I.A MORALE INDÉPENDANTE
des servitudes du besoin et des hontes de la misère, des soucis du lendemain, de l’incertitude et de la peur. Il espère y arriver un jour, et les rêves mystiques où le désespoir l’avait jeté disparaissent dans les prospérités du travail et les fiertés de la science. La terre, en lui livrant le secret de sa domination, cesse d’être pour lui un lieu d’exil, une vallée de larmes et de douleur d’où ses yeux projetés vers l’infini aspirent à un autre monde ; elle devient bien réellement son domaine, elle est sa vraie patrie; il y ramène ses volontés avec ses espérances ; il veut y réaliser son œuvre. Or, son œuvre à lui, c’est la justice.
Au-dessus du monde des besoins, des satisfactions et des jouissances que l’homme a en commun avec le reste de la nature, il est un ordre plus beau qu’il tire exclusivement de lui-même. C’est l’ordre du droit et du devoir. La loi morale, qui ne compte ni avec l’égoïsme de ses intérêts, ni avec l'ardeur de ses désirs, ni avec la mobile frivolité de ses passions d’un jour, lui apparaît comme le couronnement, le but idéal de la vie, et il appelle la nature pour travailler avec lui à sa réalisation.
La nature alors a trouvé une fin. Ses forces ne sont plus emportées dans ce tourbillon aveugle où