RAPPORT DR LA MORALE ET DE LA RELIGION
n’a d’autre droit que celui d’une libre expansion et d’une libre influence. La métaphysique, ayant échoué dans son effort pour démontrer par la logique l’existence de Dieu et d’une aulre vie, l’âme religieuse doit revenir aux procédés naïfs des premiers âges, au culte intérieur, et renoncer sans retour à l’autorité de la science et au gouvernement de la société.
La religion, renfermée dans ces limites, n’est plus en opposition avec le principe de la morale indépendante, principe qui ne l’a jamais attaquée dans son fondement psychologique, mais seulement dans son caractère métaphysique et social.
L’âme pieuse, il est vrai, liera toujours à son point de vue l’ordre des faits religieux à l’ordre des faits moraux. L’idéal de justice, conçu par la raison comme purement intelligible, devient nécessairement pour elle l’idéal vivant auquel elle se rattache par la prière. Mais ce lien tout subjectif n’a rien du despotisme envahissant d’un dogme métaphysique. C’est une révélation intérieure et personnelle qui se communique, qui s’inspire, mais qui ne s’impose pas. Pour l’âme pieuse, la conscience portée par la révélation intérieure s’élève de la morale â la religion ; la morale ne reçoit pas de la reli-
gion sa formule. Dieu esl pour l’âme pieuse l’idéal animé dans lequel les tendresses expansives du cœur se confondent avec les commandements austères de la conscience ; il n’est ni un principe ni une conclusion du raisonnement.
L’Église qui s’élève sur ce nouveau fondement (1 ) renonce entièrement au terrain de la vie publique pour rentrer dans le droit commun de la liberté, et
(1) Quand non* parlons d'un nouveau fondement , nous employons ce mot nouveau par opposition à l’état antérieur à 89. Le principe de l'Eglise libre est proclamé depuis longs temps, et il est non-seulement reconnu, mais réalisé déjà en Amérique dans la constitution du pays. Aussi, chose remarquable, l’idée de la morale indépendante n’est nullement antipathique à l’esprit religieux américain comme b l’esprit français. Nous a^ons plusieurs fois traité ces questions avec des pasteurs américains orthodoxes, cl nous tombions presque toujours d’accord; taudis que, eu France, les non orthodoxes même s’élèvent contre nous. Et pourquoi '? Ils n’en savent rien. Ils saisissent si peu les rapports logiques qui unissent l’idée de l’Église libre à l’idée de la morale indépendante, que, tout en faisant à ce sujet force déclamations sentimentales, ils n’ont jamais invoqué uue raison tant soit peu philosophique en faveur de lepr thèse. Nous nous proposons de traiter ce sujet ailleurs d’une façon spéciale; la question ici ne pouvant qu’être indiquée.