plus entière exactitude. Sans les individus, la société n'existerait pas ; mais ceci est de considération théoriiiue Ct hypothétique. Les individus n'existent (pie par la société qui les a pro- (hiits, qui les encadre, qui les défend, qui les iustruit, ipii les nouirit physi(iuement et spii'iluellement en vue et en récompenses d'un concours quelconque de leur part à l'œuvre coin-' nume de cette société même : voilà le fait.
Ouand nous disons un concours quelconque, uous l'entendons de l'insigniliance qui caractérise l'œuvre individuelle par rapport à l'œuvre connnune, la coopération de chacun par rapport au bénéfice qu'il en retire, la contribution personnelle qu'il fournit, par rapport au capital social dont il se trouve constitué usufruitier. Car, si humble ou si haute que soit notre place dans la société, si petite ou si grande que soit notre action, si réduite ou si importante en utilité que soit l'influence totale de notre vie sur celle de la communauté, il demeure évident en ..lute hypothèse, que nous avons reçu et recevons
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innniment plus que nous ne donnons ef n„„ vons donner. I, nous a été octroyé de puise i, brement. à pleines mains, dans le trésor séculaire de notre peuple, et, quoi q„e nous fassio„< nous n y rapportons, par notre travail volonlairo' guère plus qu'une obole. Par conséqueni „„„: restons infiniment obligés à celle sociélé con,,,. laquelle nous maugréons tous les jours • n,,,,. nous plaignons d'une bienfaitrice que nous ,lovnons plutôt mille fois remercier ; nous réel,-,mons d'elle toutes sortes d'avantages supplémentaires, et nous négligeons de reconnaître 1. masse de ceux qu'elle nous a d'elle-même pronirés depuis le premier jour de notre e.x-isfonco Nous parlons de noire mère comme d'une maràt'-e, et à l'ordinaire nous supportons mal ses exigences les plus légitimes, comme si elle ék-il surlout notre débitrice et que nous fussions ses créanciers, alors qu'elle est notre créancière cl que nous sommes avant tout ses débileui-.
Nous sommes ses débiteurs, et c'est en ce rapport de l'individu à la société que réside le fondement de l'obligation morale depuis si longtemps cherché par les philosophes avec si peu de résultat. L'on pourrait presque dire de ces sa...^ que, négligeant de le voir où il était, ils ont très naturellement fini par ne le trouver nulle pari.
LA PATRIE
Il «tait là pourtant, et nullement invisible. Ils ne loiil pas vu parce qu'il ne se présentait pas en Uirorème abstrait mais comme une réalité vivante, parce qu'il ne se définissait pas en sylloliisines mais en précepte et en action. C'est un pliilosophe de nos jours qui a dit plaisamment (|iio la solidarité la mieux établie scientifiquement •'lait celle des microbes ; et d'autres ont ajouté iTcavement que le fait même de la solidarité n'en (li'fiioutrerait pas l'obligation. La remarque est loL'jiiue autant que la plaisanterie est agréable ; mais celle-ci est loin de correspondre au fait social et humain de la solidarité réellement exisl;i!ile dont tout l'ordre de la vie physique et mol'iilc des hommes ; et la logique de celle-là est iiiM' logique de géomètre appliquée par mégarde a relie chose fine qu'est la moralité. La solidarilé humaine n'est pas un fait brut, comme on ''"ii';<>it ceux de Tordre physique, et d'où ne se l»"nrrait déduire qu'une nécessité, non une oblig.itinn. Ce tait est vivant et moralement vivant ; il est par lui-même exigence et obligation autant que réalité. L'obligation n'a pas besoin d'être 'l«''<luile du fait ; elle y est, s'identifiant à la subsliince même de ce fait en tant qu'il est un fait KH^ral. La solidarité humaine est par elle-même "'1'^ loi morale à laquelle il n'est point nécessaire
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LA PATRIE
de chercher un autre fondement que sa réalilé. l.a société, la patrie, ne raisonne pas le service qu'elle nous demande ; elle n a pas besoin de |,. raisonner ; elle le veut, elle Texige, elle l'impose; elle n'admet pas qu'on le lui refuse. Ce service n'est rien moins que la vie entière de chacun .hnous ; mais non toujours dans les mêmes conditions ni sous la même forme de dévouement. Kii principe, la société ne se connaît pas, elle ne vent pas se connaître de membres tout à fait inulilrs. En principe aussi, elle requiert pour son service toute l'existence de chacun des siens ; il est des circonstances où elle réclame de plusieurs, el sans aucune réserve, le sacrifice éventuel .m même certain, et immédiat, total, de leur vie pour le bien commun. L'individu devant, en quelque manière, à la société tout ce qu'il est, la sociélé réclame, et très naturellement, très logiquement, que, de manière ou d'autre, il le lui rende ; ainsi par eux tous peut-elle durer ; ainsi tous peuventils durer par elle.
Va\ apparence, dans nos sociétés soi-disant civilisées, l'individu existe pour lui-même, et on ne le lui a que trop répété, puisque ce n'était i-as vrai ; on a compromis l'équilibre des sociéh'S, celui-même des existences individuelles, en lenrrant les hommes d'une fausse indépendance.
Dans la réalité, quoi ([u'il en soit des Ihénî'ins démocratiques et des ag-itations démagogiques, des doctrines individualistes touchimt la souveraineté de la raison et le caractère inaliénable de la liberté personnelle ; bien que la société même n'existe que dans les individus et par les individus actuellement vivants, la société, relativement à chacun de ces individus, à tous les individus considérés comme propres personnalités, n'en est pas moins une sorte de personnahlé collective, duralde, et investie d'une autorité suprême sur tous ces individus, que la théorie seule, abstraite et quelque peu imaginaire, peut considérer comme autant de mondes indépendants. La société s'arroge sur tous les individns une autorité sans limites ; de cette autorité, (jn'elle conserve à travers toutes les transformalions du régime politique, jamais la sociélé n'a réellement voulu, jamais elle n'a pu, jamais elle ne pourra se démettre ; c'est par la vertu de cette autorité qu'elle subsiste et que tous subsistent en l'Ile. .Seulement la façon dont s'exerce cette autorité tend à varier, non pas dans le sens d'une émancipation radicale, qui serait nu)rlelle, mais dans celui d'une acceptation volontaire du service obligatoire, chacun faisant, consciemment et librement, spontanément, ce à quoi il est tenu
LA MOHALE HUMAINE
. par sa condition. Le droit de la société reste i„ act, le devoir de l'individu reste absolu ; ,„„(. la contrainte extérieure du résime autoritaire ,.( ramenée à son minimum, pour ne plus guère s exercer que contre une faible minorité de récU c.tranis, parce que le plus grand nombre se .oumet délibérément et avec empressement à d.s ohi.galions qu-il sait êlrc la garantie des inlérOls sp.ntuels et (cmporcls qui sont communs à tous.
Ainsi donc la vie humaine est, moralement paillant, un service social dont Tobligalion se f,,it sentir depuis la naissance jusqu'à la mort. Dans les conditions normales de lexislence, l'individu <^levé par cl pour la société, prend en celle-ci „.„. place et y exerce une activité qui entrent dans l'ordre et dans le travail de la communauté, place plus ou moins bien remplie, activité plus o„ moins féconde, selon les capacités phvsiquc^ miellecluelles et morales du sujet. La conlribiition de chacun à l'œuvre commune se fait ain^i et directement, quoique de façon à peine con^cienle, par le déroulement de l'exislence, selm, la mesure cl la qualité de l'action ; cette conliibulion peut et doit être mieux sentie dans certaines charges particulières, en rapport avo,; 1 entretien de ce qu'on appelle les services pu-
LA PATRIE
blics, les institutions d'intérêt général, ou bien rkins certaines prestations spéciales qui sont imjiosées à tous pour couvrir les frais généraux de la communauté. Mais ces prestations, notamment ^ impôts, auxquels on attribue en particulier
1»' nom de contributions, ne sont qu'une partie (le la dette par nous acquittée envers la société ; cl (luelle que soit la place occupée par nous dans la conmiunauté, même si nous n'avons que la jiarl la plus minime à la direction des affaires publiques, Texistence que nous avons l'air de mener pour nous-mêmes est, comme celle des gou- Ncrnants et des fonctionnaires, un service social, perpétuellement rendu, et dont la société, par une sorte de contrôle permanent, non senti, précisément parce qu'il est assidu, nous demande ronipte.
Jusqu'à présent les sociétés humaines dites civilisées ont eu besoin de se défendre contre leurs ennemis du dedans et contre ceux du dehors. De là vient l'institution d'une police pour !;i défense intérieure, et d'une force militaire [)«>ur la défense extérieure. L'entretien du prelîiier service n'est pas, en général, très onéreux puur la communauté. Mais il en va tout autrelaont dans nos sociétés contemporaines pour le «jrvice militaire, qui, par suite de circonstances
sur lesquelles nous navuns pas lieu de ik.us étendre, est devenu, pour les grands peuples de notre monde soi-disant éclairé, un véritable fléau. Ce n'est pas comme fléau de noire prétendue civilisation que nous le considérons en ce moniciil. mais conmie obligation sociale eu égard aux Cdiiditions d'existence qui ont été jusqu'à présent celles des sociétés humaines. Devant une menace du dehors, la société exige, elle a le droit d'exiger (jue tels de ses citoyens, — maintenant ce sont tous les citoyens adultes et valides, et roii a pu \oir dans la récente guerre à quelles effroyables tueries cela conduit, — la société donc exige que ses citoyens repoussent le danger, écartent l'agresseur au péril de leur propre vie. Ainsi estime-t-elle (lue la vie d'un assez grand nombre doit être exposée et sacrifiée pour sauver la vie ou simplement les biens, l'honneur et la liberté de la masse, f^a gueire, comme elle se pratique de notre temps, est le plus solennel défi qui ait jamais été porté à Ihumanité. Mais. tant que les peuples n'auront pas la sagesse de le reconnaître, ils s'obligeront eux-mêmes fi subir le fardeau toujours plus formidable du service militaire, ils auront le devoir de le subir el ils s'y soumettront. Il n'en est pas moins évident que les patries ne doivent imposer cet affreux d«>
LA PATIUE
voir à leurs citoyens que dans le cas de la plus exti-ème nécessité ; que leur intérêt commun est (le s'humaniser ; que leur devoir le plus strict serait de pourvoir honnêtement, loyalement, à la suppression de la guerre. Nous ne parlons maintenant que de nos devoirs envers la patrie.
Et nous comprenons ce que c'est qu'une patrie, ce que c'est que le devoir social, le devoir humain envers la patrie. La patrie est la mère de nos corps et de nos âmes. Le devoir social est la contribution d'un être intelligent et libre à ce que nous venons d'appeler l'œuvre de la société, l'œuvre de la nation, l'œuvre de la patrie.. Ce n'est pas un esclayage ni une simple corvée sans rétribution ; c'est notre participation au travail de la collectivité ; c'est la condition naturelle, légitime et nécessaire, de notre participation aux bénéfices de la société. Le sentiment de cette obligation a toujours été très vivant dans l'humanité, si vivant même qu'on n'a presque pas été tenté d'y regai'der et (lue les philosophes qui ont spéculé sur le devoir conmiencent à peine à en reconnaître le fondement dans cette réalité vivante, le réciproque enlacement de la société et des individus qui la constituent, la dépendance native de l'individu à l'égard de la collectivité, l'obligation contractée par la personne humame
LA PATRIE
dans le cadre prochain de la nationalité.
I le faut entendre ainsi pour que la patrie nou. S'Mt une chose aimable et grande, pour que le d-o.r nous soit, une chose auguste, acceptable '".^ne de notre effort, l'objet convei.able et obli- .-aio.re de notre libre action. La patrie, nous venons de le voir, cest elle qui nous porte, et ce.f """' ^";si bien qui la portons ; c'est elle qui
nous a fonnés, et c'est nous aussi qui , a formons et qu. la faisons. Elle n'est pas que not,e corps noire organisme collectif, le grand pa^■s doni nous occupons un petit morceau, la grande na- •;;" ""'" nous sonuncs chacun un n.odesl,. •' oyen ; elle est notre àn.e comname, le svuv hole de notre idéal, la réalité grandiose et\ivanto. spiriluelle et agissante, de nos commun^ souvenirs, de nos comuns efforts, de nos co.nmu"nos aspn-alions, de nos communs espoirs. En u.te nous ne Iravaillons pas seulement pour a patne nous travaillons à la patrie, r.'est de l""mamté que nous créons, si humble que soit
noire tache personnelle et si chétif qu'en soit le résultat. L'obole du pauvre n'est pas superflue dans le trésor du temple, et dans le trésor de la patrie il n'y a que des oboles de pauvres. Car notre action réelle est limitée dans tous les sens, quand môme notre action apparente aurait quelque relief. Mais, quoi que nous fassions, c'est œuvre nationale que nous faisons. Français, nous faisons de lagriculture, de l'industrie, de la science, de l'art français. C'est tout cela, chacun selon notre part, que nous devons avoir à cœur de bien faire, parce que tout cela, c'est la France dans la réalité de sa vie présente, et c'est aussi la préparation de son avenir.
Nous ne pouvons vivre que de notre tempérament national, des ressources accumulées autour de nous et dans notre nature même par Tœuvre des générations qui nous ont précédés. Il faut en vivre sans nous y complaire plus que (le raison. Car ce tempérament, ne l'oublions pas, est fait de qualités positives et de défauts. Des premières nous pouvons et nous devons tirer parti ; des seconds nous devons nous défier et, autant qu'il dépend de nous, travailler à les corriger. Notre passé nous a légué une certaine culture qu'il ne faut ni déprécier ni exalter, qu'il fiiut promouvoir et améliorer. Nous sommes
LA MOnALE HUMAINE
bÉHI
doués d'une certaine ouverture cJ-esprit Qu,. celte faciliié nous aide à comprendre beaucoup • mais faisons en sorte qu'elle nous serve k con' nailre sérieusement, à penser profondémeni l-ac.hlé d-inlelligence sans application ni méthode, sans sérieux ni conviction, f;,il amusomenl plutôt ,,„e travail solide. Nous avons „n certain sens des choses morales et de lidéal humain. Que celle disposition nous aide à foitifler nos mœurs dans la vàgle, à soutenir sincèrement et efncacement les grandes causes de Thumnnite, à marcher au premier rang des peuples m,i voient avant tout dans la civilisation une œuvre (Je 1 esprit. Mais prenons garde que notre légèreté ne fasse tort à la dignité de notre conduit., morale ; que notre dévouement au progrès de 1 humanité ne se dépense en discours grandiloquents, suivis de peu d'effet ; que nos beaux enthousiasmes ne ressemblent à un paravent lu-Nueux derrière lequel notre existence nationale s'entretiendrait de nie.s.|uins intérêts
Ne soyons pas trop fJers de notre prétendue latnnle, et ne nous exaltons pas outre mesure sur les mérites de ce que plusieurs appellent avec complaisance la formation française. Celte format.on a certains défauts qui sont précisément ceux de notre caractère national. Nous sommes
LA PATRIE
trop volontiers dupes des mots, de la faconde oratoire, des beaux discoureurs. Nous prenons trop lacrlement les paroles pour des réalités, nous persuadant naïvement qu'une question est résolue en fait quand elle a été portée à quelque tril.une par un maître de Téloquence ; bref, nous faisons trop de discours et nous les aimons trop. i:etle merveilleuse formation classique, dite franraise, dont on célèbre si bruyanmient les avanlajiês, ne ressemble parfois que trop, nous lavons déjà dit et nous osons le répéter, à Tart do parler avec aisance de ce que Ton sait mal ou pas du tout Tous les avantages qu'on y peut réellement trouver se rencontreraient aussi bien, poui- le plus grand nombre, dans Fétude de notre langue et de notre littérature nationales, à condition que ce fût une véritable étude, menée conjointement avec celle des sciences, et non moins scientiliquement. Ce que des adolescents peuvent apprendre et comprendre de vieilles littératures connne la grecque et la latine, est assez peu de chose. Cela sert, dit-on, comme exercice d'espi'il. Mais on en pourrait trouver de plus utiles pour Tavenir des jeunes gens. L'étude approfondie des littératures anciennes, qui n'est vraiment possible, désirable et avantageuse que pour les professeurs et une élite de savants ou de lettrés.
LA MORALE IIt'M.\r\E
"" P-^""- beaucoup de ceux qu'on v sonm^i
Pernu, et Plutôt „uisih,e,paLc,u,™U^^^ qu on y prétend trouver est, pour eux ^^ -ment superncielie et arfificielle. Une'éduo -;ch..n.en, n.odo.ne se-alt préféraJe " ,'
PC-.t u ce h,.on.pe-rœiI, Où il y a perle de le n el fe'asp.lJage daclivilé inlelle.luelle
.Kn plaidant pour une formalion plus réelle el
"•^me. Idéalisme et verbalisme sont deux X,., s ;;- endons élre une nalion idéa.isle. Cepen'
■ J a, uere eu, jusqu'à présent, de nalionidé... >sfo. S, la noire la élé quelque peu el si elle ,e
"slo, s, nous pouvons ; mais quand elle le ser, nous n aurons pas envie de le crier sur 1 '
; ';f ■^'^"'/-•"' l-™* -us ceux qui ,e sJt^ . n. emeni qui éprouvent le besoin de s'en van- "^r. Ajoulons que ce qu'il peul y avoir de ^én -"X c-nns nolre tempérament nalional. o q ," nous avons d'ouverture pour l'idée, le sens el .-. .ue de l'bumanilé. procède beaucoup ;:
n léT o T ;'''"'°"^ ''' "'^'^""^^ '- ^-'---
-.u. Auss, bien est-ce une chose plaisante, ou ""^'""'^ à vo.r, qu'un peuple qui a eu le plus
LA PATRIE
grand souci de rompre avec son passé catholique, se glorifie de chercher dans lantiquité païenne des leçons d'humanité. Tl n'y a, certes, j)as plus lieu de s'enfermer dans Tanliquité gréco-romaine que dans l'antiquité judéo-chrétienne, et nous devons regarder plus loin que toutes les deux sans l'épudicr ni l'une ni l'autre. Nulie passé chrétien, sans nous élre une ivgle indiscutable, peut, en ce qui regarde la morale humaine, nous élre de plus utile instruction que la ciiHure antique. L'idéal que, dans nos meilleurs jours, nous entrevoyons et nous servons, n'est plus spécifiquement chrétien, mais il est bien moins encore grec ou latin. (Uiltivons-le donc •ivant tout pour lui-même, et ne nous imaginons |i;is avoir à le prendre t()ut fait dans une litféraliue quelconque de la lointaine antiquité ; re- '']ierchons-]e dans la tradition immédiate de notre culture, et pour le grandir encore. La tradition biblique strictement interprétée n'a pas toujours • iouné que d'utiles leçons ; la tradition de l'anliquité dite classique n'en donnerait pas de meilleures.
Lue nation vil de son idéal et elle en peut être firre. Mais fierté nationale et vanité nationale sont deux choses différentes, bien que trop souvent «compatibles. Une nation aurait tort d'oublier ce
LA PATRIE
que son passé peut avoir d'honorable ; elle a, en un sens, le droit de considérer avec un certain orgueil l'idéal que ses ancêtres lui ont transmis, pourvu qu'elle-même soit décidée à le maintenir et à l'améliorer. De ce passé, de cet idéal, elle ne doit pas être vaine. Car le passé a eu ses tf^res, comme les a le présent, comme l'avenir a ses incertitudes. Quant à l'idéal national, toujours perfectible parce qu'il est né imparfait, nous de- \uijs bien savoir que nous portons ce trésor en des vases fragiles (|ui ne savent pas toujours le garder. Xe nous vantons pas trop de ce que dordinaire nous réalisons si incomplètement. rJn individu (pii affecte d'être content de soi est toujours ridicule, parce que nous n'avons jamais lieu d'être tellement satisfaits de nous-mêmes. La vanité nationale n'est pas moins ridicule que la vanité personnelle, parce qu'elle n'est pas plus excusable. Il n'appai'tient à aucun peuple de se dire le sel de la terre et la lumière du monde ; dans l'instant même où il formule cette déclaration, il se montre incapable du rôle qu'il s'attribue, puisque détourne son attention de son œuvre pour s'admii'er lui-même. Notre œuvre est -ïitée lorsque nous nous complaisons en nous-iunnes à son occasion ; car c'est nous en exagérer la portée, par conséquent en fausser le
mérite et en compromettre le succès. Nous avons d'autant moins lieu de nous en glorifier que nous ne sommes pas en mesure d'en apprécier exaclement la valeur.
Quant à Tégo'ïsme national, à ce que Ton croit p.irfois pouvoir appeler Fégoïsme sacré, il en liiut bien dire un mot, mais pour le condamner. Sans aucun doute on a le droit, môme le devoir <lo défendre l'honneur et les intérêts nationaux, mais à condition qu'il s'agisse d'honneur vrai et 'I intérêts légitimes. Un froissement de la vanité nationale n'est pas une injure faite à la dignité • Inn peuple. Si un peuple est fou de vanité, les autres peuples ne sont pas obligés pour autant <lc flatter sa manie, et il fera mieux de s'en guélir que de l'exaspérer. Les injures réelles sont celles qui compromettent la liberté d'une nation "Il le crédit et la considération dont elle a droit de jouir. Mais on n'a pas plus le droit d'être injuste dans l'intérêt de son pays, qu'on n'a le •Iroit de l'être dans un intérêt personnel. Les nations sont des personnalités collectives qui ont exactement les mômes droits dans la société inlernationalc que les individus dans la société nationale ; des nations aussi Ton doit respecter iMufonomie et la propriété. Aucun peuple n'est autorisé à ruiner délibérément un autre peuple
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pour s'enrichir lui-nièine. Aucun peuple n'est autorisé à vouloir une guerre de violence et de conquête. Le vol et l'escroquerie, que l'on réprouve entre particuliers, sont aussi bien condanniables entre nations. Un temps viendra. nous devons l'espérer, où cet égoïsnie prétendu sacré, que tant de politiques ont excité ou servi, apparaîtra comme un legs des temps barbares. tro[) longtemps entretenu chez des peuples qui se croyaient civilisés.
L'esprit national ne doit pas être un esprit nationaliste. C'est comprendre et pra(i(iuer bassement Famour de la patrie que d'y mêler un ferment de haine et de rivalité. Tous les peuples sont frères, et il ne convient pas que ce soient des frères ennemis. Qu'il y ait seulement entre eux émulation à promouvoir toutes les grandes œuvres de l'humanité.