‹ La morale indépendante dans son principe et dans son objet (volume 2)Chapitre 15 sur 73 · I.A MORALE INDÉPENDANTE · texte numérisé non relu

I.A MORALE INDÉPENDANTE

« M. Cournot, nous dit. l’auteur un peu plus loin, qui ne croit pas à la possibilité d’une psychologie fondée sur l’observation intérieure, mais qui croit, en revanche, à la possibilité d’une psychologie empirique, fait pourtant une exception pour deux études. 11 réserve dans sa conclusion négative la logique et la morale (1). »

La morale, selon M. Vacherot et selon M. Cournot, deux autorités en philosophie et en science, la morale est donc essentiellement une science subjective; et, en effet, l’observation extérieure peut bien nous donner la surface de l’homme et de la vie, elle ne nous donnera ni l’homme ni la vie même, car derrière les apparences résident les véritables réalités. Sous les faits visibles et palpables demeurent les volontés invisibles et impalpables, les intentions qui ne viendront jamais au jour, les spontanéités contenues, les calculs inavoués. Sous les faits visibles résident la conscience de la liberté, la responsabilité qui en dérive, le droit et le devoir qu’elle constitue, la conception de la vertu parfaite, l’aspiration vers la justice idéale; enfin, tous les éléments de la vie morale

(1) Essais de physiologie critique, par E. Vacherot, p. 1G2 à 1G7, 185 à 180.

dont les combinaisons avec les éléments de la vie physique peuvent seuls nous rendre compte des luîtes intérieures de la conscience.

C’est donc seulement en descendant en nousmêmes par l’observation subjective, c’est en saisissant les phénomènes à leur source, que la vérité morale peut nous apparaître dans sa plénitude.

La liberté, en effet, pas plus que le point mathématique, ne tombe sous l’observation extérieure et ne peut être mesurée par des instruments; c’est un fait primitif de la nature humaine perçu directement par la conscience, et dont toutes les conséquences sont également évidentes. La responsabilité, la dignité, le droit, le devoir, l’obligation sont aussi rigoureusement contenus dans le fait primordial de la liberté, que tous les théorèmes mathématiques le sont dans les axiomes.

Si la morale se rapproche de la malhématique par la nature subjective de son fondement, elle ne s’en rapproche pas moins par la nature de ses progrès dans l’histoire, qui s’opèrent par la juxtaposition des vérités, et non par la révolution des théories.

Habitués que nous sommes à considérer la morale comme indissolublement liée à la religion, nous avons longtemps cru qu’au commencement de notre ère le christianisme avait opéré une révolution dans la conscience aussi bien qu’une révolution dans la foi, et que nos idées actuelles sur le bien et le mal étaient à l’extrême opposé de celles des anciens. Les prédicateurs avaient, d’ailleurs, l’usage de représenter le paganisme comme la religion du plaisir et des sens. Ils nous montraient les vices de la décadence grecque et les sanglantes orgies de l’empire comme ses conséquences immédiates, presque ses commandements, et il semblait, à les entendre, qu’avant la venue du

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