‹ La morale indépendante dans son principe et dans son objet (volume 2)Chapitre 33 sur 73 · RAPPORT DK LA MORALE ET DE LA RBUGION · texte numérisé non relu

RAPPORT DK LA MORALE ET DE LA RBUGION

se reniant mutuellement et par de perpétuels compromis. Nous avons été témoins, jusqu’à nos jours, dans quelques écoles socialistes, de ces rêves persistants de rénovation religieuse qui, en cas de succès, ne nous conduiraient à rien moins qu’à l’avortement complet de l’œuvre même de la Révolution.

Si, comme l’expose éloquemment un historien moderne, le droit nouveau a besoin d’un idéal, c’est du seul idéal viril de la conscience et de la raison.

La véritable solution du problème révolutionnaire n’est donc ni dans une création religieuse nouvelle ni dans un accommodement quelconque avec la religion du passé, mais dans une séparation radicale : séparation de la métaphysique et de la vie, séparation de la religion et de la morale, séparation de l’État et de l’Église. Or, cette séparation n’est féconde, n’est possible, qu’à condition qu’il y ait une morale humaine véritablement indépendante, à condition que l’individu trouve en lui une règle qui, pas plus que la règle religieuse, ne le livre à l’ardeur égoïste de ses instincts et de ses passions, mais qui diffère de la règle religieuse en ce qu’elle lui rend le principe de la souveraineté et du droit.

C'est précisément cette règle, que nous avons pour

7'i LA MORALE INDÉPENDANTE.

objet de dégager par l’analyse ; c’est celte règle qui seule résoudra-l’antithèse de l’autorité et de la liberté avec toutes les contradictions qui en découlent en ramenant ces deux principes à un seul; c’est-à-dire en ramenant l’ordre ou l’autorité sociale au développement de la liberté. Une telle règle , ayant sa source dans l’individu, enlève, il est vrai, à l’État ce solennel prestige qui lui prêtait, dans la conception ancienne, une existence particulière avec des droits distincts et supérieurs; mais elle lui donne la force, bien autrement incontestable, des droits individuels, les seuls légitimes, qu’il représente.

L’État n’est plus une entité mystérieuse et sacrée, tirant son pouvoir et sa sainteté d’une autre sphère; c’est un simple contrat de garantie et d’assurance ; mais c’est un contrat auquel chacun participe et que chacun a le devoir et l’intérêt de conserver- La loi armée n’est plus une justicière qui venge le crime sur le coupable. C’est une mesure de sûreté, dont l’objet est de défendre et non pas de punir. En rendant la sentence, en frappant l’acte, le magistrat ne saurait remonter à la conscience, non parce qu’il reste neutre devant la culpabilité, mais parce qu’il respecte la souveraineté inaliénable du juge intérieur.

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