‹ La morale indépendante dans son principe et dans son objet (volume 2)Chapitre 14 sur 73 · H8 LA MORALE INDÉPENDANTE · texte numérisé non relu

H8 LA MORALE INDÉPENDANTE

à laquelle de ces deux catégories la science morale se rattaché (1).

Laissons ici parler M. Vacherot :

« Confondant avec la spéculation orltologique toute étude abstraite et générale de l’homme, l’école positive, nous dit-il, enveloppe dans une égaie exclusion les systèmes de métaphysique et les analyses de la psychologie proprement dite. Elle ne veut plus d’autre science de l’homme que celle que nous donne l’histoire ; et si elle consent à s’occuper des œuvres de psychologie abstraite, que nous a léguées le génie de la méditation, c’est pour ën faire ressortir le caractère peu scientifique, et montrer qu’en de pareilles recherches l’esprit humain a toujours perdu son temps et sa peine.

...» Les objections de celte école sont spécieuses. C’est d’abord le caractère abstrait et général de l’objet des études psychologiques, lequel semble eh contradiction ayec la conscience toute personnelle de l’observation. Comment, ail moyen d’expériences tout individuelles, arriver sûrement à des conclusions et à

(1) Voyez, sur ce sujet, V Introduction de In médecine ex périmentale de M. Claude Bernard, et le beau et grand travail de M. Cnurnot sur l'origine de nos connaissances.

des théories sur les instincts, les sentiments, les passions, les facultés humaines? *

... «Cette objection tirée du caractère abstrait de la psychologie est capitale, en ce qu’elle porte sur l’objet mêmede la science. Si elle était valable, elle arrêterait le psychologueau début même de ses éludes. Cette première difficulté donne lieu à une remarque préalable : c’est qu’on en peut dire autant de toutes les sciences morales abstraites connues sous le nom de morale , de droit naturel, de politique, d 'économie politique, etc.

Que ces sciences diffèrent essentiellement des sciences expérimentales, cela ne fait pas question. Tandis que celles-ci reposent sur un grand nombre de faits concrets, bien observés et bien décrits qu’il ne s’agit que de classer et de ramener à des lois, celles-là n’ont pour base qu’un petit nombre de faits simples et de notions générales sur lesquels il faut fonder tout un système de conséquences. Mais cette différence radicale suffit-elle pour justifier la réserve dont il vient d’être fait mention? A ce compte, on ne voit pas pourquoi les sciences abstraites, comme les mathématiques pures, la mécanique rationnelle, la mécanique céleste, la physique mathématique conserveraient leur litre de sciences. Et pourtant, non-

seulement l’usage l’a consacré, mais elles ont été de tout temps considérées comme les sciences par excellence, en raison de la simplicité, de l’exactitude, de l’ordre et de l’enchaînement des vérités dont elles se composent.

» On peut avoir plus de goût pour les sciences expérimentales et descriptives que pour les sciences rationnelles de la nature, et tel est l’entraînement des esprits, en ce siècle d’observation, vers les sciences de la première espèce, que nous voyons les éludes rationnelles plus ou moins délaissées pour les études où l’expérience a la plus large part. Mais quel est le savant qui s’aviserait de contester l’autorité scientifique des premières, précisément à cause de leur caractère abstrait ?

» Ce serait donc une méthode étroite et môme fausse, de mesurer la valeur scientifique d’un ordre de connaissances sur la part qui est faite aux divers procédés de la méthode expérimentale, à l’observation, à la description, à la classification des faits. Ce critérium, excellent pour apprécier les sciences d’un certain ordre, ne vaut plus rien s’il s’agit de juger les sciences d’un ordre différent. Chaque espèce d’étude a sa matière, sa méthode et son critérium propre. Les vrais signes auxquels on

reconnaît son caractère scientifique sont la certitude, l’exactitude, la possibilité de vérification, quelles que soient d’ailleurs la matière, la méthode et la forme de cette science. ~

»... Aussi les savants, au lieu de s’obstiner à ramener toutes les sciences de la nature è une même classe, et toutes les méthodes à un type unique, n’onlils pas hésité à reconnaître, au sein des sciences cosmologiques, deux ordres essentiellement distincts de connaissances : 4° les sciences d’observation, d’expérience et d’induction, telles que la météorologie, l’astronomie et la physique expérimentale, la chimie, l'histoire naturelle, ainsi que toutes les sciences d’application ; 2° les sciences de définition et de déduction, telles que les mathématiques pures, la mécanique rationnelle, la mécanique céleste, la physique mathématique, etc....

* Pourquoi cette distinction, parfaitement applicable aux sciences morales, n’obtiendrait-elle pas la même adhésion des esprits élevés qui s’intéressent à ces études? Ne pourrait-on pas aussi, en tenant compte exclusivement de leur forme, les diviser en sciences rationnelles et expérimentales, ou, pour nous servir de mots plus populaires, en sciences philosophiques et historiques? »

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