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RAPPORT DE LA MORALE ET DE LA MATUÉMAT1QUE

lonté de l'expérimentateur ; nous parlons de l'expérience psychologique qui pose la liberté, non pas comme une notion rationnelle, mais comme une cause active. Or, c’est dans cetle distinction entre la notion et la cause que résident toutes les différences qui caractérisent respectivement la mathématique et la morale.

Ep effet, tandis que la notion rationnelle, restant exclusivement dans le domaine de l’abstrait, se présente à nous avec un caractère de simplicité idéale qui la rend lumineuse et irréfragable, la cause active . ne se manifestant qu’au milieu des éléments contradictoires de la nature vivante, doit être lentement * dégagée par la conscience, et traverser toute une 'phase d’obscurité et d’incertitude, de trouble et de travail latent, avant de conquérir les éléments primitifs qui lui permettront de se constituer en science.

Les axiomes mathématiques ne rencontrent pas d’obstacle dans la vie, parce qu'ils ne s’attaquent point è la vie. Leur sphère est l’idée pure dégagée de tout élément positif. Dans cette sphère, la raison les pose comme en même temps nécessaires et indépendants, et elle en tire des conséquences qui vont s’étendant à l’infini dans des spéculations sans bornes.

Aussi, la mathématique, tout en servant de mo-

1 Uli LA MOUALK INDÉPENDANTE.

dèle et de base aux sciences d’application, se lient neanmoins, en face de ces dernières, à la distance infranchissable de l’idéal au réel; elle ne court les chances, ni de leurs expériences incomplètes, ni de leurs théories mal fondées.

La morale, au contraire, tout en ayant un principe subjectif qui est la liberté et un idéal qui est la justice, ne se manifeste réellement que dans l’application ; ses développements logiques se bornent aux éléments constitutifs de la personnalité, la dignité, la responsabilité, le droit, le devoir, etc., mais ces éléments mêmes n’ont d’intérêt dans la logique que . parce qu’ils correspondent à des faits dans la réalité. L’objet de la morale n’est point un enchaînement de théorèmes qui se développent sans résistance et sans obstacle en dehors de la vie, c’est une conquête qui a pour théâtre la vie elle-même; c’est la conquête de la liberté sur la fatalité, de la justice sur la force.

La question morale ne se pose donc point d’abord dans la raison, elle se pose dans les faits par la contradiction entre la liberté et la fatalité, entre la justice et la force.

Cette contradiction sc présente comme un point d’arrêt dans la destinée individuelle; elle force la ré-

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