CHAPITRE III
LES SOURCES DE LA MOH VLITi:
L'analyse de révolution morale confirme ce qne nous avons cru pouvoir énoncer touchant la nature de la moralité, et elle nous aide à discerner plus clairement les sources de la vie morale tl.ms rhumanité, les principes qui la soutiennent (f qui en inspirent le perfeclionnement. A n'en pas douter, le premier de ces principes est la vie sociale et la tradition des sociétés humaines, principe extérieur à chacun des individus qui ni.iintenant viennent à naître et qui subsistent dans ces sociétés. Mais le i)rincipe aurait été dès l'abord inopérant, et n'aurait pu grandir en influence ni seulement se former, s'il ne correspondait à un besoin, s'il ne procédait d'une inclinalion et dune aptitude ((ui existaient dès l'ori- ;in.' et (|ui se sont accrues en se transmettant héréditairement dans notre espèce, bien qu'ils ne se rencontrent pas au même degré dans tous
les groupes ni dans tous les individus humains. Ce sens social est, à proprement parler, le sens moral, et il comprend deux éléments : le sentijiient du bien, de l'obligation morale, du devoir, luitrement dit la conscience morale ; et la faculté (le réaliser dans une action délibérée ce bien, cette obligation, ce devoir, le ressort de la vie morale étant précisément dans cette puissance (le réalisation qui appartient plus ou moins à chacun, par rapport à un idéal dont on peut dire (|u'il est, de manière ou d'autre, commun à tous. Tradition et loi, conscience et liberté, renouvellement et régénération perpétuels de la tradition <'t de la loi connu unes dans la conscience et dans la liberté individuelles, telle est l'économie de la vie morale dans l'humanité.
Dans toute société humaine la tradition représente un ensemble d'idées, de sentiments, l'on peut dire aussi d'intentions et de volontés, de pratiques et de coutumes qui se transmettent de génération en génération et qui constituent l'esprit et le régime de la société dont il s'agit. C'est
autre chose et plus qu'un enseignement, car lensemble dont nous parlons n'est pas défini tout entier dans un formulaire qui serait rédigé avec exactitude pour être communiqué et expliqué avec le même soin à tous les individus. Cela ressemblerait plutôt, en général, à une foi qui n'a pas besoin de tant s'expliciter en formules et qni agit par lambiance morale, qui se transmet par le contact spirituel, dans une sorte d'intuition que préparent et l'hérédité et la communauté de vie. La tradition peut-être, par un côté, un répertoire d'idées, ce n'est pas un recueil d'abstractions qui ferait boule de neige en roulant le long des siècles ; elle est quelque chose de concret, de vivant, comme les êtres qui la portent ; elle est une part et la plus haute part de leur vie, dont on peut dire qu'elle est la forme spirituelle, plus ou moins riche et toujours susceptible d'enricliissement ou d'appauvrissement. Ce n'est point catalogue mais source vivante de pensées, de sentiments, de vouloirs, qui se perpétuent en renaissant dans la vie de chacun et dans les générations qui se succèdent.
Si nous prenons la peine d'y regarder, l'humanité nous apparaîtra, dans les sociétés qui depuis le commencement la représentent, comme un arbre immense dont les racines plongent au plus
^^I^&Twi^iiTiMÂ.^^'- ^li^^J^"^
LES SOTJRCES DE LA MORALITE
lointain passé, et qui allonge indéfiniment ses rameaux vers l'avenir. De ce passé le point ini- (ial nous échappe, et aussi bien le terme de cet avenir, mais nous voyons monter la vie qui se déroule entre les deux, nous voyons croître l'arbre gigantesque-. Une sève merveilleuse y court depuis l'origine, et ce n'est pas uniquement celle (Fune vie extérieure et sensible qui s'épuiserait dans l'animation de la matière, c'est aussi celle d'une vie spirituelle, plus profonde que l'autre, peut-être moins régulièrement distribuée dans les individus mais tout aussi réelle. C'est la vie de rintelligence, la vie du sentiment, la vie de Taclion juste et l)elle. C'est la vie montant vers un idéal et s'ennoblissant dans cette démarche. Il est vrai d ailleurs que si le ressort de notre vie physique paraît assez fragile, celui de notre vie spirituelle le paraît encore davantage ; mais l'un porte l'autre, et les deiLx sont unis désormais, à ce qu'il semble, inséparablement. Si faible qu'elle soit encore, la vie morale est indestructible dans rhumanité aussi longtemps que l'humanité vivra sur la terre.
L'attitude morale est acquisT3 à l'animal humain, et Ton peut dire qu'il changerait de nature s'il venait à la perdre. Cette attitude nous est maintenant héréditaire et familière, ancrée
LES SOURCES DE LA MORALITE
flans nodc lempéiaiiicnl naluivl. Les psychiatres nous disent ,,ue. dans une personnalité qui dérhne vers la folie, cest te sens moral .jui ci abord s-évanouil ; et nous voyons bien par expérience cuolidienne, chez des gens qui ne sont pas atteints de débilité nienlnle. le sens moral subir (le IV,cheus.>s éclipses, presque totales ,,ui send.lent p,-,rt„is durer toute une vie. La moralité pour.ail bien être la m„ins ancienne et la moms développée de nos acquisitions vitales II subsiste, en somme, des sociétés humaines et clans les soci^Hés les plus avancées nombre d'in- 'lividus, en <|ui l'attitude morale est à peine dessn,é.e, bien ,,ue laplil ude ne soil pas absente
Cependant lallitu.le existe,, vivante et féconde File se présente à Tobservaleur comme une façon de tradition substantielle, objective, plus ou moms parfailement réalisée <lans rorganisation, 1 activité, fespril dune société ; elle est subjective et, si on rose dire, potentielle en chaque individu, qui, innuencé et soutenu par la tradition objective, prend une part plus ou moins considérable et heureuse à lœuvre commune de la société dont il est membre. Lu tra.lilion sociale de discq.line humaine, qui est recommandée et pratiquée dans un milieu donné, s'impose à tout individu qui entre dans cette société, l'individu
même étant d'ailleurs, pour Fordinaire, comme enti-aîné préalablement, par hérédité anceslrale, à subir rinfluence de cette tradition. Il ne peut manquer d'en recevoir l'empreinte, et la plupart reçoivent cette empreinte sans ditTiculté. Nul n'y résiste jamais tout à fait, et il est même. inconcevable qu'on y puisse résister de la sorte.
Kn effet, la tradition d'une société comporte promièi'cment sa langue, que cette société enseifrne à tous ses enfants et que ceux-ci ne peuvent s'empêcher de lui emprunter. Or, avec et par la l.nigue se transmet le commun bagage des idées courantes dans la société, et ces idées ont la nuance propre qu'y met la société ; sous l'expression caractéristique dont la société les a pourvues, elles transportent, pour ainsi dire, l'impression iju'elles ont accoutumé d'exercer sur les membres de cette société. Dans ce trésor des idées communément acceptées sont aussi bien comprises les notions morales, la signification propre des inslit niions et règles par lesquelles la société subsiste. Les éléments moraux de la tradition sociale se recommandent spécialement par l'importance que la société y attache, le prestige mystique dont elle les environne, r.ette importance n'apparaît pas que dans les contraintes et châtiments qui sont exercés à l'oc-
casion contre les récalcitrants. Ce prestige ne résulte pas seulement de ce qu'on appelle l'opinion, la force de Topinion, qui agit de façon permanente sur les individus pour les maintenir dans la voie marquée par la tradition de la société où ils vivent. Les cliAtiments n'ont pas encore cessé de manifester Thorreur de la société devant le fait qualifié crime ; et dans ces matières de moralité, l'opinion est une sorte de conscience générale qui s'appuie sur le sens de la moralité bien plus qu'elle ne le soutient. Ici. Topinion va-ut comme expression de la conscience commune ; le prestige appartient à l'idéal moral qui vit dans la sociélé. Tant s'en faut que la tradition sociale ne soit représentée que par les autorités et les institutions. Elle est comme l'àme vivante de la société tout entière, et c'est toute la vie de la société qui lui rend un témoignage perpétuel.
Mais la tradition sociale n'est pas à ce point souveraine qu'elle réussisse à obtenir en tout l'obéissance de tous ; principalement en ce qui regarde la discipline morale, les habitudes réelles ne sont pas toujours en correspondance exacte avec l'opinion qui la lient en reconnnandalion officielle. L'on trouverait sans peine, dans toutes les sociétés civilisées, en dehors des cas indivi-
LES SOURCES DE LA MORALITÉ
duels qui sont qualifiés crimes et punis comme tels, de très graves abus, des coutumes en contradiction avec les principes admis et professés, abus qui sont tacitement tolérés, s'ils ne sont môme officiellement contrôlés. Ce sont des points où la société s'avoue pour ainsi dire incapable de se gouverner elle-même en stricte conformité à son propre idéal.
Pourtant il y a plus encore. Social par nature ci moral par définition, l'homme n'en reste pas moins, à beaucoup d'égards, par tempérament, un animal indiscipliné, souvent trop faible de volonté pour suivre la discipline qui lui est imposée, parfois aussi trop éveillé pour l'accepter sans (^xamen. Il lui arrive de critiquer les règles rerues, soit qu'il y ait juste raison, soit qu'il cherche seulement des prétextes pour ses défaillances. Si la constitution des sociétés les mieux organisées est toujours susceptible d'amélioration, 't si elle ne peut être améliorée que par la criique de ce qui existe, il peut se former aussi et il se forme souvent dans les sociétés une sorte de tradition brdarde, tradition d'indiscipline, qui, ['lus ou moins avouée et audacieuse, mine la tradition officielle de la moralité. On dira plus loin :es conditions de la lutte pour la vie morale dans es sociétés et dans les individus : il suffit d'in-
LA MORALE HUMALNE
diquer ici les Umiles daus lesquelles s'exerce rinfliience Biorale de la tradition. Nous pouvons être, pour ce q,ui est de notre milieu moral, plus ou moins bien nés et encadrés ; le fait est que nou^ sommes nés en moralité, ainsi titrés par notre origine, et moralement encadrés.. L'inHuence de la tradition sociale peiit être inégale et diverse sur les individus qui entrent dans la société, elle Test même nécessairement ; cette influence n'en est pas moins réelle sur tous, et de manière ou d'autre, soit pour les conduire et les soutenir, soit pour les écarter et les- briser, elle les atteint Elle a prise sur nous parce qu'elle nous a formés, parce qu'elle a pour elle la force des lois et delà doctrine, aussi celle de Topinion. dans la mesure qui vient d'être dite ; elle est comme un esprit qui pénètre tout et de toul^s pai-ts nous envahit. Le contrôle qu'elle exerce incessamment sur nous n'est pas plus infaillible qu'elle-même, mais elle Texerce sans nous demander notre avis, et en vain essaierions-nous d'y échapper. Ses répressions sont quelquefois impitoyables pour des actes qui par eux-mêmes ne mettent pas en grand péril l'ordre public ni la discipline morale : ce sont règles conservées de temps plus durs où l'on châtiait sévèrement les peccadilles afm de prévenir les méfaits. En d'autres cas où
LES SOURCES DE LA MORALITÉ
elle ne croit pas pouvoir sévir, elle accable de mépris le délinquant. Chiltiment non moins re- (louf?^ble, pluî? pénible à supporter, plus fâcheux même en ses conséquences que certaines sanctions légales, édictées pour de menus délits, et (jui ne déshonorent pas leurs victimes. Cette censure de l'opinion peut être mintelligente et injuste, non seulement dans ses applications, mais dans son objet ; elle n'en est pas moins une (les formes sous lesquelles l'influence morale de la société poursuit de ses contraintes les individus.
Quoi qu'il en soit de ses insuffisances, de ses •léfaillances, de ses abus et de ses injustices, la discipline d'une société, sa tradition morale, est une influence primordiale et constante. Elle est I influence qui façonne la moralité des individus, '|ui la soutient et qui la surveille. Elle est Je endre, elle est l'atmosphère où se dévelopi>e la iioralité personnelle. Le cadre n'est jamais parlait, ni l'atmosphère entièrement pure. Cadre et atmosphère, qui sont réels, n'en ont pas moins 'iuelque chose d'idéal. Le cadre est un programme •'e vie censée bonne et qui est telle au moins re- 'ativemenl. L'atmosphère est un esprit, l'âm^i d'un groupe humain qui, en ses meilleurs élénients, aspire sincèrement à une vie noMe. Celte
LA MORALE HUMALNE
LES SOURCES DE LA MORALITE
WmÊ"' '
discipline traditionnelle est donc un idéal obligatoire qui est ainsi placé devant nous et qui, tant par autorité que par persuasion, réclame notre obéissance.
Il s'agit d'obéissance rétléchie et volontaire, non d'un simple travail, d'une besogne extérieure, d'une fonction naturelle à exécuter pour le compte et l'avantage de la société. L'homme n'est pas un automate dont l'unique raison d'être serait d'exécuter des consignes sociales. C'est, à la vérité, ce qu'il fait, c'est ce qu'il doit faire, mais il doit le faire humainement. Il est membre libre de la société, il n'est pas son esclave, ni sa bête de somme, ni son instrument. Dans cet univers moral qu'est la société humaine, il est luimême un petit monde moral. Le programme moral que lui impose la société, il l'accomplira moralement.
Nous savons de reste qu'il le pratique à son gré, dans une certaine mesure et plus ou moins parfaitement. Même quand il ne le discute pas,
il a sa façon de le comprendre ; à plus forte raison l'a-t-il quand il entreprend d'y réfléchir, même sans idée de s'y soustraire, et ne serait-ce que pour s'y mieux conformer. Car il a la faculté de s'y conformer ou non. Somme toute, l'individu recommence, pour son propre compte, en chaque société, l'évolution morale de la société dont il fait partie ; il la refait avec une originalité relative soit en bien soit en mal. Chacun a sa forme de sens moral et sa capacité de courage. Dans le fond de notre nature individuelle ont été accumulées des ressources pour une œuvre personnelle de conscience et de liberté. Ces ressources ne sont point en nous comme un capital inerte ; ce sont moyens de réaliser, selon les chances plus ou moins favorables qu'offriront le milieu et les circonstances, une fortune particulière dans l'ordre moral.
De même qu'on a souvent parlé de la raison comme d'un arbitre absolu du vrai et du faux. Ton a parlé aussi de la conscience comme d'un juge souverain du bien et du mal. Le vrai et le faux, dans l'ordre des choses humaines, ne sont pas si aisément défmissables, non plus le bien et le mal. Notre esprit n'est point le siège de facultés si transcendantes, dont l'objet propre et direct, embrassé et pénétré à fond, serait im-
LA MORALE HUMALXE
LES SOURCES DE LA MORALITE
muable et éternel. Ce nesi pas en ce monde d'abstractions censées divines que nous avons accoutumé de vivre, et si une philosophie toute spéculative peut s'y trouver à l'aise, elle n'en perçoit pas mieux pour cela les réalités de notre vie morale. Ce qu'une telle philosophie enseigne peut être vrai à la limite de l'infini ; ce n'est pas la venté de ciiaque jour, celle dont nous vivons et que nous réalisons. D autre part, il a été dit, avec inoms d'exactitude peut-être, que l'homme fait la vérité de ce qu'il croit et la sainteté de ce qu'il amie. Certes, nous n'opcTons pas quotidienneîiient avec des pensées éternelles, et nous ne vivons pas moralement de pure logique ni de haute métaphysique ; mais nous ne construisons pas davantage nous-mêmes, par nos seules forces, pour notre satisfaction personnelle, l'édifice de notre foi et de^ notre vie morales. Nous savons bien que nous ne créons pas la vérité morale qu'elle nous est donnée, et qu'elle nous dépasse • iious savons aussi que la valeur morale de notre idéal ne résulte pas de notre bon plaisir, que cet Idéal de sainteté qui nous ravit na pas été inventé par nous pour cet effet, tyordre moral n'est pas plus celui de la fantaisie individuelle que celui de l'abstraction métaphysique. Certains philosophes, il est vrai, qui professent l'infaillibilité de
iK raison pure, croient devoir proclamer en m-ême temps le caractère tout individuel de la loi morale, qui appartiendrait à l'ordre du sentiment et ne relèverait d'aucun contrôle. Mais cela encore est une pensée de doctes, ce n'est pas réalité de vie. Les hommes peuvent communier en moralité comme ils peuvent communier en science, et même beaucoup plus facilement.
La conscience morale n'est pas, historiquement et psychologiquement parlant, un absolu. Klle i>araît s'être formée lentement, très lente- ] lient, dans les sociétés humaines, où nous la voyons encore assez mal alTermie. C'est, dans le fond, un sens d'humanité, un sens de la société que constituent les hommes, et des exigences que comporte cette vie en commun. Il a été progressivement suggéré, sollicité, développé par cett^ vie môme. Ce n'était pas une sorte de loi primordiale, cachée dans le cerveau de nos plus lomtains ancêtres, et dont il n'y aurait eu qu'à faire application à des régimes de société d'abord plus simples et plus rudes, puis de plus en plus compliqués et policés. Le sentiment a été d'abord moins net, moins défini, moins profond, plus animal, si on l'ose dire, et moins humain. Rudiment de sociabilité, rudiment d'humanité, associé à un rudiment de raison et à des conceptions
LA M0R.4LE HUMAINE
linm
enfantines de toutes choses. La pratique d'une vie sociale plus intime et plus parfaite Fa fait grandir, et son progrès même a été la condition de cette vie meilleure ; mais il n'est pas plus concevable sans cette vie que cette vie sans lui. Le progrès des religions, où est apparu le progrès de la conscience d'humanité dans les sociétés humaines, a produit, on peut dire qu'il a été le progrès de la conscience morale dans les croyants de ces religions. La conscience morale des êtres humains a été en évolution depuis le commencement, parce que les sociétés des hommes n'ont pas cessé de se transformer. Une conscience d'humanité universelle naît actuellement dans nos âmes, parce que la société des nations, quoi qu'en pensent les politiques, tend réellement à se constituer. L'humanité commence à se faire une dans un commerce social qui doit rassembler, sans pourtant les confondre, toutes les familles humaines ; c'est pourquoi elle commence également à se sentir une dans les mdividus humains ; c'est pourquoi encore, depuis un certain temps déjà, la religion de l'humanité a ses prophètes, plus ou moins heureusement inspirés. Une forme nouvelle de nos consciences est en train de naître, qui correspond à un état nouveau des sociétés.
LES SOURCES DE LA MORALITÉ
Cet élargissement et cet approfondissement de nos consciences, est-ce le fait nouveau qui les crée ? Est-ce la raison savante qui, d'une situation nouvelle déduit l'attitufje morale qui y convient ? Ou bien encore le changement qui se produit dans les consciences résulterait-il tout naturellement, tout mécaniquement, de celui qui s'opère dans les relations des peuples ? Le changement ne se serait pas produit sans le fait nouveau, et il se produit devant le fait nouveau. Il ne se produit pas h la voix de philosophes ni de savants, et les très rares philosophes qui y sont entrés en ont été plutôt les interprètes que les promoteurs. Il se produit spontanément, ce qui ne veut pas dire qu'il se produise automatiquement. L'intuition naît, plus ou moins vive, dans nos consciences plus ou moins éveillées et bien ilisposées, d'un devoir nouveau, d'un élargissement nécessaire de notre sens moral, devant Texistence nouvelle qui s'ouvre pour l'humanité, l't cette intuition, sans doute, est un sentiment vivant, et ce sentiment est une volonté nais- .^ante. Et tous les progrès que la conscience humaine a réalisés depuis le commencement, ont <Hé acquis de cette façon. C'est, dira-t-on, ua progrès biologique. Oui, un progrès de biologie intellectuelle et morale, de biologie humaine.