‹ La morale indépendante dans son principe et dans son objet (volume 2)Chapitre 39 sur 73 · I.A MUKALK INDKI'KNDAME · texte numérisé non relu

I.A MUKALK INDKI'KNDAME

nouvelles relations unissent de leur rapprochement ; les peuplades se déterminent cl leurs gouvernements élémentaires se constituent à l’image de la famille, dont ils reproduisent la hiérarchie. I's affectent dans le pouvoir le même principe de force brutale qui mène aux mêmes résultats de tyrannie cl de violence. Toutefois, une différence essentielle sépare le gouvernement de la famille de celui de la peuplade, c’est que dans celte dernière l’instinct physiologique est remplacé par un mobile d’intérêt commun. Or, le mobile de l’intérêt, sans être en soi-même plus noble que celui de l’instinct, est bien moins aveugle, et, par le fait de son développement dans la vie collective, il produit un certain équilibre entre les personnes et les pouvoirs, et détermine la constitution de certaines garanties générales.

C’est la voie qui nous fera passer de l’état de nature à la barbarie, et de la barbarie à la civilisation.

Quand l’idée d’obligation, au moins dans son motif intéressé, prend un caractère public \ quand la tradition verbale se change en loi écrite, et qu’une force consentie est instituée à sa garde, nous scmblons avoir une première aurore de la justice. Néanmoins, celte justice n’est qu’apparente, car l’équilibre collectif étant fondé sur la salisfac-

LK CONTIIAT SOCIAL.

lion des intérêts et non sur la dignité des personne?, peut conduire il est vrai à l'accroissement des sociétés, mais non à la réalisation de la justice, et, sous son inlluencc, une corruption plus cachée, mais aussi plus radicale et plus profonde, peut s’irtc'arner dans les institutions. Les tyrannies, les inégalités, le privilège, compli |ués de mille liens qui les fortifient, affectent alors les formes les plus trompeuses. Ils creusent le terrain social au moyen de racines cachées, ils l’enlacent des rameaux inaperçus, et, appelant à leur aide une hypocrisie savante, ils se font justifier par les philosophies et les religions officielles, ils ont leur drapeau dressé et défendu par la force publique.

On peut donc dire que si l’état de nature' est le premier de tous les esclavages, l’état social greffé sur l’état de nature est le second, car il est une force que l’individu n’a pas plus à discuter que la première et qui, dès le commencement, s’impose à lui avec la souveraine autorité du fait.

L'individu, en effet, ne choisit pas lo siècle clans lequel il est appelé à vivre. U ne choisit ni l'heure de sa naissance, ni les conditions particulières de la société qui l’environne, line choisit pas la forme de son gouvernement, le caractère de sa nation, le

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