RAPPORT DJÎ LA MORALE ET DE LA RELIGION
lps rapports de la religion et de la morale; c’est pourquoi, lorsqu’il s’est agi de conclure, elle a glissé à côté de la véritable solution.
Or, celte méprise si grave, et qui devait entraîner de si désastreux effets, doit être rattachée au courant intellectuel du xvm' siècle. Elle doit être rapportée au joug de la tradition métaphysique, qui pesait encore sur les esprits de tout son poids, bien qu’ils crussent l’avoir rejeté de la façon la plus violente et la plus décisive.
Il est, en effet, bien plus aisé à l’esprit humain de passer d’une tyrannie intellectuelle à l’autre que de se sopstraire à toutes les chaînes du passé pour poser à nouveau, sur une table rase, le problème de sa destinée.
Le xviu t ' siècle, il est vrai, repousse le christianisme ; bien plus, il l’injurie; il calomnie ses légendes ; il tourne ses symboles en raillerie et en dérision; enfin il accable la religion d’outrages, et pourtant, il ne s’en sépare pas. S’il combat la métaphysique chrétienne, c’est pour passer à la mélaphysique déiste ou matérialiste , représentée par l’encyclopédie. L’école de Voltaire ne concevait la morale qu’unie à l’idée de Dieu, et l’école d’Helvétius et de Diderot ne concevait d’autre morale que
les lois générales de la nature. A l’époque de la Révolution, l’idée la moins accessible aux esprits, aussi bien à ceux des révolutionnaires qu’à ceux de l’ancien régime, était donc la séparation de la religion et de la morale. Entre l’homme animal et l’homme surnaturel, ni les uns ni les autres n’aperçoivent l’homme rationnel ou moral, et l’absence de métaphysique leur paraît à tous l’absence dans la vie d’une règle supérieure. De là les révolutionnaires fondent le droit nouveau, non pas sur une séparation de la loi civile et de l’institution religieuse, mais sur une transformation de la religion, c’està-dire sur une transformation du despotisme. Ils imaginent une constitution civile du catholicisme; puis un culte de l’Être suprême, et puis un autre culte de la Raison... Et comme les religions ont des racines trop profondes et trop vivantes dans l’âme humaine pour devenir jamais le produit artificiel d’un décret, le résultat d’une ordonnance, ces manifestations ridicules et stériles tombent sous le mépris et l’indifférence publiques, et l’on aboutit à un retour vers les traditions du passé; on aboutit aux concordats, transactions bâtardes dans lesquelles le droit ancien et le droit nouveau, proclamés contradictoirement l’un à l’autre, ne subsistent qu’en